Nichée dans la petite ville d'Elne, dans le sud de la France, la maternité suisse d'Elne se dresse comme un symbole poignant de solidarité et d'humanité en temps de guerre. Fondée pendant la Guerre Civile Espagnole, elle a offert un refuge et des soins médicaux à des centaines de femmes réfugiées cherchant un endroit sûr pour accoucher, loin des horreurs du conflit. Aujourd'hui transformée en musée, la maternité permet aux visiteurs de découvrir l'histoire extraordinaire d'Élisabeth Eidenbenz et des centaines de femmes et d'enfants qu'elle a aidés.

Un Havre de Paix au Cœur des Pyrénées-Orientales

La maternité suisse d'Elne est un lieu chargé d'histoire, un symbole d'humanité et de solidarité situé au cœur des Pyrénées-Orientales. Fondée par Élisabeth Eidenbenz, une jeune infirmière de la Croix-Rouge suisse, entre 1939 et 1944, pendant la Guerre Civile Espagnole, cette maternité a été conçue comme un havre de paix pour les femmes réfugiées. La maternité d'Elne, autrefois le château d'En Bardou, ne se limitait pas à offrir un toit ; elle représentait un engagement profond envers le respect de la vie et la lutte contre la détresse.

Elisabeth Eidenbenz: Une Figure Clé

Élisabeth Eidenbenz était une enseignante et infirmière suisse. En 1939, suite à la retraite des troupes républicaines, 500 000 Espagnols fuient l'Espagne vers la France. Pour faire face à l'afflux de réfugiés, les autorités françaises font construire des camps de fortune. Élisabeth Eidenbenz, infirmière suisse, parvient à réunir des fonds privés pour ouvrir une maternité à Elne, près de la frontière espagnole. Les femmes arrivent alors de toute la région afin d'y accoucher, des exilées espagnoles, juives, tziganes et françaises fuyant les persécutions. La maternité suisse d'Elne accueille tout le monde et Élisabeth n'accouche pas seulement les femmes, elle les soigne et met en place des activités artistiques ou collectives pour les soulager moralement.

À partir de juin 1942, la maternité se rattache à la Croix-Rouge Suisse qui ordonne à ses collaborateurs de se soumettre aux lois de Vichy. Élisabeth se met en infraction en continuant à accueillir toutes les femmes et les enfants sans leur demander leur religion ou origine. La maternité est fermée par la Wehrmacht en avril 1944. Ne voyant pas son contrat à la Croix-Rouge renouvelé pour cause de désobéissance, Élisabeth part en Suisse s'occuper de femmes victimes de viols de guerre.

L'Action Humanitaire en Contexte de Guerre

L'importance humanitaire de la maternité suisse d'Elne dépasse largement le cadre de son action pendant la Guerre Civile Espagnole. En offrant un refuge sûr et une assistance médicale aux femmes enceintes réfugiées, elle a incarné un phare d'humanité dans une époque marquée par la barbarie et l'oppression. L'action d'Élisabeth Eidenbenz et de son équipe a mis en lumière l'importance cruciale de protéger les droits et la dignité des plus vulnérables, notamment en périodes de conflit et de détresse sociale. La maternité suisse d'Elne est devenue un symbole de l'engagement humanitaire, soulignant que l'assistance aux populations en détresse doit transcender les frontières et les nationalités.

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Un Refuge pour les Femmes et les Enfants

Sous la direction d'Eidenbenz, plus de 500 enfants sont nés dans des conditions sanitaires et un environnement bienveillant, défiant le contexte de guerre et de misère. La maternité accueillait des femmes de toute la région, des exilées espagnoles, juives, tziganes et françaises fuyant les persécutions. Élisabeth ne se contentait pas d'accoucher les femmes ; elle les soignait et mettait en place des activités artistiques ou collectives pour les soulager moralement. Au-delà des nouveau-nés, des frères et sœurs purent bénéficier du régime salutaire de la Maternité et être, eux aussi, sauvés d’une mort possible.

Élisabeth Eidenbenz se déplaçait dans les camps pour aller chercher les femmes sur le point d’accoucher, elle y contribuait également à l’amélioration des conditions de vie, faisait construire des baraques plus confortables où était distribuée l’aide alimentaire. Le personnel médical était composé d’une à quatre jeunes infirmières suisses volontaires, appelées « sœurs », qui se relaient tous les 3 mois. Elles étaient aidées ponctuellement par une sage-femme locale qui était rémunérée pour les accouchements. Le personnel d’entretien de la maternité était constitué d’une dizaine de personnes venues des camps, qui s’occupaient également du grand jardin potager créé devant le château et des convois alimentaires. Le soutien psychologique à ces femmes en détresse, qui vivent dans la peur, séparées de leurs maris et de leurs autres enfants, est considéré comme très important et est assuré par toute l’équipe. La maternité est une véritable enclave de paix et de joie, avec la célébration des fêtes religieuses, des anniversaires. L’architecture du château joue ici pleinement son rôle : la lumière omniprésente et l’élégance de la construction contribuent au bon moral des pensionnaires.

L'Architecture et l'Organisation de la Maternité

La maternité suisse d’Elne n’appartient pas pleinement à la typologie de l’architecture hospitalière. En effet, la vocation de maternité apparaît dans cet édifice pendant les années de la Seconde Guerre mondiale, lorsque le château abandonné, situé à proximité des camps de réfugiés espagnols installés en hâte sur les plages du Roussillon, est reconverti en lieu d’accueil pour les mères internées. Elne est une commune située au sud de Perpignan, dénommée Illibéris durant l’Antiquité. La ville, devenue cité épiscopale à l’époque médiévale, possède un important patrimoine architectural, notamment la cathédrale Sainte-Eulalie-et-Sainte-Julie et son cloître, ou encore son enceinte conservant portes et tours. Située à deux kilomètres du centre, la maternité suisse d’Elne s’installe dans un petit château datant des années 1900-1902, édifié pour Eugène Bardou. Ce riche industriel avait bâti sa fortune en produisant le papier à cigarette de la marque « le Nil » ; il était par ailleurs cousin de Justin Bardou-Job, le célèbre papetier de la marque « JOB ». Il est probable que l’édifice, témoignage de la réussite industrielle des Pyrénées-Orientales au tournant des XIXe et XXe siècles, ait été construit par Viggo Dorph Petersen.

L’agencement de la maternité est efficace et simple, à la manière suisse : le bâtiment s’y prête parfaitement. Les quatre ailes, dont deux octogonales, sont assemblées autour d’un noyau central occupé par l’escalier. Une coupole de verre s’élève au centre du toit terrasse. À l’origine, chaque palier central était pavé de dalles de verre qui laissaient passer la lumière de la verrière jusqu’au rez-de-chaussée. Les déplacements sont faciles entre les pièces, disposées autour de l’escalier central. Le rez-de-jardin est réservé aux cuisines et aux logements des hommes. Le rez-de-perron abrite les salles de regroupement, deux salles à manger et une pièce pour les enfants convalescents.

Une Histoire Oubliée et Retrouvée

Pendant plus de cinquante ans, l’histoire de la maternité fut oubliée. En 1997, le château tombé en ruine fut remis en état par un nouveau propriétaire. Avec l'aide de Guy Eckstein, qui est né à la maternité, ce nouveau propriétaire a entrepris une étude de la mémoire du lieu, qui s'est terminée par la donation du château à la ville d'Elne, en 2005, afin d'y créer un musée.

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La Maternité Aujourd'hui: Un Lieu de Mémoire et d'Inspiration

Aujourd'hui, la maternité suisse d'Elne est reconnue comme un site d'importance historique et culturelle. Elle incarne la mémoire vivante des valeurs d'entraide et de fraternité, rappelant l'importance de la protection et du soutien aux plus vulnérables en temps de crise. Transformée en musée, elle offre aux visiteurs un aperçu intime des conditions de vie de l'époque, à travers des expositions de photos d'époque, de documents et de témoignages bouleversants. Chaque pièce, chaque objet exposé raconte une histoire de courage, de solidarité et d'espoir.

La maternité suisse d'Elne est plus qu'un site historique ; c'est un lieu de mémoire et d'inspiration, rappelant l'importance de la compassion et de l'engagement envers les autres. La ville d'Elne a acquis l'ancienne maternité en 2005 dans le but d'ouvrir le bâtiment au public, avec la création d'un service éducatif travaillant en lien avec celui du camp de Rivesaltes, puis d'y créer un musée. En 2009, la municipalité a demandé la protection au titre des monuments historiques, afin d’ancrer ce lieu dans le patrimoine national. En effet, géographiquement et historiquement, le lien est fort avec le camp de Rivesaltes, dont les baraquements, inscrits en 2000 comme lieu de mémoire de l’internement des réfugiés espagnols, constituent un élément majeur de l’histoire catalane et de la Retirada.

La Reconnaissance d'Élisabeth Eidenbenz

Avec l’association DAME (Descendants et amis de la maternité d’Elne), Guy Eckstein retrouve Élisabeth Eidenbenz, qui vit près de Vienne, en Autriche : elle revient à Elne en 2002 et rencontre de nombreuses personnes nées à la maternité. Le titre de « juste parmi les nations » lui est décerné par l’État d’Israël. En 2006, la reine d’Espagne lui remet la Médaille d’or de l’Ordre social et de la Solidarité puis la Generalitat de Catalunya la décore de la Croix de Sant Jordi ; enfin, elle reçoit la Légion d’honneur en 2007.

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