La langue française, avec ses règles complexes et ses subtilités, suscite souvent des interrogations, notamment en ce qui concerne la conjugaison et l'emploi des temps verbaux. Une question récurrente concerne l'utilisation de l'imparfait du verbe « aller » suivi d'un infinitif, comme dans la phrase « J'allais sortir quand il s'est mis à pleuvoir ». Cet article se propose d'examiner cette construction et de tenter de clarifier les points de désaccord qu'elle peut susciter.
Le futur proche : un temps périphrastique
La notion de futur proche est souvent abordée en grammaire française, notamment dans des phrases comme « Je vais me baigner à la mer demain ». L'analyse traditionnelle considère « vais » comme le présent du verbe « aller » utilisé avec une valeur de futur immédiat. Cependant, certains remettent en question cette explication, arguant que seul le verbe « aller » est au présent, tandis que « se baigner » est au futur proche.
Cette divergence d'opinions soulève la question de la nature du futur proche : s'agit-il d'un temps à part entière ou d'une simple périphrase verbale ? Une périphrase verbale est une construction qui recourt à la combinaison de plusieurs termes, notamment un auxiliaire et un infinitif, pour exprimer une nuance de temps ou d'aspect. Dans le cas du futur proche, « aller » est considéré comme un semi-auxiliaire, car il a perdu son sens plein de verbe de mouvement pour indiquer une proximité temporelle.
L'imparfait et la valeur aspectuelle inchoative
La phrase « J'allais sortir quand il s'est mis à pleuvoir » soulève une question similaire. L'explication grammaticale courante est que « J'allais sortir » est à l'imparfait, avec une valeur de futur proche dans le passé. Cependant, l'attention se porte sur le verbe « sortir », et non sur le verbe « aller ».
Une autre approche consiste à considérer cette construction comme un imparfait à valeur aspectuelle inchoative. L'aspect inchoatif exprime le commencement d'une action. Ainsi, « J'allais sortir » signifierait que l'action de sortir était sur le point de commencer.
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Au plan morphologique, le verbe conjugué est "aller" : imparfait de l'indicatif. Au plan morphosyntaxique, ce verbe "aller" entre en composition dans une périphrase verbale du type : auxiliaire + infinitif. On établit ce rapprochement avec les auxiliaires être et avoir, parce qu' "aller", dans cet emploi, n'a plus son sens plein de verbe de mouvement. Au plan sémantique, l'ensemble de la construction par la périphrase "aller + inf." a une valeur d'aspect. Le procès indiqué par "manger" est saisi juste avant sa réalisation. À cela, toujours au plan sémantique, il faut ajouter que l'imparfait lui-même a une valeur d'aspect : valeur sécante. Le même procès "aller manger" - saisi juste avant sa réalisation, donc - est envisagé sans limites chronologiques précises, notamment sans borne finale nette.
Comparaison avec l'allemand
Pour étayer cette réflexion, il est intéressant de comparer le français avec l'allemand. En allemand, le futur est un temps composé formé de l'auxiliaire « werden » et de l'infinitif du verbe. Par exemple, « Ich werde Cola trinken » signifie « Je boirai du coca ». Pour exprimer le futur proche, l'allemand utilise le présent, comme dans la phrase « Ich trinke bald Cola » (« Je vais bientôt boire un coca »).
En allemand, personne ne conteste que le futur soit un temps composé. Dès lors, pourquoi ne pas admettre la même chose en français pour le futur proche ? Cette question met en lumière la complexité des classifications grammaticales et la difficulté de transposer les catégories d'une langue à une autre.
Temps verbal vs. valeur du temps
Il est important de distinguer la notion de temps verbal (les formes verbales présentes dans les tableaux de conjugaison) et les valeurs que peuvent prendre ces mêmes temps. Ainsi, le présent, le conditionnel et l'imparfait peuvent exprimer la notion d'avenir. L'homonymie entre les temps verbaux (présent, passé, futur) et les époques (rapport au moment de l'énonciation avant, pendant, après) peut être source de confusion.
En français, le futur simple n'a qu'une seule forme : infinitif + ai (…). Le reste n'est qu'une valeur de futur, d'avenir. D'ailleurs, le futur en français est aussi un peu un temps composé, mais ici l'auxiliaire « avoir » n'est pas devant mais derrière le radical. Il y a bien eu une périphrase verbale, mais elle est rentrée dans le rang !
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Le passé composé et le futur proche : une question de logique
Le passé composé est classé parmi les temps du passé, même si certains le rapprochent du présent. Par analogie, le futur proche devrait logiquement être classé parmi les temps du futur. La principale différence entre ces deux temps réside dans leur construction : auxiliaire + participe passé pour le passé composé, auxiliaire + infinitif pour le futur proche.
Le statut de semi-auxiliaire du verbe « aller » est également à prendre en compte. « Aller » conserve une part de sa valeur sémantique d'immédiateté, ce qui le distingue des auxiliaires « être » et « avoir », dont le sens est plus grammatical.
L'anglais : une autre perspective
L'anglais offre une perspective intéressante sur la question du futur. En effet, il n'existe pas de temps « futur » à proprement parler en anglais, mais plutôt différentes manières d'évoquer l'avenir.
Le futur n°1, avec « will/shall », est une modalité du présent, car « will/shall » sont des auxiliaires modaux morphologiquement au présent. Le futur n°2, exprimé par la construction « going to », est celui qui se rapproche le plus du futur proche français. Il existe également d'autres constructions, comme « be about to » et le présent en « BE V+ing ».
Dans chaque cas, l'avenir est évoqué, mais les nuances énonciatives sont différentes. Par exemple, « will » indique une congruence parfaite entre le sujet et le prédicat, tandis que « going to » suggère un cheminement vers l'actualisation de l'action.
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Dans l'exemple « was going to », l'étiquette demeure prétérit en BE V+ing, même si la situation est spéciale puisque le verbe est go. Ce qui a été dit pour am going to reste valable, il y a "seulement" un décrochage temporel puisque le point de départ est was. I was going to go out but the phone rang. (on voit bien que l'on est -pas sorti-) He said he was going to come (on ne dit s'il est venu finalement).
Conclusion
L'analyse de la construction « moi qui allais ou allait » révèle la complexité et la richesse de la grammaire française. La question de savoir si le futur proche est un temps à part entière ou une simple périphrase verbale reste ouverte au débat. Les arguments en faveur de l'une ou l'autre thèse sont nombreux et méritent d'être pris en considération.
Il est important de ne pas se limiter à une vision dogmatique de la grammaire et de prendre en compte les nuances sémantiques et aspectuelles exprimées par les différentes constructions verbales. La comparaison avec d'autres langues, comme l'allemand et l'anglais, peut également éclairer notre compréhension du système verbal français.
En fin de compte, la maîtrise de la langue française passe par une observation attentive des usages et une réflexion critique sur les règles grammaticales. La question de « moi qui allais ou allait » en est un exemple éloquent.
Annexes : conjugaison du verbe ALLER
Pour compléter cette analyse, voici un rappel de la conjugaison du verbe « aller » aux principaux temps et modes :
Indicatif
- Présent : je vais, tu vas, il va, nous allons, vous allez, ils vont
- Passé composé : je suis allé(e), tu es allé(e), il est allé, nous sommes allé(e)s, vous êtes allé(e)s, ils sont allés
- Imparfait : j'allais, tu allais, il allait, nous allions, vous alliez, ils allaient
- Plus-que-parfait : j'étais allé(e), tu étais allé(e), il était allé, nous étions allé(e)s, vous étiez allé(e)s, ils étaient allés
- Passé simple : j'allai, tu allas, il alla, nous allâmes, vous allâtes, ils allèrent
- Passé antérieur : je fus allé(e), tu fus allé(e), il fut allé, nous fûmes allé(e)s, vous fûtes allé(e)s, ils furent allés
- Futur simple : j'irai, tu iras, il ira, nous irons, vous irez, ils iront
- Futur antérieur : je serai allé(e), tu seras allé(e), il sera allé, nous serons allé(e)s, vous serez allé(e)s, ils seront allés
Subjonctif
- Présent : que j'aille, que tu ailles, qu'il aille, que nous allions, que vous alliez, qu'ils aillent
- Passé : que je sois allé(e), que tu sois allé(e), qu'il soit allé, que nous soyons allé(e)s, que vous soyez allé(e)s, qu'ils soient allés
- Imparfait : que j'allasse, que tu allasses, qu'il allât, que nous allassions, que vous allassiez, qu'ils allassent
- Plus-que-parfait : que je fusse allé(e), que tu fusses allé(e), qu'il fût allé, que nous fussions allé(e)s, que vous fussiez allé(e)s, qu'ils fussent allés
Conditionnel
- Présent : j'irais, tu irais, il irait, nous irions, vous iriez, ils iraient
- Passé (1ère forme) : je serais allé(e), tu serais allé(e), il serait allé, nous serions allé(e)s, vous seriez allé(e)s, ils seraient allés
- Passé (2ème forme) : je fusse allé(e), tu fusses allé(e), il fût allé, nous fussions allé(e)s, vous fussiez allé(e)s, ils fussent allés
Impératif
- Présent : va, allons, allez
- Passé : sois allé(e), soyons allé(e)s, soyez allé(e)s
Modes impersonnels
- Infinitif présent : aller
- Infinitif passé : être allé(e)
- Participe présent : allant
- Participe passé : allé(e)(s)
- Gérondif présent : en allant
- Gérondif passé : en étant allé(e)(s)
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