La placentophagie, ou la consommation du placenta après l'accouchement, est une pratique ancestrale qui connaît un regain d'intérêt, notamment aux États-Unis et en Angleterre, et de façon plus timide en France. Popularisée par des célébrités, elle suscite à la fois fascination et inquiétudes. Cet article explore les tenants et aboutissants de cette pratique controversée, en abordant ses origines, ses motivations, ses méthodes de consommation, ses bénéfices allégués, ses risques potentiels et le cadre légal en France.
Origines et Histoire de la Placentophagie
Si la placentophagie est innée chez la plupart des mammifères, mis à part les dauphins et les baleines, elle a également été pratiquée par de nombreuses civilisations anciennes sous diverses formes. Au Moyen-Âge, les femmes consommaient tout ou une partie de leur placenta pour améliorer leur fertilité. De la même manière, on prêtait à cet organe des vertus pour combattre l’impuissance masculine. Chez les Inuits, selon une croyance toujours très ancrée, le placenta est la matrice de la fertilité maternelle. Pour pouvoir être à nouveau enceinte, une femme doit nécessairement manger son placenta après l’accouchement.
La pratique telle qu’on la connaît est née en 1970 aux États-Unis.
Pourquoi Manger Son Placenta ? Les Motivations Derrière la Placentophagie
À en croire les stars américaines, la consommation de placenta serait le meilleur remède pour retrouver la forme après un accouchement. Bien qu’aucune étude scientifique ne prouve les bienfaits de l’ingestion du placenta, on attribue à cet organe de nombreux bénéfices pour les jeunes accouchées. Les éléments nutritifs qu’il contient permettraient une remise en forme plus rapide de la mère et favoriseraient la montée de lait. L’ingestion du placenta faciliterait également la sécrétion d’ocytocine, qui est l’hormone du maternage. Ainsi, les jeunes mamans seraient moins susceptibles de faire une dépression post-partum. Et l’attachement mère-enfant en serait renforcé.
De nombreuses femmes (et même quelques hommes) voient le placenta comme un ingrédient miracle. Certaines femmes affirment en ressentir le besoin, puisqu’il s’agit du lien les unissant directement à leur enfant. D’autres l’utilisent pour lutter contre la fatigue ou la dépression post-accouchement.
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Comment le Placenta Est-il Consommé ? Les Différentes Méthodes de Placentophagie
Après leur grossesse, différentes personnalités publiques ont indiqué avoir consommé leur placenta. Il n’est donc pas question de manger son placenta cru à la sortie de la maternité. Aux États-Unis, où la placentophagie est autorisée, les mères peuvent l’ingérer sous forme de granules homéopathiques ou de gélules. Dans le premier cas, le placenta est dilué plusieurs fois, puis des granules sont imprégnés avec cette dilution. La plupart des stars choisissent donc une méthode moins rebutante, la prise sous forme de gélules.
Autre solution : se mettre aux fourneaux. Des tutoriels YouTube proposent d’avaler son placenta en smoothie ou en steak. Des livres de cuisine proposent des recettes pour les déguster en lasagne, ou encore sous forme de chocolat… Il y en a pour tous les goûts.
Plus artisanale, la teinture-mère est une autre manière de traiter le placenta. Ce procédé artisanal s’est surtout développé dans les pays où la placentophagie est interdite. Dans ce cas, les parents n’ont alors pas d’autre choix que de confectionner eux-mêmes la teinture-mère de placenta, à partir des nombreux protocoles que l’on trouve en libre accès sur Internet. Le procédé est le suivant : le morceau de placenta doit être coupé et dilué plusieurs fois dans une solution hydro-alcoolique. La préparation récupérée ne contient plus de sang, mais les principes actifs du placenta ont été conservés.
Les Bénéfices Allégués de la Placentophagie : Mythes et Réalités
Pour les placentophages, le placenta peut se manger cru, cuit, rôti, en smoothie, ou en capsule. L’encapsulation, après cuisson au cuit-vapeur et déshydratation, apparaît comme la technique la plus populaire. Les adeptes de cette pratique soutiennent que le placenta est bourré d’hormones, de vitamines et de nutriments bénéfiques. Le fait qu’une grande majorité de mammifères le consomme constitue, pour eux, un argument supplémentaire. Consommer du placenta humain préviendrait la dépression post-partum, améliorerait le taux de fer, l’énergie, la production de lait. Et permettrait un renforcement des liens entre la mère et l’enfant.
Si des enquêtes et témoignages rapportent les bénéfices de la consommation de placenta, aucune étude sérieuse ne va dans ce sens. « Nous avons constaté qu’il n’existe aucune preuve scientifique d’un quelconque bénéfice clinique de la placentophagie chez l’humain, et qu’aucun nutriment ni aucune hormone placentaire n’est conservé en quantité suffisante après l’encapsulation placentaire pour être potentiellement utile à la mère après l’accouchement », conclut une étude publiée en 2018 dans le American Journal of Obstetrics and Gynecology.
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Une étude américaine publiée en 2017 a suivi deux groupes de femmes : l’un consommant ses propres gélules de placenta, l’autre un simple placebo. Et, aucune différence mesurable sur l’humeur, la fatigue ou la prévention de la dépression post-partum. Des analyses ont également montré que les gélules contiennent bien certains nutriments ou hormones… mais en quantité très faible, insuffisante pour avoir un effet biologique notable. Autrement dit, si certaines femmes disent se sentir mieux, c’est probablement l’effet placebo qui est en jeu.
Les Risques Potentiels de la Placentophagie : Dangers Sanitaires et Contaminations
Le problème, c’est qu’aucune étude ne prouve les bienfaits du placenta. En 2015, la revue Archives of women’s mental health dénonçait déjà l’absence de règles concernant la conservation et la préparation du placenta. Le risque : que la chaîne du froid ne soit pas respectée et que le placenta devenu aliment ne s’avarie. Pas de preuve de bénéfices mais de risques puisque l’encapsulation ne permet pas d’éliminer le risque d’infection, pour la femme et le nouveau-né selon cette même étude.
Le placenta, rappelons-le, est un organe filtre. Il capte et élimine pendant neuf mois de nombreuses substances potentiellement nocives pour protéger le fœtus. En avaler des morceaux ou des gélules peut donc exposer à des résidus toxiques ou à des bactéries pathogènes. Un cas a marqué les esprits en 2016, dans l’Oregon (États-Unis) : une mère ayant consommé ses gélules de placenta a transmis une infection bactérienne grave à son nouveau-né via l’allaitement. L’enfant a dû être hospitalisé en urgence pour une septicémie.
Un nourrisson a été hospitalisé dans l’Oregon en septembre 2016 pour une infection causée par les gélules de placenta contaminées aux streptocoques B, que sa mère avait ingérés alors qu’elle allaitait. Les Centres de prévention et de contrôle des maladies américains (CDC) avaient alors recommandé d’éviter la consommation de capsules de placenta, l’encapsulation n’étant pas adéquate pour tuer toute trace de contamination bactérienne ou virale.
Selon un avis publié par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), le placenta peut contenir non seulement des bactéries (comme le streptocoque du groupe B), mais aussi des métaux lourds et des polluants environnementaux accumulés pendant la grossesse. Plusieurs analyses menées en France ont en effet montré que le placenta peut concentrer du plomb, du mercure ou du cadmium, substances potentiellement toxiques pour la mère comme pour le nourrisson.
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La Législation Française sur le Placenta : Déchet Opératoire ou Source Thérapeutique ?
En France, on est loin de ce genre de pratique. Néanmoins, la législation a évolué : en 2011, le placenta a obtenu le statut de greffon. Il n’est plus considéré comme un déchet opératoire. Face à ce phénomène et à la création de sociétés proposant de transformer le placenta des femmes en gélules contre rémunération, le ministre de la Santé a précisé à nouveau le statut du placenta.
En France, lorsqu’il n’est pas utilisé à des fin thérapeutiques et scientifiques, le placenta entre dans la catégorie des déchets d’activités de soins à risque infectieux (DASRI) conformément à l’article R.1335-1 du Code de santé publique. Il s’agit de l’ensemble des déchets issus des activités de diagnostic, de suivi et de traitement préventif, curatif ou palliatif, dans les domaines de la médecine humaine et vétérinaire. Les deux seules modalités d’élimination de ces déchets sont l’incinération ou le prétraitement par désinfection, avant d’être traités comme des déchets communs.
Le placenta n’appartient ni à la mère, ni au père, ni à l’enfant. Le Code civil (article 16-1) stipule que le corps humain et ses éléments ne peuvent faire l’objet d’une appropriation. Le ministère de la Santé a rappelé dans une circulaire du 29 août 2012 que le placenta est un déchet médical soumis à une réglementation stricte. Les hôpitaux et maternités ont l’obligation de l’éliminer, sauf dans des cas très précis de recherche scientifique ou thérapeutique, et toujours avec le consentement écrit de la patiente. Ainsi, en France, aucune patiente ne peut exiger de repartir avec son placenta, encore moins le faire transformer en gélules par une société privée. Toute pratique de ce type est illégale et passible de sanctions.
Alternatives à la Placentophagie : Clampage Tardif du Cordon et Don de Sang de Cordon
Néanmoins, si le fait de laisser l’intégralité du cordon et du placenta attachés au bébé n’a pas de bienfaits scientifiques prouvés, l’OMS recommande une alternative : celle du clampage de cordon tardif. En effet, attendre une à trois minutes avant de clamper le cordon ombilical après la venue au monde entraînerait « une augmentation de plus de 50 % des réserves en fer à six mois chez les bébés nés à terme ». Comme le précise l’Organisation mondiale de la Santé : « L’anémie chez l’enfant, causée principalement par la carence en fer, conduit à une augmentation de la mortalité infantile et à des troubles du développement comportemental, moteur et cognitif. (…) Les études mettent en évidence une réduction de 61 % du taux d’anémie nécessitant une transfusion sanguine en cas de clampage tardif du cordon. S’il suffit de ne pas couper le cordon immédiatement après la naissance pour éviter les anémies infantiles, c’est une bonne chose.
Une autre possibilité intéressante peut être également celle le don du sang de cordon : cette initiative, pratiquée dans de nombreuses maternités, permet à de nombreux enfants atteints de maladies du sang, comme la leucémie, de bénéficier des cellules souches présentes dans le cordon ombilical. Donner le sang du cordon est indolore pour la mère et l’enfant, et peut sauver de nombreuses vies.
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