Les systèmes d’élevages alternatifs suscitent un intérêt croissant, portés par une image souvent idéalisée dans la société. Ils offrent aux porcs la possibilité d'exprimer un éventail de comportements plus large que dans les élevages confinés. Cependant, ces élevages, bien que présentant des atouts indéniables, doivent relever des défis importants, notamment en termes de biosécurité, de santé animale et de santé publique. Cet article se propose d'explorer en profondeur ces différents aspects.

Diversité des Systèmes d'Élevage Porcin

La production porcine se caractérise par une grande diversité de modes d’élevage. La production conventionnelle, largement dominante, se déroule en bâtiment fermé avec un sol en caillebotis. Elle coexiste avec d’autres systèmes d’élevage dits alternatifs, qui se distinguent par leur mode de logement. Parmi ces systèmes alternatifs, on retrouve des élevages en plein air, des élevages sur litière, et notamment les élevages en production biologique.

La production porcine en plein air se définit comme un système qui permet aux porcs d’avoir un accès à l’extérieur et d’être en contact avec le sol, voire avec des plantes. Dans ce type d’élevage, l'accès au plein air peut être total ou partiel, se limitant parfois à une courette extérieure ouverte sur le bâtiment d’élevage. L’élevage sur litière présente une diversité similaire, tous les animaux n’étant pas forcément élevés sur litière au sein d’un même élevage.

Il est important de noter que le terme « alternatif » désigne ici tout système d’élevage différent des structures contemporaines prédominantes, c’est-à-dire n’élevant pas l’intégralité des porcs confinés en bâtiments fermés et sur sols en caillebotis et/ou en béton. Ces élevages alternatifs incluent donc des élevages sur litière et des élevages proposant un accès plein air. Cet accès plein air peut varier considérablement, allant de courettes extérieures à des parcours en plein air, des parcs avec des cabanes, et même des systèmes très extensifs comme le système sylvopastoral où les porcs pâturent dans des zones de forêts.

Importance et Développement des Systèmes Alternatifs

Même si les systèmes d'élevage alternatifs sont en développement dans la plupart des pays fortement producteurs de porcs de par le monde, ils ne séduisent toutefois actuellement qu'une faible fraction des éleveurs, l'élevage sur litière ou plein air ne représentant que 5 à 10 % des élevages en France. Il existe peu de données numériques sur les élevages alternatifs dans leur diversité, parmi lesquels se trouvent des élevages en agriculture biologique ou élevages « bio », mais aussi sous d'autres signes de qualité comme des « labels rouges » ou des « labels rouges fermiers » par exemple.

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En 2020, on comptait en France 858 élevages de porcs « label rouge » qui commercialisaient 3,8 % de l'ensemble de la production nationale de porcs. Si on prend l'exemple de l'élevage biologique, les statistiques sur le nombre d'animaux élevés à travers le monde selon les cahiers des charges « biologiques » sont incomplètes et ne permettent pas pour l'instant d'avoir une vision complète du secteur. On sait toutefois que dans les pays européens, plus de 1,5 million de porcins étaient certifiés « bio » en 2019, soit 1,0 % du cheptel porcin de l'UE. Les trois principaux pays sont, par ordre d'importance du nombre de porcs bio élevés, le Danemark, la France et l'Allemagne. Ils représentaient près de 74 % du cheptel bio de l'UE en 2019.

En France, en 2020, le cheptel de truies bio représentait 1,78 % du cheptel total de truies, réparties dans 633 élevages. Neuf-cent-trente-deux élevages ont produit des porcs bio en 2020 en France. À titre de comparaison, en 2018, on ne dénombrait que 541 exploitations biologiques porcines, ce qui représentait déjà une augmentation de 28 % par rapport à l'année 2016. Ce rythme des conversions et des installations, porté par une forte demande des consommateurs, relayée par les distributeurs et les industriels décroit actuellement, la consommation des produits Bio ayant baissé en 2021 pour la première fois en huit ans.

Les Attentes des Consommateurs et le Bien-Être Animal

Même s’ils sont plébiscités par les consommateurs et les citoyens, ces élevages alternatifs ne sont pas sans présenter de points critiques. La très grande majorité des citoyens méconnait le mode d'élevage des animaux de production. Il idéalise souvent l'élevage fermier, alternatif, dans lequel les animaux ont un accès à un parcours extérieur ou à une zone paillée plutôt que l'élevage conventionnel sur caillebotis. Une des attentes du consommateur qui achète des aliments biologiques est que les normes de bien-être animal soient supérieures dans ces systèmes d'élevage.

Il est donc essentiel de comprendre la notion de bien-être animal. D'après l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES), « le bien-être d'un animal est l'état mental et physique positif lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux, ainsi que de ses attentes. Cet état varie en fonction de la perception de la situation par l'animal ».

Satisfaction des Besoins Physiologiques et Comportementaux

Absence de Faim et de Soif

En milieu sauvage, les porcs sont actifs pendant la journée et passent 75 % de leur temps pour des activités liées à la recherche de nourriture, notamment à fouiller, à brouter et à explorer avec leur groin. En élevage, la répartition du temps est différente et l’animal passe moins de temps à la recherche de nourriture, qui est fournie à l’animal. L’aliment est distribué aux animaux sous différentes formes (farine, granulés, aliment liquide), à volonté ou lors de repas déterminés par l’éleveur. Peu de différences existent dans les modes de distribution d’aliment en élevage conventionnel et en élevage alternatif ; les causes de stress liées à des défauts d’alimentation sont les mêmes, notamment l’insuffisance de longueur d’auge ou une quantité insuffisante d’aliment distribuée aux animaux.

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À noter toutefois que les animaux élevés en plein air consomment en moyenne plus d’aliment que les animaux élevés en bâtiment, à performances de croissance équivalentes, en raison d’une activité physique plus importante et d’une dépense d’énergie accrue par des températures ambiantes plus basses notamment l’hiver. À quantités égales d’aliment équivalent, les besoins d’un porc élevé en plein air peuvent ne pas être couverts et générer des frustrations alimentaires, de la faim et des carences nutritionnelles. Cependant, l'ingestion d'herbe, de fruits et/ou de terre par les porcs en plein air peut apporter selon la nature du produit ingéré une contribution non négligeable aux besoins en énergie, en acides aminés, en minéraux et en micronutriments, en particulier pour les truies ayant une grande capacité à ingérer des aliments volumineux.

L'appétence de l'aliment est importante pour la prise alimentaire et pour la capacité du porc à couvrir ses besoins. Une contamination microbienne, des mycotoxines ou des niveaux inadéquats de certains acides aminés peuvent entraîner une diminution de la consommation d'aliment. Les paramètres suivants requièrent une attention particulière dans les systèmes d'élevage alternatifs : la conservation des aliments, en particulier lorsqu'ils sont distribués à l'extérieur ; l'équilibre des acides aminés, en particulier dans les exploitations biologiques où l'incorporation d'acides aminés de synthèse n'est pas autorisée ; ou la présence de mycotoxines qui semble être plus élevée dans les céréales biologiques que dans les céréales conventionnelles.

Afin d'objectiver l'absence de faim, des indicateurs peuvent être utilisés, notamment les notes d'état corporel ou le taux d'animaux maigres. Des études ont montré que certains agriculteurs en production biologique ont plus de difficultés à répondre aux besoins nutritionnels des truies, avec un taux de truies maigres plus élevé que dans les élevages conventionnels.

L’absence de soif est assurée par l’apport d’une quantité d’eau permettant de couvrir les besoins des animaux. La disponibilité en eau potable peut être un problème, notamment dans les systèmes extensifs. Dans ces systèmes totalement ouverts vers l’extérieur, les abreuvoirs sont souvent accessibles aux oiseaux sauvages et contaminés par la poussière. Une eau de mauvaise qualité peut impacter la consommation hydrique et être à l’origine de problèmes de santé chez les animaux. Il est également important de contrôler la température de l'eau. Dans les systèmes extérieurs, les tuyaux d’approvisionnement en eau doivent être de préférence enterrés pour limiter les effets du gel.

Absence d'Inconfort

L’absence d’inconfort est garantie par un environnement approprié, avec suffisamment d’espace pour que les animaux soient libres de leurs mouvements, une zone de repos confortable et sans courant d'air, un éclairage suffisant et non permanent pour que les porcs puissent voir et être soumis à un rythme nycthéméral, et le confort thermique nécessaire. Une litière composée de paille a des propriétés similaires au type de substrat qu’un porc trouverait naturellement, agissant comme un coussin et réduisant ainsi l’inconfort et les blessures. Plusieurs études ont montré que le risque de bursite était nettement inférieur dans les élevages alternatifs, avec accès à l’extérieur ou sur paille, que dans les élevages en claustration. La gravité de la bursite en effet est associée à un environnement dur et inconfortable qui augmente la pression exercée sur la peau.

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La zone de confort thermique du porc est inversement corrélée à son poids. Hormis les porcelets, les porcs sont sensibles aux températures élevées. Ils présentent en effet des possibilités de régulation thermique limitées, dépendantes, en milieu sauvage, de sa capacité à se rafraîchir grâce à des bains de boue. Les animaux réagissent à une température ambiante élevée en se positionnant de préférence sur un sol favorisant les pertes de chaleur par conduction. Cependant, en dehors des températures élevées, la paille est nettement plus confortable pour les porcs que les sols en béton nu.

Pour les porcs en plein air, la principale difficulté est de maintenir les animaux propres et secs en conditions météorologiques humides. Le type et la gestion des cabanes doivent être adaptés afin que les animaux puissent y trouver toutes les conditions de confort dont ils ont besoin. Elles doivent être suffisamment grandes pour accueillir les animaux et confortables. En maternité, il existe un effet saison sur la mortalité des porcelets en plein air. Cet effet est à rapprocher de la gestion du confort lors de la mise bas, et à la capacité de la truie à préparer correctement son nid dans la cabane. Une trop faible densité du couvert végétal du parc, accompagnée de la présence permanente de boue, augmente l'humidité et l'inconfort dans la cabane. Or le porcelet est très sensible au froid et aux courants d'air à la naissance. Une température ambiante trop basse augmente la proximité des porcelets avec leur mère et favorise la mortalité par écrasement. Cela peut être corrigé par un paillage abondant des cabanes. Le choix du type de cabane impacte également le taux de mortalité avant sevrage.

Notons que les porcelets peuvent aussi souffrir lorsqu'il fait très chaud. La chaleur impacte les qualités laitières de la truie qui, en outre, passe plus de temps à l'extérieur de la cabane à se rafraîchir plutôt qu'à allaiter ses porcelets. Pour limiter les effets de la chaleur en plein air, il est nécessaire de mettre à la disposition des animaux des zones d'ombre ou des zones de rafraîchissement, comme des buses d'aspersion ou des bauges (des bassins de boue liquide). Les mares sont également utilisées pour se rafraichir par temps chaud et se protéger des insectes, avec toutefois des risques de noyades de porcelets quand les truies y mettent bas (en cas de fortes chaleur).

Absence de Douleur, de Blessure et de Maladie

Blessures et douleurs peuvent être des conséquences de bagarres entre animaux. Des études ont mis en évidence une variabilité importante entre élevages concernant les lésions liées à des bagarres, indépendamment du système d'exploitation. Les porcelets élevés en plein air présentent moins de comportements agressifs les uns envers les autres que ceux élevés en bâtiment, que ce soit avant ou après le sevrage. Ces comportements sont susceptibles de causer des blessures. Des études ont montré qu'il y avait significativement moins de blessures sévères sur les porcs en croissance élevés en plein air que dans les élevages confinés.

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