Introduction
Les menstruations, un phénomène biologique central dans la vie des femmes, ont longtemps été entourées de mystère, de tabous et de préjugés. Bien que les médecins se soient intéressés à ce phénomène depuis longtemps, la recherche scientifique sur les menstruations est restée insuffisante et marquée par le tabou. Cet article vise à explorer en profondeur les aspects scientifiques des menstruations, en mettant en lumière l'évolution de l'ovocyte, les enjeux de santé publique liés aux troubles menstruels, les perceptions sociales et culturelles des règles, ainsi que les récentes découvertes sur l'impact des hormones sur le cerveau.
Évolution de l'Ovocyte et Cycle Menstruel
Le cycle menstruel est un processus complexe régulé par les hormones sécrétées par les ovaires, notamment la progestérone et les œstrogènes. Ces hormones, libérées à partir du cinquième jour du cycle, permettent à la muqueuse utérine de s'épaissir en préparation à une éventuelle grossesse.
Le Follicule Ovarien
Les follicules, qui contiennent les ovocytes, sont situés dans le stroma cortical des ovaires. Le follicule tertiaire se distingue par l'apparition de la cavité folliculaire, ou antrum, dans la granulosa. Les cellules de la granulosa qui entourent l'ovocyte forment le cumulus oophorus, ou disque proligère. L'ovocyte grossit et son noyau atteint la taille d'un follicule primaire.
Fécondation et Implantation
Si l'ovocyte est fécondé par un spermatozoïde, il devient une cellule-œuf, puis un préembryon, et migre vers l'utérus. Une fois fixé dans l'utérus, l'embryon envoie des signaux hormonaux au follicule éclaté, devenu corps jaune. Ce dernier fabrique des hormones pour bloquer les règles et soutenir la grossesse.
Dégénérescence du Corps Jaune
En l'absence de fécondation, le corps jaune dégénère. Ce processus se déroule sur les 14 jours suivant l'ovulation. Au 28e jour, le corps jaune adopte une forme de cicatrice et prend le nom de corpus albicans, ou corps blanc, ce qui signifie la perte de sa fonction endocrine. Les cellules de la thèque interne, sous l'action de la LH, synthétisent des androgènes. Le cycle se termine au vingt-huitième jour.
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Enjeux de Santé Publique et Recherche Sous-Financée
Les problèmes de santé liés aux règles constituent un enjeu de santé publique majeur. Une femme sur cinq souffrirait de crampes sévères lors de ses règles, une sur dix d'endométriose et le même nombre de polykystose ovarienne. Ces chiffres sont supérieurs à ceux de maladies telles que la maladie d'Alzheimer, l'autisme, l'épilepsie ou le psoriasis.
Malgré l'ampleur de ces problèmes, les maladies et troubles liés aux menstruations sont encore peu connus, peu médiatisés et peu documentés par la recherche scientifique. Des questions fondamentales restent sans réponse, notamment pourquoi les écoulements sanguins contiennent tant d'anticorps et pourquoi les règles sont douloureuses pour une vaste majorité de femmes.
Le manque de financements pour la recherche sur les menstruations est un obstacle majeur. Le syndrome prémenstruel (SPM), par exemple, a été décrit pour la première fois en 1931, mais aucun traitement efficace n'a amélioré la condition des femmes depuis. Les scientifiques ne comprennent pas ce qui cause le syndrome prémenstruel, ce qui limite la recherche et les financements pour de nouvelles études.
Tabous et Perceptions Sociales des Menstruations
Le Sang Menstruel : Impureté et Secret
Le sang menstruel a traditionnellement été perçu comme une forme d'impureté à risque de contaminer l'environnement, ce qui a engendré une mise à l'écart des femmes pendant leurs menstruations. Bien que ce discours soit moins dominant dans les cultures occidentales contemporaines, une certaine tendance à la dissimulation et au secret entoure encore ce moment du mois. Le langage lui-même employé pour désigner la période des règles évite souvent l'emploi direct du terme, le remplaçant par des expressions qui peuvent être dénigrantes et contribuer à l'invisibilité sociale de la période menstruelle.
Expérience Corporelle et Image de Soi
L'absence de regard positif et expérientiel sur les menstruations influence la manière dont les femmes vivent ce moment de leur cycle. Les menstruations sont souvent ressenties comme dégoûtantes, dérangeantes ou honteuses. Cette honte internalisée encouragerait une tendance à se complexer ainsi qu'une vision dévalorisante de la corporéité féminine.
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Paradigme Médical Dominant
La dominance du paradigme médical contribue également au manque de visibilité des menstruations comme expérience subjective. Les premières connaissances offertes aux jeunes filles quant à leur cycle menstruel se limitent souvent à une lecture physiologique, où les menstruations sont présentées sous le prisme de la douleur ou de la pathologie. La dimension expérientielle de ce moment de la vie ainsi que le sens qu'il peut prendre ne sont pas pris en compte. Cette manière d'envisager les menstruations véhicule en outre une vision implicite du corps, perçu comme déficient et incontrôlable.
Rituels et Réappropriation du Féminin
Au-delà de l'interprétation des menstruations comme quelque chose de sale et souillant, le retrait opéré culturellement pendant cette période du mois peut également être perçu comme la création d'un espace sécuritaire et sacré permettant de protéger l'expérience particulière vécue par les femmes à ce moment. Les rituels de menstruation présents dans les sociétés traditionnelles avaient pour fonction de célébrer la capacité à porter la vie tout en préservant la femme des dangers de la liminalité à laquelle l'état menstruel pouvait l'ouvrir.
Renouveau Contemporain et Rituels Menstruels
Depuis une dizaine d'années, on assiste à un renouveau autour de la manière d'accueillir et de représenter les menstruations en Occident. Des mouvements de « tente rouge » entendent favoriser les échanges entre les femmes à propos de leur vécu menstruel. Certaines célébrations des ménarches sont proposées aux jeunes filles, parfois sur un mode essentiellement commercial et festif, parfois dans une orientation plus rituélique et sororale.
L'idée d'un accompagnement personnel des menstruations à travers de pratiques rituelles individuelles émerge dans plusieurs recherches. Certains auteurs mentionnent l'importance du repos, l'utilisation de calendrier lunaire durant les règles, le don du sang à la terre, l'art menstruel ou encore la pratique de la méditation, du yoga, de l'écriture réflexive, de la danse, du Qi Gong. Ce renouveau contemporain autour des rituels menstruels exprime le besoin d'une réappropriation d'un corps cyclique et la reliance à une cosmologie. En redonnant du sens à cette expérience corporelle, ces pratiques participent à une reconquête symbolique du féminin, souvent occulté ou dévalorisé dans les sociétés modernes.
Impact des Hormones sur le Cerveau
Des études récentes ont mis en lumière l'impact des hormones sexuelles sur le cerveau pendant le cycle menstruel. Les scanners IRM montrent que la montée et la descente des hormones sexuelles remodèlent de façon spectaculaire les régions du cerveau qui régissent les émotions, la mémoire, le comportement et l'efficacité du transfert d'informations.
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Remodelage de l'Hippocampe
L'hippocampe, centre cognitif du cerveau, est particulièrement influencé par les changements hormonaux. La couche extérieure de l'hippocampe s'épaissit et la matière grise s'étend avec l'augmentation des niveaux d'œstrogènes et la baisse de la progestérone. Lorsque les niveaux de progestérone augmentent, la couche liée à la mémoire s'étend.
Fluctuations de la Matière Blanche
Des études suggèrent que les modifications de la matière blanche liées aux fluctuations hormonales précédant l'ovulation pourraient rendre plus efficace le transfert d'informations entre les différentes parties du cerveau.
Implications Fonctionnelles
Bien que ces études montrent que certaines zones du cerveau peuvent se remodeler en fonction des oscillations des hormones pendant le cycle menstruel, les scientifiques précisent que cela ne signifie pas que la mémoire ou la cognition sont affectées. Les études ne révèlent pas non plus si les changements de volume sont liés à la myriade de symptômes émotionnels et cognitifs que subissent les femmes pendant leurs règles.
Préjugés Historiques et Discours Médical
La Menstruation comme Mystère Féminin
Depuis longtemps, les médecins se sont intéressés au phénomène de la menstruation, qui renvoie au mystère de l'» éternel féminin ». À la fin du XIXe siècle, le discours médical sur les règles recoupait encore sur bien des points les préjugés populaires, notamment en ce qui concerne l'impureté du sang menstruel.
Discours Médical Contradictoire
Les médecins n'étaient pas unanimes : perçue par certains comme un garant de l'équilibre féminin, une « saignée naturelle » indispensable à la bonne santé de la femme, la menstruation était stigmatisée par d'autres comme un état pathologique induisant chez la femme indisposée des troubles aussi bien physiologiques que psychologiques.
Préjugés et Superstitions
Les savoirs médicaux ne s'opposaient pas toujours aux « préjugés » et aux « superstitions ». Au contraire, les croyances populaires étaient parfois intégrées et confirmées par les médecins. Ainsi, le cycle lunaire était mobilisé pour ancrer la femme et son cycle menstruel dans une cosmogonie impossible à dépasser.
Nocivité de la Femme Indisposée
Certains médecins n'hésitaient pas à justifier scientifiquement les superstitions concernant les règles, affirmant qu'à les regarder de près, à les comparer aux données de la science moderne, on s'aperçoit que plusieurs d'entre elles suscitent des réflexions qui font revenir un peu des préjugés que l'on peut nourrir à leur égard, et on est bien forcé de leur accorder quelque valeur.
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