La maternité est une aventure unique, qui prend une dimension particulière lorsqu'elle se déroule à l'étranger. Accoucher au Japon suscite de nombreuses questions et soulève des spécificités culturelles et médicales qu'il est important de connaître. Ce guide explore les aspects clés de la grossesse et de l'accouchement au Japon, des particularités du système de santé aux pratiques traditionnelles, en passant par les aspects financiers et le soutien disponible pour les expatriées.

Un Système de Santé Performant, Mais Partiellement Non Remboursé

Le Japon est réputé pour son système de santé de haute qualité, doté d'hôpitaux modernes et d'un personnel médical compétent. Dans le cas de Tokyo, il est possible d'être suivie par un gynécologue qui parle au moins anglais, et connaît les processus en vigueur dans les pays occidentaux. Toutefois, il est crucial de noter que la grossesse n'est pas considérée comme une maladie au Japon et n'est donc pas entièrement remboursée par la sécurité sociale japonaise.

Une partie des frais est prise en charge par la collectivité. Les mairies offrent, selon les municipalités, 3 à 4 tickets pour des consultations gratuites et parfois une aide à domicile pour les premières semaines au retour de la maternité. D’autres préfèrent donner une somme à la naissance. Reste qu’accoucher au Japon coûte cher et que les parents couverts par un régime d’expatrié sont favorisés. Quand on est moins bien couvert, il faut moduler son projet de naissance en fonction de ses moyens : choix de la maternité, réalisation examens supplémentaires, administration d’une péridurale.

Suivi de Grossesse : Un Mélange de Routine et d'Obsession du Poids

Le suivi de la grossesse au Japon est similaire à celui pratiqué en France, avec des consultations mensuelles comprenant des tests d'urine et de sang, une prise de tension, une pesée, la mesure de l'utérus et une échographie. Le gynécologue fait une écho très brève tous les mois, dès le premier, afin de vérifier que tout va bien. Passée la surprise, c’est assez rassurant confient certaines mamans, surtout quand c’est le premier.

Cependant, une particularité notable est l'attention portée au poids de la future maman. Certains médecins japonais sont obsédés par la prise de poids et mènent une véritable guerre à leurs patientes. En général, ils posent une limite à 10kg, grand maximum, quand on tolère 9 à 12 en France. Plusieurs mamans racontent qu’elles appréhendaient ce regard inquisiteur sur l’aiguille, sachant qu’un sermon allait suivre la pesée… Toutes les raisons sont bonnes, vagin « trop gras et pas assez musclé » pour sortir un bébé, table de travail « pas assez solide » pour supporter plus de poids, chaque médecin à la sienne. Derrière ces affirmations un peu farfelues se cachent surtout l’idée d’éviter un accouchement à complications dû un enfant « trop » gros. D’ailleurs, une enquête japonaise montre que les nouveaux nés japonais ont tendance à rétrécir d’année en année (Asahi Shimbun). L’obsession du poids a aussi gagné les mamans.

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Accouchement : Médicalisation et Particularités Culturelles

L’accouchement se déroule principalement en milieu médicalisé de façon très encadrée. Pour rejoindre la maternité, il existe un service spécial de taxi dispo 24/7, réservable à l’avance. Le chauffeur sait exactement où venir vous chercher et à quel hôpital il doit vous déposer. Le papa a le droit d’assister à l’accouchement, sauf en cas de complications.

Une autre spécificité culturelle est la difficulté d'obtenir une péridurale. Oui, oui, vous avez bien lu ! Celle-ci n’est pas systématiquement proposée et reste difficile à obtenir (sauf à faire appel au fameux Docteur Sakamoto, seul obstétricien japonais à s’être placé sur le créneau des accouchements d’expat). Beaucoup d’étrangères se sont ainsi entendues dire que si elles accouchaient pendant les heures de travail de l’anesthésiste, ce serait possible, mais que s’il n’était pas là, eh bien, il faudrait s’en passer. Traditionnellement, les Japonaises font sans.

Séjour à la Maternité : Un Moment de Repos et d'Apprentissage

La durée du séjour à la maternité est plus longue qu'en France : 5 jours en moyenne, 7 pour une césarienne. Si beaucoup de femmes étrangères redoutent d’abord ce séjour prolongé, elles en ressortent souvent enchantées. Les infirmières et les sages-femmes sont « zen » (au sens japonais), très présentes car bien plus nombreuses et disponibles qu’en France, la cuisine est appétissante et l’environnement agréable. Pendant ce séjour, elles montrent les gestes de soins et les aident à enclencher l’allaitement.

Le Rôle du Père et le Soutien Familial : Un Contraste Culturel

Traditionnellement, le père japonais est complètement exclu de la maternité. Les Japonaises ont longtemps eu l’habitude de rentrer chez leurs parents ou de faire venir leur mère pendant plusieurs semaines avant et après la naissance, pour les aider avec le bébé. Il est habituel que la jeune maman ne sorte pas son enfant avant un mois. Sa mère va donc faire les courses à sa place, s’occuper du ménage et des autres tâches ménagères pendant qu’elle allaite et prend soin du nouveau-né. Le papa reste seul à la maison ou s’arrange pour rentrer moins souvent. L’objectif est de soulager sa femme des repas, mais aussi d’être le moins possible perturbé dans son travail. Il n’est d’ailleurs pas plus impliqué dans les années qui suivent, son épouse étant seule responsable du foyer.

Pour les étrangères, le retour à la maison est au contraire souvent synonyme de solitude. Beaucoup d’expats signalent cet aspect qu’elles avaient elles-mêmes mal anticipé. Trouver son équilibre avec un nourrisson n’est jamais chose facile, mais quand on est seule à faire face, c’est parfois trop d’un coup. Le conjoint travaille, la famille est loin ou ne vient que pour quelques jours, il est difficile de sortir longtemps avec un petit bébé… bref, on se sent isolée, et parfois un peu désespérée. Plusieurs mamans confient que le papa a alors joué héroïquement le rôle de défouloir. A lui, on peut balancer tout de go et dans sa langue toutes ses angoisses et ses frustrations. Messieurs, soyez prévenus !

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Césariennes au Japon : Tendances et Considérations

Comme dans beaucoup de pays, le Japon a tendance à recourir de plus en plus à des césariennes.

Après une césarienne, la cicatrice de l’utérus le rend plus fragile. Il est donc important de savoir combien de temps faut-il attendre entre césarienne pour se lancer à la recherche d’une nouvelle grossesse. Cela peut se produire pour diverses causes : problèmes médicaux de la mère ou du fœtus, complications lors de l’accouchement et, parfois, sur décision personnelle de la mère. La césarienne est dans certains cas programmée et dans d’autres cas effectuée en urgence, en cas de danger immédiat pour la santé de la mère ou du fœtus.

Habituellement, la cicatrice est horizontale, et la cicatrice segmentaire. Il existe toutefois des cas dans lesquels l’incision sur le ventre est verticale. Une fois la chirurgie réalisée, l’utérus présente une cicatrice qui constitue un point particulièrement fragile dans la paroi de l’utérus. Pendant la croissance qui suit une césarienne, l’obstétricien devra contrôler la paroi de l’utérus en effectuant une échographie et un suivi de la grosseur de la cicatrice tout au long de la grossesse. La cicatrisation de l’utérus ne dépend pas de la façon dont se présente la cicatrice sur la peau ou de l’aspect que pourrait avoir le ventre au fil des mois après l’accouchement.

En règle générale, nous conseillons de ne pas rechercher de grossesse avant un an à compter de la césarienne. Bien qu’il soit recommandé d’attendre une certaine période avant toute nouvelle grossesse, il ne faut pas s’alarmer si la grossesse arrive avant un an, y compris dans la quarantaine. Les risques obstétriciens liés à une césarienne antérieure sont la rupture utérine (car, comme indiqué précédemment, l’utérus qui a subi une césarienne possède une zone plus fragile). Après une première césarienne, il existe un risque élevé que le second accouchement soit également de cette manière. Tout dépend du motif pour lequel la première césarienne a été réalisée (par exemple, si la première césarienne s’est effectuée en raison de la position fesses en bas du fœtus et si la deuxième grossesse a lieu avec un fœtus tête en bas, un accouchement vaginal est possible). Il est déconseillé de réaliser plus de trois césariennes, car le risque de complications s’accroît avec chaque nouvelle grossesse. Chaque nouvelle césarienne fragilise davantage l’utérus, car la cicatrice est toujours au même endroit. Une fois de plus, il est important de souligner que chaque femme est différente et que cette recommandation générale peut donc varier selon chaque patiente.

Conseils et Soutien pour une Grossesse Sereine au Japon

Une grossesse au Japon est donc comme toutes les grossesses, une aventure. Elle est certes rendue un peu plus tortueuse par la langue et la culture, mais elle n’est pas insurmontable. De bons réseaux, un médecin de confiance et un soutien local, sont les clefs d’une grossesse sereine.

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Il ne faut pas hésiter à demander de l’aide, pas de fierté qui tienne. Heureusement pour les non-japanophones, le réseau de solidarité expat est extrêmement soudé et efficace. Des groupes comme Tokyo Mothers Group, Tokyo Pregnancy Group, organisent des réunions régulières. Des sites spécialisés fourmillent également d’informations et de ventes de seconde main.

Tendances Mondiales en Matière d'Accouchement : Le Japon en Perspective

Si partout à travers la planète, l'accouchement semble naturel, chaque pays a sa manière particulière d'accompagner une naissance. Des habitudes parfois nées de croyances anciennes mais plus souvent induites par l'évolution de la société et de la science.

Dans le monde, le taux de césariennes n'arrête pas de grimper. De nos jours, près d'un bébé américain sur trois naît ainsi par césarienne, et de nombreux autres pays présentent des taux bien supérieurs aux 15 % recommandés par l'Organisation mondiale de la santé : 38 % en Italie d'après les dernières statistiques sanitaires mondiales et même 48 % en Iran. En Amérique du Sud, cela semble être aussi devenu monnaie courante puisque le Mexique, le Chili ou encore la Colombie dépassent largement les 30 % d'accouchements par césarienne. Comparés à ces taux, les 20 % de césariennes en France sembleraient presque acceptables ! Tous ces chiffres restent cependant loin derrière ceux du Brésil, le pays qui pratique le plus de césariennes. Plus d'une femme sur deux a en effet recours à cette opération (56 %). C'est notamment dans la frange la plus fortunée du pays que la césarienne fait fureur : les Brésiliennes jugent l'accouchement par voie basse « primitif ». Mais cette habitude est surtout lucrative pour les obstétriciens du privé, payés à l'opération : la césarienne, programmable et rapide, est plus « rentable ». Cette « tendance » - que le gouvernement perçoit plutôt comme une « épidémie » et qu'il tente d'enrayer - pourrait venir à diminuer dans les prochaines années.

Aux Pays-Bas en revanche, la question d'un surcroît de césarienne ne risque pas de se poser. Le modèle néerlandais favorise les naissances à domicile et limite la médicalisation des grossesses à bas risque, même si la demande des femmes tend à évoluer. Le taux d'accouchement à domicile atteint aux Pays-Bas plus de 30 %, contre 2 % en moyenne dans le reste de l'Europe. Les sages-femmes ont en effet des formations très poussées et les futures mamans ne voient pas de gynécologue pendant leur grossesse, sauf problèmes de santé. Dans la plupart des autres pays européens, accoucher à domicile est souvent vu d'un mauvais œil et considéré comme dangereux pour la maman et son enfant. Quand les Néerlandaises accouchent à l'hôpital, par choix ou nécessité de santé, elles n'y restent pas : la sortie s'effectue la plupart du temps seulement quelques heures après la naissance (au plus tard 24 heures après). En revanche, une kraamverzorgster, « aide familiale », vient à domicile les jours suivants l'accouchement pour aider la jeune maman dans les tâches matérielles, la conseiller pour l'allaitement, voire pour les soins au bébé. La sage-femme continue elle aussi de rendre visite aux jeunes parents pour contrôler l'état de santé de la maman et du bébé. Puisque l'accouchement aux Pays-Bas est très peu médicalisé, les Néerlandaises ont très rarement recours à la péridurale.

C'est également le cas au Japon, où les femmes accouchent pourtant aujourd'hui majoritairement en maternité. La raison ? Cet acte médical y est facturé très cher. Et une fois le bébé mis au monde, la maman ne garde pas son nourrisson avec elle : il reste en pouponnière pendant son séjour à la maternité et ne voit sa maman qu'au moment de la tétée. La présence du père pendant l'accouchement est quant à elle interdite dans certains établissements ou payante dans d'autres - ce qui en dissuade plus d'un d'être présent au côté de sa compagne ! A vrai dire, au pays du soleil levant, aucun frais de grossesse n'est remboursé puisque l'arrivée du bébé n'est pas considérée comme une maladie.

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