Introduction

Dans l'imaginaire collectif, l'enfance et l'adolescence sont perçues comme des périodes de la vie symbolisant l'innocence et la pureté. Il s'agit également d'une étape charnière dans la construction identitaire amenant à l'âge adulte puisque s'opèrent des bouleversements biologiques et psychologiques au cours desquels se structurent les caractéristiques de la personnalité adulte. La grossesse chez les adolescentes est un phénomène complexe et multidimensionnel qui suscite de nombreuses interrogations. Bien que ce phénomène ait toujours existé, il semblerait que de nos jours il soit appréhendé de façon préoccupante au point d’être qualifié par certains auteurs tels que Foucher de « fait social nouveau ». En effet, selon lui l’adolescence est une période d’instabilité, de recherche voire de crise. De ce fait il s’interroge sur la façon d’envisager une maternité à un stade de construction identitaire inachevée.

En parallèle, d’autres spécialistes de la question évoquent une société paradoxale où se mêlent des femmes qui enfantent plus tardivement du fait de l’allongement de la durée des études et de la volonté d’une stabilité professionnelle à des adolescentes de plus en plus matures biologiquement et sexuellement souhaitant mettre à terme leur grossesse.

Cet article vise à explorer les enjeux liés à l'éducation à la santé en périnatalité, en se concentrant sur la situation spécifique des jeunes femmes enceintes. Il s'appuie sur des données statistiques, des études de terrain et des témoignages de professionnels pour offrir une vision globale de cette problématique.

Contexte et chiffres clés

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), en France en 2013 le taux de natalité moyen chez les jeunes filles de 15 à 19 ans est de 49 pour 1000. Par ailleurs, toujours chez les 15 à 19 ans il s’avère que 22.6 % d’entre-elles présentent une situation de grossesse.

En se référant aux travaux menés dans le champ de la médecine comparative, il s’avère que les filles avaient leur premier rapport à l’âge de 20 ans et demi en moyenne au début des années 1960 contre 17 ans et demi en 2014.

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Malgré une baisse significative dans la plupart des pays occidentaux, le nombre de grossesses adolescentes semble inquiéter les pouvoirs publics pour deux raisons. La première renvoie à l’incapacité de maîtriser totalement la fécondité malgré une démocratisation des moyens de contraception. Quant à la seconde elle est liée aux difficultés matérielles que peuvent rencontrer ces jeunes mères face à l’absence de stabilité financière ou familiale au cours de leur grossesse et lors de l’éducation de l’enfant à naître. A ce titre, en 2001 le Fonds des Nations Unies pour l’enfance note que « si le nombre de grossesses adolescentes a diminué, en revanche, la perception de ces grossesses comme un problème social a elle augmenté ».

Plusieurs facteurs concourent à clarifier l’interruption de la baisse de la fréquence des grossesses chez les adolescentes. De plus, il apparaît que le recours à la contraception se met en œuvre essentiellement au démarrage de la vie sexuelle mais que progressivement l’utilisation des moyens contraceptifs semblent être moins constants face à la confiance réciproque que s’accorde le couple dans leur intimité. En effet, les adolescents ont souvent conscience des risques épidémiques liés notamment au SIDA et aux Maladies Sexuellement Transmissibles (MST). Enfin, le désir d’enfant chez les adolescentes serait également la résultante d’une recherche de maternité permettant de combler des carences affectives.

Les enjeux de l'éducation à la santé en périnatalité chez les adolescentes

Les défis liés à la construction identitaire

L'adolescence est une période de construction identitaire, marquée par des bouleversements biologiques, psychologiques et sociaux. La grossesse, survenant à ce stade de la vie, peut complexifier ce processus et engendrer des difficultés supplémentaires pour la jeune femme.

Foucher s'interroge sur la façon d’envisager une maternité à un stade de construction identitaire inachevée.

Les facteurs psychosociaux

La psychologue Malika Larbi a mis en évidence que deux composantes majeures influencent la volonté de maternité chez ce public. Ainsi, dans un premier temps la composante narcissique marquerait le besoin de complétude en transférant vers l’enfant à naître l’objet de comblement du vide et d’une faille qui n’a pas pu être réparée par les parents de l’adolescente. Dans un second temps, la psychologue évoque une composante objectale où les parents sont en capacité de se représenter leur progéniture comme une personne à part entière.

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Le désir d’enfant chez les adolescentes serait également la résultante d’une recherche de maternité permettant de combler des carences affectives.

Les difficultés matérielles et financières

Les jeunes mères sont souvent confrontées à des difficultés matérielles et financières, liées à l'absence de stabilité professionnelle et familiale. Ces difficultés peuvent avoir un impact négatif sur leur santé, leur bien-être et leur capacité à élever leur enfant dans des conditions optimales.

L'importance du soutien social et familial

L'absence de réseaux familiaux suffisamment efficients peut freiner la volonté des jeunes mères et les fragiliser. Le soutien social et familial est donc essentiel pour leur permettre de faire face aux défis de la maternité.

Exemples d'actions et de structures d'accompagnement

Les centres maternels

L’assistante sociale a pu clarifier plusieurs éléments : « la moyenne d’âge à l’admission est de 16 ans mais il est déjà arrivé que nous recevions de plus jeunes mères. A ces âges-là je ne pense pas que la maternité soit un choix mais plutôt le reflet d’un désir précoce d’enfant pour rompre avec un quotidien qui déplaît ainsi qu’une transgressions des interdits. ( …) Le plus souvent l’absence de connaissance face à la contraception peut expliquer cette situation. (…) Notre fonction dans la structure est de soutenir ces adolescentes dans l’apprentissage de leur rôle de mère dans les meilleures conditions. (…) Si elles sont accueillies au centre maternel c’est qu’il a été évalué chez elles des difficultés à mettre en œuvre leur fonction parentale ou des risques de danger pour elles et l’enfant suite à un parcours d’errance quand celles-ci ont été mises à la porte par des parents qui n’ont pas accepté à cette maternité. (…) Un important travail d’écoute et d’échange se met alors en place entre les professionnels et ces mères autour des moments du quotidien comme le lever, la toilette, la préparation du biberon et des repas ainsi que le respect du sommeil de l’enfant. En parallèle, nous les aidons dans leurs démarches administratives bien que la majorité d’entre-elles ont du mal à se projeter vers d’autres aspects que la maternité ».

Les plannings familiaux

En rencontrant une psychologue assurant une écoute dans un planning familial j’ai également découvert d’autres aspects inhérents à la maternité adolescente. En effet, elle a pu succinctement évoquer certains éléments de sa pratique au cours de nos échanges : « la grossesse n’est pas toujours le seul choix de l’adolescente. Le désir d’enfant peut être la volonté d’un garçon qui explicite cette volonté auprès de sa partenaire. La jeune femme alors fragile ou aveuglée par la relation peut céder à la pression en pensant que l’arrivé de l’enfant donnera un sens au couple en le responsabilisant à travers la recherche d’un travail, d’un logement et la reconstruction d’une famille qui répond aux projections conscientes ou inconscientes. (…) Il arrive parfois que le père soit présent ce qui permet de renforcer la stabilité affective et la sécurité matérielle de la famille. Mais le plus souvent ces mères se trouvent seules dans leur grossesse et leur maternité ce qui les exposent à davantage de vulnérabilité. Certaines font le choix d’interrompre la grossesse dans ce cas-là nous les accompagnions tout au long de ce processus mais d’autres poursuivent leur grossesse. Pour ces derniers nous les conseillons dans leur fonction et dans les besoins qu’elles ont en les orientant vers des services adaptés. (…) Pour ma part, je ne pense pas que l’adolescente soit moins qualifiée à être mère mais ce qui risque de rendre sa maternité plus difficile ce sont les circonstances dans laquelle elle se déroule ».

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Les campagnes de sensibilisation et d'information

Depuis une vingtaine d’années les campagnes de sensibilisation et d’information sur l’éducation sexuelle, les moyens de contraception, le recours à l’IVG et à la pilule du lendemain se multiplient.

Les consultations prénatales et postnatales

Ces consultations sont essentielles pour assurer le suivi médical de la mère et de l'enfant, et pour prodiguer des conseils en matière de santé, de nutrition et de parentalité.

Pistes de réflexion et perspectives

L'importance d'une approche globale et personnalisée

Il est essentiel d'adopter une approche globale et personnalisée de l'éducation à la santé en périnatalité, en tenant compte des spécificités de chaque adolescente et de son environnement.

La nécessité de renforcer la coordination entre les différents acteurs

Une meilleure coordination entre les professionnels de la santé, les travailleurs sociaux, les éducateurs et les associations est indispensable pour assurer un accompagnement efficace des jeunes mères.

La valorisation des compétences parentales des adolescentes

Comme l’a signifié la psychologue rencontrée les mères adolescentes ne seraient pas moins aptes à exercer leur fonction parental. Ces propos rejoignent d’ailleurs ceux du pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott qui met en évidence l’appellation controversée de « mères suffisamment bonnes » chez les adolescentes en expliquant que leur « préoccupation maternelle primaire » est suffisante pour permettre d’assurer leurs responsabilités face au nouveau né.

Il est important de valoriser les compétences parentales des adolescentes et de les accompagner dans leur développement, afin de favoriser leur épanouissement et celui de leur enfant.

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