La mante religieuse, insecte à la réputation vorace, surnommée "tigre de l'herbe", "Prie Dieu" ou encore "cheval du diable", fascine par son cycle de vie complexe et ses adaptations surprenantes. Cet article explore les différentes étapes de sa naissance et de son développement, en s'appuyant sur des observations naturalistes et des études scientifiques.
L'Oothèque : Un Abri Hivernal
Pour croiser le doux regard flou de la mante religieuse l'année prochaine, il faut avant tout préserver les œufs pondus à l'automne. Mais où sont-ils ? Voici l'armoire où ils sont rangés : l'oothèque. La mante religieuse adulte ne passe pas l’hiver. La période de ponte peut se poursuivre jusqu'en octobre ou novembre. Une fois les œufs fécondés, les femelles se consacrent à la ponte, leur seule et unique ponte de l'année. Elles libèrent une sorte de mousse semblable à des œufs battus en neige, où elles rangent, un à un, deux ou trois centaines d'œufs minuscules. Deux heures après la ponte, la mousse gluante durcit et brunit au contact de l'oxygène pour former un bouclier creux.
L'oothèque est une structure protectrice, une sorte d'armoire où les œufs de la mante religieuse sont rangés durant l'hiver. Chaque strie comporte une série de "rayons", eux-mêmes composés de tubes, qui abritent des œufs enveloppés dans une fine membrane. On peut en trouver accrochées dans la végétation, sur des pierres, des arbustes, sur les fenêtres ou les volets, et, au potager, dans les légumes. Ce cocon de ponte, dont le diamètre est de l'ordre de 20 à 25 mm, est généralement obturé au niveau du col et peut résulter d'une sorte de "panne de soie".
Il est crucial de préserver ces oothèques durant l'hiver pour assurer la survie de la prochaine génération de mantes religieuses.
Comment Protéger l'Oothèque ?
Il existe plusieurs méthodes pour protéger l'oothèque pendant l'hiver :
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- Laisser l'oothèque à l'extérieur : C'est la méthode la plus simple, mais elle expose l'oothèque aux intempéries et aux prédateurs. Il est conseillé de la placer dans un endroit tranquille.
- Garder l'oothèque à la maison : Cette méthode permet de contrôler l'environnement, mais elle peut entraîner une éclosion précoce en janvier ou février, lorsque les conditions ne sont pas favorables à la survie des jeunes mantes.
- Utiliser une cage en moustiquaire : Cette méthode consiste à placer l'oothèque dans une cage en moustiquaire et à la laisser à l'extérieur, en la surveillant régulièrement dès que les températures commencent à se réchauffer.
L'Éclosion : Une Naissance Fractionnée
Dès que la température devient favorable, c'est le moment de la naissance. Par un beau soleil du milieu de juin, vers les dix heures du matin, se fait habituellement l'éclosion des œufs de la Mante religieuse. L'éclosion ne se fait pas dans la totalité du nid à la fois, mais bien par fractions, par essaim successifs que peuvent séparer des intervalles de deux jours et davantage. L'extrémité pointue, peuplée des derniers oeufs, ordinairement débute.
La bande médiane ou zone de sortie est la seule région du nid qui donne issue aux jeunes. Sous chaque feuillet de cette zone, on voit lentement poindre une protubérance obtuse, diaphane, suivie de deux gros points noirs, qui sont les yeux. Doucement, le nouveau-né glisse sous la lame et se dégage à demi.
La petite mante peut devenir verte ou brune, plutôt café au lait. Verte, elle sera parfaitement camouflée dans l'herbe fraîche, brune, elle passera inaperçue dans les herbes sèches. La couleur n'a rien à voir avec le genre, mâle ou femelle.
L'éclosion est un processus fascinant qui se déroule en plusieurs étapes :
- Apparition de la larve primaire : Sous les lamelles de la zone de sortie, les larves primaires se montrent. C'est une organisation transitoire ayant pour office d'amener au jour, à travers les défilés difficiles, un animalcule dont les membres libres seraient, par leur longueur, insurmontable embarras.
- Rupture de la tunique : Dans la tête se fait un puissant afflux d'humeurs, qui la ballonnent, la convertissent en une hernie diaphane, à continuelles palpitations. Ainsi se prépare la machine de rupture. En même temps, à demi engagé sous son écaille, l'animalcule oscille, avance, se retire. Chacune de ces oscillations est accompagnée d'un accroissement dans la turgescence céphalique. Enfin le prothorax fait gros dos, la tête s'infléchit fortement vers la poitrine. La tunique se rompt sur le prothorax.
- Libération de la larve : La bestiole tiraille, se démène, oscille, se courbe, se redresse. Les pattes sont extraites de leurs fourreaux ; les antennes, deux longs fils parallèles, se libèrent semblablement. L'animal ne tient plus au nid que par un cordon en ruine. Quelques secousses achèvent la délivrance.
- Transformation en larve véritable : Voilà l'insecte avec sa véritable forme larvaire. Il reste en place une sorte de cordon irrégulier, une nippe informe que le moindre souffle agite comme un frêle duvet. C'est, réduite à un chiffon, la casaque de sortie violemment dépouillée.
L'Organisation Transitoire de la Larve Primaire
La larve primaire est une organisation de très courte durée ayant pour office d'amener au jour, à travers les défilés difficiles, un animalcule dont les membres libres seraient, par leur longueur, insurmontable embarras. Elle doit émerger des profondeurs du nid par des voies tortueuses, enserrées, où des membres fluets, longuement étalés, ne sauraient trouver place.
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Les hautes échasses, les harpons de rapine, les fines antennes, organes qui tout à l'heure seront de si grande utilité sur les broussailles, entraveraient maintenant la sortie, la rendraient très laborieuse, voire quasi impossible.
Les Premiers Instants de Vie : Un Combat pour la Survie
A peine nées, elles sont la proie de la Fourmi, du Lézard et d'autres ravageurs qui guettent, patients, l'éclosion de l'exquise provende. L'oeuf lui-même n'est pas respecté. Un infime sondeur inocule sa ponte dans le nid à travers le rempart d'écume solidifiée ; il y établit sa famille, qui, plus précoce, détruit en germe celle de la Mante. Combien nombreux les appelés, et combien réduits les élus ! Ils étaient un millier peut-être, issus d'une même mère capable de trois nichées. Un seul couple échappe à l'extermination, un seul fait race, puisque le nombre se maintient à peu près le même d'une année à l'autre.
Les jeunes mantes sont confrontées à de nombreux dangers dès leur naissance. Elles sont la proie de divers prédateurs, tels que les fourmis, les lézards et d'autres insectes. De plus, elles peuvent être victimes de parasites qui se développent à l'intérieur de l'oothèque.
Les Prédateurs des Jeunes Mantes
- Les Fourmis : Les fourmis sont ardentes à l'extermination des jeunes mantes. Elles les happent par le ventre, les extirpent de leurs fourreaux, les dépècent. C'est une lamentable mêlée de tendres nouveau-nés qui gesticulent pour tout moyen de défense, et de féroces forbans chargés de dépouilles opimes au bout des mandibules. En moins de rien, le massacre des innocents est consommé. Il ne reste de la populeuse famille que de rares survivants échappés par hasard.
- Les Lézards : Le petit Lézard gris, l'ami des murailles ensoleillées, cueille une à une, du bout de sa fine langue, les errantes bestioles échappées aux Fourmis. C'est petite bouchée, mais exquise, paraît-il, si j'en crois les clignotements du reptile.
- Les Parasites : Un très petit hyménoptère armé d'une sonde, un Chalcidien, établit ses oeufs dans le nid récent. La nichée de la Mante a le même sort que celle de la Cigale : une vermine parasite en attaque les germes, en vide les coques.
L'Alimentation des Jeunes Mantes
Nouvellement éclose, la larve est pâle, d'un blanc lavé de jaune. Sa hernie céphalique rapidement diminue, disparaît. Sa couleur ne tarde pas à se foncer, et devient d'un brun clair dans les vingt-quatre heures. Très agile, la petite Mante redresse les pattes ravisseuses, les ouvre, les referme ; elle tourne la tête à droite et à gauche, elle recourbe l'abdomen. La larve en plein développement n'a pas tournure plus alerte. Quelques minutes la famille stationne, grouille sur le nid, puis se dissémine au hasard sur le sol, sur les plantes voisines.
L'alimentation des jeunes mantes est un mystère. Elles refusent les pucerons, les moucherons et même les morceaux de mouche. Il semble qu'elles aient un régime spécial du jeune âge, peut-être végétarien.
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Le Développement : Mues et Métamorphoses
Si les jeunes mantes résistent au froid et aux pluies, elles entrent alors dans la chaîne alimentaire et participent à la régulation des population d'insectes du jardin. En grandissant, elles deviennent extrêmement voraces. Elles sont armées de pattes ravisseuses, hérissées de piques auxquelles aucune proie ne résiste. Elles se nourrissent selon leur taille de sauterelles, de chenilles et d'autres insectes. Devenues grandes, elles peuvent capturer des oisillons ou des chauves-souris. Une grande partie est dévorée à son tour par les lézards, les couleuvres, les pies-grièches, quand elles ne se dévorent pas entre elles.
Les petites mantes qui ont échappé aux intempéries et aux prédateurs ont subi cinq mues. A la sixième elles acquièrent des ailes. A ce moment elles deviennent adultes et sont capables de se reproduire.
Les mantes religieuses passent par plusieurs mues au cours de leur développement. Chaque mue marque une étape importante de leur croissance et de leur transformation.
La Reconnaissance des Sexes
On peut alors facilement distinguer les mâles des femelles à l'oeil nu : les mâles, de 4 à 6 cm environ, plutôt agiles et fluets, paraissent deux fois plus petits que les femelles, et leurs antennes sont démesurément longues ; les femelles, de 6 à 8 cm, ont des antennes plus courtes et un ventre rebondi, ce qui limite leurs déplacements.
Chez les Mantes religieuses, la reconnaissance des sexes est relativement facile. Les mâles, frêles, s'envolent rapidement alors que les femelles, plus lourdes, utilisent rarement leurs ailes sauf pour une posture de défense (rare). Si les insectes sont posés, les antennes, très longues du mâle, sont l'autre détail déterminant.
La Reproduction : Un Acte Cannibale ?
Ce qui est fascinant chez les mantes, c'est leur faculté de vous suivre des yeux grâce à leur tête mobile qui peut pivoter à 180° en gardant le reste du corps parfaitement immobile. Leur regard est tout-à-fait curieux. En fait elles ont cinq yeux, trois yeux simples qu'on devine à peine entre les antennes, et deux yeux à facettes, ceux que l'on voit immédiatement, de chaque côté de la tête. La surexcitation des femelles à la veille de la reproduction entraîne des bagarres entre elles assez spectaculaires, avec force vibrations d'ailes. Dans leur attitude guerrière, elles adoptent la position "spectrale", ailes déployées en éventail. Les mâles pendant ce temps attendent patiemment que les femelles soient à maturité pour tenter leur chance chacun à son tour.
C'est l'accouplement et le sort que la mante religieuse femelle réserve aux mâles, qui a fait sa réputation de femelle fatale, et qui en a même fait une emblème du féminisme. En effet, tandis que le mâle obsédé par le sexe abandonne toute vigilance, il arrive que la femelle le dévore après ou même pendant l'accouplement. Et ceci en commençant par la tête. Ce qui n'empêche pas ce mâle, même sans tête, de transmettre ses spermatozoïdes et de continuer son travail de fécondation des oeufs.
L'accouplement chez les mantes religieuses est un événement complexe et souvent fatal pour le mâle. La femelle peut dévorer le mâle pendant ou après l'accouplement, un comportement qui a suscité de nombreuses interrogations et interprétations.
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