La conception de jumeaux est un sujet fascinant qui suscite de nombreuses questions. Comment se forme une grossesse gémellaire ? Pourquoi certaines femmes ont-elles plus de chances d’avoir des jumeaux que d’autres ? Cet article explore les différents types de jumeaux, les mécanismes de leur formation, et les facteurs qui influencent leur apparition.
Les différents types de jumeaux
Dès qu’on évoque la grossesse gémellaire, plusieurs termes reviennent : vrais jumeaux, faux jumeaux, monozygotes, dizygotes… Que signifient ces dénominations ?
Jumeaux monozygotes (vrais jumeaux)
Dans le cas des monozygotes (également appelés homozygotes), un seul ovule rencontre un seul spermatozoïde. Ensemble, ils forment un œuf. Mais au lieu de donner un seul embryon, cet œuf va se scinder en deux lors de la première division cellulaire, et aboutir, de division cellulaire en division cellulaire, à la formation de deux embryons. Ils ont exactement les mêmes chromosomes ; ils ont une parfaite ressemblance et ont le même sexe. Ces derniers donneront deux fœtus puis deux bébés au patrimoine génétique strictement identique, puisqu’issu du même spermatozoïde et du même ovule. La cause reste un mystère… La proportion de jumeaux monozygotes reste stable : 3 naissances pour 1000 enfants, et ce depuis que le monde est monde, et quels que soient les pays…
Lorsque l’œuf initial se divise en deux embryons dès la fécondation (jusqu’à 3 jours après environ), l’implantation des deux embryons se fait séparément dans l’endomètre, la muqueuse qui tapisse l’utérus. En conséquence, on parle de monozygotes bichorioniques et biamniotiques (ou dichorioniques et diamniotiques), pour signifier la présence de deux placentas (le chorion représentant la couche externe du placenta) et de deux poches de liquide amniotique.
Lorsque la séparation a lieu un peu plus tard au cours de la division cellulaire (4 à 8 jours après la fécondation), l’implantation se fait différemment de sorte qu’il y ait un seul placenta, un seul chorion mais deux sacs amniotiques. On parle de monozygotes monochorioniques et biamniotiques.
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Enfin, si la séparation des embryons a lieu 8 à 13 jours après la fécondation, on aura des jumeaux monozygotes monochorioniques et monoamniotiques. Ces derniers partagent le même chorion, le même placenta et le même sac amniotique, ou amnios. C’est la configuration la plus rare parmi ces trois-ci.
Jumeaux dizygotes (faux jumeaux)
Lors de l’ovulation, il arrive qu’un ovaire expulse deux ovocytes en même temps. C’est ce qu’on appelle une polyovulation, ou double ovulation, un phénomène qui est de plus en plus fréquent avec l’âge. Et il arrive ensuite que ces deux ovules soient fécondés par deux spermatozoïdes lors d’un rapport sexuel, donnant lieu à deux embryons différents. À noter que les deux spermatozoïdes peuvent être issus de deux hommes différents, si les deux rapports sexuels ont eu lieu de façon rapprochée et autour de l’ovulation. C’est un phénomène très rare, mais qui peut tout de même exister. Deux ovules ont été fécondés par deux spermatozoïdes. Ils ont des chromosomes différents ; ils ne se ressemblent pas (ou autant que 2 frères ou sœurs), mais ils peuvent avoir le même sexe, comme un sexe différent.
Chez les jumeaux dizygotes, à l’inverse des monozygotes, il n’y a pas de séparation de l’œuf en deux embryons, puisqu’il y a deux œufs différents dès le départ. Il s’agit alors de deux individus aussi distincts que des frères et sœurs, à la différence près qu’ils ont évolué en même temps dans l’utérus de leur mère. Les deux embryons évoluent alors dans deux sacs amniotiques et avec deux placentas et deux chorions (couche externe du placenta) différents. Issus de deux spermatozoïdes différents, ces embryons ne sont donc pas forcément du même sexe.
Le diagnostic de faux jumeaux est assez simple, mais dépend des configurations. En revanche, s’il s’agit d’une grossesse biochoriale et biamniotique mais que les fœtus sont de même sexe, il peut s’agir de jumeaux monozygotes (vrais jumeaux) comme il peut s’agir de jumeaux dizygotes (faux jumeaux). Seul un examen approfondi à la naissance permettra de savoir s’il s’agit de vrais ou de faux jumeaux, au vu de leur groupe sanguin, de leur rhésus ou de leur patrimoine génétique.
Jumeaux semi-identiques (sesquizygotes)
C’est assurément une grossesse gémellaire hors norme que des médecins australiens décrivent dans un article paru en ligne le 28 février 2019 dans The New England Journal of Medicine. Cette femme a porté des fœtus dont il s’avère qu’ils ne sont ni de « vrais jumeaux », ni de « faux jumeaux ». La réalité se situe entre les deux, comme nous allons le voir.
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Dans le cas des jumeaux semi-identiques, un seul ovule est fécondé par deux spermatozoïdes. En temps normal, cela est impossible puisque l’ovule, qui renferme 23 chromosomes, ne peut être fécondé que par un spermatozoïde comportant également 23 chromosomes. Cela donne les quarante-six chromosomes propres à la génétique humaine. Or, ici, trois jeux de 23 chromosomes sont entrés en action pour former ces jumeaux.
Après la double fécondation, l’œuf s’est retrouvé, outre son jeu de 23 chromosomes, avec deux autres jeux de 23 chromosomes provenant des deux gamètes mâles. L’œuf contenait donc trois jeux de 23 chromosomes, un provenant de la mère et deux issus du père. Selon les auteurs, seules les cellules qui se sont développées à partir du matériel génétique des deux parents (cellules biparentales) ont été intégrées dans le processus ayant conduit à la gémellité. Les cellules uniparentales, contenant le matériel génétique des deux spermatozoïdes mais aucune contribution maternelle, se sont probablement arrêtées de se diviser.
Dans ces embryons gémellaires, certaines cellules contiennent les chromosomes paternels provenant du premier spermatozoïde, tandis que d’autres cellules contiennent des chromosomes paternels provenant du deuxième spermatozoïde. Ces jumeaux n’ont donc pas un ADN identique d’origine paternelle. Les chercheurs indiquent que ces embryons gémellaires partagent 100 % des gènes maternels mais n’ont en commun que 77,7 % d’ADN paternel.
Les deux jumeaux sont donc génétiquement identiques pour leur mère mais diffèrent pour ce qui concerne la composition en ADN hérité de leur père. Les jumeaux ont pour formule génétique 46, XX/46, XY. L’un possède 47 % de cellules avec chromosome X et 53 % des cellules avec chromosome Y. Il s’est développé en garçon. L’autre, qui s’est développé en fille, possède 90 % de cellules avec un chromosome X et 10 % de cellules dotées d’un chromosome Y. Or les cellules d’une fille ne possèdent normalement aucun chromosome Y. Les généticiens parlent de chimérisme pour désigner cette situation dans laquelle des cellules de formule génétique différente coexistent chez un même individu. Un phénomène qui ne peut s’expliquer que par la fécondation d’un même ovule par deux spermatozoïdes différents.
Les chercheurs indiquent avoir réalisé des analyses génétiques poussées sur 968 paires de jumeaux et n’avoir identifié aucun cas de jumeau de ce type. La survenue de jumeaux semi-identiques est donc un événement extrêmement rare. C’est la première fois au monde que l’on détecte, au cours d’une grossesse, l’existence de jumeaux semi-identiques.
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Facteurs influençant la conception de jumeaux
La conception des jumeaux est un processus complexe et fascinant, influencé par des facteurs génétiques, hormonaux et environnementaux.
Facteurs génétiques
Les antécédents familiaux jouent un rôle important dans la conception de jumeaux, mais uniquement pour les jumeaux dizygotes. Quant au facteur héréditaire pour les grossesses gémellaires, il existe bel et bien, mais il se transmet seulement par les femmes, puisqu'il s'agit d'une prédisposition à émettre plusieurs ovules qui pourraient être fécondés en même temps.
Âge maternel
Malgré tout, il semblerait qu'avoir un enfant très tôt (avant 18 ans) ou très tard (après 40 ans) soit un facteur de risque… Les faux jumeaux sont plus fréquents ; ils concernent 2/3 des grossesses gémellaires. Là aussi, l'âge de la mère compte : à 20 ans, on a naturellement 5,8 chances pour 1000 d'avoir des jumeaux, contre 13 pour 1000 après 35 ans. Comme si Dame Nature mettait les bouchées doubles pour assurer malgré tout la reproduction de l'espèce !
Assistance médicale à la procréation
Autre facteur : les stimulations ovariennes et autres procréations médicalement assistées. Le risque de grossesse multiple dépend du nombre d'ovocytes qui arrivent à maturité ou du nombre d'embryons replacés dans l'utérus en cas de fécondation in vitro. C'est actuellement la principale cause de grossesse gémellaire.
Grossesses multiples d'ordre supérieur (triplés, quadruplés, etc.)
Ces dénominations de monozygotes et dizygotes s’appliquent à la grossesse gémellaire, mais aussi aux grossesses multiples au-delà des jumeaux. Des triplés peuvent ainsi être monozygotes, issus d’un seul ovule et d’un seul spermatozoïde, ou trizygotes, issus de trois ovules et de trois spermatozoïdes. Et il en va de même pour les quadruplés, les quintuplés, etc.
Les grossesses triples ou quadruples spontanées sont exceptionnelles (moins de 10 % de l'ensemble des grossesse de triplés/quadruplés). Elles sont dans la très grande majorité des cas la conséquence d'une aide médicale à la procréation, le plus souvent une stimulation de l'ovulation avec ou sans insémination artificielle. Les fécondations in vitro sont actuellement moins fréquemment responsables de grossesses multiples car le nombre d'embryons transféré est le plus souvent limité à 2.
Lorsque l'échographiste vous annonce "vous attendez des triplés", il peut s'agir de triplés provenant d'un oeuf divisé en 3 ("vrais" triplés, grossesse spontanée), de 3 œufs différents ("faux" triplés, suite à une hyperstimulation des ovaires), ou de "vrais" jumeaux provenant de la division d'un premier oeuf et d'un troisième embryon issu d'un deuxième oeuf. Même chose pour les quadruplés. Il se peut que ce soit le résultat d'un œuf divisé en 4 ("vrais" quadruplés, grossesse spontanée), de 4 œufs différents ("faux" quadruplés, le plus souvent suite à une hyperstimulation des ovaires), de 2 oeufs qui se divisent chacun en 2 (deux fois des "vrais" jumeaux, très très rare). Ou d'un œuf qui se divise en 2 ("vrais" jumeaux) et de 2 embryons issus chacun d'un œuf.
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