Introduction
La metformine est un médicament antidiabétique oral couramment prescrit, notamment pour les femmes atteintes du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Le SOPK, qui affecte 5 à 10 % des femmes en âge de procréer, est la cause la plus courante d’infertilité féminine et est souvent associé à une insulino-résistance et une hyperinsulinémie. Il se caractérise par une anomalie chronique ou une absence d'ovulation (anovulation) et une production excessive d'hormones mâles (hyperandrogénisme). Les principaux symptômes de ce trouble sont des cycles menstruels irréguliers, l'infertilité, l'hirsutisme et l'acné. Étant donné que les femmes atteintes du SOPK ont une augmentation du risque de complications durant leur grossesse, l'utilisation de la metformine pendant la grossesse a suscité un intérêt considérable. Cette revue examine les données actuelles concernant l'association entre la metformine et le risque de fausse couche, ainsi que d'autres complications de la grossesse.
Metformine et SOPK : Un Lien Complexe
Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) est souvent associé à une insulino-résistance et une hyperinsulinémie qui jouent un rôle probable dans l’hyperandrogénie et l’anovulation. L’utilisation d’agents « insulino-sensibilisants » a été proposée pour réduire l’insulino-résistance et l’hyperandrogénie. La metformine, un antidiabétique oral (ADO) courant, est souvent utilisée pour accroître les chances de grossesse chez les femmes atteintes du SOPK.
Une étude rétrospective financée par l’institut national américain du développement et de la santé infantile semble montrer que la metformine (Glucophage® ) permet de réduire le risque d’interruption involontaire de grossesse durant le premier trimestre parmi les femmes atteintes du syndrome des ovaires polykystiques (SOP). Les résultats sont publiés par l’équipe de John Nestler (Medical College of Virginia, Richmond, Virginie, EU) dans Clinical Endocrinology & Metabolism. Le SOP, qui est la cause la plus courante d’infertilité féminine, affecte 5 à 10% des femmes en âge de procréer, et le taux de fausse couche atteint 30 à 50% durant le premier trimestre. Le SOP augmente les risques de diabète de type 2, qui constitue un facteur de risque de fausse couche. Il a déjà été montré un bénéfice apportée par la metformine chez les femmes ayant un SOP, en matière de chance de réussite d’une grossesse, probablement grâce à l’amélioration de l’irrigation de l’utérus que provoque cette molécule. Les chercheurs ont conduit une étude rétrospective auprès de 96 femmes avec un SOP diagnostiqué durant les 4,5 années passées et qui sont tombées enceintes durant cette période. Parmi ces femmes, 65 ont reçu de la metformine durant leur grossesse (groupe metformine) et 31 non (groupe témoin). Le taux de fausse couche précoce dans le groupe ‘metformine’ a été de 8,8%, comparé à 41,9 dans le groupe témoin. Dans un sous groupe de femmes sans histoire de fausse couche, ce taux a été de 11,1% (4/36) dans le groupe metformine et de 58,3% (7/12) dans le groupe témoin. Seul un enfant né dans le groupe metformine a eu une malformation, d’origine génétique, une achondrodysplasie.
Une revue fait le point sur l'utilisation de la metformine dans cette indication. Bien que son mécanisme d'action ne soit pas univoque, la metformine semble efficace pour rétablir la cyclicité voire l’ovulation spontanée. Son effet potentialisateur de l'action du citrate de clomifène a été mis en évidence dans certaines études et elle pourrait être considérée comme un adjuvant utile dans les cas de résistance. Cependant, la réduction du risque d'hyperstimulation chez les patientes traitées par FSH exogène nécessite d'être confirmée au même titre que son effet bénéfique potentiel pour diminuer le risque de fausses couches précoces.
Études Cliniques et Résultats Contradictoires
Une nouvelle étude prospective, scandinave, randomisée, a été mise en place pour tester l’hypothèse que la metformine prévenait les fausses couches tardives et les naissances prématurées chez les femmes ayant un SOPK. Ces résultats sont publiés dans le Lancet Diabetes Endocrinol. L’essai PregMed 2 est un essai randomisé vs placebo, en double insu, multicentrique, mené dans 14 hôpitaux de Norvège, de Suède et d’Islande. Des femmes enceintes avec un SOPK, âgées de 18 à 45 ans, ont été incluses. Elles étaient assignées de manière randomisée à recevoir soit de la metformine, soit du placebo. Le traitement était démarré à 500 mg X 2 par jour de metformine ou du placebo au cours de la 1ère semaine de traitement et augmenté à 1 000 mg X 2 par jour de metformine ou de placebo à partir de la 2ème semaine et cela jusqu’à l’accouchement. Le critère d’évaluation principal était un critère composite de l’incidence d’une fausse couche tardive entre la 13ème et la 22ème semaine ou d’une naissance prématurée (entre la 23ème semaine et la 36ème semaine).
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L’étude s’est déroulée entre 2012 et 2017. 497 femmes ont été incluses (244 dans le groupe metformine et 243 dans le groupe placebo). En analyse en intention de traiter, le critère d’évaluation principal composite (fausse couche tardive et naissance prématurée) est survenu chez 12 (5 %) des 238 femmes du groupe metformine et 23 (10 %) des 240 femmes du groupe placebo, donnant un odds ratio de 0.5 (IC 95 % = 0.22 - 1.08, p = 0.08). Il n’y avait pas non plus de différence significative pour les critères secondaires, qu’il s’agisse de l’incidence du diabète gestationnel (25 % vs 24 %) ou des pré-éclampsies, de l’hypertension gestationnelle ou l’admission des nouveau-nés dans l’unité de soins intensifs néonatale. Les effets secondaires graves n’étaient pas différents entre les groupes, tant chez les mères que chez les enfants.
Si les données de cette étude sont combinées en analyse post-hoc avec les données des deux essais cliniques précédents, 18 des 397 femmes (5 %) avaient une fausse couche tardive ou une naissance prématurée dans le groupe metformine vs 40 (10 %) des 399 femmes du groupe placebo, donnant un odds ratio à 0.43 (0.23 - 0.79, p = 0.004).
Risques Potentiels et Considérations
Si le médicament peut favoriser les taux de naissance chez ce groupe de femmes, il peut aussi augmenter le risque d’obésité chez l’enfant, révèle cette étude de la Norwegian University of Science and Technology. La metformine est souvent utilisée pendant la grossesse lorsque la mère est atteinte du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). L’étude révèle donc que les enfants exposés à la metformine in utero peuvent par la suite présenter un risque d’obésité plus élevé : « nous ne pouvons pas exclure que ces enfants auront davantage de problèmes de santé à l'âge adulte », ajoute l’auteur principal, Liv Guro Engen Hanem, étudiante au doctorat à la Norwegian University of Science and Technology.
L’étude a suivi 257 femmes enceintes atteintes de SOPK entre 2005 et 2009, qui recevaient de la metformine ou un placebo pendant leur grossesse. Les chercheurs ont ensuite suivi 141 de leurs enfants et relevé leur taille, poids, IMC et tour de taille aux âges de 5 à 10 ans. Alors que des millions de femmes enceintes utilisent la metformine, en partie en cas de SOPK, mais le plus souvent de diabète gestationnel, ces résultats, contraires à l'hypothèse d’origine, alertent sur un risque d'obésité accru pour les enfants exposés in utero, plus tard dans la vie. Les chercheurs concluent que le rapport bénéfice -risque de la metformine en cas de SOPK devrait être reconsidéré.
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