Nathalie Pernette est une figure marquante de la danse contemporaine française. Son parcours atypique et son esthétique distinctive la distinguent dans le paysage chorégraphique. Ce portrait explore sa vie, son évolution artistique et son engagement envers la danse et son public.
Une Personnalité Distinctive
Nathalie Pernette est immédiatement reconnaissable à son apparence singulière. Juvénile et androgyne, avec son crâne rasé et ses lunettes rondes imposantes, elle évoque une combinaison entre un moine Shaolin et une version espiègle de Brigitte Fontaine. Son rire, à la fois malicieux et discret, contraste avec une certaine austérité apparente, suggérant un esprit indépendant et un sens de l'humour subtil.
Enfance et Premiers Pas dans la Danse
Née en 1965 au Creusot, Nathalie Pernette grandit à Montceau-les-Mines, une ville marquée par l'industrie sidérurgique et minière. Elle évolue dans un environnement familial d'artistes plasticiens, où la créativité est encouragée et l'accès à la culture facilité. C'est en explorant des livres d'art figuratif qu'elle découvre sa sexualité. Afin de favoriser sa socialisation, un médecin lui recommande la pratique artistique et l'adoption d'un chat. Bien qu'elle reste initialement réservée, elle trouve dans la danse un moyen d'expression et de connexion avec les autres.
Dès qu’elle entendait de la musique, elle dansait ! La danse devient pour elle un langage, une manière d'explorer le silence, la musique, l'espace et le temps, et d'y puiser une source d'inspiration extraordinaire. Elle se l'approprie comme un outil pour créer des mondes et inventer de nouvelles réalités. À l'âge de huit ans, elle commence par des cours de danse classique, la seule option disponible à l'époque dans sa région. Elle y acquiert une "netteté du mouvement et précision". Elle s'initie ensuite au modern jazz et à la méthode Irène Popard, où elle développe son émancipation dans un cadre plus libre.
Formation et Premières Expériences à Paris
Comme beaucoup de danseurs de sa génération, Nathalie Pernette monte à Paris, où elle vit de 1983 à 1997. Elle suit les cours de Françoise et Dominique Dupuy, figures pionnières inspirées par le style expressionniste allemand. Elle y découvre un nouveau langage chorégraphique basé sur l'improvisation et des pratiques déstabilisantes. Cependant, dès 1987, elle se lasse du rôle d'interprète au service d'autres artistes. Elle réalise qu'elle préfère créer ses propres mouvements, pièces et univers.
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Dans les années 90, elle expérimente la danse dans des espaces "autres" : un ascenseur, un cimetière, une usine. Mais la scène la "happe". Sa rencontre avec Andréas Schmid est déterminante et les conduit à créer leur compagnie et à concevoir ensemble six pièces originales. Cette période marque une entrée remarquée dans la vie d'artiste et de femme. Nathalie Pernette expérimente avec son apparence, arborant des cheveux roses ou bleu vif, puis adoptant le crâne rasé. Elle décrit ces "dix années remuantes, complexes, et en même temps fondatrices, celles d’une jeunesse en recherche (déjà !), libre d’aller ici ou là, au gré des désirs et des nécessités du moment, des années punks, urbaines et déjà androgynes."
Collaboration avec Andréas Schmid
L'histoire d'amour avec Andréas Schmid se nourrit d'une passion commune pour l'art, en particulier les arts plastiques. Andréas, "moins formaté", a commencé la danse à vingt-quatre ans. Il apporte son regard d'architecte, tandis que Nathalie affine en studio une gestuelle personnelle qui contient en germe son style actuel. Les Ombres portées, une pièce influencée par le cinéma, l'expressionnisme et l'univers urbain, leur permet de faire le point : "C’est une histoire de combat, mais non narrative, plutôt abstraite. Gestuellement, elle aborde les coups portés et reçus, les pertes de conscience." Vient ensuite l'étape de la fission, la séparation et l'apprentissage nécessaire de la solitude. Elle s'interroge : "Qui est-on, à nouveau seul ? Comment a-t-on envie de marcher ?"
Installation à Besançon et Engagement Territorial
Nathalie Pernette quitte Paris en 1997 et s'installe à Besançon, une ville où elle était régulièrement invitée par Daniel Boucon, alors directeur du Théâtre de l'Espace dans le quartier Planoise. Elle apprécie le passé politique et industriel de la ville, ses environs sauvages et les contreforts du Jura. Elle sent une réelle envie d'"œuvrer en Franche-Comté". L'époque est à la décentralisation, et le ministère de la Culture encourage les compagnies à s'installer en province. Elle n’avait d’appétit féroce ni pour Paris, ni pour la campagne. Baignée dans le rock industriel allemand, issue des cultures urbaines et des friches, Nathalie Pernette quitte la capitale, « trop vaste pour être embrassée quand on n’a pas d’argent ».
En 2001, la chorégraphe créé une association au nom agitateur, Na !, ainsi que sa propre compagnie. S'ensuivent l'installation dans une friche artistique, la rencontre avec le jeune public, les personnes handicapées, les résidents des EHPAD… Cette deuxième étape de sa carrière semble impulsée par une envie impérieuse : "ressortir". Rues, places, lieux non dédiés redeviennent ses terrains de jeux avec, à la clé, de nouveaux publics. Des expérimentations autour du bal renouent avec l'esprit festif et positif de la danse.
Festival "Jours de Danse" et Rayonnement Artistique
En parallèle de la vingtaine de pièces diffusées en France et à l'étranger, l'artiste crée en 2010 "Jours de danse", un festival bisontin en espace public. Elle noue des liens étroits avec son territoire, à tel point qu'elle ne s'imagine pas quitter la ville pour diriger une grande maison type Centre chorégraphique national. Elle n'éprouve pas le "goût du pouvoir", préférant déployer ses qualités de créatrice ou d'"œil extérieur" auprès de compagnies d'ici ou d'ailleurs (Pocket Théâtre, Oxyput…), proposer des stages mêlant professionnels et amateurs, ou soutenir les étudiants de la Fai-ar (Formation supérieure d'art en espace public) en qualité de marraine de la 8e promotion (2019-2021).
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