L'élevage porcin biologique est soumis à des réglementations strictes visant à garantir le bien-être animal, la protection de l'environnement et la production d'aliments de haute qualité. Cet article explore en détail les exigences spécifiques relatives à la maternité des porcs biologiques, en abordant des aspects tels que la mixité bio/non-bio, la conduite des truies, le logement, l'alimentation et la gestion de l'élevage.
Mixité Bio/Non-Bio et Période de Conversion
La mixité bio/non-bio est autorisée sous certaines conditions strictes. Elle est possible si différentes espèces sont élevées dans des unités distinctes dont les bâtiments et les terres sont physiquement séparés. En ce qui concerne la durée de conversion, elle est d'un an pour les parcours et de six mois pour les animaux.
L'introduction d'animaux non biologiques est possible, avec dérogation, à des fins de reproduction uniquement lorsque des animaux biologiques ne sont pas disponibles. L'INAO (Institut National de l'Origine et de la Qualité) met à disposition une base de données "animaux biologiques" pour faciliter cette recherche. Les dérogations sont accordées dans les cas suivants :
- Constitution d'un troupeau: L'achat de cochettes est autorisé sans limite de nombre, à condition qu'elles pèsent moins de 35 kg et qu'elles aient été élevées selon le mode de production biologique dès leur sevrage.
- Renouvellement: L'achat de mâles reproducteurs et de cochettes nullipares de renouvellement non biologiques est possible dans la limite maximale de 20 % du cheptel adulte. Ce pourcentage peut être porté à 40 % en cas d'extension importante de l'élevage (accroissement d'au moins 30% du cheptel adulte dans l'année), de changement de race ou de nouvelle spécialisation du cheptel, sous réserve de l'accord de l'organisme certificateur.
- Races menacées: Dans le cas de races menacées, les femelles introduites pour la reproduction ne doivent pas nécessairement être nullipares.
- Descendance: La descendance des animaux non biologiques qui naît pendant la période de conversion devient AB (Agriculture Biologique) à la fin de la période de conversion de la mère.
Conduite des Truies
La conduite des truies en élevage biologique est soumise à des exigences spécifiques, notamment en ce qui concerne le logement en groupe et la castration des porcelets.
Logement en Groupe
Les truies doivent être élevées en groupe, favorisant ainsi leur bien-être et leur comportement naturel.
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Castration des Porcelets
À partir du 1er janvier 2022, la castration des porcelets doit être pratiquée à moins de 7 jours d’âge sous anesthésie et analgésie. La bombe de froid est autorisée comme analgésique. Par dérogation, si pour des raisons anatomiques, la castration doit être pratiquée plus de 7 jours après la naissance, une anesthésie complétée par une analgésie prolongée doit être réalisée par un vétérinaire.
Logement: Bâtiments et Aires d'Exercice
Le logement des porcs biologiques doit répondre à leurs besoins physiologiques et éthologiques, en mettant l'accent sur le mouvement et le confort de l'animal. L'aération et l'éclairage naturels sont essentiels. Les espaces en plein air doivent offrir des protections suffisantes contre la pluie, le soleil, le vent et les températures extrêmes.
Bâtiments
Les bâtiments doivent présenter une ouverture sur au moins trois côtés, favorisant ainsi une bonne ventilation et un environnement sain.
Aires d'Exercice
L'accès à des aires d'exercice à l'extérieur (courettes) est obligatoire pour les porcs à tous les stades de leur vie. L'accès à des parcours extérieurs végétalisés n'est pas obligatoire, mais fortement recommandé. Les aires extérieures peuvent être partiellement couvertes, avec une découverture minimale de 5% pour les bâtiments existants et de 50 % pour les bâtiments neufs construits à partir de janvier 2022.
Aménagement pour les Porcelets
L'utilisation de caillebotis et de cages est interdite pour les porcelets. Les caillebotis sont autorisés sur un maximum de 50 % des surfaces intérieures et extérieures. Une aire de couchage en dur avec litière est obligatoire. Cette litière doit être constituée de paille ou de matériaux naturels adaptés, propre et sèche. L'utilisation de paille biologique est préconisée.
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Alimentation: Besoins et Sources
L'autonomie alimentaire est un facteur clé de rentabilité des élevages de porcs biologiques, car l'alimentation représente une part importante du coût de production. Il est donc essentiel de bien connaître les besoins alimentaires des animaux et les matières premières intéressantes à valoriser pour couvrir ces besoins.
Besoins Alimentaires
L'alimentation des porcs repose sur trois besoins principaux :
- Apport énergétique: Fourni par les céréales et autres sources d'énergie.
- Apport azoté: Essentiel pour la croissance et le développement, fourni par les protéagineux.
- Apport minéral: Indispensable pour la santé et la solidité des os.
Ces besoins varient selon l'âge et le poids des animaux, d'où l'importance de disposer d'un aliment spécifique pour chaque stade physiologique :
- Porcelets 2e âge (jusqu'à 25-30 kg)
- Croissance (jusqu'à 60-70 kg)
- Finition (jusqu'à 115-120 kg)
- Gestation (du sevrage jusqu'à 2 à 3 jours après la mise bas)
- Lactation (de 2 à 3 jours après la mise bas jusqu'au sevrage)
Sources d'Alimentation
En élevage porcin biologique, les rations alimentaires reposent sur un équilibre entre les sources d'énergie, de protéines, de minéraux et de vitamines. Le porc étant omnivore, il peut se nourrir d'aliments très divers. Il valorise bien les graines, en particulier les céréales, ainsi que les protéagineux tels que les pois ou les féveroles.
Il est possible de raisonner les apports alimentaires en quantité d'aliment par animal, mais il est plus précis de raisonner les apports par catégorie et par type d'apport (énergie, protéines) afin d'avoir des aliments équilibrés.
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Aliment en Conversion
L'utilisation d'aliments en conversion est autorisée sous certaines conditions :
- C1 (Conversion 1ère année): 20 % de la ration si provenance de prairies ou protéagineux en 1ère année de conversion de l’exploitation.
- C2 (2ème année): Si achat = ≤ 25 % de la ration annuelle moyenne, si produit sur l’exploitation = ≤ 100 %.
Stratégies d'Alimentation et Autonomie Alimentaire
Pour compléter ses besoins en aliments, l’éleveur a plusieurs possibilités :
- Acheter des aliments biologiques complets du commerce.
- Utiliser ses matières premières en les associant à un complément du commerce (matières premières protéiques et minéraux).
Plusieurs stratégies sont possibles en fonction des matières premières produites sur l’exploitation, des ressources locales, du temps disponible, et du type d’aliment à fabriquer.
Avant de se lancer dans la création ou la rénovation d’un atelier FAF (Fabrique d’Aliment à la Ferme), il est important de se poser les bonnes questions :
- Quelles sont les quantités et les types d’aliments à fabriquer ?
- Quelles productions végétales puis-je faire et quelles sont les disponibilités locales en matières premières ?
- Quelles sont les capacités de stockage (et de conservation) et les équipements nécessaires ?
- Quel est le niveau d’investissement acceptable en fonction du tonnage à fabriquer de façon à conserver un coût de fabrication compétitif ?
Valorisation des Fourrages
La distribution de fourrages, frais, secs ou ensilés pour les monogastriques est une obligation règlementaire. Il est donc pertinent d’utiliser au mieux les fourrages afin qu’ils puissent apporter un réel complément à l’alimentation.
Deux principales options se dessinent alors :
- Faire pâturer les truies gestantes voire les porcs charcutiers.
- Valoriser de l’enrubannage ou de l’ensilage dans l’alimentation des porcs.
Gestion Sanitaire
Le nombre de traitements autorisés est limité :
- Animaux dont le cycle de vie est inférieur à 1 an (porcs à l’engraissement): 1 seul traitement durant le cycle de vie.
- Animaux dont le cycle de vie est supérieur à 1 an (porcs reproducteurs): 3 traitements par période de 12 mois.
L’analgésie pour la castration est assimilée à un traitement obligatoire.
Adaptation des Bâtiments d'Élevage
Un calendrier d’adaptation des bâtiments d’élevage des porcins bio a été arrêté par l’INAO. Les éleveurs doivent se conformer aux exigences concernant la sortie des animaux et la hauteur des ouvertures dans les bâtiments. Un plan de progrès individualisé, comprenant les travaux à réaliser, l'échéancier et les financements, doit être établi en lien avec l'organisme certificateur.
Conduite en Bandes
Lors de la conversion d’un cheptel de truies au mode de production biologique, deux exigences du cahier des charges imposent de bien réfléchir le choix de la conduite en bandes :
- Les truies doivent allaiter leurs porcelets jusqu’au sevrage à 40 jours minimum. L’âge au sevrage impacte la durée du cycle de reproduction de la truie (qui passe de 20 ou 21 semaines en production conventionnelle à 23 ou 24 semaines en production biologique).
- L’utilisation d’hormones ou de substances analogues en vue de maitriser la reproduction est interdite (par exemple, pour l’induction des mises bas ou le groupage des chaleurs). La gestion des retours en chaleurs des truies sera donc facilitée si l’intervalle entre bandes est égale à 3 semaines (ou à un multiple de 3 semaines) qui correspond à la durée du cycle ovarien de la truie.
La conduite en bandes permet un groupage des chaleurs et des mises-bas des truies ce qui facilite grandement la surveillance ou les pratiques d’adoption en maternité.
Le cycle de reproduction de la truie est composé de 3 éléments : durée de lactation / intervalle sevrage-insémination / durée de gestation. La durée de gestation est de 114 jours, et l’intervalle sevrage-insémination est relativement constant autour de 5 jours. En production biologique, bien que l’âge minimum au sevrage soit de 40 jours d’âge, le sevrage est plutôt réalisé à 42 ou à 49 jours, c’est-à-dire un multiple de 7 jours, pour que le sevrage soit toujours réalisé le même jour de la semaine. Ainsi la durée du cycle complet de reproduction d’une truie biologique est de :
- 23 semaines (161 jours) avec 42 jours de lactation
- 24 semaines (168 jours) avec 49 jours de lactation
Avec un sevrage à 42 jours, les intervalles entre bandes seront toujours irréguliers, car le nombre 23 est un nombre premier (il n’est ni divisible par 3 ni par 6 par exemple).
Pour optimiser l’organisation du travail (sur la semaine ou sur l’année), la conduite en bandes va permettre de grouper les tâches à réaliser. Plus le nombre de bandes est faible et plus il y a de semaines allégées en temps de travail entre deux bandes. A l’inverse, plus le nombre de bandes augmente, et moins il y a de semaines allégées en temps de travail. A noter que certaines conduites cumulent parfois deux activités de reproduction sur une même semaine.
Pour faciliter la gestion de la reproduction, l’idéal est que la durée d’intervalle entre bandes soit égale à 3 semaines (ou à un multiple de 3 semaines) comme la durée du cycle ovarien de la truie. Le nombre de bandes à loger dépend du choix de la conduite en bandes. Il ne faut pas négliger les investissements parfois élevés liés à l’aménagement de parcours ou des places en bâtiment. A titre d’exemple, il n’y a qu’une seule bande de truies à loger en maternité avec la conduite en 3 bandes, alors qu’avec les conduites 4,5 ou 6 bandes, deux bandes devront être logées simultanément.
Pour une commercialisation en filière courte, il est préférable de vendre des petits lots de porcs très régulièrement pour fidéliser la clientèle. A l’inverse, pour une commercialisation en filière longue, la demande est plutôt pour des lots de taille importante dans l’objectif de minimiser les frais de transport. Dans ce cas, il faudra plutôt choisir des conduites avec peu de bandes et donc un effectif d’animaux plus important par bande.
Différentes conduites sont possibles avec chacune leurs avantages et leurs inconvénients. La conduite en 3 bandes permet de constituer des lots de taille plus importante pour les truies et les porcelets sevrés. L’avantage est d’avoir une seule bande à loger en maternité et une plus grande souplesse pour réaliser des adoptions entre portées. Avec 5 semaines allégées en travail, cette conduite libère du temps pour gérer les autres ateliers de l’exploitation. L’inconvénient est le faible nombre de sevrages par an (6 ou 7) qui crée une forte sensibilité aux aléas (canicule, coups de froid, prédateurs…).
La conduite en 4 bandes offre un bon compromis entre une gestion facilitée des retours en chaleur et le nombre de bandes à loger. Il faut juste accepter que les truies soient inséminées 42 jours après un retour et non 21 jours. En conduite 4 bandes, les semaines de mise-bas sont espacées de 6 semaines ce qui laisse du temps disponible (3 à 4 semaines) pour d’autres activités. Ces conduites sont idéales pour une gestion facilitée de la reproduction. En effet, l’introduction des cochettes de renouvellement ou d’une truie après un retour en chaleur est facilitée. Ces conduites permettent également de répartir les risques d’infertilité suite à des épisodes de canicule, de coups de froid ou de problèmes sanitaires car il y a davantage de sevrages dans l’année.
L'Expérience de l'IFIP avec les Maternités Liberté
La station expérimentale de l’Ifip (Institut du porc) a mené des recherches sur les maternités liberté, en transformant des maternités standards en cases plus spacieuses (6,5 m²). Les premiers constats ont montré une augmentation des pertes par écrasement lors de la mise en service des cases liberté. Cependant, l'utilisation de cages ascenseurs a permis de compenser ces pertes et d'augmenter le nombre de porcelets sevrés.
L'Ifip a également observé qu'il est plus difficile d'avoir des lots d'animaux homogènes dans les cases liberté, car les porcelets chétifs ont plus de difficultés à se déplacer. De plus, le comportement des truies est plus imprévisible dans ces cases, ce qui nécessite des adaptations dans les habitudes de travail et une vigilance accrue lors des interventions.
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