La question de l'avortement est un sujet sensible et polarisant au Canada, comme ailleurs. Les débats passionnés qu'elle suscite mettent en lumière des divergences profondes au sein de la société. La position de Maxime Bernier, ancien député et fondateur du Parti Populaire du Canada (PPC), sur l'avortement a souvent été source de controverse et mérite un examen approfondi.
Un Échange Viral et Révélateur
Un échange devenu viral au Canada illustre bien la complexité de ce débat. Lors d'une discussion, Justin Trudeau, le Premier ministre du Canada, a interpellé un interlocuteur en lui demandant : « Vous ne pensez pas que les femmes devraient pouvoir choisir ce qu'elles font de leur corps ? ». La réponse de l'intéressé, se déclarant « chrétien », fut : « Personnellement, non […], parce que c'est leur choix de coucher à droite et à gauche. »
Cette réponse a provoqué une vive réaction de Justin Trudeau, qui a réaffirmé le droit des femmes à choisir de se faire avorter, surtout en cas de viol. Il a ensuite lancé, sur un ton sarcastique : « Il semble que vous ayez besoin de réfléchir un peu plus et de prier un peu plus à ce propos ».
Cet échange, relayé sur les réseaux sociaux, a suscité de nombreux commentaires, la plupart soutenant la position du Premier ministre. Certains internautes ont souligné le respect dont Justin Trudeau a fait preuve en dialoguant avec un jeune homme qui, de son propre aveu, devait approfondir sa réflexion sur la question.
La Position Historique de Justin Trudeau
Ce n'est pas la première fois que Justin Trudeau défend publiquement le droit à l'avortement. Il y a un an, alors que la Cour suprême américaine était sur le point de revenir sur l'arrêt Roe vs Wade, le chef du Parti Libéral avait promis de défendre le droit à l'IVG. Il avait alors déclaré à la presse : « Le libre choix d'une femme est un choix qui ne peut être fait que par elle seule. Chaque femme au Canada a le droit à un avortement légal et sûr. »
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Il est important de rappeler que la Cour suprême du Canada a décriminalisé l'avortement dans un arrêt historique de 1988.
Maxime Bernier : Un Parcours Politique et des Positions Controversées
Maxime Bernier a fondé le Parti Populaire du Canada après avoir quitté les conservateurs, suite à une candidature à la direction du parti. Le PPC défend des positions très libertariennes sur l'économie, prônant notamment la fin des subventions à l'agriculture et aux entreprises, les privatisations et la réduction de la bureaucratie.
Sur l'immigration, le PPC adopte une ligne restrictive, s'opposant à « l'immigration de masse » et proposant de réduire l'immigration légale à 150 000 personnes par an, contre 350 000 actuellement.
Bien que les informations fournies ne détaillent pas explicitement la position de Maxime Bernier sur l'avortement, on peut supposer qu'elle est susceptible d'être conservatrice. Ceci est déduit de ses affiliations passées avec le Parti Conservateur et la fondation du Parti Populaire, qui est généralement plus à droite que le Parti Conservateur.
Le Contexte Politique Canadien
Les élections canadiennes du 21 octobre 2019 ont permis au Premier ministre libéral Justin Trudeau de conserver le pouvoir à la tête d’un gouvernement minoritaire. Les libéraux ont subi d’importantes pertes en voix et en sièges consécutives aux fortes déceptions liées à la politique et à la personnalité de Justin Trudeau. Plusieurs facteurs ont cependant aidé les libéraux à limiter leurs pertes en sièges : la polarisation des votes au Québec entre les libéraux et le Bloc sur la loi 21, l’impopularité du gouvernement provincial conservateur en Ontario, une répartition géographique des suffrages plus favorable que celle des conservateurs, un leader conservateur, Andrew Scheer, peu attractif.
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Les conservateurs ont échoué à reprendre le pouvoir à Ottawa bien qu’ils aient obtenu un peu plus de suffrages que les libéraux et ils ont été débordés au Québec par le Bloc dans l’électorat de la CAQ. Le Bloc québécois est le seul véritable vainqueur de ces élections grâce à sa défense de la loi 21. Le NPD n’a réussi à limiter son déclin que dans le Canada anglophone, perdant la quasi-totalité de ses sièges au Québec.
Les libéraux du Premier ministre Justin Trudeau étaient au pouvoir depuis les élections de 2015, perdues par le Premier ministre conservateur sortant Stephen Harper. Après un état de grâce jusqu’à la fin 2016, la popularité de Justin Trudeau est définitivement passée dans le rouge à partir de décembre 2018 avec plus de 60 % de désapprobation malgré une situation économique globalement favorable. Cette forte impopularité s’expliquait par la déception concernant l’action gouvernementale avec des promesses non tenues (réforme électorale, pas d’abrogation des lois anti-terroristes…), une action perçue comme insuffisante contre le changement climatique (taxe carbone mais autorisation de l’oléoduc Trans Mountain et maintien des subventions aux énergies fossiles) ou mal reçue (augmentation des taxes). La personnalité de Justin Trudeau a été de plus atteinte par le scandale SNC Lavalin qui a éclaté en février-mars 2019. Les libéraux ont perdu le pouvoir depuis 2015 dans la quasi-totalité des provinces qu’ils détenaient (Colombie Britannique, Ontario, Québec, Nouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard). Les conservateurs avec leur nouveau chef Andrew Scheer ont connu de nombreux succès lors d’élections provinciales (notamment en Ontario et en Alberta) ou partielles. Les néo-démocrates se sont difficilement remis de leur lourd échec de 2015. Pour les Verts, « la véritable opposition du XXIe siècle n’est pas celle de la gauche contre la droite, mais bien celle des élites (le un pour cent) contre le reste d’entre nous ».
L’objectif des libéraux était de se maintenir au pouvoir, si possible en conservant un gouvernement majoritaire en progressant au Québec aux dépens des néo-démocrates. Celui des conservateurs était de revenir au pouvoir. Pour les néo-démocrates il s’agissait d’opérer un redressement en progressant dans le Canada anglophone et en limitant la casse au Québec. Le Bloc québécois espérait un redressement en profitant du déclin des néo-démocrates au Québec et de la déception envers les libéraux. Les Verts espéraient gagner quelques sièges et conserver celui de leur chef Elisabeth May. 2146 candidats se sont présentés dans les 338 circonscriptions. Les libéraux, les conservateurs, les néodémocrates et les Verts ont présenté des candidats dans chacune des 338 circonscriptions et le parti populaire dans 315. Le Bloc a été présent dans les 78 circonscriptions du Québec.
Le 18 septembre le magazine américain Time a publié une photo de Justin Trudeau le visage et les mains maquillés en noir (blackface) et vêtu d’un costume d’Aladin, lors d’une soirée en 2001 dans une école privée où il enseignait alors. Le scandale est immédiat, ce type de déguisement ayant une connotation raciste que l’intéressé ne pouvait ignorer. Justin Trudeau s’est excusé très rapidement mais d’autres photos du même type le concernant quand il était étudiant sont sorties. Chez les conservateurs, Andrew Scheer, qui a principalement promis des réductions d’impôts, a dû jongler entre les vœux de sa base (contre la taxe carbone, pour des réductions d’impôts) et celles de la majorité du corps électoral (lutte contre le réchauffement climatique, maintien des programmes sociaux). Le programme du NPD était prioritairement axé sur le social (la réduction des inégalités, coût de la vie, santé), la lutte contre les discriminations et l’écologie. Singh a repris le thème traditionnel néodémocrate présentant les libéraux et les conservateurs comme porteurs de la même politique, tout en indiquant qu’il ferait chuter un gouvernement minoritaire conservateur à la première occasion, alors qu’une discussion serait possible, mais difficile, avec les libéraux. Il a proposé des augmentations d’impôts pour les entreprises et les plus favorisés, un impôt sur le patrimoine et un budget en déficit pour les cinq prochaines années afin de financer les mesures sociales et la transition écologique. Trois principaux débats télévisés ont été organisés pour cette élection : un premier débat en français le 2 octobre (chaine TVA) puis les deux débats officiels, en anglais le 7 octobre et en français le 10. Les deux grands gagnants de ces débats ont été Jagmeet Singh et Jean-Yves Blanchet, tous deux jusque-là peu connus du grand public. Le chef du NPD s’est imposé par son langage clair et sa grande maîtrise, révélant un fort leadership, très à l’aise en français, accusant Trudeau de « flasher à gauche pendant la campagne, mais de tourner à droite au gouvernement ». Celui du Bloc a bien occupé le créneau de la défense inconditionnelle des positions du Québec. Le chef conservateur a marqué des points contre Justin Trudeau mais n’a pu éviter les critiques de Singh et Blanchet sur sa ligne politique. Bernier, invité aux deux débats officiels, a profité de cette exposition pour développer ses positions libertariennes et attaquer Scheer, lui reprochant de trahir les valeurs conservatrices, notamment en renonçant à faire de l’équilibre budgétaire une priorité absolue. Elizabeth May, déjà présente lors des précédentes campagnes, a fait peu d’interventions marquantes.
Concernant le Québec, les libéraux ont critiqué la politique migratoire du Québec et se sont opposé aux demandes du Premier ministre du Québec, François Legault (CAQ). Justin Trudeau a notamment laissé entendre que s’il est réélu, il contestera devant les tribunaux la loi 21 du gouvernement Legault sur l’interdiction des signes religieux pour les enseignants et certains fonctionnaires en position d’autorité. Le Bloc, qui a reçu le soutien massif du Parti québécois, a repris à son compte l’ensemble des demandes du gouvernement de François Legault et a défendu la loi 21. Il s’est présenté comme le seul défenseur des intérêts du Québec à Ottawa et a critiqué Trudeau sur son opposition à la loi 21. Les conservateurs ont soutenu Legault sur la restriction de l’immigration et plus largement le respect des droits élargis pour la province. Concernant la loi 21 sur la laïcité, les conservateurs y sont opposés, tout en indiquant qu’ils ne la contesteraient pas en cas de victoire. On doit remarquer qu’au Québec les candidats conservateurs ont défendu la loi 21 et rappelé que seul leur parti pouvait empêcher les libéraux de conserver le pouvoir et d’attaquer cette loi. Scheer a attaqué Blanchet, lui reprochant d’être souverainiste et de travailler en fait pour le Parti québécois contre le gouvernement Legault. Celui-ci a répliqué en rappelant que Scheer soutenait le projet albertain d’imposer aux autres provinces, dont le Québec, un oléoduc (sous l’appellation de corridor énergétique) que les Québécois refusent massivement. Les libéraux, eux aussi inquiets de la poussée du Bloc, l’ont accusé de vouloir renvoyer les Québécois dans l’opposition fédérale et ont rappelé que ce furent les 40 députés donnés par le Québec aux libéraux en 2015 qui ont permis de mettre fin au règne des conservateurs en place depuis 2006. À quoi Blanchet a répondu en accusant Trudeau d’avoir trouvé 4,5 milliards de dollars pour acheter l’oléoduc Trans Mountain mais rien pour raccorder les réserves autochtones à l’eau courante. Le NPD s’est opposé à la loi 21 mais a indiqué qu’il ne la contestera pas devant les tribunaux en cas de victoire (respect des droits du Québec). Singh a également promis d’augmenter les transferts fédéraux pour financer l’apprentissage du français par les immigrants, une demande de François Legault. Les néodémocrates ont vivement contesté au Bloc le droit de se dire « progressiste » en rappelant que Blanchet avait refusé d’écarter quatre de ses candidats qui avaient tenu des propos racistes et islamophobes avant la campagne sur les réseaux sociaux, se satisfaisant de leurs excuses. Les Verts se sont opposés à la loi 21 et aux restrictions à l’immigration du gouvernement Legault. En fin de campagne, les sondages restant très indécis entre les libéraux et les conservateurs, les libéraux ont appelé au rassemblement des progressistes derrière leurs candidats pour empêcher un retour des conservateurs au pouvoir et accusés ceux-ci d’avoir un « agenda caché » en matière de coupes dans les programmes sociaux, attaque également faite par les néodémocrates. Les conservateurs ont accusé les libéraux de vouloir légaliser les drogues dures en cas de réélection. Notons enfin que Greta Thunberg était au Canada durant toute la campagne électorale et a mené des manifestations sur le climat, notamment à Montréal et en Alberta. Les résultats sont en pourcentages des inscrits pour les votants et en pourcentages des suffrages exprimés pour les forces politiques.
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Les résultats de cette élection sont marqués par un premier paradoxe : alors que les conservateurs sont arrivés en tête en nombre de voix, ce sont les libéraux qui gagnent l’élection avec 157 sièges contre seulement 121 aux conservateurs. Sur l’ensemble du Canada, dans le cadre d’une participation en sensible recul, avec 33,1 % des suffrages et 157 sièges, les libéraux perdent 6,4 points et 27 sièges sur 2015 alors que les conservateurs, avec 34,4 % et 121 sièges, progressent de 2,5 points et 22 sièges. Les néodémocrates, avec 15,9 % et 24 sièges reculent de 3,8 points et 20 sièges, obtenant leur plus faible résultat depuis 2004. Les Verts, avec 6,5 % et 3 sièges, gagnent 3 points et 2 sièges sur 2015, mais obtiennent un résultat inférieur à celui de 2008 (6,8 %).
Le débat sur la loi 21 a favorisé une bipolarisation entre le Bloc et les libéraux, les deux partis aux positions les plus cohérentes, le Bloc pour et les libéraux contre. Cette bipolarisation s’est exercée aux dépens des conservateurs et des néodémocrates, ces derniers perdant plus de la moitié de leurs suffrages et la quasi-totalité de leurs sièges. Les libéraux résistent beaucoup mieux que dans le reste du Canada, reculant seulement de 1,5 points et 5 sièges sur 2015 alors que les conservateurs perdent 0,7 point et 2 sièges. Le succès du Bloc s’explique par sa capacité à rassembler non seulement l’électorat souverainiste du Parti Québécois mais aussi la majorité de l’électorat de la CAQ dans lequel il a concurrencé avec succès les conservateurs. La chute des néodémocrates est d’autant plus forte par rapport à 2015 que leur leader à cette élection, Thomas Mulcair, était un Québécois élu de Montréal et qu’ils avaient déjà perdu en 2015 un nombre important de députés sortants. La focalisation du vote sur un enjeu identitaire comme la laïcité (la loi 21) a accru leurs pertes vers le Bloc chez un électorat favorable à la loi 21 (en zones rurales), mais aussi vers les libéraux chez les électeurs hostiles à cette loi (à Montréal, particulièrement dans les fiefs de Québec solidaire). Au total le Bloc gagne 22 sièges par rapport à 2015, 11 vis-à-vis des néodémocrates, 8 vis-à-vis des libéraux et 3 vis-à-vis des conservateurs, alors que les libéraux en gagnent 4 vis-à-vis des néodémocrates. Sur l’ensemble du Canada anglophone les libéraux reculent nettement en voix et en sièges (-2211), principalement au profit des conservateurs (+ 24 sièges) qui en gagnent aussi 6 aux dépends des néodémocrates. La bataille décisive a eu lieu dans l’Ontario (121 sièges) où les conservateurs ont été battus par les libéraux qui ont très bien résisté, conservant 79 de leurs 80 sièges. Dans les provinces de l’Atlantique, les libéraux l’emportent avec 26 sièges sur 32, mais reculent nettement par rapport à leur résultat exceptionnel de 2015, perdant 4 sièges au profit des conservateurs (3 au Nouveau Brunswick, 1 en Nouvelle-Écosse), un au profit des néodémocrates à Terre-Neuve et un au profit des Verts au Nouveau-Brunswick. Dans l’Ouest et le Nord, les conservateurs renforcent leur domination, progressant de plus de 8 points et 17 sièges alors que les libéraux reculent massivement, perdant 10,9 points et 15 sièges, victimes de l’impopularité du gouvernement Trudeau. L’analyse des résultats par circonscriptions indique une grande stabilité dans la sociologie électorale. Les libéraux sont toujours très dominants chez les milieux les plus favorisés dans les grandes agglomérations (Montréal, Toronto, Vancouver) ainsi que dans les milieux populaires issus de l’immigration extra européenne au Québec et dans l’Ontario. Les conservateurs sont dominants dans les banlieues des classes moyennes et supérieures, ainsi que dans les régions rurales et les petites villes du Canada anglophone. Le NPD conserve ses bastions traditionnels dans les grandes villes du Canada anglophone (Vancouver, Winnipeg, Toronto) ainsi que dans les régions minières et forestières du Canada anglophone. Le Bloc est dominant dans les régions rurales et les petites villes du Québec, ainsi que dans les quartiers populaires de Montréal. Les Verts sont présents dans les grandes villes du Canada anglophone, notamment en Colombie-Britannique.
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