La reproduction des brebis est un processus complexe influencé par de nombreux facteurs, notamment l'âge de l'agnelle, la saison, la génétique et les pratiques d'élevage. Cet article explore en profondeur l'âge optimal pour l'insémination des agnelles, en tenant compte des différents systèmes d'élevage et des objectifs de production.
Introduction
La brebis, comme tous les ovins, présente une activité sexuelle saisonnière, ce qui signifie qu'elle ne produit généralement qu'une seule portée par an. Comprendre le cycle de reproduction de la brebis, y compris l'âge auquel elle peut procréer, est essentiel pour optimiser la production ovine.
Maturité sexuelle et poids corporel
La brebis atteint généralement sa maturité sexuelle entre 6 et 8 mois. Cependant, à cet âge, elle ne pèse que 60 à 70 % de son poids adulte. Bien que la saillie soit physiologiquement possible à cet âge, la plupart des éleveurs préfèrent attendre que l'agnelle ait atteint 12 mois, moment où elle est entièrement développée. Cette pratique permet d'obtenir des agneaux plus gros et résistants.
Photopériodisme et cycle de reproduction
Chez tous les ovins, la période de reproduction est rythmée par les saisons, un phénomène appelé photopériodisme. Le photopériodisme est le rapport entre la durée du jour et de la nuit. De façon naturelle, le cycle s’active entre les mois d’août et de janvier afin que les agneaux naissent au printemps, période où le climat est plus clément et la nourriture abondante. Le cycle menstruel de la brebis dure en moyenne 16 à 17 jours avec un œstrus de 2 à 3 jours et une ovulation intervenant en fin de cycle œstral.
Accouplement et gestation
Au sein d’un cheptel en liberté, et sans intervention humaine, les béliers en rut s’affrontent pour déterminer celui qui s'accouplera avec les femelles. Un troupeau de brebis peut être fécondé par un seul bélier. En effet, un mâle âgé de 7 à 8 mois est apte à saillir une trentaine de femelles et une quarantaine pour un bélier expérimenté. Si vous n’avez pas de mâle, empruntez-le à un éleveur et réunissez vos ovins dans le pré. La saillie se renouvelle plusieurs fois pour assurer un nombre de spermatozoïdes nécessaire à la fécondation. La période de gestation dure entre 145 et 152 jours, soit 5 mois environ.
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Mise bas et soins aux agneaux
Le début du travail est une étape marquée par les contractions utérines et la dilatation du col. L’expulsion de l’agneau se caractérise par une intensification des contractions. La première poche des eaux apparaît à la vulve puis rompt, libérant ainsi le liquide facilitant le passage du fœtus. La délivrance représente la troisième et dernière étape. Après la naissance, la brebis commence à nettoyer l'agneau à coups de langue. Le léchage permet à la mère d’entamer une relation avec son petit tout en stimulant sa respiration. Si tout se passe bien, le nouveau-né parvient à se tenir debout une vingtaine de minutes après la mise bas. Il se dirige alors instinctivement vers la mamelle pour recevoir le colostrum contenant les anticorps indispensables à son immunité. Durant les premières heures de sa vie, l’agneau est incapable de réguler sa température et se révèle donc très sensible aux conditions extérieures (froid, pluie, vent). Veillez donc à le placer dans un endroit sec et chaud. Mère et agneau(x) peuvent être réunis dans un petit enclos, renforçant ainsi le lien exclusif qui va se nouer entre eux.
Spécificités de l'élevage pour le Roquefort
La production laitière pour la fabrication du fromage de Roquefort connaît un cycle annuel basé sur la période d’ouverture des laiteries à partir du 15 novembre et jusqu'au 31 août. La reproduction est donc caractérisée par une seule mise-bas par campagne : à l’automne. Une majorité des éleveurs conduisent leurs brebis selon ce calendrier. La lutte a lieu en mai-juin pour les adultes, et souvent un mois plus tard pour les agnelles qui sont alors âgées de 8 mois. La durée de gestation est de 147 jours. La période de reproduction d'un troupeau est réduite afin de grouper les mises bas et l'entrée en traite de l'ensemble des brebis. L’agnelage des brebis est centré sur les mois de novembre - décembre pour les adultes et décembre - janvier pour les agnelles. Les agneaux pèsent environ 4 kg à la naissance (pour les nés de portée simple) et sont allaités par leur mère pendant a minima 28 jours, selon un accord interprofessionnel. Ils sont sevrés à un poids moyen de 13 à 15 kg.
Sélection des agnelles et insémination artificielle
Les agnelles sont choisies au sevrage à l’âge de 4 semaines. Le taux moyen de renouvellement d'un troupeau est de 28% au sein de la race. Chez les éleveurs utilisateurs (CLS), les femelles gardées sont très souvent issues d’insémination et de père améliorateur. Dans les élevages en sélection, toutes les femelles gardées sont issues d’insémination. Une moitié sont des filles de mâles confirmés pour lesquels la descendance est connue. L’autre moitié est issue de jeunes béliers en cours de testage sur descendance, ce sont des béliers de génome connu et favorable (agneaux et béliers améliorateurs). Elles permettront d’évaluer la valeur génétique des jeunes mâles (indexation). L’objectif recherché est une mise bas vers 13 mois. Pendant le premier mois de lactation, les brebis sont simultanément allaitantes et traites car le potentiel laitier dépasse les besoins d’allaitement des agneaux (durant cette période le lait n’est pas commercialisé). La traite effective intervient après le sevrage des agneaux et dure de 6 à 8 mois. Dans le système "Roquefort" brebis sont classiquement traites deux fois par jour à environ 12 heures d’intervalle.
Alimentation des brebis laitières
L’alimentation des brebis laitières est basée sur leur stade physiologique et sur les aliments disponibles dans l’exploitation (les apports extérieurs sont limités). Les éleveurs distribuent classiquement deux fois par jour une ration équilibrée. Elle est composée de fourrages (foin, enrubannage, ensilage) et de céréales ou d’aliment complet.
Lutte naturelle de contre-saison et photopériodisme
Dans les élevages ovins en lutte naturelle de contre-saison, et notamment en agriculture biologique (AB), les performances de reproduction sont dégradées, avec des mises-bas très étalées et un taux de mise-bas plus faible, en particulier chez les agnelles. Accompagné par l’INRAe, Unotec a suivi l’un de ces élevages, situé sur le Lévézou avec une production en agriculture biologique. Pendant deux années consécutives, un protocole lumineux a été mis en place pour améliorer la lutte des agnelles (fig.1). Celui-ci consiste à simuler des jours longs avant la lutte puis à diminuer la durée de jour afin de mimer la période de reproduction naturelle des ovins. Il s’organisait avec la réalisation de 70 jours longs avec 16h d’éclairement puis 50 jours courts de 12h d’éclairement, 50 jours courts de 10h de lumière et enfin 50 jours à 8h d’éclairement. Les béliers sont introduits le 1er juin après avoir été écartés des agnelles pour la réalisation de l’effet bélier. Selon les années, le nombre de béliers était de 1 bélier pour 15 et 1 bélier pour 11 brebis. L’âge des agnelles à la lutte dans cet élevage est plutôt atypique. En moyenne, les agnelles ont été luttées à 9 mois d’âge ce qui est plutôt âgé par rapport à certaines pratiques. Afin de vérifier le bon développement des agnelles et pour que cela ne limite pas la reproduction, un suivi du poids et des Notes d’Etat Corporel (NEC) a été réalisé.
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Mise en place du photopériodisme
Pour utiliser la photopériode comme outil de synchronisation et désaisonnement des chaleurs des agnelles, la première condition est d’avoir un bâtiment spécifiquement dédié aux agnelles. Afin que le signal lumineux soit bien capté par l’animal, l’intensité lumineuse dans le bâtiment au niveau des yeux de l’agnelle doit atteindre 200 lux. Dans le cas étudié, les néons ont été doublés et remplacés par des néons Led. Une étude par un électricien peut être réalisée pour estimer les investissements à effectuer. Mais pour faire la photopériode, il faut également faire le noir total, ce qui est souvent le plus compliqué. Si pendant les périodes d’éclairement, les agnelles peuvent aller au pâturage, il faut que la nuit complète soit réalisée dans le bâtiment le reste du temps. Pour cela, les éleveurs ont placé aux fenêtres des bâches noires d’ensilage qui occultaient la lumière du jour. D’autres méthodes pourraient être envisagées avec des volets en bois, etc… mais elles nécessitent de plus grands investissements. Pendant les phases d’extinction de la lumière, il n’est pas possible d’entrer dans le bâtiment pour ne pas risquer de provoquer un signal lumineux parasite. Le protocole s’adapte à chaque éleveur mais une fois que l’heure d’allumage est définie, elle doit rester fixe pour toute la durée du protocole. Le cahier des charges de l’Agriculture Biologique interdit l’utilisation d’hormones de synchronisation des chaleurs pour la reproduction des ovins. La pratique du photopériodisme permet donc de respecter ce point. Concernant le pâturage obligatoire des agnelles en saison de pacage à partir de 6 mois d’âge, l’intensité lumineuse minimale de 200 lux est atteinte à l’extérieur même par temps gris, ce qui permet de sortir les agnelles pendant les phases d’éclairement.
Résultats du photopériodisme
Le taux de mise-bas a été amélioré de 13 points et de 16 points par rapport à la campagne 2019. Mais au-delà du nombre de vides qui a été réduit, le groupage des mise-bas s’est nettement amélioré et se rapproche même de celui des élevages luttant les agnelles en monte-naturelle en saison favorable. Le pourcentage d’agnelles constatées pleines à la première échographie au bout de 60 jours de lutte est passé de 40% en 2019 à 80% en 2020 et 2021. De même, la durée pour atteindre 90% des mises-bas a été réduite de 30 à 50 jours entre 2019 (année sans photopériodisme) et 2020 et 2021. L’âge à la lutte reste donc un critère clé dans la lutte des agnelles.
Impact sur la lactation
Au-delà des impacts sur la reproduction, l’essai photopériodisme a montré une influence sur la lactation des agnelles. Entre la campagne laitière 2020 et la campagne laitière 2021, le volume livré a augmenté de 19% pour le GAEC du Maubert. L’essai photopériodisme a montré l’amélioration des résultats de reproduction et un meilleur groupage des mises-bas pour les agnelles luttées en contre-saison en monte naturelle avec une répétition des résultats au cours des deux années d’étude. Cependant, ils ont été obtenus en maximisant les chances de réussite par un sex-ratio élevé, un âge des agnelles à la lutte favorable et la pratique de l’effet bélier. Les investissements pour mettre en place cette pratique sont inférieurs aux gains sur la lutte et la lactation des agnelles à condition que les agnelles soient déjà logées dans un bâtiment séparé des adultes. Elle reste adaptable à l’organisation du travail de chaque éleveur et permet également le pâturage bien que nous n’ayons pas de résultats en condition de pâturage des agnelles pour le moment.
Évolution des pratiques d'insémination artificielle
Depuis plusieurs années, le Centre Départemental de l’Elevage Ovin (CDEO, Pyrénées Atlantiques) fait état d’un recul de l’utilisation de l’insémination artificielle (IA) chez les agnelles des races ovines laitières des Pyrénées au profit de la monte naturelle, en raison, selon les éleveurs, de résultats de fertilité non satisfaisants. Une analyse a été réalisée sur les agnelles mises à la reproduction avant l’âge de 400 jours, soit 163500 agnelles de race MTR, issues de 2048 élevages/années et 47500 agnelles de race BB issues de 756 élevages/années. Les résultats indiquent un avancement et une concentration des dates calendaires de mise à la reproduction sur cette période de 10 ans, à la fois pour les agnelles inséminées et pour les agnelles en monte naturelle. La principale conséquence de cet avancement calendaire est une réduction de l’âge à la mise à la reproduction. Malgré ces évolutions différenciées, l’âge à la mise à la reproduction des agnelles inséminées demeure, en moyenne, inférieur de 20 jours (MTR) et 40 jours (BB) à celui des agnelles luttées en monte naturelle. Parmi les facteurs ayant une influence significative sur la fertilité des agnelles MTR à l’IA, un fort effet de l’année et de l’âge à l’IA a été mis en évidence. Ainsi les agnelles inséminées entre 6 et 7 mois d’âge avaient une fertilité plus faible de près de 15 % par rapport à celles inséminées à l’âge de 8 mois.
Importance du comportement maternel
Dans le domaine de La Fage, les stars sont les agnelles les plus maternelles, une qualité nécessaire à la survie et à la croissance des agneaux. Les soins que prodiguent les mères à leurs petits, en les léchant, en les allaitant et en les réchauffant, leur permettent de résister à une météo parfois difficile. Dans les toutes premières heures après la naissance, la mère développe des liens privilégiés avec ses agneaux qu’elle apprend très vite à reconnaitre, d’abord par l’odeur, puis par la voix et la vue. Un programme de recherche conduit à la Fage a montré qu’il est possible de sélectionner dès leur plus jeune âge les agnelles qui seront les plus maternelles à l’âge adulte.
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