Nicolas Bessone, âgé de 57 ans, incarne un magistrat expérimenté et déterminé, dont le parcours professionnel l'a mené à travers diverses juridictions en France. Son profil se distingue par un engagement constant dans la lutte contre la criminalité organisée et la délinquance financière, ainsi que par une volonté affirmée de moderniser les pratiques judiciaires. Sa récente nomination au poste de procureur de la République de Marseille marque un retour aux sources pour cet homme de terrain, bien conscient des défis qui l'attendent.

Un Parcours Riche et Varié au Service de la Justice

Après un tour de France des tribunaux judiciaires, de Strasbourg à Orléans en passant par Bastia, le procureur Nicolas Bessone a pris la tête de l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc).

Nicolas Bessone a gravi les échelons de la magistrature, débutant sa carrière comme substitut du procureur à Strasbourg en 1994. Son parcours l'a ensuite conduit à Marseille, où il a exercé de 2004 à 2008 en tant que vice-procureur de la République. Cette période a été marquée par sa participation à la création de la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS), une structure dédiée à la lutte contre le crime organisé et la délinquance financière. Il participe avec Charles Duchaine, - son prédécesseur à la direction de l’Agrasc, à la création de la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS). Cette expérience lui a permis d'acquérir une connaissance approfondie des enjeux liés à la criminalité complexe et de développer une approche novatrice en matière de coopération judiciaire.

Avant d’être nommé procureur adjoint à Toulon Pour six ans, il participe avec Charles Duchaine, - son prédécesseur à la direction de l’Agrasc, à la création de la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS).

Son passage en Corse, d'abord à Bastia puis à Orléans comme procureur de la République de 2017 à 2020, a été une étape importante de sa carrière. Il décrit cette période comme une expérience contrastée, faite de succès et d'échecs, mais toujours marquée par une volonté de faire progresser la justice. « En Corse j’ai eu quelques succès mais j’ai eu des échecs aussi. Ce n’est pas Bessone qui en trois ans va changer le système multiséculaire qui remonte même aux gênois », ironise-t-il dans cette idée que « les hommes passent, les institutions et les affaires restent ». Il a notamment œuvré pour renforcer la lutte contre la délinquance économique et financière, en s'appuyant sur une approche volontariste et une conviction forte que "les affaires appellent les affaires". Bastia est alors le seul pôle économique et financier du pays après lacération en 2013 du parquet national financier. « Il faut faire preuve de volontarisme pour engager une sorte de cercle vertueux, prône-t-il. J’ai toujours été convaincu quelles affaires appellent les affaires ».

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Après la Corse, Nicolas Bessone prend la direction d’Orléans, où il sera également procureur, de 2017 à 2020.

Plus récemment, Nicolas Bessone a occupé le poste de directeur de l'Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC). Dans cette fonction, il a contribué à renforcer l'efficacité de la politique de saisie et de confiscation des avoirs criminels, en permettant de financer des actions de prévention et de lutte contre la criminalité. Les confiscations initiées par Bessone rapportent à l'État. Pour 2022, 200 millions d'euros vont atterrir directement dans les caisses de Bercy par ce biais. En 2021, c'était 150 millions d'euros.

Marseille : Un Retour aux Sources et un Défi Majeur

La nomination de Nicolas Bessone à Marseille marque un tournant important dans sa carrière. Sa nomination a été validée par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM). De 2004 à 2008, il y occupe en effet les fonctions de vice-procureur de la République. Fort de son expérience et de sa connaissance du terrain, il est appelé à relever des défis considérables dans un contexte marqué par une criminalité persistante et une violence accrue.

Il succédera donc à l'actuelle procureure de Marseille, Dominique Laurens, en poste depuis trois ans. A 57 ans, le nouveau procureur de la République de Marseille arrive en terrain miné. Miné par les "narchomicides" qui ont produit près de 50 morts, 80 fusillades et plus de 110 blessés en un an. Pourtant, justice et police viennent d’obtenir de jolis résultats sur le terrain, notamment avec l’arrestation de plusieurs membres des équipes DZ Mafia et Yoda, qui se livrent une guerre de sang sur le pavé marseillais.

Un de ses domaines de prédilection, lutter contre le grand banditisme, les trafics de drogue et le crime organisé. Le futur procureur de la République connaît bien Marseille. Sa nomination est un retour dans un territoire sur lequel il a travaillé de 2004 à 2008. En 2004, Nicolas Bessone pose ses valises à Marseille. Cette entité lutte contre le crime organisé et la délinquance financière. « C’était un véritable laboratoire pour la lutte contre le crime organisé. Un moment assez fantastique dans une carrière. Il y avait une ambiance extraordinaire. Nous étions très unis, très soudés.

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Conscient de l'ampleur de la tâche, Nicolas Bessone aborde ses nouvelles fonctions avec un "état d'esprit combatif" et une volonté de mettre en œuvre des stratégies innovantes pour lutter contre le narcobanditisme et la criminalité organisée. Il est lucide quant à la gravité de la situation, reconnaissant que "l'on n'a jamais atteint un niveau de règlements de comptes de cette nature à Marseille". Interview. Vous êtes le nouveau procureur de la République de Marseille, officiellement installé dans ses fonctions par le garde des Sceaux le 20 novembre dernier. Quel regard portez-vous sur les chiffres du narcobanditisme ? La tâche n’est-elle pas immense ? Avez-vous une potion magique ? Nicolas Bessone : J’arrive avec un état d’esprit combatif mais la situation est grave. On n’a jamais atteint un niveau de règlements de comptes de cette nature à Marseille, et pourtant, pour les plus anciens d’entre nous, on peut se rappeler les grandes années 1992-1993 et la reprise de la discothèque "Le Rétro 25". Historiquement, il y avait eu vingt-cinq règlements de comptes liés à cette simple reprise. Même si Marseille a malheureusement toujours été une ville violente, une ville qui a connu la criminalité organisée, cela questionne. Il faut donc faire preuve d’un grand volontarisme, mais également d’une grande modestie.

Il entend s'appuyer sur les moyens accrus dont dispose désormais le parquet de Marseille, avec 56 magistrats contre 35 il y a dix ans, et 27 juges d'instruction contre 17 en 2005. Déceler les circuits de blanchiment » Vous disposez quand même de moyens accrus par rapport aux années 2000 ou 2010 ? J’ai des moyens : 56 magistrats du parquet contre 35 il y a dix ans, et 27 juges d’instruction contre 17 en 2005. On va essayer de mettre en place avec les magistrats et la police judiciaire des stratégies pour contenir, voire commencer à réduire le phénomène. Les efforts ont aussi été portés sur la sixième chambre correctionnelle, et la septième chambre, qui est la chambre de lutte contre la criminalité organisée. Une de mes volontés est aussi, chaque fois qu’on le pourra, de déceler les circuits de blanchiment pour récupérer les avoirs criminels et affaiblir durablement les organisations criminelles. Il souhaite également renforcer la coopération avec la police judiciaire et mettre en place des stratégies ciblées pour démanteler les réseaux criminels et déceler les circuits de blanchiment.

Priorités et Innovations pour une Justice Plus Efficace

Nicolas Bessone a déjà affiché plusieurs priorités et propositions novatrices pour améliorer l'efficacité de la justice à Marseille. Parmi celles-ci, on peut citer :

  • Le recours accru aux "collaborateurs de justice" : Il souhaite élargir le statut de collaborateur de justice aux personnes ayant commis des crimes graves, ainsi qu'aux "nourrices" qui détiennent des informations précieuses sur les réseaux criminels. Ouvrir le statut de collaborateur de justice à ceux qui ont du sang sur les mains » Vous avez, je crois, d’autres idées en tête ? Ce sont des idées que je lance qui imposeront des modifications législatives. Si nous voulons développer le recours aux "collaborateurs de justice", il faut naturellement qu’il y ait une évolution législative. Et il faudra notamment ouvrir ce statut par le haut, c’est-à-dire à ceux qui ont du sang sur les mains, n’ayons pas peur des mots, les personnes qui sont poursuivies pour assassinat, tentative ou commandite, ce qui n’est pas pour l’instant autorisé. Mais aussi développer ce statut pour d’autres, notamment avec les "nourrices" (NDLR : celles et ceux qui gardent l’argent ou les stups du réseau), qui voient plein de choses, qui ne parlent pas à cause de la peur et des pressions qu’elles subissent dans le cadre de la cité. Pourquoi ne pas leur faire bénéficier du statut de « collaborateur allégé »? Elle parle, vous lui faites une application de peine réduite, vous la sortez de la cité, et naturellement vous avez recours à un accompagnement social pour lui trouver un emploi.
  • L'extension de la compétence des magistrats professionnels aux affaires d'assassinats en bande organisée : Il estime que ces affaires, qui présentent des similitudes avec des actes terroristes, devraient être jugées par des magistrats professionnels plutôt que par des cours d'assises composées de jurés populaires. On peut aussi se poser la question de l’adéquation d’une cour d’assises composée de jurés populaires pour juger les assassinats en bande organisée. Non pas que les jurés ne soient pas capables de comprendre une preuve complexe (facturation détaillée, géolocalisation…), mais c’est le climat qui règne dans ces cours d’assises avec souvent des pressions et des menaces qui questionne. C’est compliqué pour les jurés de s’engager dans ce type de procédures. Pour 20 euros volés, ils deviennent la chair à canon du trafic » Et donc, vous voudriez étendre la compétence des magistrats professionnels à ces dossiers d’assassinats comme pour les affaires d’importation de stupéfiants en bande organisée ? Exactement. On est plusieurs magistrats à le dire. Quand on voit l’évolution de ces narcotrafics ou de ces "narchomicides", par certains côtés, cela ressemble pour beaucoup à des actes terroristes. Qui imaginerait aujourd’hui de faire juger des terroristes par une cour d’assises composée de jurés populaires ? C’est une autre idée.
  • L'ouverture d'enquêtes sur le fondement juridique de la "traite des êtres humains" : Il considère que les jeunes "charbonneurs" (vendeurs de drogue) sont à la fois des auteurs d'infractions pénales et des victimes de l'exploitation par les réseaux criminels. On doit être ferme dans la répression. J’ai aussi proposé d’ouvrir des enquêtes sur le fondement juridique de la « traite des êtres humains ». Car nos jeunes "charbonneurs" (vendeurs) sont naturellement des auteurs d’infractions pénales, mais ils sont également des victimes, quand on voit le traitement qu’ils subissent de la part des réseaux. Avec les tortures pour vingt euros volés pour s’acheter un sandwich, ils deviennent un peu la chair à canon du trafic. On a encore eu récemment un jeune homme sérieusement blessé, avec un simulacre d’exécution, puisqu’il a été aspergé d’essence et retrouvé à moitié nu dans les collines derrière Marseille.
  • La mise en place de synergies entre la lutte contre la criminalité organisée et la délinquance économique et financière : Il souhaite s'inspirer du modèle italien du "doppio binario" pour ouvrir des enquêtes à la fois pour association de malfaiteurs et pour blanchiment. Ce que je souhaite aussi, c’est mettre en place des synergies supplémentaires entre la criminalité organisée et la délinquance économique et financière, à l’instar de ce que font nos voisins italiens, ils appellent cela le « doppio binario », le « double quai », en ouvrant une enquête à la fois pour association de malfaiteurs, mais en même temps pour blanchiment.

Un Engagement Fort pour la Justice et la Sécurité à Marseille

Au-delà de la lutte contre le narcobanditisme, Nicolas Bessone entend également s'attaquer à la délinquance de voie publique et aux atteintes à la probité et à l'environnement. Je suis le procureur de Marseille, je ne suis pas que le procureur de la Jirs (Juridiction interrégionale spécialisée). Il n’est pas question d’abandonner la Corse ni les affaires corses, alors qu’on commence à avoir des résultats, à marquer des points. Il faut qu’on prenne des affaires à Nice, à Perpignan, à Montpellier. Il faut qu’on continue à développer nos relations avec nos collègues espagnols et italiens. Je ne suis pas que le procureur du grand banditisme. Mais à Marseille, on cumule tout. J’ai également une délinquance de voie publique, la petite délinquance du quotidien, qui peut être violente. On a également des actions à mettre en œuvre en concertation avec la préfète de police, notamment avec un « plan centre-ville » qui me paraît pertinent, avec des réponses judiciaires adaptées sur les ventes à la sauvette. Par ailleurs, il est de mon devoir d’appliquer les directives du politique. Les circulaires du garde des Sceaux s’imposent à nous, notamment avec la protection des femmes dans le cadre des violences intra-familiales et des mineurs. Là aussi, nous n’avons pas le droit à l’erreur. Ma section a été renforcée, elle est composée de douze magistrats. Nous devons éviter les drames et protéger les plus vulnérables. Enfin, la dernière priorité est la poursuite des infractions économiques et financières, des atteintes à la probité, et des atteintes à l’environnement. Vaste programme ! Il se dit déterminé à appliquer les directives de politique pénale, notamment en matière de protection des femmes victimes de violences intra-familiales et de protection des mineurs.

Il souligne l'importance d'une coopération étroite avec la préfète de police et les autres acteurs de la sécurité publique pour mettre en œuvre des actions coordonnées et efficaces. Je ne souhaite pas que l’OM devienne un sujet judiciaire » Vous entendez travailler main dans la main avec madame la préfète de police. Un vrai binôme dans la lutte contre le crime organisé, c’est important pour vous ? Oui, les premiers contacts que j’ai eus avec elle sont excellents. J’apprécie son volontarisme, son dynamisme, dans le respect des compétences de chacun. L’OM, c’est une situation qui vous préoccupe en ce moment ? J’espère vraiment que l’OM va rester une fête. Que le sport reste le sport. Et je ne souhaite pas que l’OM devienne un sujet judiciaire. Après le match OM-OL, le match annulé, et la blessure de Fabio Grosso, j’étais au stade avec madame la préfète de police, nous avons fait le tour du dispositif, je lui ai montré comment on faisait en judiciaire, elle m’a montré comment elle gérait l’ordre public. On veut se comprendre. Nous avons les mêmes objectifs.

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Nicolas Bessone est également conscient des enjeux liés à la réforme de la police judiciaire et se dit vigilant quant à la préservation de l'autonomie de la PJ dans la gestion des affaires sensibles. Quel regard portez-vous justement sur la réforme de la police judiciaire ? Réforme très controversée. Ne craignez-vous pas pour la conduite de certaines enquêtes, qui pourraient être mises en échec par une reprise en main du politique ? La réforme est effectivement passée. Il ressort du décret d’application que les magistrats conserveront la liberté de choix du service d’enquête. En revanche, le fait que le chef de la filière PJ soit soumis à un directeur départemental de la police nationale (DDPN), ce qui n’était pas le cas jusque-là, puisque la PJ était totalement autonome, peut poser question. Notamment dans la gestion des affaires économiques et financières. Il conviendra d’être vigilant. Il faut naturellement garantir la totale autonomie de la PJ dans la gestion des affaires sensibles, ce qui a fait la grandeur de l’institution. Je dirais donc, en résumé : optimisme raisonné et vigilance…

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