Adolescent rebelle, poète précoce et génial, Arthur Rimbaud est un phénomène de la littérature. Son abandon de la poésie à l’âge de vingt et un ans, puis sa disparition aux confins de l’Afrique et de l’Asie, ajoutent à l’attrait du personnage qu’il s’est créé et qui obsède l’époque moderne. Véritable « voyant » - suivant le terme qu’il a choisi - il exprime les vertiges de l’hallucination dans une langue audacieuse et pure, et apparaît comme un jalon essentiel entre romantisme et surréalisme. La destinée d’Arthur Rimbaud forme un volet complet de son œuvre : l’héritage littéraire du poète est indissociable des péripéties de sa vie, cristallisés après sa mort dans un mythe qui hante le xxe siècle. Car les « pouvoirs surnaturels » qu’il revendique (« Adieu », Une saison en enfer, 1873) font de Rimbaud un témoin et un acteur à travers l’écriture.

Les Premières Années à Charleville

Jean Nicolas Arthur Rimbaud naît le 20 octobre 1854 à Charleville (et non à Charleville-Mézières car ces 2 villes étaient distinctes à cette époque et n'ont fusionnées qu'en 1966), dans les Ardennes. Il est le deuxième enfant d'une famille de cinq. Son père, Frédéric Rimbaud, est officier subalterne, capitaine d'infanterie, et sa mère, Vitalie Cuif, est d’origine paysanne. L'absence du père, souvent en campagne, marque profondément l'enfance d'Arthur. Les parents se séparent après la naissance de leur cinquième enfant.

Élevé par une mère autoritaire en l'absence de son père, officier en campagne et qui abandonnera bientôt la famille, Arthur Rimbaud passe son enfance à Charleville, sous la surveillance d’une mère austère et exigeante. Il effectue de très bonnes études au collège de la ville, tout en se signalant par son goût de la révolte, notamment contre l’ordre social et la religion. Enfant précoce et d’une extrême sensibilité, Rimbaud rencontre vite les limites du milieu familial et provincial où il grandit. L’apprentissage scolaire lui laisse entrevoir les ressources de la littérature. Mais sa soif de nouveauté le détourne de la plupart des auteurs étudiés en classe. C’est en lui-même, à l’écart des modèles et des conventions, qu’il mène l’expérience du voyant en quête d’un univers parallèle.

L'Éveil de la Vocation Poétique

Dès son jeune âge, Arthur Rimbaud manifeste son génie précoce tout au long de son parcours scolaire, collectionnant les prix d'excellence, notamment pour ses vers latins. En janvier 1870, il se lie d'amitié avec Georges Izambard (1848-1931), son professeur de rhétorique, acquis aux idées révolutionnaires, qui est aussi le lecteur de ses premiers pastiches, les Étrennes des orphelins, parus à la même époque dans la Revue pour tous. L’attention de Georges Izambard, professeur de rhétorique, stimule ses premiers essais poétiques (« les Effarés », 1870 ; « le Dormeur du val », id.).

En 1869, Rimbaud a quinze ans. Toujours collégien, c'est un excellent latiniste : « Jugurtha », publié avec trois autres de ses compositions latines dans « Le moniteur de l'enseignement secondaire » lui vaut le premier prix du Concours Académique. C'est de cette année que datent ses premiers vers en français : « Les étrennes des orphelins », publiés un an plus tard.

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En 1870 - Entré en classe de rhétorique, Rimbaud rencontre Georges Izambard. Cet enseignant lui fait lire Victor Hugo, Théodore de Banville, Rabelais et lui ouvre sa bibliothèque. La mère de Rimbaud n'apprécie pas l'amitié entre le jeune garçon et le professeur : elle ne correspond pas à l'éducation stricte qu'elle entend donner à ses enfants. Izambard jouera un rôle important pour Rimbaud ; il conserve notamment ses premiers textes (voir par exemple Un coeur sous une soutane).

Le 24 mai, Rimbaud envoie à Banville trois poèmes, espérant leur publication dans la revue du « Parnasse contemporain »: Sensation, Ophélie, et Credo in unam … (intitulé plus tard « Soleil et Chair »). Ces vers ne seront pas publiés mais une revue, « La Charge », lui ouvre deux mois plus tard ses pages pour « Trois Baisers » (connu sous le titre « Première Soirée »). À la fin du mois d'août, Rimbaud quitte brusquement Charleville pour gagner Paris. Le 19 juillet, la France est entrée en guerre contre la Prusse : Rimbaud espère sans doute assister à la chute de l'empereur, affaibli par la bataille de Sarrebrück. Il est arrêté dès son arrivée dans la capitale. Il appelle Izambard à l'aide. Le professeur parvient à gagner Paris, fait libérer le jeune homme et le reconduit à Charleville à la fin du mois de septembre.

En octobre Rimbaud fugue une nouvelle fois. Il part pour Bruxelles, puis Douai où il débarque dans la famille de Georges Izambard. Il y recopie plusieurs de ses poèmes. Ce recueil que Rimbaud confiera au poète Paul Demeny, ami d'Izambard, est connu sous le nom de « Cahier de Douai ».

Les Fugues et la Quête de l'Inconnu

Réfractaire à toutes les formes d'autorité, Rimbaud fugue pour la première fois à Paris, en août 1870. Arrêté en gare du Nord sans billet, il est incarcéré à la prison de Mazas, puis renvoyé à Charleville. Les mois suivants, il fait deux autres fugues. Après plusieurs fugues, il renonce à se présenter au baccalauréat.

Le 13 mai 1871, Rimbaud écrit à Izambard : « C'est faux de dire : Je pense. On devrait dire : On me pense. Pardon du jeu de mots. JE est un autre. » Le poète se fixe donc pour tâche de se connaître en se débarrassant de toutes les conventions, les cultures et les discours qui l'entravent. Le jeune garçon fugueur de Charleville s’est enfui à Paris. Il laisse place à un voyageur sans destination, mais non sans bagages : car la condition du nomade est aussi celle du poète.

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La Rencontre avec Verlaine et l'Orage Passionnel

À la fin du mois d'août 1871, à l'instigation de Paul-Auguste Bretagne (1837-1881) - un ami qui connut Verlaine à Fampoux, près d'Arras -, Rimbaud adresse à l'auteur de la Bonne Chanson cinq de ses poèmes (« les Effarés », « Accroupissements », « les Douaniers », « le Cœur volé », « les Assis »). Verlaine s'enthousiasme pour ces textes et invite le jeune poète à venir dans la capitale. Emportant avec lui sa dernière composition, le Bateau ivre, Rimbaud arrive à Paris en septembre. Il a dix-sept ans à peine. Fort du contact qu’il a établi avec les poètes Théodore de Banville et Paul Verlaine, Rimbaud arrive dans la capitale (15 septembre 1871). Il y reçoit un accueil favorable et est admis au dîner des « Vilains Bonshommes », qui regroupe des écrivains et des artistes d’avant-garde. Sa maîtrise impressionne : avec le Bateau ivre (1871), le jeune poète semble déjà dominer l’esthétique de ses modèles. Toutefois sa personnalité provocante choque autour de lui.

Entre les deux hommes, c'est le début d'une relation passionnée et orageuse, entrecoupée de nombreuses ruptures, et d'un périple qui les conduit en Belgique, à Londres, à Charleville, à Londres encore, à Roche (près d'Attigny), de nouveau à Londres puis en Belgique. Revenu à Paris, Rimbaud part cette fois pour l’Angleterre puis la Belgique. Verlaine l’accompagne, avec lequel il a noué une liaison amoureuse. La vie vagabonde que mènent les deux hommes est riche d’impressions : Verlaine rassemble la matière de ses futures Romances sans paroles (1874), Rimbaud celle de ses Illuminations (1872-1875 ; publié en 1886). Opposition à la morale bourgeoise, affirmée au cours de l’épisode amoureux avec Verlaine - « Il dit : "Je n'aime pas les femmes. L'amour est à réinventer, on le sait" » (« Délires I.

Le 8 juillet 1873, Verlaine et Rimbaud se disputent et décident de se séparer. Verlaine, en état d'ébriété, tire sur Rimbaud et le blesse. Verlaine sera condamné par la justice belge à deux ans de prison. Leur histoire d’amour est passionnelle et tumultueuse, l’anecdote la plus connue de cet amour est certainement les deux coups de feu tirés par Verlaine sur Rimbaud. Le premier toucha le poignet, le deuxième manqua sa cible. Verlaine avait alors passé la journée à boire lorsque Rimbaud lui annonça qu’il le quittait, et Verlaine, désespéré, utilisa le pistolet qu’il avait acheté dans l’optique de se suicider. Rimbaud envoya un exemplaire d’Une Saison en Enfer à Verlaine alors que celui-ci était enfermé à Bruxelles pour avoir tiré sur Rimbaud, dédicacé avec ces deux mots « Sans rancune ! ».

Une Saison en Enfer et le Renoncement à la Poésie

Sous le choc, Rimbaud achève la même année un récit autobiographique où il exprime ses « délires » : Une saison en enfer, qu'il édite lui-même pour s'en désintéresser aussitôt. Dans la ferme familiale de Roche où il passe sa convalescence, Rimbaud rédige Une saison en enfer (1873), le seul de ses recueils qu’il fera publier. Peu après, Rimbaud achève et publie "Une saison en enfer", dans laquelle il témoigne de sa souffrance. Sa blessure sera la cause de sa mort.

« J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges. » (Une saison en enfer, Délires II, Alchimie du verbe). Une saison en enfer: de la jeunesse à la mélancolie« Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s'ouvraient tous les cœurs, ou tous les vins coulaient. » C’est ainsi que débute Une Saison en Enfer, recueil de poésie écrit en prose par Arthur Rimbaud et publié à compte d’auteur en octobre 1873. Ce recueil est sûrement l’œuvre de Rimbaud la plus connue et reconnue, Rimbaud l’écrit à seulement dix-neuf ans dans la solitude de la ferme de Roche entre les mois d’avril et août 1873. Ce recueil témoigne de deux épisodes douloureux dans la vie de Rimbaud, l’exil à Londres, où accompagné de Verlaine il fuit le scandale provoqué par leur homosexualité, et la dispute pendant laquelle Verlaine tira deux coups de feu. Ce recueil est très personnel, il relate la vie de son auteur, d’une idéalisation de la jeunesse à l’expression de la folie. Arthur Rimbaud fait part de ses doutes, ces textes sont écrits lorsque Rimbaud est en proie à la solitude, aux regrets et à la tristesse. Rimbaud use d’un langage imagé, fait de métaphores et d'ellipses. Les poèmes constituant Une Saison en Enfer sont définis comme « recueil de petites histoires en prose », par Rimbaud lui-même dans un écrit à Delahaye (écrivain, biographe français et ami d’Arthur Rimbaud). Verlaine qualifie ce recueil comme une « Autobiographie psychologique ». Cette œuvre se situe donc entre journal intime, poésie, et autobiographie.

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À 20 ans, Rimbaud cesse son activité poétique et reprend une existence errante, mais seul cette fois, suivant malgré lui les traces de son père militaire et écrivain à ses heures (son œuvre, entièrement manuscrite, a disparu). Puis il se rend de nouveau à Londres, et entreprend un voyage à Stuttgart pour apprendre l’allemand. C’est là qu’il revoit Verlaine - entre-temps sorti de prison - et lui remet le manuscrit des Illuminations qu’il vient d’achever (février 1875). Le véritable renoncement survient lorsque le poète exprime le refus suprême, celui de la création littéraire.

Les Illuminations: Un Voyage Coloré

Les poèmes en prose des Illuminations (1872-1875 ; publié en 1886) constituent l’aboutissement du processus. Déstructurer la phrase, rompre les rythmes accoutumés, inventer des sensations nouvelles en bouleversant les anciennes, faire communiquer les mondes du visible et de l'invisible - en un mot, il s'agit de « trouver une langue ».

Ce recueil est composé de poèmes en vers libres et en prose écrits entre 1872 et 1875, il est partiellement publié en 1886, puis à titre posthume dans son intégralité en 1895. Verlaine suggère que ce titre signifie “Illustrations colorées”, la féérie y est très présente, Rimbaud offre en bâtissant autour de visions, des univers à part, entiers. Il est aussi question de la jeunesse, thème cher à Rimbaud, c’est d’ailleurs le trente et unième titre sur les quarante et un du recueil, ce titre regroupe quatre textes. Rimbaud n’a pas décidé l’ordre des poèmes, c’est Verlaine qui les publie après que Rimbaud lui ait laissé une liasse de feuillets lors de leur dernière rencontre en 1875.

L'Aventure Africaine et la Mort Prématurée

La fuite de Rimbaud hors de France puis loin d’Europe dessine la conclusion d’un projet artistique, avant une mort prématurée et solitaire. Rimbaud se lance dans la carrière de soldat de l’armée hollandaise à Java (1876) puis dans celle d’employé de commerce à Aden (1880) et à Harar, en Abyssinie (à partir de 1881). L’existence qu’il mène, connue par la correspondance échangée avec sa famille, est hasardeuse. À partir de 1885, il se met à son compte dans un trafic d’armes qui semble prometteur.

À partir de 1874 commence une errance qui ne se terminera qu'avec la mort. Celui que Verlaine surnommera « l'homme aux semelles de vent » va d'abord à Londres (1874), en compagnie de Germain Nouveau, puis en Allemagne (1875), pour apprendre l'allemand. Il se rend ensuite en Italie et à Batavia (aujourd'hui Jakarta) [1876] - il y déserte de l'armée coloniale hollandaise, dans laquelle il s'était engagé -, puis à Vienne (1877), en Suède et au Danemark. Il tente de gagner Alexandrie et séjourne à Chypre (1878 et 1879). Le 7 août 1880, Rimbaud se fixe à Aden, au sud de la péninsule arabique, où il signe un contrat avec une maison qui s'occupe du commerce des peaux. De 1881 à 1890, il est délégué au Harar, où il se fait également explorateur et commerçant d'armes (il conduit notamment une caravane d'armes vendues au roi d’Éthiopie Ménélik II).

En 1891, une tumeur au genou le conduit à se faire rapatrier, il est amputé à Marseille. Il part quelques semaines à Roche pour être auprès de sa mère et de sa sœur Isabelle. Il rêve de repartir en Afrique, il revient donc à Marseille où son état empire, il y meurt le 10 Novembre 1891 à l’âge de 37 ans, il est enterré à Charleville, lieu de sa jeunesse. Le 8 mai 1891, Rimbaud rentre en France pour se faire admettre à l'hôpital de Marseille : il est atteint d'une tumeur cancéreuse à la jambe droite qui nécessite une amputation.

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