L'évolution des pratiques d'élevage, notamment en ce qui concerne la maternité des truies, reflète une prise de conscience croissante du bien-être animal. La perception négative de la mise en cage, quelle qu’en soit la raison, motive cette transition vers des systèmes d'élevage plus respectueux des besoins des truies. Ce projet, dont les directives ne sont pas encore établies, met en lumière l'intérêt croissant des citoyens pour le bien-être animal en élevage.
Amélioration du Bien-Être : Objectif Principal
Le principal objectif de la libération des truies en maternité est d’améliorer leur bien-être. La truie a un fort instinct de nidification autour de sa mise-bas. C’est un point fondamental et la clef de l’expression de son comportement naturel et de son bien-être.
L'Importance des Matériaux de Nidification
La libération des truies, pour des raisons de bien-être, devrait logiquement s’accompagner de la mise en place de matériaux de nidification (paille, copeaux, toile de jute). Il est à noter cependant que les qualités de ces matériaux diffèrent. La paille et la toile de jute, par exemple, permettent à la truie d’exprimer son instinct de nidification mais, seule la paille, semble pouvoir diminuer son stress et améliorer ses performances (mortalité des porcelets, poids au sevrage).
L'Espace et la Sectorisation de l'Environnement
La truie, une fois libérée, a besoin d’avoir un minimum d’espace et de pouvoir sectoriser son environnement en une zone d’alimentation, de repos et de déjection. Les cases doivent pouvoir répondre à ces besoins. L’Allemagne a fixé par exemple à 6,5m2, la taille minimale des cases liberté. Les cases doivent aussi permettre à l’éleveur de soigner truies et porcelets, d’effectuer des réparations, de nettoyer les déjections en toute sécurité.
Compromis Nécessaires : Bien-Être de la Truie vs. Survie des Porcelets
Si l’on place le bien-être au cœur du passage en liberté, il ne faudrait pas pour autant entraîner une hausse de la mortalité des porcelets. Bien que mal perçues, les cages sont mises en place pour protéger les porcelets des écrasements par la truie.
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Les Différents Types de Cases de Maternité
Ces cages peuvent-être sur caillebotis (plus pratique à nettoyer) ou sur sol plein. Elles permettent de contenir la truie 4 jours après la mise-bas. Il s'agit d'un compromis entre le bien-être de la truie, le bien-être du porcelet et le bien-être de l'éleveur.
Les cases en liberté totale sont un peu plus grandes généralement que celles avec possibilité d’enfermer la truie. La question de la surface minimale obligatoire reste un point crucial.
Implications Économiques et Adaptation des Installations
Le coût des cases est aussi important, en effet le prix d’une case liberté est 2000 euros plus chère qu’une case avec cage. Au-delà du coût de la case, les bâtiments devront être agrandis ou le nombre de truie diminué. En effet les cases conventionnelles bloquées font environ 4,5m2 là où une case liberté fait 5,5 à 7m2. Afin de conserver des couloirs et zones de passage décents qui permettent à l’éleveur de travailler, il est mathématiquement obligatoire d’agrandir les salles de maternité ou de diminuer le nombre de truies. Tout cela a évidemment un coût qui ne sera pas nécessairement compensé par un cahier des charge si tout le monde adopte ce système.
Opportunités et Améliorations Potentielles
Des opportunités malgré tout ? - La mise en place d’un nid en niche de qualité, c’est-à-dire chaud et lumineux et suffisamment grand pour que les porcelets s’y regroupent, représente une avancée significative. Le passage en maternité liberté est aussi plein d’opportunités.
Impact Positif sur le Porcelet et Gestion de l'Ambiance
Le fait d’être en maternité liberté oblige à revoir la gestion de l’ambiance des maternités. Avec un aussi grand volume, il est impossible de chauffer toute la salle à 26°C et d’avoir quelques lampes d’appoint (méthode qui ne convient ni à la truie ni aux porcelets).
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Sélection du Caractère des Mères et Réduction du Stress
Le passage en liberté nécessite de sélectionner plus sévèrement le caractère des mères. Les truies sont moins stressées lorsqu’elles sont mises en liberté.
Adaptation des Systèmes d'Élevage en Europe
La liberté de mouvement des truies en maternité fait l’objet de recherches actives au Danemark, au Pays-Bas et au Royaume-Uni, bien que les réglementations nationales de ces pays ne rendent pas cette pratique obligatoire.
Au Royaume-Uni, sous la pression des organisations de protection du bien-être animal, un distributeur important a décidé de ne s’approvisionner qu’en viande de porcs issue d’élevages de truies en liberté. Le gouvernement britannique a annoncé la mise en place de subventions pour soutenir la construction de bâtiments adaptés.
Au Danemark, cela fait dix ans que les élevages, notamment ceux qui approvisionnent le marché britannique, ont commencé à utiliser des systèmes de truies libres à la mise bas. Les solutions techniques identifiées sont le fruit d’un travail conjoint entre organisations professionnelles, équipementiers et associations « welfaristes » (associations de défense du bien-être des animaux d’élevage).
Impacts Physiologiques et Comportementaux
Une récente étude finlandaise montre pourtant que les mises bas en liberté diminuent le stress des truies et favorisent l’expulsion des porcelets. Selon Claudio Oliviero, enseignant-chercheur à l’Université d’Helsinki, « L’acte de nidification rendu possible par la non-contention de la truie est associé à une augmentation de prolactine induite par une diminution de la progestérone et une augmentation des prostaglandines. » Il « agit contre le stress de l’animal » et est susceptible d’en améliorer la santé. En effet, un faible taux de progestérone est corrélé à une production plus abondante de colostrum et d’immunoglobulines (Ig ; Poilvet D ., 2017). De même, la liberté des truies lors de leur mise bas est associée à une augmentation du taux d’ocytocine, donc à une diminution de la durée de la mise bas.
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Exigences Européennes en Élevage Biologique
Le règlement européen qui encadre l’élevage biologique précise que « les pratiques d’élevage, y compris l’alimentation des animaux, la conception des installations, la densité d’élevage et la qualité de l’eau, permettent de répondre aux besoins de développement, ainsi qu’aux besoins physiologiques et comportementaux des animaux ».
En Autriche, le marché du porc bio représente 3 % du marché du porc. Les élevages qui l’approvisionnent sont de taille raisonnable, avec un bon équilibre entre taille du troupeau et surfaces cultivées (lien au sol).
Modèles de Loges de Mise Bas en Liberté
Le Centre wallon de Recherches Agronomiques (CRA-W) s’est rendu en janvier 2018 à la station expérimentale bio de Thalheim bei Wels (au nord-ouest de l’Autriche). La station expérimentale bio, en lien avec l’équipementier Schauer, a ainsi mis au point deux modèles de loge de mise bas en liberté adaptés à l’élevage bio : les loges Welser et WelCon.
Principes et Caractéristiques des Loges Welser et WelCon
La loge est basée sur un principe : la séparation nette des domaines d’activité - « se coucher », « déféquer », « s’alimenter ». Toutes les cloisons sont en bois. La superficie totale de la loge (aires intérieures et extérieures) fait environ 12,5 m².
Dans l’aire de mise bas et d’allaitement, la truie doit disposer de paille en brins longs (paille d’orge) qu’elle utilise comme matériau de nidification. La zone doit rester sèche et propre. Entre chaque bande, l’aire est débarrassée des litières et brossées, mais n’est lavée qu’une à deux fois par an. La mise en place de « barre anti-écrasement » n’est pas nécessaire. Le risque d’accumulation de paille sous une barre est parfois plus préjudiciable que protecteur. De même, la mise à disposition d’un panneau incliné pour faciliter et orienter le couchage des truies ou encore d’un poteau au milieu de la zone (cf. Le sol de la zone de mise bas et d’allaitement est isolé. Aucun caillebotis n’est présent.
Dans la loge Wesler, la truie doit quitter l’aire de repos couverte pour rejoindre sa zone d’alimentation en passant par la zone extérieure arrière. Elle doit faire le chemin inverse pour retrouver ses porcelets. La porte pour rentrer dans la zone de mise bas et allaitement comprend une poignée d’ouverture actionnée avec le groin de la truie.
Dans la loge WelCon, la zone d’allaitement est séparée de la zone d’alimentation par un dispositif de barrières amovibles. Ces barrières permettent le passage de l’éleveur. La niche à porcelets est équipée d’un couvercle avec un radiant électrique infrarouge au plafond. Elle a une superficie de 1,1 m². Les porcelets peuvent être enfermés dans leur niche en actionnant un levier qui abaisse ou remonte une guillotine qui sépare les zones. Seule la niche à porcelets est chauffée.
La zone arrière extérieure fait office d’aire de déjections, d’exercice et d’abreuvement. Elle contient un abreuvoir et un râtelier pour du fourrage grossier. La zone est raclée 2 fois par semaine par un engin motorisé. Le couloir de raclage est 5 à 12 cm sous le niveau du sol des zones intérieures pour éviter toute infiltration d’eau mais permettre le passage de la truie et des porcelets.
Gestion de l'Ambiance Thermique en Maternité
Les réglages des paramètres de ventilation et de chauffage des maternités sont cruciaux pour réussir la mise-bas, limiter le risque de diarrhée et d'écrasement et optimiser l'appétit des truies pour une bonne lactation.
Besoins Thermiques des Porcelets et des Truies
Le débit minimum permet le renouvellement d’air nécessaire, même par temps froid, pour extraire les gaz et apporter de l’oxygène. Un débit maximum est visé afin d’éviter des vitesses d’air excessives, qui réduisent la température ressentie. Étant donné le contexte d’hyperprolificité et la fréquence des canicules, les fourchettes hautes sont souvent recommandées : 40 et 300 m3/h/truie et sa portée, pour les débits minimum et maximum.
À la naissance, les besoins du porcelet sont de l’ordre de 35 °C pour redescendre autour de 33 °C au bout de 24 heures (Berthon et al., 1994 ; Brown-Brandl et al., 2001 ; Yan and Yamamoto, 2000). Progressivement, le besoin de température ressentie va baisser avec la prise de poids du porcelet pour se situer autour de 28-30 °C avant le sevrage. Plus les porcelets sont légers, plus le besoin de chaleur est élevé.
Les besoins des truies en maternité sont méconnus : leur zone de thermoneutralité est comprise entre 12 °C et 22 °C (Renaudeau, Tech PORC juil-août 2012). Une truie en mise-bas ou allaitante supporte mal des températures au-delà de 24 °C.
Recommandations pour les Réglages de Ventilation et Chauffage
Une consigne de ventilation de 22 °C de l’entrée en maternité jusqu’au lundi suivant la mise-bas convient généralement. Puis chaque semaine, la consigne est baissée de 1 °C. Si la conception des maternités est à risque (ex : entrées d’air mal disposées, mauvaise isolation), que les porcelets sont entassés, une augmentation de la consigne ventilation est à prévoir, de l’ordre de 1 à 2 °C par rapport aux recommandations du tableau (3). Une lampe supplémentaire doit être ajoutée lorsque les porcelets sont malades (ex : diarrhée).
Gestion des Maternités Bien-Être
La gestion d’une maternité bien-être répond à une logique similaire. En plus d’un tapis ou un sol plein et d’une lampe régulée, une niche (avec 3 côtés et un capot doté d’un rebord descendant suffisamment pour conserver la chaleur dans le coin des porcelets) paraît indispensable pour maintenir une zone de chaleur spécifique pour les porcelets. Une des principales difficultés induites par l’augmentation de la surface de la case est d’inciter les porcelets à venir dans le coin à porcelets, surtout s’il ne s’agit pas d’une vraie niche. Une des solutions est de disposer une lampe, provisoirement, proche du capot, de manière à attirer les porcelets.
Étude de Cas : L'Élevage Physior de Le Gouessant
L’élevage Physior développé par la coopérative Le Gouessant repose sur des pratiques d’élevage alternatives orientées principalement sur le bien-être de l’animal : accès au plein air, apport de paille, arrêt de la castration et du meulage des dents. L’un des objectifs du projet Elevage Porc Pilote, financé par la région Bretagne, est d’évaluer le bien-être des porcs dans cet élevage inédit en France.
Résultats du Suivi du Bien-Être
Après une première année de suivi de l’élevage, les résultats sont très positifs. La conception des cases est réussie, les animaux ont correctement identifié leurs zones de vie et ce pour toutes les saisons. Néanmoins, le système d’évacuation du lisier des gestantes doit être repensé pour les futurs projets de construction. L’état de santé des truies et leur comportement sont bons.
Logement des Truies Gestantes en Groupe
Plusieurs modes de logement de truies en groupes sont observés en gestation :
- Le logement en petits groupes de 6 à 10 truies environ, souvent alimentées avec une soupe. Des bat-flancs au niveau de l’auge matérialisent les places à l’auge. La bande de truies est divisée en sous-groupes, constitués généralement d’animaux de même gabarit.
- Les groupes de 6 à 15 truies, logées dans un système avec réfectoire et courette arrière. Les réfectoires sont munis de portes autobloquantes donnant la possibilité aux truies de s’isoler pour manger ou se reposer. Elles peuvent sortir dans la partie libre arrière. Le mode d’alimentation est une soupe ou une distribution sèche à l’aide de doseurs situés au niveau de chaque réfectoire.
- Les groupes de 35-40 truies à plus de 200 individus, alimentés à l’aide d’un distributeur automatique de concentré (DAC). Les truies sont munies d’une puce au niveau de l’oreille. Lorsque la truie entre dans le DAC elle est identifiée et la ration alimentaire est distribuée. Cet équipement permet de programmer un apport d’aliment individualisé aux besoins particuliers de chaque truie. Ce système se décline de deux manières : en groupe stable pour lequel un groupe correspond à une bande de truies, ou en groupe dynamique constitué du mélange de plusieurs bandes de truies. Avec ce dernier système, le groupe est régulièrement refait en fonction du départ de truies en fin de gestation vers la maternité et l’intégration de nouvelles truies venant du stade verraterie après confirmation de leur gestation.
Ces différents modes de logement se déclinent avec un sol caillebotis ou un sol de type litière paillée.
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