L'endomètre, ou muqueuse utérine, joue un rôle crucial dans la fertilité et la grossesse. Comprendre son fonctionnement et les facteurs qui peuvent l'affecter est essentiel, particulièrement pour les femmes en parcours de procréation médicalement assistée (PMA). Cet article explore en détail l'importance de l'endomètre, son évolution au cours du cycle menstruel, les problèmes associés à un endomètre fin, et les solutions naturelles et médicales pour optimiser son épaisseur et sa qualité.
Qu'est-ce que l'endomètre et pourquoi est-il important ?
L'endomètre est la couche de cellules qui tapisse l'intérieur de l'utérus. Sa fonction principale est de préparer l'utérus à la nidation de l'œuf fécondé, c'est-à-dire à l'implantation de l'embryon. Il prolifère et se désagrège durant le cycle menstruel, donnant lieu aux règles (ou menstruations). Après l’ovulation, la progestérone permet la transformation de la muqueuse utérine, pour prendre un aspect en dentelle. Cette modification d’ampleur a lieu en vue d’accueillir un éventuel embryon si l’ovulation est suivie par une fécondation.
Un endomètre qualitatif est essentiel à l'implantation de l'embryon. En parcours PMA, l'épaisseur de l'endomètre est un facteur clé pour permettre l'implantation de l'embryon. Un endomètre trop fin peut ainsi compromettre les chances de réussite d'une fécondation in vitro (FIV). De plus, des études de l’Université de Warwick ont montré qu’une déficience de cellules souches dans la muqueuse de l'utérus peut être en cause dans les fausses couches à répétition.
L'évolution de l'endomètre au cours du cycle menstruel
De la puberté à la ménopause, le cycle menstruel est un mécanisme physiologique qui permet de préparer le corps de la femme à une éventuelle grossesse, et donc à une éventuelle implantation embryonnaire. D’une durée moyenne de 28 jours, chaque cycle menstruel peut durer de 21 jours à 35 jours. Au cours de chaque cycle, la muqueuse utérine appelée endomètre subit un renouvellement cyclique alternant des phases de régression, prolifération et maturation.
Le cycle menstruel est divisé en plusieurs phases, chacune ayant un impact sur l'épaisseur de l'endomètre :
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- Phase menstruelle: Elle initie le cycle. D’une durée de trois à six jours, elle correspond à la destruction de l’endomètre et donc aux menstruations. Le sang des règles provient de l’utérus. Il s’agit en fait de morceaux d’endomètre qui se désintègrent en l’absence de fécondation. En début de cycle, c'est à dire pendant les règles, l'endomètre est à son épaisseur minimum : environ 2 à 4mm.
- Phase proliférative (ou régénérative): Elle débute le dernier jour des menstruations (règles) et se termine lors de l’ovulation. Elle a lieu sous l’action des œstrogènes produits par les follicules ovariens en croissance. L’augmentation des taux d’œstrogènes induit la prolifération des cellules de l’endomètre à l’origine de son épaississement. En phase folliculaire, il commence à s'épaissir pour atteindre 5 à 7mm.
- Phase sécrétoire: Elle a lieu de l’ovulation et perdure jusqu’à la fin du cycle. Dans l’ovaire, le follicule ayant libéré l’ovocyte lors de l’ovulation s’est transformé en corps jaune. Celui-ci produit des quantités croissantes de progestérone qui induit la différenciation des glandes de l’endomètre. Celle-ci vont produire des molécules indispensables à la survie de l’embryon lors des premières étapes de la grossesse (molécules nutritives, molécules immunitaires, molécules d’adhésion). Lors de l'ovulation, il est à son épaisseur maximale, soit environ 16mm. Cette épaisseur sera maintenue tout le reste du cycle sous l'influence de la progestérone.
La période de réceptivité maximale de l’endomètre se trouve autour du 22e jour du cycle (dans le cas d’un cycle de 28 jours). Cette phase de réceptivité de l’endomètre, de quelques jours, est communément appelée « fenêtre d’implantation ». L’implantation embryonnaire nécessite un dialogue synchrone entre un embryon compétent (stade blastocyste) et un endomètre réceptif. Cette période de réceptivité endométriale à l’embryon est appelée fenêtre d’implantation. La fenêtre d’implantation correspond à la période au cours de laquelle l’endomètre est apte à accueillir un embryon. Elle a lieu entre les jours 7 et 11 suivant l’ovulation ou la ponction.
En l’absence de grossesse, le corps jaune disparaît, les hormones chutent, entraînant la desquamation de l’endomètre : ce sont les règles, ou menstruations.
Endomètre fin : causes, conséquences et solutions
Un endomètre fin peut affecter la fertilité d'une femme. Je travaille régulièrement avec des clientes en parcours PMA qui font face à des problématiques d'endomètre fin, ce qui a pour conséquence de diminuer leurs chances de grossesse, voire même d'entraîner un report du transfert dans le cadre d'une FIV.
Causes d'un endomètre fin
Le principal déséquilibre à l'origine du mauvais épaississement de l'endomètre est le manque d'oestrogènes (taux < 45 pg/ml à J3 du cycle).
Diagnostic
L'épaisseur de l'endomètre est mesurée le plus souvent par échographie vaginale. Si l'examen est rendu impossible par diverses conditions (maladie, position de l'utérus), une IRM peut être envisagée. Pour un transfert, un endomètre épais de 7 ou 8 mm au moment de l’ovulation est considéré comme optimal, ou entre 7 et 10 mm si l’on est moins strict. Cela dit, l’aspect de l’endomètre a aussi son importance : il faut qu’il ait cet aspect trilaminaire, c’est-à-dire une structure en trois couches, avec une couche centrale hyperéchogène (plus brillante) et deux couches périphériques hypoéchogènes (plus sombres).
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Solutions médicales
Lors de votre parcours médical, les femmes qui présentent une épaisseur endométriale insuffisante peuvent se voir administrer des hormones de synthèse comme de la progestérone +/- des oestrogènes.
Solutions naturelles
Il est possible de favoriser un endomètre épais au naturel, et maximiser ainsi vos chances de grossesse. Je précise néanmoins que si l'épaisseur de votre endomètre est très insuffisante, la naturopathie ne suffira pas à elle seule à corriger le problème.
- Vitamine D: Il a été démontré que la vitamine D était un élément essentiel à l’endomètre lors de l’implantation. Il existe une corrélation entre le taux de vitamine D et la probabilité d’une grossesse après transfert. Une étude a été réalisée avec des femmes en parcours PMA/FIV et FIV avec donneuse d'ovocyte, ce qui montre que la vitamine D a un rôle prépondérant sur la qualité de l'endomètre. Les femmes de cette étude ayant reçu une supplémentation en vitamine D ont eu des résultats avoisinants les 30% de chances d'implantation en plus. Quoi qu'il en soit, il a été démontré qu'une carence en vitamine D était associée à une augmentation des risques de fausse-couche, de grossesse anormale, de prééclampsie et de retard de croissance intra-utérine.
- Huile d’onagre: L’huile d’onagre est parfois utilisée dans le cadre d’un endomètre fin, en particulier pour soutenir la glaire cervicale et améliorer la souplesse tissulaire grâce à sa richesse en acides gras essentiels. Cependant, elle ne contient pas de phyto-œstrogènes et n’a pas d’effet direct sur la production d’œstrogènes. Chez certaines femmes, notamment celles ayant une imprégnation œstrogénique faible, elle ne suffira pas à stimuler la croissance de l’endomètre.
- Coenzyme Q10 (CoQ10): Le CoQ10 est un des antioxydant les plus connus. Pour mieux comprendre, le CoQ10 est une substance présente en grande quantité dans notre organisme et qui ressemble à une vitamine (sa structure est assez proche de celle de la vitamine K). Il sert également à la production d'énergie par nos cellules, ainsi qu'à réduire le stress oxydatif responsable du vieillissement, d'où son nom "d'antioxydant". C'est une substance très importante dont la production endogène décroit avec l'âge, accentuant ainsi le stress oxydatif des cellules. Le CoQ10 est synthétisé par notre organisme à partir de différents éléments, comme la vitamine C, les vitamines du groupe B, les acides aminés… Une supplémentation en coenzyme Q10 aura un effet bénéfique sur toutes les cellules de notre corps, par conséquent il peut améliorer la qualité des cellules de l'endomètre, mais aussi la qualité ovocytaire.
- Vitamine E: La vitamine E est également un antioxydant bien connu. Elle a pour effet d'augmenter la vascularisation de l'endomètre, c'est-à-dire la prolifération des petits vaisseaux sanguins qui parcourent la muqueuse utérine.
Il ne faut pas oublier qu'un endomètre fin ou anormal, est le signe d'un déséquilibre plus profond qui touche à l'équilibre hormonal global. C'est pourquoi, avant d'envisager toute supplémentation, il convient de vous assurer que vous mettez en place les bonnes pratiques qui vous permettront de soutenir vos hormones. Si vous êtes dans ce cas, il conviendra de combiner le protocole endomètre fin avec le protocole Manque d'oestrogènes du Guide III.
L'endomètre et les anomalies utérines
Environ 2 % des femmes présentent une malformation au niveau de l’utérus. Ces anomalies anatomiques peuvent causer des difficultés pour concevoir un enfant et même entrainer une stérilité. L’utérus est un petit organe en forme de triangle inversé situé dans le bas ventre. Il mesure en moyenne 8 centimètres de longueur pour 4 cm de largeur. Ses deux extrémités hautes sont connectées à gauche et à droite aux ovaires par les trompes de Fallope. L’utérus est généralement antéversé, c’est-à-dire qu’il penche vers l’avant du côté de la vessie. Toutefois chez 20 à 30 % des femmes il est rétroversé, orienté vers l’arrière en direction du rectum.
On dénombre différents types d'anomalies de l'utérus. C’est la malformation utérine la plus fréquente. Lorsque l’on présente une malformation de l’utérus et que l’on souhaite concevoir un enfant, il est important d’être suivi par un gynécologue. Une impossibilité pour le fœtus de se développer correctement. Une mauvaise position du bébé à l’accouchement. Les femmes ayant un utérus bicorne ont plus de risques d’avoir un bébé qui se présente par le siège. S’il n’existe aucun traitement pour les utérus unicornes ou bicornes, il est toutefois possible de réaliser une intervention chirurgicale pour les utérus hypoplasiques c’est-à-dire trop petits. Parfois l’anomalie utérine affecte seulement le transport des gamètes : le développement de l’embryon est possible mais la forme de l’utérus empêche l’ovocyte et le spermatozoïde de se rejoindre.
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L'endomètre et les fausses couches
15-25% des grossesses se terminent par une fausse couche et 1 femme sur 100 qui essaie de concevoir souffre de fausses couches récurrentes, définies comme l’échec de 3 grossesses consécutives ou plus. Cette étude de l’Université de Warwick apporte une explication aux mères et aux professionnels de la naissance sur la récurrence des fausses-couches : En cause une déficience de cellules souches dans la muqueuse de l'utérus.
Les chercheurs ont examiné des échantillons de muqueuse de l'utérus, prélevés chez 183 femmes tentant de concevoir. L'équipe constate l'absence d'une signature épigénétique, typique des cellules souches, dans les cultures cellulaires effectuées à partir des biopsies d'utérus, prélevées chez les patientes victimes de fausses couches à répétition. Ce déficit en cellules souches entraîne un vieillissement accéléré de la muqueuse de l'utérus qui se traduit par l'échec de la grossesse, expliquent les auteurs. Alors que la muqueuse doit « se renouveler » à chaque cycle, cette capacité de renouvellement est compromise en cas de déficit en cellules souches. A contrario, chez ces patientes, les cellules vieillissantes favorisent une réponse inflammatoire, préjudiciable au développement de l'embryon. 2 implications : améliorer le dépistage des femmes à risque de fausses couches à répétition par le développement de nouveaux tests de l'endomètre et développer des stratégies capables d'activer chez ces patientes, la fonction des cellules souches dans la muqueuse utérine. De prochaines études sont déjà prévues au printemps 2016.
L'endomètre pendant la grossesse
L’organisme maternel se modifie au cours de la grossesse. La plus grande transformation concerne l’utérus. Cette modification se fait sous l’influence des hormones de croissance et des hormones stéroïdes et des œstrogènes. L’utérus est un muscle présentant une cavité virtuelle. L’utérus est l’organe de la gestation, le corps utérin présente des modifications importantes.
Le fond utérin déborde le bord supérieur du pubis à la fin de la 10ème SA, (2ème mois).Il est ensuite mesuré à 8 cm environ, soit 3 travers de doigts au-dessus du bord supérieur de la symphyse pubienne, à la fin de la 12ème SA, il devient alors palpable.À 4 mois et demi, il est à l’ombilic. Au 1er trimestre, le développement de l’utérus se fait dans les deux sens (longueur 10-13 cm, largeur 8-10 cm). À la fin du 6ème mois, l’utérus se développe davantage en largeur (longueur 17-18 cm, largeur 18 cm). Au début de la grossesse, l’utérus est habituellement antéversé, moins fréquemment rétroversé. Mais il se redresse longitudinalement dès la fin du premier trimestre.À terme, sa direction sagittale dépend de l’état de tonicité de la paroi abdominale. La paroi de l’utérus s’hypertrophie et son épaisseur est de 3 cm vers le 4ème mois. Elle est élastique et souple.
Autres problèmes liés à l'endomètre
Comme tout organe, l’endomètre peut être le lieu de naissance d’une tumeur. Si un polype utérin est une tumeur bénigne de l’endomètre, une tumeur maligne, cancéreuse, peut aussi y apparaître. Survenant le plus souvent après la ménopause, le cancer de l’endomètre (à ne pas confondre avec le cancer du col de l’utérus) se manifeste principalement par des saignements génitaux inexpliqués. D’autres symptômes peuvent survenir, tels que de la fièvre ou des cystites.
L’endomètre peut aussi être l’objet d’une infection. On parle d’endométrite, infection survenant le plus souvent après l’accouchement, mais qui peut aussi être causée par un geste endo-utérin.
Endométriose et adénomyose sont également des maladies liées à l’endomètre. L’endométriose désigne la présence de tissus semblables à l’endomètre en dehors de la cavité utérine (sur ou dans la vessie, sur ou dans les ovaires ou les trompes, sur l’intestin…). Ces lésions se comportent comme l’endomètre sous l’effet des hormones, occasionnant d’importantes douleurs. Quant à l’adénomyose, elle désigne du tissu endométrial infiltré dans le myomètre, le muscle utérin.
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