L'allergie aux protéines de lait de vache (APLV) est une réaction allergique alimentaire courante chez les nourrissons et les enfants. En France, les allergies alimentaires concernent entre 4 et 8 % des nourrissons (et entre 6 et 8 % des enfants de moins de 12 ans), en constante augmentation. Il est essentiel de comprendre les symptômes de cette allergie, de la différencier de l'intolérance au lactose, et de connaître les options de diagnostic et de traitement disponibles. Cet article explore en détail l'APLV, ses symptômes, son diagnostic et sa réversibilité.

Qu'est-ce que l'allergie aux protéines de lait de vache (APLV) ?

L’allergie alimentaire est une réaction anormale du système immunitaire lors de l’ingestion d’un aliment. Chez la personne allergique, l’absorption de l’aliment va créer une réaction exagérée par rapport à un sujet sain (non allergique), chez qui l’aliment sera inoffensif. L'APLV est une réaction immunitaire à la consommation de protéines de lait de vache. Elle affecte environ 3% des nourrissons et des enfants dans les pays développés. Le lait de vache est le premier aliment en cause dans les allergies alimentaires des nourrissons (ce qui est normal, puisqu’il s’agit du seul aliment qu’un bébé non allaité consomme avant l’âge de 4/6 mois). Les enfants sont alors allergiques à la protéine du lait.

L’APLV est liée à une réaction du système immunitaire suite à une production d’anticorps, appelés IgE. On identifie 3 types d’APLV : IgE-médiée, non IgE-médiée et mixte. La différence majeure entre ces trois catégories réside dans le moment d’apparition des symptômes. Une APLV IgE-médiée entrainera une apparition immédiate des symptômes après la consommation de protéines de lait de vache. Au contraire, pour une allergie non IgE-médiée, les symptômes se manifestent quelques heures après l’ingestion de protéines allergisantes. Ce délai étendu entre la consommation de lait et l’apparition des symptômes complique la pose du diagnostic.

Lorsque votre corps rencontre un organisme étranger, il se sent menacé et met en place un ensemble de mécanismes dans le but de se défendre. L’ensemble de ces mécanismes représente la réaction immunitaire.

Types de réactions allergiques

Il existe deux mécanismes différents dans les allergies alimentaires :

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  • Allergies IgE-médiées : Cette catégorie regroupe les allergies alimentaires médiées par la présence d’anticorps IgE. Cette réaction provoque généralement des symptômes sévères chez la personne (parfois potentiellement mortels). Les allergies alimentaires de type IgE médié provoquent rapidement (en quelques minutes généralement) des symptômes souvent très sévères (pouvant mettre en danger la vie de l’enfant dans certains cas).
  • Allergies non IgE-médiées : Les allergies de ce groupe provoquent une réaction de l’organisme (plus tardive) mais n’entraînent pas une production d’IgE. Les symptômes, dont l’intensité est proportionnelle à la quantité d’aliments ingérée, apparaissent plusieurs minutes (voire plusieurs heures) après la consommation de l’allergène. Pour les allergies retardées (non IgE médiées), comme l’eczéma ou les troubles digestifs, la relation entre la prise de l’aliment et les manifestations cliniques est moins évidente.

Allergies croisées

De plus, l’enfant peut être allergique à d’autres aliments. En effet, l’organisme peut réagir fortement à des allergènes d’origines très différentes, mais qui se ressemblent au niveau de leur structure biochimique. C’est l’allergie croisée. Par exemple, un enfant peut être allergique aux protéines du lait de vache et au soja ou à l’amande et à la pistache. De même, un enfant peut être allergique au lait cru, mais le tolérer très bien lorsqu’il est cuit dans des gâteaux.

Plusieurs autres aliments peuvent déclencher des allergies chez le jeune enfant lors de la diversification alimentaire : produits laitiers (yaourt, fromage…), œufs (le blanc d’oeuf principalement), arachide, moutarde, noix (les fruits à coque de manière générale), soja, blé, légumineuses (lentilles, haricots, pois cassés…), fruit de mer, poisson.

Symptômes de l'allergie au lactose chez le nourrisson

Les manifestations de l’APLV peuvent varier d’un enfant à l’autre, mais plusieurs typologies de réactions sont généralement associées à cette allergie :

  1. Symptômes digestifs : Les troubles du système digestif et le reflux gastro-œsophagien causés par l’allergie alimentaire vont créer chez l’enfant de nombreuses manifestations : vomissements, régurgitations, reflux gastro-œsophagiens (RGO), diarrhée, constipation, sang dans les selles, selles glaireuses, coliques, douleurs abdominales. Syndrome d’entérocolite aux protéines alimentaires (SEIPA). Syndrome se traduisant, sous sa forme sévère, par de forts vomissements, un état léthargique et une pâleur du visage survenant entre 1 et 4 heures après l’ingestion.
  2. Symptômes comportementaux : pleurs très fréquents et insistants, irritabilité, tortillements, réveils nocturnes, demande constante de téter (notamment pour soulager une œsophagite), pleurs excessifs, difficultés à s’endormir, réveils fréquents pendant la nuit. Un bébé qui ne tolère pas le lait de vache peut en venir à refuser son biberon, il peut se mettre à pleurer sans raison et devenir irritable à longueur de journée.
  3. Symptômes cutanés : Sachez que chez les plus jeunes, l’allergie alimentaire se manifeste le plus souvent par une dermatite atopique, c’est-à-dire un eczéma, urticaire, eczéma, plaques rouges.
  4. Autres symptômes : Les réactions peuvent se manifester rapidement, habituellement 2 heures après le repas, avec en général des vomissements et d'autres symptômes plus fréquemment associés aux réactions allergiques, tels qu’une respiration sifflante ou bruyante, une éruption cutanée, de l’urticaire et un gonflement des paupières ou des lèvres. Démangeaisons, rhinite allergique, ballonnements, diarrhée, asthme… peuvent très bien être les signes d’une réaction allergique.

Manifestations sévères : l'anaphylaxie

L’anaphylaxie est la manifestation la plus sévère de l’allergie. Pouvant être mortel, le choc anaphylactique constitue une urgence absolue.

Intolérance au lactose

L’intolérance au lactose est une intolérance alimentaire, provoquée par le lactose, qui n’est autre que le sucre naturellement présent dans le lait. Ce trouble est dû à un manque ou une absence de lactase, enzyme qui permet la digestion du lactose, ou au fait que celle-ci est moins fonctionnelle. Le lactose est le sucre naturellement présent dans tous les laits d’origine animale. Lorsqu’il est consommé, ce sucre est scindé en glucose et en galactose, qui sont à leur tour absorbés par l’organisme.

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Il existe des degrés divers d’intolérance au lactose. « Il est rarissime que les nouveau-nés soient touchés par l’intolérance au lactose. Mais dans ce cas, on parle d’intolérance au lactose primitive. Le nouveau-né ne grossit pas suffisamment. Cela fait alors partie d’une maladie métabolique plus large », précise le pédiatre. Il ajoute qu’une intolérance au lactose passagère peut survenir après un épisode de diarrhée sévère (après une gastro-entérite par exemple). « Il peut aussi s’agir d’une insuffisance congénitale en lactase, une enzyme qui permet de digérer le lactose, heureusement très rare. « L’intolérance secondaire, elle, apparaît plus tardivement, en général vers 3-4 ans, la lactase étant à son taux maximum à la naissance et diminuant progressivement avec l’âge dans ce cas très fréquent », ajoute-t-elle.

Différencier APLV et intolérance au lactose

L’allergie aux protéines de lait de vache et l’intolérance au lactose sont souvent confondues en raison de leurs symptômes similaires. Il est important de ne pas confondre allergie et intolérance. Dans le cas d’une allergie, les protéines du lait de vache amènent une réponse inflammatoire avec production d’anticorps : le corps réagit face à un allergène en produisant ce que l’on appelle les immunoglobulines E. Il existe donc deux mécanismes différents. La pathologie la plus courante est l’intolérance au lactose.

  1. APLV : c’est une réaction immunitaire déclenchant des symptômes cutanés, digestifs, comportementaux et respiratoires suite à la consommation de protéines de lait de vache. Toute allergie, comme celle aux protéines de lait de vache, entraîne une réaction du système immunitaire avec des manifestations plus ou moins violentes dans les minutes, voire dans les secondes qui suivent l’ingestion de l’aliment. C’est le cas des allergies immédiates (IgE médiées).
  2. Intolérance au lactose : Les enfants intolérants au lactose ressentent des ballonnements, des douleurs abdominales et peuvent souffrir de diarrhées. Ces troubles digestifs sont dus à la fermentation du lactose dans le tube digestif. « Cela n’a absolument aucun rapport avec le reflux gastro-œsophagien (RGO) », souligne Étienne Bidat.

Diagnostic de l'allergie au lactose chez le nourrisson

Le diagnostic de l’intolérance au lactose ne peut être posé que par un professionnel de santé, notamment pour s’assurer de ne pas la confondre avec une APLV. Si parfois les symptômes font tout de suite penser à une allergie comme en cas de gonflement des lèvres juste après avoir bu du lait par exemple, la plupart du temps, c’est plus compliqué à déchiffrer. Il est important de réagir, quels que soient les symptômes.

Le diagnostic se fait généralement en 2 ou 3 étapes.

  • Première étape : Afin de comprendre pourquoi votre nourrisson a des symptômes, votre pédiatre va vous questionner sur les habitudes de votre bébé (alimentation, sommeil, etc.) et procédera ensuite à l’examen de votre enfant. Votre médecin examinera votre bébé et posera des questions sur des symptômes que vous avez peut-être identifiés. Un médecin commencera par réaliser un interrogatoire qui permettra d’appréhender l’alimentation du bébé, les différents antécédents familiaux, le comportement de l’enfant et la survenue des différents symptômes.
  • Deuxième étape : En cas de suspicion d’allergie, les protéines de lait doivent être supprimées de l’alimentation de votre bébé pendant 2 à 4 semaines. En cas d’allaitement, votre médecin peut vous conseiller afin d’adapter l’alimentation de la maman et prévenir des carences nutritionnelles. Dans le cas contraire, il peut également proposer une formule hydrolysée spécifique aux bébés APLV. Si les symptômes s’améliorent, un test de réintroduction contrôlée par un médecin peut être envisagé pour confirmer ou pas le diagnostic de l’APLV.

Dans un premier temps, le médecin effectuera un examen clinique de l’enfant (si vous le consultez après l’apparition de symptômes évoquant une allergie alimentaire). Dans un second temps, le pédiatre va prescrire à votre enfant des tests de dépistage.

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  • Tests de dépistage : Pour une APLV dépendante des lgE, les médecins peuvent proposer un skin prick test au lait de vache. Il s’agit d’un test cutané qui permet d’obtenir des résultats sous 10 à 20 minutes. Si le test est positif, la peau laissera apparaître un petit bouton (papule). Un test cutané, appelé couramment « Prick Test », est réalisé par un allergologue : un allergène est alors déposé sur la peau sous forme liquide. Après 10 à 20 minutes d’observation, l’allergie est constatée si surviennent un bouton d’allergie, une rougeur localisée, un gonflement et/ou des démangeaisons. Un patch test (test épicutané) peut être effectué pour diagnostiquer une allergie alimentaire à réaction non immédiate. Il s’agit de déposer sur le dos du patient des petites doses d’allergène durant 48 heures. En cas de réactions allergiques, un érythème simple ou accompagné de vésicules et de bulles apparaît au bout de 24 heures sur la peau du sujet. Pour mettre en évidence l’intolérance au lactose, le médecin peut préconiser un test respiratoire qui aura lieu à l’hôpital.

Traitement et gestion de l'allergie au lactose

Les symptômes de l’APLV peuvent être facilement pris en charge en adaptant l'alimentation de votre bébé. Le traitement va dépendre de la forme d’allergie (à réaction immédiate ou différée) et de la sévérité des symptômes.

  • Régime d'éviction : Si l’APLV est diagnostiquée, le médecin préconise une éviction stricte des protéines de lait de l’alimentation du bébé. Pour la plupart des allergènes, l’allergologue va prescrire un régime d’éviction totale (l’aliment est tout simplement retiré de l’alimentation de bébé).
  • Laits spécifiques : Il prescrira également des laits spécifiques contenant notamment un hydrolat extensif de protéines ou encore des préparations à base de protéines de lait de soja (seulement après 6 mois). Pour les bébés intolérants au lactose, il existe des laits infantiles formulés sans lactose. Pour répondre aux besoins des bébés intolérants au lactose, des laits infantiles sans lactose existent. Si votre bébé est nourri avec des biberons de lait infantile, des solutés de réhydratation orale (SRO) seront proposés à votre bébé afin de prévenir tout risque de déshydratation. Si la diarrhée aiguë dure plus de 7 jours, le médecin ou pédiatre de l’enfant pourra dans ce cas prescrire de façon temporaire un régime pauvre en lactose, avec un lait infantile sans lactose adapté aux bébés, que vous pourrez vous procurer en pharmacie. Dans le cas d’une intolérance congénitale, le régime alimentaire de votre bébé devra être totalement sans lactose (présent dans le lait et les produits laitiers), et dans le cas d’une intolérance primaire, un régime transitoire sans lactose, lait infantile inclus, lui sera proposé jusqu’à disparition des signes cliniques.
  • Médicaments : En plus du régime d’éviction, la prise d’antihistaminiques ou de corticoïdes est souvent recommandée pour traiter certains symptômes de l’allergie, notamment l’urticaire ou l’eczéma. Par ailleurs, un choc anaphylactique doit obligatoirement être traité par injection intramusculaire d’adrénaline.
  • Adaptation de l'alimentation : Si votre enfant a une intolérance au lactose, il s’agit d’adapter son alimentation pendant quelques semaines afin que l’activité de la lactase reprenne progressivement. Les pédiatres ou les nutritionnistes peuvent prescrire des laits pauvres en lactose. Si l’intolérance au lactose est liée à une baisse d’activité de la lactase - l’enzyme chargée de la digestion du lactose - suite à une gastro-entérite par exemple, un lait pauvre en lactose peut être suffisant le temps que l’inflammation de la muqueuse intestinale disparaisse. Si l’enfant mange déjà « solide », ils préconiseront d’autres apports en calcium par le biais de produits laitiers plus faciles à digérer. « Hormis des cas d’intolérance très forte, les parents adaptent facilement les repas à cette sensibilité particulière de leur enfant (qui se régule généralement de lui-même, repérant les aliments qui lui font du bien) », poursuit-il.

Conseils supplémentaires

  • Il est aussi important de préciser que les boissons végétales (appelés lait mais correspondant plus à des purées ou des jus à partir d’amande, de soja ou de riz) non formulées spécifiquement pour les nourrissons, notamment celles vendues en grandes surfaces ou dans les magasins bios, ne conviennent pas aux besoins des bébés. Et, en consommation exclusive, elles entraînent de lourdes carences pour les tout-petits.
  • « Mais sachez qu’en cas d’intolérance au lactose, il peut tout à fait être possible de consommer des produits laitiers, comme certains fromages qui sont dépourvus de lactose, précise Emilie Fumet. De même, la consommation de beurre peut être autorisée, notamment dans les cas d’intolérance légère au lactose, car cet aliment contient très peu de lactose. « Quant aux yaourts, ils contiennent certes du lactose mais aussi de la lactase qui va aider à digérer le lactose, précise Emilie Fumet.
  • La suppression totale du lactose alors que le nourrisson ne présente pas d’intolérance sévère n’est pas la solution la mieux adaptée. Car, moins on stimule la lactase, plus son développement est compromis. Le risque est alors de voir l’intolérance s’aggraver avec le temps.
  • En bref, il est primordial de consulter le pédiatre ou médecin de votre enfant si votre bébé présente des troubles digestifs comme des diarrhées, des coliques, des régurgitations, des douleurs abdominales, etc.

Prévention des allergies alimentaires

Aucune méthode de prévention des allergies alimentaires ne fait aujourd’hui consensus auprès de la communauté scientifique. Plusieurs études récentes ont toutefois fait évoluer les pratiques des allergologues et des professionnels de santé. Ces études ont en effet pu démontrer que l’introduction précoce des aliments lors de la diversification alimentaire (en particulier des aliments à risque) réduisait les réactions allergiques chez le jeune enfant. Il est par exemple désormais conseillé de faire goûter du poisson à l’enfant dès l’âge de 4/6 mois, et d’introduire les fruits à coque sous forme de purée d’oléagineux par exemple (dont les cacahuètes) vers les six mois de l’enfant (mais pas avant). Par ailleurs, il peut aussi être recommandé de ne pas faire de régime d’exclusion lors de la grossesse et de l’allaitement.

Réversibilité de l'APLV

Au moment du diagnostic, il n’est pas possible de prévoir la durée de l’allergie aux protéines de lait de vache. Cependant, selon l’ESPGHAN, la Société Européenne de Gastroentérologie, Hépatologie et Nutrition Pédiatrique, environ 50% des enfants voient leur allergie disparaître spontanément avant l’âge d’1 an, 75% avant l’âge de 3 ans, et à 90% avant l’âge de 6 ans. Cependant, il est important de noter que chaque cas est unique et que certains enfants peuvent garder leur allergie plus longtemps. La recherche médicale estime que ces allergies disparaissent dans 80 à 90 % des cas avant l’âge de 2 ans. Certaines allergies peuvent être transitoires.

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