Introduction

Les menstruations, phénomène biologique naturel chez la femme, ont été, à travers l'histoire, enveloppées de mystères, de croyances et de tabous. Cet article explore la perception et le traitement des menstruations au XVIIe siècle, une période charnière où les avancées scientifiques ont commencé à remettre en question les idées reçues, tout en luttant contre des préjugés tenaces.

Les Mythes et Croyances Ancestrales

Les menstruations ont longtemps été associées à des mythes et des croyances souvent défavorables à la femme. Ces mythes, hérités du passé, dépeignent les menstruations comme une maladie physique et mentale dont il vaut mieux se tenir à l'écart.

Les Règles dans l'Antiquité

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'Égypte ancienne ne semblait pas avoir de tabous majeurs concernant les règles. Les médecins égyptiens traitaient les menstruations de manière scientifique et leur attribuaient même des vertus guérisseuses, utilisant le sang menstruel dans des onctions. Certaines femmes sont même devenues pharaons, marquant un moment de "girl power".

En Grèce Antique, la perception des règles devient plus négative avec Hippocrate. Pour ce médecin et philosophe, le flux menstruel est un moyen d'évacuer des fluides corporels en excès. Le sang non évacué est considéré comme toxique, déséquilibrant les humeurs et pouvant mener à la folie.

À l'époque de la Rome Antique, le sang menstruel est perçu comme un poison aux effets néfastes. Pline l'Ancien, dans son "Histoire Naturelle", accuse les femmes menstruées de faire aigrir le vin, d'enrager les chiens et de tuer les abeilles.

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Les religions monothéistes ont également contribué à la propagation de croyances négatives. La Bible et la Torah considèrent le sang menstruel comme impur, obligeant les femmes à se laver pour ôter cette souillure. Des textes religieux vont même jusqu'à punir d'une naissance d'enfant lépreux une femme ayant des relations sexuelles pendant ses menstruations, et l'homme est condamné à une diète de pain et d'eau.

Ainsi, le corps de la femme est diabolisé, les menstruations sont associées au péché et à la folie, et le cycle menstruel est largement ignoré.

Les Avancées Scientifiques du XVIIe Siècle

Heureusement, l'histoire ne s'arrête pas là. Le XVIIe siècle marque un tournant avec des avancées scientifiques qui font évoluer la connaissance du cycle menstruel. Le docteur De Graaf découvre l'existence et le rôle des follicules ovariens.

Une Découverte Erronée Persistante

Malgré ces avancées, certaines idées fausses persistent. On continue de croire que le sang menstruel produit des ménotoxines qui font faner les fleurs ou pourrir ce que la femme touche durant ses règles. Cette croyance erronée s'appuie sur de vieux préjugés.

Les Règles : Un Tabou Persistant

Peu importe l'époque, les règles restent un tabou que l'on n'aime pas nommer. Les femmes utilisent des euphémismes pour en parler, et sont souvent considérées comme hystériques pendant cette période.

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Les Règles dans le Monde : Traditions et Croyances

Au-delà de l'histoire européenne, les croyances et traditions propres à chaque pays influencent la perception des règles dans le monde. Dans de nombreuses contrées, cet état naturel est synonyme d'exclusion et représente un problème de santé publique.

En Afrique, les règles sont une cause de déscolarisation pour de nombreuses jeunes filles, en raison du manque d'accès à des infrastructures sanitaires adéquates. Au Népal, malgré l'interdiction légale du Chaupadi, des femmes sont encore exclues du village pendant leurs menstruations, car elles sont considérées comme impures. En Inde et en Afghanistan, des préjugés liés à la vie maritale et à la nourriture persistent.

Les Protections Hygiéniques : Une Évolution Lente

Aujourd'hui, nous avons l'embarras du choix en matière de protections hygiéniques. Mais comment faisaient nos ancêtres ?

Les Égyptiennes utilisaient une sorte de tampon fait de bois et de compresses de lin. Les éponges de mer étaient également utilisées comme protections naturelles. L'ancêtre de la culotte menstruelle était constitué de linges glissés dans la culotte pour absorber le flux. Avant cela, une ceinture menstruelle maintenait des bandes de tissus.

Les premières protections hygiéniques jetables apparaissent à la fin du XIXe siècle. En 1937, le docteur Haas commercialise le premier Tampax aux États-Unis. La cup menstruelle, inventée en 1930, ne rencontre le succès qu'au XXIe siècle.

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Le Sang Menstruel et sa Portée

Au XVIIIe siècle, on croit encore que les menstrues, si elles sont déviées de leur voie directe, peuvent s’écouler à partir d’autres orifices. Le sang menstruel est si fondamental qu’il définit l’identité de la femme. Jean Astruc, dans son "Traité des maladies des femmes" (1761-1765), distingue trois types de femmes selon que leurs règles sont normales, trop abondantes, ou insuffisantes, voire absentes, et fait dépendre leurs caractéristiques psychologiques de ces flux. Hippocrate affirme que "les règles étant trop abondantes, il survient des maladies ; les règles ne coulant pas, les maladies qui naissent viennent de la matrice".

Ambivalence du Sang Menstruel

Fluide ambigu, le sang menstruel est synonyme de purification. La menstruation, par laquelle le corps se purge d’un sang assimilé aux matières excrémentielles, est censée purifier le sang des femmes et les délivrer d’un excès de sang. Les croyances héritées des siècles passés sont encore valables au XVIIIe siècle, surtout parmi le peuple, et les règles sont dotées d’une fonction protectrice. En Écosse, on considère que "le sang menstruel protège le bétail du mauvais œil". On lui accorde même des vertus thérapeutiques, puisque certains des remèdes issus du Moyen Âge sont élaborés à partir de lui, notamment ceux destinés à soigner la goutte, les écrouelles et les fièvres tierces.

Le sang des vierges peut guérir les maladies vénériennes et permettre de recouvrer la santé.

Plus souvent, les ménorragies sont considérées comme impures et dangereuses. Selon les croyances populaires, toujours en vigueur au XVIIIe siècle, le sang menstruel est doté d’un pouvoir maléfique, puisque "les abeilles meurent, les champignons flétrissent, le vin tourne, la viande s’abîme […] les miroirs se ternissent".

Les Dangers Liés aux Menstrues

Les dangers liés aux menstrues s’expliquent par le fait qu’elles sont constituées d’un sang perdu, qui aurait pu servir à la procréation. Avoir des relations sexuelles avec une femme réglée risque, croit-on, de donner naissance à un enfant roux, ou même à un monstre, opinion populaire que renforce le rapprochement phonique entre "menstrues" et "monstre".

Affaire Judiciaire : Marie Antoinette Dubois contre Charlotte Courtecuisse (1787)

Les fonds du parlement de Flandre offrent un champ d'investigation riche concernant la perception des femmes en justice. Une affaire particulière, survenue à Douai en 1787, met en lumière l'utilisation des menstruations comme argument de défense.

Marie Antoinette Dubois, épouse d'un procureur, accuse sa servante, Charlotte Courtecuisse, d'avoir maltraité sa fille. Charlotte, quant à elle, affirme avoir été insultée et battue par ses employeurs. La défense du procureur et de sa femme s'articule en partie autour de l'idée que les "désordres" de Charlotte étaient dus à ses "menstrues".

Cette affaire illustre la persistance des préjugés liés aux menstruations et la manière dont ils pouvaient être utilisés dans le contexte juridique de l'époque.

Le Renouveau de la Parole

Aujourd'hui, la parole s'est libérée d'une manière exceptionnelle ces cinq dernières années mais c'est dans certains milieux, certaines générations, certains pays.

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