Introduction

Les marqueurs tumoraux jouent un rôle important dans la prise en charge des cancers, notamment le cancer colique. Ils sont utilisés pour le suivi des patients, l'évaluation de l'efficacité des traitements et la détection des récidives. Cet article se propose de faire le point sur les marqueurs tumoraux utilisés dans le cancer colique, en mettant l'accent sur leur intérêt, leurs limites et les perspectives d'avenir.

Généralités sur les marqueurs tumoraux

Un marqueur tumoral est une substance biologique produite soit directement par les cellules cancéreuses, soit par l’organisme en réaction à la présence de ces cellules. Ces substances peuvent être détectées dans le sang, l'urine ou d'autres liquides biologiques. Cependant, il est essentiel de souligner qu’il n’existe pas de marqueur universel du cancer. Comme le rappelle l’Institut National du Cancer (INCa), « un marqueur tumoral n’est pas un test de dépistage du cancer en population générale, ni un moyen isolé de diagnostic ».

Types de marqueurs tumoraux

Plusieurs types de marqueurs tumoraux sont utilisés dans le cancer colique, notamment :

  • L'antigène carcino-embryonnaire (ACE) : C'est le marqueur usuel des cancers colorectaux. Découvert en 1965 par Gold et Freedman, l'ACE est une glycoprotéine de surface impliquée dans les fonctions d'adhésion cellulaire dans les tissus épithéliaux. Elle est produite normalement avant la naissance, puis sa production cesse après la naissance. L'ACE est une glycoprotéine jouant un rôle dans l'adhésion et la reconnaissance cellulaire. L'ACE est sécrété chez l'individu normal où on le retrouve en faible concentration, il est synthétisé essentiellement par le tube digestif est peut être retrouvé au pole apical des cellules épithéliales. Dans le cancer colorectal (CCR), l'ACE est surexprimé et on peut alors le retrouver distribué sur toute la surface de la cellule.
  • L'antigène tumoral 19-9 (CA 19-9) : Le CA-19-9 pour Carbohydrate Antigen 19-9, décrit pour la première fois en 1979, est un ligand des E-selectin qui joue un rôle important dans l'adhésion des cellules cancéreuses à l'en-dothélium. Il est surtout utilisé dans le suivi des adénocarcinomes, comme le cancer du pancréas, le cancer de l’estomac et du cancer colorectal. Il peut aussi être proposé dans le suivi des tumeurs du tractus gastro-intestinal, essentiellement pour l’évaluation du pronostique et du suivi thérapeutique. Son taux est corrélé au stade de la tumeur et à la présence de métastases. Son rôle physiologique est inconnu.
  • L'alpha-fœtoprotéine (AFP) : L'AFP est un paramètre biologique dont l'efficacité est prouvée pour le dépistage de l'hépatocarcinome chez les patients atteints de cirrhose. C’est une glycoprotéine, similaire à l'albumine, normalement produite par le fœtus et par l’enfant jusqu’à un an, par le foie, le sac vitellin et le tube digestif.

Facteurs influençant les taux de marqueurs tumoraux

Plusieurs facteurs peuvent influencer les taux de marqueurs tumoraux, notamment :

  • L'âge
  • Le sexe
  • Le tabagisme
  • Les maladies chroniques inflammatoires du poumon et de l'intestin
  • La cirrhose
  • L'insuffisance rénale chronique
  • L'hémodialyse

Une augmentation est possible dans les maladies chroniques inflammatoires du poumon et de l'intestin, dans la cirrhose et en cas d'insuffisance rénale chronique et d'hémodialyse.

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Limites des marqueurs tumoraux

L’une des principales limites est leur manque de spécificité. De nombreuses conditions bénignes peuvent entraîner une élévation des marqueurs tumoraux : inflammations, infections, maladies auto-immunes, insuffisance rénale ou hépatique. C’est pourquoi un marqueur isolé ne suffit jamais à poser un diagnostic de cancer. De plus, certains cancers ne sécrètent pas de marqueurs spécifiques détectables dans le sang.

Place des marqueurs tumoraux dans le cancer colique

Dépistage et diagnostic

Aucun marqueur sérique disponible en cancérologie digestive n'a montré son efficacité dans le dépistage du cancer. Ni l'ASCO ni l'ANAES ni la FNCLCC ne recommandent de doser ces deux marqueurs ni dans la cadre d'un dépistage ni dans celui du diagnostic précoce des cancers colo­rectaux. Les marqueurs sériques ont peu d'indications dans ce registre. La valeur diagnostique de l'ACE dans le CCR semble insuffisante avec une sensibilité évaluée suivant les études entre 11 et 40 % pour les tumeurs Dukes A et B et entre 52 et 89 % pour les tumeurs de stade C et D de Dukes. Les résultats sont encore plus dé­cevants pour le CA-19-9 avec une sen­sibilité de 4 à 9 % pour les tumeurs stade A et B de Dukes et de 22 à 50 % pour les stades C et D de Dukes. En outre, la combinaison des deux marqueurs n'augmente pas leur sensibilité.

Pour établir le diagnostic d'un cancer du côlon, un certain nombre d’examens doivent être réalisés. L’ensemble de ces examens constitue le bilan diagnostique. Il comporte :

  • le bilan initial, qui a pour objectif de confirmer la présence d’un cancer, de le localiser et de définir le type de cancer
  • le bilan d’extension, qui a pour objectif de compléter le diagnostic. Il consiste à évaluer l’étendue du cancer, c’est-à-dire à déterminer jusqu’où il s’est propagé. C’est ce qui permet de définir le stade du cancer.

Les examens les plus souvent réalisés sont :

  • L’examen clinique
  • Le toucher rectal
  • La coloscopie
  • La biopsie
  • L’examen anatomopathologique
  • Le bilan biologique
  • Le scanner thoracoabdominopelvien
  • L’IRM hépatique et le scanner thoracique
  • La tomographie par émission de positons
  • La scintigraphie osseuse

Pronostic

Plusieurs études prospectives ont démontré qu'une concentration initiale élevée d'ACE était un facteur de mauvais pronostic de survie. Le pourcentage des récidives de CCR est augmenté et leur délai de survenue est plus court en cas d'ACE ini­tialement élevé. La survie est raccourcie et le risque relatif de décès augmente. L'ACE ne semble pas être un facteur indépendant de l'ex-tension pariétale. Par contre, un taux d'ACE supérieur à 5 est un facteur pronostique indépen­dant défavorable sur la survie des pa­tients qui ont eu une exérèse complète d'une tumeur et qui n'avaient pas d'en-vahissement ganglionnaire.

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Suivi

L'ACE est un excellent test de surveillance des patients traités, augmentant les chances de détection des récidives à un stade où elles sont opérables, en particulier depuis l'avènement de moyens d'imagerie très performants comme la TEP-FDG pour localiser les récidives en cas d'augmentation du marqueur. Si une tumeur est initialement sécrétante, la récidive s'accompagnera la plupart du temps d'une élévation de l'ACE. Cependant, il est à noter que 30 % des récidives de CCR ne produi­sent pas d'ACE quel qu'ait été le taux initial, normal ou élevé, de l'ACE. De plus, un faux négatif est possible, plus particulièrement en cas de tumeur peu différenciée. On estime par ailleurs que 44 % des patients ayant un ACE préopératoire normal peuvent avoir une augmentation d'ACE en cas de récidive. L'augmentation de l'ACE est dans 64 % à 58 % des cas, le premier signe de ré­cidive qui peut précéder de 1,5 à 6 mois la récidive clinique ou radiologique. Pour les patients aux stades II ou III, un bilan clinique, un dosage des antigènes carcino-embryonnaires (ACE) au départ et tous les 3 à 6 mois pendant 2 à 3 ans, puis deux fois par an jusqu'à 5 ans.

Évaluation de l'efficacité des traitements

Si la concentration de l'ACE est ini­tialement élevée, les dosages itératifs de ce même marqueur au cours du trai­tement du cancer du colon représen­tent une mesure de l'efficacité du trai­tement. Le dosage est particulièrement indiqué en cas d'absence de cible me­surable cliniquement ou radiologi­quement. L'augmentation de l'ACE était corrélée à une progression dans 70 % des cas et la cinétique du marqueur prédisait la progression ou la réponse au traitement dans respec­tivement 65 % et 85 % des cas. L'ACE peut être utilisé en com­plément de l'imagerie et de l'examen clinique pour apprécier la réponse à la chimiothérapie.

Perspectives d'avenir

Les nouvelles technologies, comme la biopsie liquide, ouvrent des perspectives prometteuses pour améliorer le diagnostic, le suivi et le traitement du cancer colique. La biopsie liquide représente l’une des avancées les plus prometteuses. Elle permet de détecter des cellules tumorales circulantes ou de l'ADN tumoral circulant dans le sang, ce qui peut fournir des informations précieuses sur l'évolution de la maladie et la réponse aux traitements.

Suivi régulier et soins de support

Le suivi régulier des marqueurs tumoraux représente souvent une contrainte significative pour les patients atteints de cancer. Pour faciliter ce suivi biologique régulier, souvent contraignant, des services comme libheros permettent la réalisation de prélèvements à domicile par des infirmières qualifiées. Pour les patients affaiblis par la maladie ou les traitements, ou ceux ayant des difficultés à se déplacer, les soins infirmiers à domicile constituent une solution pratique et confortable.

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