La migraine infantile, souvent méconnue et sous-estimée, est une réalité qui peut apparaître dès le plus jeune âge. Contrairement à l’adulte, l’enfant exprime sa douleur différemment, avec des crises souvent plus courtes, parfois bilatérales, et fréquemment accompagnées de nausées, de vomissements ou de douleurs abdominales. Comprendre les particularités des migraines chez l’enfant est essentiel pour un diagnostic précis et un soulagement efficace.

Prévalence et caractéristiques générales

La migraine est le syndrome de céphalées aiguës et récurrentes le plus fréquent chez les enfants. Les maux de tête récurrents touchent un tiers à la moitié des enfants et adolescents, avec une occurrence quotidienne chez environ 2 à 4 % des jeunes patients. La prévalence de la migraine épisodique est d’environ 2 à 5 % chez les enfants d’âge préscolaire, 10 % chez les enfants d’âge scolaire et 20 à 30 % chez les adolescentes. Environ 20 % des patients migraineux subissent leur première crise avant l’âge de 5 ans.

Les différences entre les caractéristiques des patients pédiatriques et adultes atteints de migraine sont reconnues depuis de nombreuses années. Même au sein de l’enfance, les symptômes de la migraine varient en fonction de l’âge de l’enfant. Il existe souvent des antécédents familiaux de migraine chez la majorité des patients.

Symptômes de la migraine chez l'enfant

Les symptômes de la migraine chez l’enfant peuvent varier en fonction de l’âge. Chez les très jeunes enfants, la douleur peut s’exprimer par l’irritabilité, les pleurs, l’agitation ou la recherche d’une pièce sombre pour dormir. Les enfants âgés de cinq à dix ans ont tendance à souffrir de maux de tête frontaux bilatéraux accompagnés de nausées, de douleurs abdominales, de vomissements, de photophobie, de phonophobie et d’un besoin de dormir.

L’aura, un phénomène neurologique transitoire qui précède ou accompagne la migraine, commence à apparaître chez les enfants d’âge moyen. Seuls 10 à 20 % des enfants migraineux présentent une aura, souvent pour la première fois après l’âge de 8 ans. L’aura précède généralement la céphalée de moins de 60 minutes et dure de 5 à 20 minutes. Les troubles visuels sont le type d’aura le plus courant chez les enfants. Les autres auras comprennent des symptômes sensoriels (engourdissement ou picotement), des déficits de la parole et/ou du langage (aphasie ou dysarthrie), des déficits moteurs (hémiparésie), une perte d’attention, une confusion, une amnésie, une agitation ou des symptômes du tronc cérébral (vertiges, dysarthrie, acouphènes, diplopie, hyperacousie).

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Les migraines épisodiques de l’enfant peuvent durer de 2 à 72 heures, mais durent généralement moins de 4 heures. Certains jeunes patients signalent des maux de tête encore plus courts, de 10 à 20 minutes. L’intensité des céphalées infantiles est souvent plus faible que celle de la migraine chez l’adulte, avec une douleur pulsatile. La phase de céphalée peut être associée à des extrémités froides, des nausées, une anorexie, des vomissements, une diarrhée ou une constipation, des vertiges, des frissons, une transpiration excessive, une ataxie, un engourdissement, une photophobie, une phonophobie, une perte de mémoire ou une confusion. Souvent, le patient ne peut pas se concentrer ou fonctionner efficacement pendant ou immédiatement après les épisodes. Le soulagement est généralement associé au sommeil.

États Comorbides

La migraine est associée à divers états comorbides. Des symptômes psychiatriques tels que la dépression, les attaques de panique, les troubles anxieux ou des phobies spécifiques peuvent être présents. L’épilepsie et la migraine sont souvent présentes chez le même individu, bien que la plupart des patients migraineux n’aient pas de crises. Les migraineux sont plus enclins au mal des transports que les patients non migraineux. Les vertiges intermittents sont fréquents chez les patients migraineux. La réactivité cardiovasculaire aux changements posturaux est plus élevée chez les patients migraineux, ce qui peut entraîner des vertiges ou une intolérance orthostatique. Les migraines sont également associées à des troubles du sommeil, et le déclencheur le plus courant des maux de tête chez les enfants est une altération du sommeil.

Types spécifiques de migraines chez l'enfant

La migraine se présente sous divers phénotypes chez l’enfant, qui évoluent parfois avec le vieillissement de l’enfant. Certains types de migraines sont plus spécifiques à la population pédiatrique :

  • État migraineux : Forme grave de migraine où la crise de mal de tête est continue pendant plus de 72 heures. Les patients ont généralement des antécédents de migraine.
  • Migraine hémiplégique : Caractérisée par une faiblesse musculaire unilatérale accompagnant une crise migraineuse. Elle peut survenir de façon sporadique ou familiale. La migraine hémiplégique familiale est une forme autosomique-dominante de migraine avec aura, causée par des mutations dans les gènes CACNA1A, ATP1A2, SCN1A et PRRT2.
  • Migraine avec aura du tronc cérébral (anciennement migraine de type basilaire) : Sous-type de migraine avec aura, observé principalement chez les adolescents et les jeunes femmes adultes. Les symptômes de l’aura se manifestent dans le tronc cérébral, mais il n’y a pas de faiblesse motrice. La douleur à la tête peut se situer dans la région occipitale.
  • Migraine confusionnelle aiguë : Caractérisée par des épisodes transitoires d’amnésie, de confusion aiguë, d’agitation, de léthargie et de dysphasie. Elle est souvent précipitée par un traumatisme crânien mineur, mais peut survenir sans facteur d’incitation.
  • Syndrome des vomissements cycliques : Se caractérise par des épisodes récurrents de vomissements intenses séparés par des intervalles sans symptômes. La prévalence de ce syndrome dans les populations blanches est de 1,9 %. Le syndrome des vomissements cycliques associé à la migraine commence généralement lorsque le patient est un enfant en bas âge et disparaît à l’adolescence ou au début de l’âge adulte.
  • Migraine abdominale : Caractérisée par des épisodes récurrents de douleur abdominale généralisée accompagnée de nausées et de vomissements, mais souvent sans céphalée. La prévalence estimée chez l’enfant est de 2 à 4 %.
  • Vertige paroxystique bénin de l’enfance : Affection caractérisée par de brefs épisodes de vertige, de déséquilibre et de nausée, que l’on retrouve généralement chez les enfants âgés de 2 à 4 ans.
  • Torticolis paroxystique du nourrisson : Trouble peu courant caractérisé par des épisodes répétés d’inclinaison de la tête associés à une pâleur, des nausées, des vomissements et une ataxie. Les crises surviennent généralement chez les nourrissons et peuvent durer de quelques minutes à plusieurs jours.

Syndrome Périodique de l’Enfance

Moins connue que la migraine habituelle avec mal de tête, vertiges, torticolis, la migraine abdominale représente près de la moitié des cas et touche environ 4% des enfants. Les syndromes périodiques de l’enfance sont des « équivalents migraineux » centrés sur un symptôme prédominant différent de la céphalée (douleur abdominale, torticolis, vertige paroxystique, vomissements). Il existe souvent des antécédents de migraine au sein de la famille.

Pour diagnostiquer une migraine abdominale, on se base sur les critères de Dignan : la sévérité des douleurs abdominales (centrées sur l’ombilic ou mal localisées) qui durent au moins une heure avec un retentissement fonctionnel important, leur association fréquente à des signes neuro-végétatifs (pâleur, flush facial), la résolution complète entre les crises, et l’importance de savoir écouter le ressenti de l‘enfant et de se fier aux capacités d’observation des parents.

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Diagnostic

L’enfant migraineux doit présenter un examen neurologique normal. Seul un faible pourcentage de patients souffrant de céphalées nécessite des études de laboratoire et radiologiques. La neuro-imagerie n’est généralement pas justifiée chez les enfants dont les antécédents sont compatibles avec la migraine et dont l’examen neurologique est normal. Une étude d’imagerie doit être envisagée chez les patients ayant des antécédents de convulsions, de traumatisme crânien récent, de changement significatif de la céphalée, de signes de déficits neurologiques focaux ou d’œdème papillaire à l’examen physique. Il n’existe pas de règles absolues pour l’évaluation des patients souffrant de céphalées ; la décision de réaliser une étude de neuro-imagerie repose en définitive sur le jugement clinique. L’électroencéphalographie n’est pas utile dans l’évaluation de routine des patients souffrant de céphalées. Elle peut être envisagée chez les patients présentant une aura migraineuse atypique, une perte de conscience épisodique ou d’autres symptômes suggérant un trouble convulsif.

La définition de la migraine dépend de facteurs internationaux bien codifiés que connaissent les médecins généralistes et les pédiatres. C’est donc lors d’une consultation avec l’un ou l’autre de ces praticiens et après un interrogatoire minutieux que le diagnostic est posé. Néanmoins, pour éliminer une cause plus grave (tumeur par exemple) les médecins peuvent proposer la réalisation d’une IRM. L’interrogatoire est primordial car la migraine se déclenche fréquemment suite à un facteur en lien avec les émotions.

Traitement

Les stratégies de traitement de la migraine chez l’enfant doivent inclure l’identification des facteurs déclencheurs potentiels, le contrôle de la douleur au moment de la céphalée et la médication préventive. Le traitement des enfants souffrant de crises légères et peu fréquentes consiste principalement à se reposer, à éviter les facteurs déclenchants et à prendre des analgésiques au besoin. Un sommeil adéquat, des repas réguliers, une hydratation appropriée et l‘évitement de surcharger l’emploi du temps de l’enfant sont importants.

Il est utile mais souvent difficile d’aider l’enfant à reconnaître les déclencheurs de la migraine, car de nombreux épisodes de maux de tête n’ont pas de déclencheurs spécifiques. Les déclencheurs psychologiques de la migraine chez l’enfant peuvent être le stress (horaires chargés), l’anxiété et la dépression. Il est important de souligner au patient et à sa famille que la migraine n’est pas une maladie imaginaire ou psychologique. Le stress n’est pas la seule cause des maux de tête, même s’il rend les migraines plus difficiles à gérer. Parmi les autres déclencheurs environnementaux de la migraine figurent la lumière fluorescente, la lumière vive, la lumière vacillante, les changements de pression barométrique, l’altitude élevée ou le changement d’altitude, les odeurs fortes, les écrans d’ordinateur ou les changements rapides de température. Certains patients signalent que des motifs visuels complexes comme des rayures, des carreaux ou des lignes en zigzag peuvent déclencher des migraines. Le surmenage physique peut déclencher la migraine infantile. Certains migraineux déclarent qu’ils sont plus susceptibles d’avoir mal à la tête après avoir pratiqué un sport ou après avoir été extrêmement actifs. Un traumatisme crânien mineur (par exemple, un coup de balle dans la tête, une chute sur la tête) peut également provoquer une crise de migraine.

Au moment du mal de tête, si possible, conseillez à l’enfant de s’allonger dans une pièce fraîche, sombre et calme et de s’endormir. Le sommeil peut être le traitement le plus efficace contre la migraine. Pour les crises légères à modérées, les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont efficaces s’ils sont administrés pendant l’aura ou la phase initiale du mal de tête. L’ibuprofène est administré à une dose initiale de 10mg/kg. La stase gastrique se produit chez les patients migraineux et peut entraîner un retard dans l’absorption des médicaments oraux. Occasionnellement, les boissons gazeuses peuvent améliorer l’absorption. La caféine peut aider à potentialiser l’effet de l’analgésique de la migraine chez l’enfant.

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Si la crise se répète 1 à 2 fois par mois, voire plus, il faut que le médecin recherche les éléments de vie susceptibles de la favoriser comme par exemple, un problème une situation problématique, une situation de violence intra-familiale… Le traitement de fond initié est un traitement par anti-inflammatoires non stéroïdiens qui va cibler les phénomènes inflammatoires présents au niveau du cerveau lors des crises de migraines. À savoir, l’ibuprofène (10mg/kg). Pour raccourcir la durée de la crise le Dr Dugué préconise la mise en place un projet d’accueil individualisé (PAI) en crèche ou à l’école. Si l’enfant vomit, des formes orodispersibles existent (NurofenPro®), les formes en suppositoire (Nifluril®) sont à garder en dernier recours du fait de leur biodisponibilité incertaine. Si le 1er traitement donné reste insuffisant, on peut proposer on peut proposer du paracétamol 1 heure après. En complément du traitement médical le Dr Dugué recommande des méthodes douces de relaxation psycho corporelle pour lutter contre le stress émotionnel et casser la spirale déclenchant la migraine. Chez les plus petits on pourra proposer l’intervention d’une psychomotricienne et le coup de pouce de la sophrologie et de l’hypnose et autohypnose. Il existe aussi de nombreuses appli (musicare®, petit bambou®, hypnotidou®…) pour apporter détente et relaxation à l’enfant.

Traitement des Migraines Abdominales

Le traitement des migraines abdominales est basé essentiellement si possible sur une approche non médicamenteuse. L’hygiène de vie doit être la plus équilibrée possible (alimentation équilibrée, bonne hygiène de sommeil, limitation du temps passé devant les écrans tout type confondu, pratique d’une activité physique, limitation des facteurs de stress, boire de l’eau régulièrement surtout lors des fortes chaleurs). Dans certains cas, il peut être utile de faire une hospitalisation courte pour les enfants faisant des crises fréquentes. On essayera alors d’identifier des facteurs déclenchants alimentaires (conserves, pickles, glutamate, etc.) pour les exclure si besoin.

Importance de la prise en charge

La migraine est aussi invalidante chez l’enfant que chez l’adulte. Elle nécessite une réelle prise en charge adaptée, aussi bien en termes de traitements que d’accompagnement. La migraine peut avoir pour conséquence une déscolarisation ainsi qu’une désocialisation progressive de l’enfant. Il est important de parler de la migraine avec votre enfant, pour qu’il comprenne au mieux ce qu’il vit.

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