L'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) est un sujet sensible, marqué par des débats éthiques et sociétaux passionnés. En France, la loi Veil de 1975 a dépénalisé l'avortement, garantissant aux femmes la liberté de choix. Cependant, ce droit reste contesté par des mouvements conservateurs, qui refont surface dans l’espace public. La Pologne, quant à elle, figure parmi les pays européens qui restreignent l'accès à l'IVG, ce qui soulève des questions sur les droits des femmes et les inégalités en matière de santé reproductive.

Le droit à l'IVG en France : un acquis fragile

La loi Veil et ses implications

En France, le 17 janvier 1975, la loi Veil dépénalise l'avortement, marquant un tournant pour l'émancipation des femmes. Son recours n'est désormais plus sanctionné, mais demeure la cible des mouvements conservateurs 50 ans après. L'IVG (Interruption Volontaire de Grossesse) est un protocole qui permet à toute femme enceinte d’interrompre sa grossesse. Il s’agit d’un choix personnel, la demande ne peut être faite que par la femme enceinte.

L'IVG existe sous plusieurs formes : l'IVG médicamenteuse qui se réalise jusqu'à la septième semaine de grossesse et l'IVG instrumentale qui peut être réalisée jusqu'à la quatorzième semaine par un médecin dans un établissement de santé. La légalisation de l'IVG a de nombreux avantages. Elle permet aux femmes d'interrompre une grossesse non désirée, dans des conditions médicales sûres. L'accueil des femmes dans des structures médicalisées a permis de supprimer les IVG clandestins, qui mettaient de nombreuses vies en jeu autrefois. De plus, les femmes sont soutenues psychologiquement dans leur décision.

Les défis persistants

Cependant, ce système n'est pas infaillible : dans les hôpitaux, il y a des listes d'attente avant de pouvoir accéder à l'avortement. Il existe de nombreuses inégalités d'accès liées aux disparités sur le territoire. De plus, certains médecins refusent de pratiquer cet acte médical, en faisant valoir la clause de conscience, un droit reconnu aux médecins et aux sages-femmes qui leur permet de refuser de pratiquer une IVG pour des raisons personnelles, morales ou éthiques (religieuses, professionnelles…). En effet, dans certaines religions, notamment le catholicisme, l'avortement est considéré comme un crime et est interdit.

La montée des mouvements conservateurs

Depuis le milieu des années 2000, les mouvements opposés à l’IVG refont surface dans l’espace public français. Par exemple, la « Marche pour la vie » est organisée chaque année à Paris. Cette vague conservatrice est fortement influencée par certains mouvements "prolife" américains. Sur les réseaux sociaux, est par exemple né le modèle des « tradwives », des femmes revendiquant un retour à des rôles féminins traditionnels centrés sur le foyer, la maternité et la soumission au mari. Dans ce contexte de montée en puissance des idéologies conservatrices, et afin de prévenir toute remise en cause, le droit à l’IVG a été inscrit dans la Constitution française en 2024.

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La restriction de l'IVG en Pologne : une situation alarmante

Un cadre légal restrictif

Si en France, l'IVG est autorisé, certains pays le restreignent, voire l'interdisent. La Pologne est l’un des deux seuls États membres de l’Union européenne (UE), avec Malte, qui restreint l'accès à l'avortement. Dans ce pays où la pratique religieuse catholique concerne 94 % de la population, et avec l'accession du parti d'ultra-droite "Droit et Justice" (PIS) au pouvoir, l'avortement n'est désormais autorisé qu'en de cas de viol ou de danger pour la vie de la mère.

Conséquences pour les femmes polonaises

Certaines femmes n'ont pas d'autre choix que d'importer des pilules abortives ou cherchent des moyens non légaux d’avorter en Pologne. "J'ai dû prendre un médicament que j'ai trouvé en ligne. Je savais que c'était risqué, mais c'était ma seule option. J'avais peur de mourir. Je n'avais nulle part où aller pour obtenir de l'aide." témoigne anonymement dans la presse polonaise une femme ayant eu recours à l'automédication pour provoquer un avortement. Cette démarche n'est pas sans risques. Cette législation extrêmement restrictive conduit par ailleurs des milliers de femmes enceintes à quitter la Pologne pour interrompre leur grossesse dans d’autres pays européens, renforçant les inégalités dans l'accès à l'IVG. "Je n'avais pas d'autre choix que de quitter la Pologne.

Actions militantes et solidarité internationale

Face à cette situation, des militantes françaises, comme Manon Aubry et Mathilde Panot, ont mené des actions symboliques en Pologne pour soutenir le droit à l'avortement. Elles ont distribué des pilules abortives à une association pro-avortement de Varsovie, défiant ainsi la législation polonaise. Ces actions visent à mettre la pression sur le gouvernement polonais et à témoigner de la solidarité internationale envers les femmes polonaises.

L'influence des idéologies conservatrices et l'affaire Stérin

Le projet PERICLES et l'influence médiatique

Pierre-Edouard Stérin, décrit comme un milliardaire aux idées extrêmes et conservatrices, est au cœur d'une controverse liée à son projet PERICLES. Ce projet vise à construire une influence politique et médiatique afin de faire gagner la droite conservatrice française aux prochaines élections. Stérin multiplie les stratégies pour avoir une empreinte dans le monde du journalisme, par exemple en finançant l’Institut Libre de Journalisme, une école privée qualifiée de « pépinière parisienne de la droite catholique et identitaire ».

La réaction de Marianne et Natacha Polony

La découverte du lien étroit entre le projet PERICLES de Pierre-Edouard Stérin et les partis d'extrême droite a poussé la rédaction du magazine d'actualité Marianne et sa rédactrice en chef Natacha Polony à se mobiliser pour empêcher le milliardaire de racheter le média.

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Le lien avec les théories du Grand Remplacement

Lors d'une conférence pour l'Institut Bon Pasteur, une congrégation traditionaliste catholique, Stérin a déclaré que « les domaines d’action prioritaires en France sont d’avoir plus de bébés de souche européenne », faisant écho à la théorie du Grand Remplacement.

La mobilisation de l'iconographie de "The Handmaid's Tale"

Une dystopie féministe comme symbole de résistance

La mobilisation de l'iconographie de la série télévisée "The Handmaid’s Tale" par différents collectifs féministes permet de questionner les possibilités d'internationalisation et de circulation d'un message politique commun. La série dystopique décrit une société dans laquelle les femmes ont été réduites en esclavage, ce qui en fait un symbole puissant de la lutte contre l'oppression et pour les droits des femmes.

Usages dans différents pays

Des photos montrant des femmes vêtues en « servantes écarlates » sortent des manifestations en Pologne, en juillet 2017, pour la venue de Trump. Idem à Zagreb (Croatie), en février 2018, face au refus du gouvernement de ratifier la Convention d’Istanbul contre les violences faites aux femmes. En juillet 2018, ce sont les pro-légalisations de l’avortement en Argentine qui le revêtent. Et en septembre de la même année, une mobilisation contre la fermeture d’une maternité met en scène le déguisement dans le contexte français.

Adaptation aux contextes locaux

L’enquête permet ainsi de mettre en évidence l’adaptation de l’iconographie dystopique aux contextes de luttes locaux plutôt que le développement d’un réel discours commun et international de ces mobilisations.

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