Chris McGregor, figure emblématique du jazz sud-africain et britannique, a marqué le monde de la musique par son talent de pianiste, compositeur et chef d'orchestre. Son parcours atypique, marqué par l'exil dû à l'apartheid et une installation en tant qu'agriculteur en France, témoigne d'une vie riche et engagée.

Jeunesse et Premiers Pas Musicaux en Afrique du Sud

Chris McGregor a passé son enfance au Transkei, en Afrique du Sud, où son père était enseignant dans une mission de l'Église d'Écosse. Il a grandi au contact des familles Xhosa, une expérience qui a profondément influencé sa musique. Dès l'âge de cinq ans, il commence à jouer du piano et poursuit ses études au collège de musique du Cap, où il se produit avec des musiciens noirs.

La Formation des Blue Notes et l'Exil en Europe

En 1962, McGregor forme les Blue Notes, un sextet multiracial composé de Mongezi Feza (trompette), Dudu Pukwana (saxophone alto), Nikele Moyake (saxophone ténor), Johnny Dyani (basse) et Louis Moholo (batterie). En raison de l'apartheid en Afrique du Sud, le groupe est contraint d'émigrer en Europe en 1964.

Brotherhood of Breath: Une Confrérie d'Improvisateurs

À la fin des années 1960, McGregor fonde le Brotherhood of Breath (la "Confrérie du Souffle"), un grand ensemble réunissant certains des meilleurs improvisateurs de la scène londonienne, autour du noyau des Blue Notes (avec Harry Miller à la basse). Cet orchestre devient rapidement un acteur majeur du jazz européen, connu pour son énergie et son mélange unique de jazz, de musique africaine et d'improvisation libre. Le Brotherhood of Breath comprenait des musiciens tels que Harry Miller, Radu Malfatti, Nic Evans, Dudu Pukwana, Elton Dean, Mike Osborne et Alan Skidmore.

Installation en France et Dissolution du Brotherhood

En 1974, Chris McGregor s'installe en France, dans le Lot-et-Garonne. La mort de Mongezi Feza et la diminution des concerts conduisent à la dissolution du Brotherhood of Breath.

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McGregor lui-même minimise l'impact de son déménagement sur l'organisation du Brotherhood of Breath : "Aucun problème ! L’été et l’automne derniers ont été les périodes où l’orchestre a le plus « tourné », et pourtant c’était la deuxième année où j’habitais en France. Nous avons toujours beaucoup de travail et nous nous arrangeons pour faire quelques répétitions. De plus, en habitant à la campagne, j’ai plus de temps pour travailler le piano et composer, et c’est vraiment ce que je souhaitais. De toute façon, comme la plupart de nos concerts ont lieu en Europe et sur le continent, ça ne pose pas beaucoup de problèmes. Il m’est plus facile - et plus rentable - d’aller jouer à Londres, plutôt que l’orchestre vienne sur le continent. En fait, nous perdons un peu d’un côté mais nous gagnons de l’autre. Bien sûr, ce serait différent si nous habitions tous dans une sorte de communauté… Non, Brotherhood n’a pas de gros problème, je ne suis pas quelqu’un qui recherche les problèmes, je connais des trios qui en ont plus que nous."

Il explique également sa méthode de financement de l'orchestre : "La façon dont j’essayais de faire fonctionner l’orchestre - surtout avant que nous ayons tous ces engagements dans les festivals d’Europe - était la suivante : je reinvestissais tout ce que je gagnais dans le Brotherhood pour être certain que ça fonctionne, je crois que j’aurais donné tous mes cachets pour organiser nos propres concerts s’il n’y avait pas eu cette demande pour notre orchestre, toute cette promotion du Brotherhood."

Une Vie Partagée Entre Musique et Agriculture

En France, McGregor mène une vie partagée entre la musique et l'agriculture. Il se décrit lui-même comme "un fermier qui fait quelquefois de la musique". Il explique son choix de s'installer à la campagne : "Simplement parce que le prix d’une maison en Angleterre est très élevé et que nous avons eu la chance de trouver celle-ci. Avant, nous habitions une petite maison dans le Sussex grâce au prêt d’une société immobilière. Comme nous n’avions pas de terrain, nous ne pouvions pas être très indépendants économiquement. Nous avons donc décidé de vendre cette maison et de chercher du terrain. A cette époque, il y avait dans le Lot-et-Garonne beaucoup de petits terrains et de vieilles maisons à vendre. C’était particulièrement bon marché en comparaison des prix dans le Sussex."

Il ajoute : "Nous essayons d’être aussi indépendants que possible au niveau de nos besoins, ma femme et moi. En ce moment. nous sommes en train de reconstruire notre maison, ce qui demande pas mal d’argent mais, ceci mis à part, mon idée principale est de réinvestir l’argent que j’ai dans la musique."

Conformément aux lois françaises, il est enregistré en tant qu'agriculteur et musicien. Il raconte une anecdote à ce sujet : "Quand je suis allé pour la première fois à la préfecture d’Agen et qu’ils m’ont demandé ma profession, j’ai répondu : musicien. lls ont alors levé les bras au ciel en disant qu’il n’y avait pas de travail pour un musicien dans le Lot-et-Garonne. Je leur ai dit que je n’en cherchais pas particulièrement, que de toute façon je jouais en Angleterre, au Danemark. en Allemagne… Je leur ai dit que je cherchais un endroit pour faire pousser des légumes. Dès que j‘ai prononcé ces mots, leur visage s’est éclairé : « Ah oui ! Très bonnes. Je crois que la plupart des gens de la région sont contents de voir leurs vieilles fermes reconstruites. lls n‘aiment pas les voir disparaître et rachetées par les grandes compagnies de fermage."

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Compositions et Collaborations

Bien qu'il ait été le principal compositeur du Brotherhood of Breath, McGregor a souligné que d'autres membres, tels que Dudu Pukwana, Mongezi Feza, Radu Malfatti, Elton Dean et Harry Beckett, ont également contribué à l'écriture. L'orchestre a également inclus dans son répertoire des compositions du dramaturge nigérian Wole Soyinka et un thème du saxophoniste sud-africain Makaya Ntshoko.

Héritage Musical

Chris McGregor a laissé un héritage musical important, tant par son travail avec les Blue Notes et le Brotherhood of Breath que par ses compositions originales. Sa musique, qui mélange les influences du jazz, de la musique africaine et de l'improvisation libre, continue d'inspirer de nombreux musiciens à travers le monde.

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