Thomas Mann, né le 6 juin 1875 à Lübeck et décédé le 12 août 1955 à Zurich, est une figure incontournable de la littérature allemande et européenne du XXe siècle. Lauréat du prix Nobel de littérature en 1929, son œuvre immense et complexe explore les thèmes de la décadence bourgeoise, de la condition humaine et de la défense de la démocratie.
Un Héritage Familial et une Jeunesse Lübeckoise
Thomas Mann est le pur produit d’une cité-État hanséatique, Lübeck. Il est issu d'une famille patricienne de commerçants. Son père, Thomas Johann Heinrich Mann, est négociant et sénateur de la ville de Lübeck, une sorte de ministre des finances de cette cité-Etat. Sa mère, Júlia Mann da Silva-Bruhns, a des origines brésiliennes, auxquelles son fils attribue sa sensibilité artistique. Il est le frère cadet de Heinrich Mann.
Il vit le jour le 6 juin 1875 au numéro 36 ou 38 de la Breite Straße. La maison décrite dans son roman Les Buddenbrook était devenue la propriété de la grand-mère paternelle de Thomas Mann, Élisabeth, née Marty, et le lieu fut vendu en 1890 après le décès de cette dernière.
En 1891, son père meurt et l'affaire familiale est abandonnée. L'année suivante, il écrit quelques textes en prose et des articles pour le magazine Der Frühlingssturm (« la Tempête du printemps ») qu'il co-édite. En 1894, il quitte le lycée et retrouve mère, frères et sœurs à Munich. Là, il travaille pour une société d'assurances, mais il abandonne cette profession bourgeoise en 1895 pour devenir écrivain libre.
Les Premières Œuvres et le Mariage
Il commence son premier roman, Les Buddenbrook, paru en 1901, pendant un séjour en Italie (1896 - 1898) avec son frère Heinrich, à Rome et dans ses alentours. Ce roman, le dernier classique du XIXe siècle, dépeint dans un style naturaliste, mais avec une ironie déjà marquée, le déclin, génération après génération, d’une riche famille lübeckoise, alors même que l’Allemagne s’unifie.
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Le 11 février 1905, il épouse Katharina (Katia) Pringsheim (24 juillet 1883, Feldafing près de Munich - 25 avril 1980, Kilchberg près de Zurich), la petite-fille de la féministe Hedwig Dohm. Les années suivantes, viennent au monde leurs enfants Erika, Klaus, Golo (en fait Angelus Gottfried Thomas), Monika, Elisabeth et Michael.
En 1912, il publie La Mort à Venise que lui inspirent à la fois un voyage dans cette ville et la mort du compositeur Gustav Mahler, survenue l'année précédente.
La Montagne Magique : Un Tournant Idéologique
Un séjour dans un sanatorium et la catastrophe de la Grande Guerre lui donnent le sujet de son roman le plus célèbre, La Montagne magique, paru en 1924. Au départ, en 1912, après un séjour de sa femme Katia au sanatorium de Davos, cela devait être une courte satire en altitude sur une élite cosmopolite. Mais à sa parution, La Montagne magique fait plus de mille pages et dépeint, à travers le microcosme de tuberculeux privilégiés, tout un continent européen se dirigeant vers l’apocalypse des tranchées.
Ce roman constitue une étape importante dans son évolution intellectuelle en ce qu'il marque symboliquement son ralliement aux idées libérales, après une proximité avec le courant de la Révolution Conservatrice symbolisée par ses Considérations d'un apolitique, ouvrage important publié en 1918. La longue genèse du roman marque la métamorphose idéologique de son auteur. Conservateur nationaliste persuadé que la guerre sera une "purification", Thomas Mann se transforme en libéral partisan de la démocratie de Weimar.
L'Exil et la Lutte Contre le Nazisme
Dès 1933, il émigre en Suisse et s'installe à Küsnacht, près de Zurich, afin de se tenir éloigné de la tourmente politique que connaît alors son pays. Les premiers mois du régime nazi le convainquent, après un moment d'hésitation, de ne pas retourner en Allemagne. En 1936, il est déchu de la nationalité allemande. "Là où je suis, il y a l’Allemagne", répond-il, appelant ses compatriotes à retrouver leur sens moral.
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Connaissant les œuvres de Sigmund Freud, il dira d'Hitler : « Comme cet homme doit haïr la psychanalyse ! ». Plus généralement, il est passionné par la Médecine, et ses ouvrages regorgent de descriptions symptômatiques précises.
A partir de 1938, il vit aux États-Unis, d'abord à Princeton, puis l'année suivante à Pacific Palisades en Californie. C'est là qu'il compose le complexe et fort sombre Docteur Faustus, paru en 1947, qui évoque métaphoriquement l'âme de l'Allemagne à travers le portrait d'un compositeur. Depuis les Etats-Unis, il ira jusqu’à saluer les bombardements contre sa propre ville natale.
Le Retour en Europe et la Fin de Vie
En 1949, l’exilé daigne refouler le sol allemand, à Francfort et Weimar, à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Goethe. En 1952, il retourne en Suisse et non en Allemagne bien qu'on cite alors son nom pour la présidence de la République fédérale. Trois ans plus tard, il décède à Zurich, le 12 août 1955.
Parmi les distinctions et récompenses qu'il a reçues, on peut noter le Prix Nobel de littérature en 1929 et les Goethe-Preis des villes de Francfort-sur-le-Main et Weimar en 1949.
Une Famille Complexe
Thomas Mann, c’est aussi "les siens". Les Mann sont la famille royale d’outre-Rhin. Une dynastie d’intellectuels avec ses rituels élitistes, ses non-dits, ses raideurs, ses frasques, ses drogues… Au centre, il y a deux frères, l’aîné Heinrich et le cadet Thomas, qui accèdent à la gloire littéraire et ont une relation houleuse, à la fois proche et rivale. Heinrich, dont le roman Le Professeur Unrat inspire le film L’Ange bleu, est un radical anticapitaliste, antibourgeois et pacifiste. Longtemps, en opposition, Thomas entretiendra la posture de l’esthète apolitique ne jurant que par Wagner, Schopenhauer et Nietzsche. Toute sa vie, il conservera un style guindé de grand bourgeois.
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Les Mann, c’est aussi l’incroyable progéniture de Thomas et de son épouse, l’admirable Katia. Contrairement à leur père, eux vivent pleinement leur homosexualité. Klaus est l’enfant terrible des lettres allemandes qui, après plusieurs cures de désintoxication, se suicide à Cannes. Erika, actrice et auteure de livres pour enfants, se marie par convenance avec le poète anglais W.H. Auden, devient correspondante de guerre, seule femme à couvrir le procès de Nuremberg, et s’impose comme la gardienne du temple de l’œuvre paternelle. Golo, historien et conscience intellectuelle de la RFA, publie une monumentale Histoire allemande du XIXe et XXe siècle. Surnommé par les siens "le magicien", Thomas domine par sa stature tout ce petit monde, conscient d’avoir transmis un nom illustre et bien des névroses à ses enfants.
L'Héritage Littéraire et Philosophique
Rompre peu à peu avec les formes littéraires traditionnelles, ses ouvrages comprenant romans, nouvelles et essais, font appel aux domaines des sciences humaines (histoire, philosophie, politique, analyse littéraire) pour produire une image complexe du siècle et de ses bouleversements. Son œuvre, influencée sur un plan philosophique par Arthur Schopenhauer et Friedrich Nietzsche est consacrée aux rapports entre l'individu, la société et ses institutions. Les Buddenbrooks, la Montagne magique, lui valurent le prix Nobel de littérature en 1929. Thomas Mann y transpose sous forme romancée les grands débats politiques, philosophiques et religieux de son époque. Avec la Mort à Venise, qui fera l'objet d'un film du cinéaste italien Visconti, c'est la psychologie et le destin tragique de l'artiste attiré par la mort qui sert de thème à l'œuvre.
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