Natalie Wood, née Natalia Nikolaevna Zakharenko le 20 juillet 1938 à San Francisco, a incarné l'ascension fulgurante d'une enfant d'immigrés russes vers les sommets d'Hollywood, avant de connaître une fin mystérieuse et prématurée. Son histoire est celle d'une étoile brillante, propulsée par une mère ambitieuse, mais aussi celle d'une vie privée tumultueuse et d'une mort qui continue de susciter des interrogations.

Une enfance sous les projecteurs

Fille d'exilés russes ayant fui la Révolution de 1917, Natalie Wood grandit dans un environnement où les rêves brisés et les ambitions refoulées de ses parents pèsent lourdement sur ses épaules. Son père, Nikolai, un homme violent et instable, est incapable de subvenir aux besoins de sa famille. C'est Maria, sa mère, qui assure seule l'éducation de Natalie et de ses sœurs, Lana et Olga. Maria, une femme au charisme toxique, nourrit le rêve de devenir danseuse de ballet, un rêve qu'elle projette sur sa fille aînée.

Dès l'âge de quatre ans, Natalie passe un essai et apparaît pour la première fois à l'écran. Maria la pousse à briller sous les projecteurs, la faisant jouer dans une série de films familiaux qui la font adopter par le public. Maman est de tous les tournages. Si un réalisateur a besoin que la petite pleure, Maria s’en charge sans état d’âme, en arrachant les ailes d’un papillon sous les yeux de l’enfant effrayée.

Lorsque Natalie a 9 ans, sur le plateau du film Les Belles Promesses, Maria va encore faire montre de cruauté. Durant une scène, celle-ci tombe d’un pont sous une pluie battante et se brise le poignet en tombant dans une rivière. Mais la mère prête à tout ne dit rien de la gravité de la situation à la production, afin que Natalie ne soit pas remplacée. Elle poursuivra ainsi le film dans des douleurs atroces et grandira avec un poignet déformé qu’elle sera contrainte toute sa vie de dissimuler sous des bracelets.

Cette enfance sous pression, marquée par la cruauté maternelle et les exigences du monde du cinéma, laisse des cicatrices profondes chez Natalie. Elle développe une peur panique de l'eau, alimentée par une prophétie maternelle selon laquelle elle deviendrait une star, mais devrait se méfier de "l'eau obscure". De manière troublante, Natalie Wood sera régulièrement contrainte de combattre cette angoisse au cours de ses tournages. Dans La fièvre dans le sang (1961) il y a notamment la scène dans la baignoire où son personnage, semble vouloir mourir sous le regard de sa mère, personnage ambigu qui la traite comme une poupée ; Dans Propriété interdite (1966) de Sydney Pollack, son personnage se baigne nue à minuit dans l’eau noire d’un lac, avant d’être agressée par l’amant de sa mère.

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À 16 ans, Natalie Wood est victime d’un viol comme l’a révélé Suzanne Finstad dans le livre qu’elle a consacré à l’actrice. Mais “pas de scandale” lui a ordonné sa mère - qui l’avait jetée dans les bras de Franck Sinatra à 14 ans, qui la même année ne voit aucun mal à ce que le réalisateur Nicholas Ray, 44 ans, jette son dévolu sur l’adolescente. Et pour cause, il l’a choisie pour jouer aux côtés de James Dean dans La Fureur de vivre. Ça valait la peine de fermer les yeux dut se dire Maria : le film vaut une nomination aux Oscars à Natalie. Sa carrière est cette fois lancée. Et dans un élan d’indépendance et d’audace, c’est elle à la fin qui choisit de s’afficher avec Dennis Hopper, son partenaire dans La Fureur.

L'ascension d'une étoile

Malgré les traumatismes de son enfance, Natalie Wood s'impose comme l'une des actrices les plus talentueuses et populaires de sa génération. Elle est la plus adorable des actrices en herbe, mignonne mais jamais fade, et fait grande impression dans un conte de fées assez fantasque dans "Miracle sur la 34e rue" (Miracle On 34th Street,1947) de George Seaton. Prise sous contrat par une grande compagnie, elle partage son temps entre l'école pour enfants-acteurs et les studios. Entre 1947 et 1949, elle a pour mère Maureen O'Hara, Gene Tierney, Celeste Holm.

Elle crève l'écran dans des films emblématiques tels que La Fureur de vivre (1955), où elle incarne avec sensibilité l'amie de James Dean, rôle qui lui vaut une nomination pour l'Academy Award, et marquera plusieurs générations d'adolescents. Elle est inoubliable dans le rôle de la fille d'un pionnier, kidnappée par les Indiens dans "La Prisonnière du désert" (The Searchers,1956) de John Ford avec John Wayne et Jeffrey Hunter. Natalie Wood est nominée une seconde fois en 1961 pour "La Fièvre dans le sang" (Splendor In The Grass), film d'Elia Kazan qui transpose l'aventure de Roméo et Juliette dans une petite ville du Kansas sur fond de crise financière de 1929.

Natalie Wood a maintenant vingt ans, elle laisse de côté son personnage d'adolescente pour se transformer en une ravissante jeune femme. Après avoir fait des essais avec de nombreuses actrices, la Warner lui propose le rôle de "La Fureur d'aimer" (Marjorie Morning Star,1958) de Irving Rapper avec Gene Kelly. Le succès qu'elle obtient n'est pas aussi grand qu'elle n'espérait. Les années 60 s'annoncent bien pour Natalie Wood, qui commence par deux comédies musicales grandioses dont "West Side Story" (1961) de Robert Wise et Jerome Robbins, elle est en tête du générique en incarnant la Portoricaine Maria, ce grand succès populaire et critique s'impose comme un classique du genre et remporte dix Oscars, puis elle endosse le rôle de Gypsy Rose Lee, l'histoire d'une strip-teaseuse dans "Gypsy, Vénus de Broadway" (Gypsy,1962) de Jule Styne avec Karl Malden.

Elle captive le public par sa beauté, son talent et sa capacité à incarner des personnages complexes et attachants. Ses films sont diffusés tout le mois de juillet sur TCM Cinéma. Natalie Wood, en juillet 1956 au Thalians Beach Ball à Malibu, en Californie. Michael Ochs Archives / Getty Images Publié le 28 juillet 2023 à 19h05 Natalie Wood n’a jamais vieilli.

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Murielle Joudet, critique de cinéma et curatrice en 2016, à la Cinémathèque française, d'un cycle "Hollywood décadent" affirme que "ce qui rend l'actrice unique et qui n'appartient qu'à elle, c'est ce corps débordé par sa propre vitalité, par ses pulsions, cette sexualité qui la remue de l'intérieur. La fureur de vivre lui apporte sa première nomination aux Oscars (sur trois, pour zéro victoire).

Vie privée tumultueuse

La vie privée de Natalie Wood est aussi agitée que sa carrière est brillante. Sous la pression incessante de Maria, Natalie développe un besoin de validation qui va marquer ses relations et ses décisions. Sa relation avec l’acteur Robert Wagner sera l’une des plus médiatisées. Ils se rencontrent alors qu'elle n'a que 18 ans, et se marient l’année suivante. Le couple coche toutes les cases du couple de rêve formaté par Hollywood. Ils font vendre. Mais derrière cette façade, la relation est entachée de tensions et d’incertitudes. Elle fait une tentative de suicide. Après seulement quatre ans de mariage, ils divorcent. Officiellement parce que Natalie est tombée amoureuse de Warren Beatty, son partenaire dans La Fièvre dans le sang. Officieusement, parce qu’elle a découvert son homosexualité, que, comme d’autres séducteurs de l’époque, il préfère cacher.

Après avoir divorcé de Robert Wagner en 1962, elle enchaîne les conquêtes (Warren Beatty, Michael Caine, David Niven Jr., le roi de la chaussure vénézuélien) avant de se succomber, en 1969, aux charmes de l'agent de Robert Redford (son ami fidèle), le britannique Richard Gregson. En 1972, ultime coup de théâtre : elle se remarie - pour de bon - avec Robert Wagner. La décennie qui suit est moins tonitruante. Elle accouche une seconde fois en 1974 et privilégie désormais sa vie de famille.

Au début des années 70, sa carrière en déclin coïncide avec une courte période de stabilité dans sa vie privée. Elle épouse le producteur anglais Richard Gregson. Ils ont une fille, Natasha, qui est le portrait craché de Natalie. Jusqu’au retour de Richard Wagner dans sa vie en 1972. Ils semblent vouloir rattraper le temps perdu. Remariage, naissance de leur fille Courtney. Une séquence de bonheur affiché qui durera près de neuf ans et trouve son dénouement tragique le 28 novembre 1981.

Une mort mystérieuse

La vie de Natalie Wood prend fin brutalement dans la nuit du 29 novembre 1981. Natalie Wood et Robert Wagner ont décidé d’embarquer sur leur yacht, Splendour, direction l'île de Santa Catalina au large de Los Angeles. Ils ont un invité de marque, Christopher Walken, l’acteur dont on parle depuis Voyage au bout de l’enfer, avec qui elle vient de tourner Brainstorm. Au cours de la soirée, bien arrosée, les deux hommes discutent, Wagner, casse une bouteille, son épouse préfère s’éclipser. Elle est retrouvée noyée quelques heures plus tard. La prophétie que sa mère lorsqu’elle n’était qu’une enfant s’était réalisée.

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Elle portait une chemise de nuit, une doudoune rouge, des chaussettes. Elle avait 43 ans. Après avoir passé Thanksgiving avec sa famille et ses amis dans sa villa de Beverly Hills, elle s'était laissé convaincre par son mari, Robert Wagner, de s'isoler avec lui quelques jours en bateau, pour se ressouder après une période délicate. De cette croisière, elle ne reviendra pas.

Les circonstances de sa mort demeurent obscures, alimentant les spéculations et les théories les plus diverses. La thèse de l’accident est d’abord privilégiée. Mais l’enquête sera rouverte en 2011, sur la foi du témoignage du capitaine du bateau - puis en 2018 jusqu’à aujourd’hui. Robert Wagner a dû maintes fois s’expliquer, notamment dans le documentaire de Laurent Bouzereau consacré à Natalie Wood où face caméra, il revit ce choc. “Quand on m’a dit qu’elle était morte, j’ai été comme coupé du monde qui m’entourait.” L’acteur n’a jamais été inquiété, malgré les déclarations virulentes répétitives de l’une des sœurs de Natalie ; et de sa mère, Maria.

Que s'est-il passé cette nuit-là, sur le yacht de son mari, l’acteur Robert Wagner, avec lequel elle naviguait, en compagnie d’une future star, Christopher Walken ? Une dispute, un accident, un excès d’alcool ou de jalousie ?… La vérité gît pour toujours au fond de l’eau, malgré quelques coups de théâtre très tardifs - réouverture de l’enquête en 2011, nouveaux soupçons sur l’illustre époux en 2018, et puis… plus rien.

En 2011, un nouveau témoignage à charge de Davern relance la machine judiciaire. Une dispute et des ecchymoses aux poignets auraient été négligées par les premiers enquêteurs. Et la police de désigner Robert Wagner, 87 ans, comme "personne d'intérêt". S'il n'est pas formellement accusé, il pourrait l'être à la lumière de nouveaux éléments. Aux États-Unis est reparue il y a quelques mois une biographie augmentée de l'actrice (Natalie Wood : the complete biography* de Suzanne Finstad) qui va aussi dans le sens de l'homicide.

Malgré les zones d'ombre et les contradictions, une chose est sûre : la mort de Natalie Wood a marqué la fin d'une époque et continue de fasciner et d'intriguer le public.

Natalie Wood et les enfants stars

Natalie Wood fait partie de ces enfants stars qui ont connu la gloire très jeunes, mais dont la vie a été marquée par des difficultés et des tragédies. Comme Bobby Driscoll, Scotty Beckett, Judy Garland, Anissa Jones, Heather O'Rourke, Judith Barsi, River Phoenix, Dana Plato, Jonathan Brandis, Brad Renfro et Heath Ledger, elle a été propulsée sous les projecteurs dès son plus jeune âge, mais a dû faire face aux pressions et aux pièges de l'industrie du cinéma.

Bobby Driscoll a 5 ans lorsqu’il commence sa carrière d'acteur. L' Île au trésor lui vaut même l’oscar du jeune acteur en 1950 et son étoile sur le Walk of Fame. En grandissant Hollywood se désintéresse de lui et c'est la descente aux enfers. Scotty Beckett apparaît à l’écran dès l’âge de 4 ans et devient vite un des enfants de cinéma les plus populaires des années 1930. Il tourne avec un nombre important de stars hollywoodiennes : Spencer Tracy, Greta Garbo, Cary Grant, Marilyn Monroe… Judy Garland marque l’histoire du cinéma en jouant Dorothy dans Le Magicien d'Oz. Elle a alors 17 ans mais travaille à Hollywood depuis quatre ans déjà. En 1940, l’Academy lui remet l’oscar de la jeune actrice. A l’âge adulte, Judy Garland doit faire face à des problèmes financiers, d'alcool et de drogue et fait plusieurs tentatives de suicide. En 1959, Bobby Buntrock apparaît pour la première fois à la télévision dans un épisode de la série de western La Grande caravane. L'enfant a alors 7 ans et c'est deux ans plus tard qu’il devient célèbre pour son rôle de Harold Baxter dans la sitcom Adèle. Anissa Jones était l’interprète de la petite Fanfan - Buffy en VO - dans la comédie Cher Oncle Bill. Dans les années qui suivent l’arrêt de la série, elle auditionne pour le rôle de Regan dans L' Exorciste et celui d’Iris dans Taxi Driver.

Natalie Wood fait ses débuts au cinéma à 5 ans. Dès le début des années 1950, elle tourne beaucoup. Adulte, contrairement à d'autres, elle rejoint définitivement les étoiles d’Hollywood avec La Fureur de vivre et West Side Story, mais le 29 novembre 1981, elle tombe du yacht où elle passe Thanksgiving avec son mari Robert Wagner et son ami Christopher Walken et se noie. En 1980, Steven Spielberg rencontre Heather O'Rourke et lui offre le rôle de Carol Anne dans Poltergeist, qui fera d’elle une enfant star. En 1987, quelques mois avant le tournage de Poltergeist III, on lui diagnostique la maladie de Crohn. Sur le plateau, elle ne se plaint pas et termine le tournage. Le visage de Judith Barsi devient familier du public américain alors qu'elle n’a que 5 ans. Elle gagne beaucoup d'argent. Sa mère fait tout pour qu'elle connaisse une enfance normale, mais la fillette grandit avec un père alcoolique et violent qui refuse de laisser sa femme travailler. River Phoenix débute en 1982 dans la série Seven Brides for Seven Brothers aux côtés de Richard Dean Anderson. Enfant star, mais aussi jeune comédien prometteur, il se fait remarquer au cinéma dans Stand by Me, Indiana Jones ou My Own Private Idaho. Dana Plato débute à 11 ans dans un épisode de L' Homme qui valait 3 milliards. En 1978, elle devient Virginia Drummund - Kimberly en VO - dans Arnold et Willy. En 1984, enceinte et soupçonnée de se droguer, elle est virée de la sitcom. Après cela, c’est la descente aux enfers. Jonathan Brandis commence sa carrière de comédien à 5 ans dans des spots publicitaires. Puis, il apparaît dans de nombreuses séries. Il devient célèbre en 1990 avec le film fantastique L' Histoire sans fin II. En 2002, il auditionne pour le rôle d'Anakin Skywalker dans L'Attaque des clones. Brad Renfro marque les années 1990 grâce à ses rôles dans Le Client, Sleepers et Un Élève doué. En 2000, il auditionne pour The Patriot, le chemin de la liberté, mais c'est Heath Ledger qui est choisi. Il a des problèmes de drogue et en 2005, il est condamné à trois de probation pour possession d’héroïne. Heath Ledger débute à la télévision australienne en 1992, il a alors 13 ans. Plus tard, Chevalier lui donne de la notoriété à Hollywood. Après plusieurs prestations remarquées…

Le destin tragique de Natalie Wood et de ces autres enfants stars nous rappelle les dangers de la célébrité précoce et la nécessité de protéger les jeunes talents des pressions et des excès de l'industrie du divertissement.

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