Après de nombreuses années d'attente, Rennes a enfin sa première maison de naissance. Début janvier, des sages-femmes ont commencé à y donner des consultations, marquant ainsi l'aboutissement d'un long processus soutenu par l'association Maisoùnaiton. Bien que les locaux ne soient pas encore entièrement terminés, la première naissance devrait avoir lieu fin mai.

Un Projet de Longue Haleine

Pour Christiane David et la dizaine de sages-femmes impliquées dans ce projet, il s'agit de l'aboutissement d'un travail de longue haleine. L'atmosphère conviviale est palpable, avec du thé, du café, des gâteaux faits maison et du chocolat offerts aux visiteurs.

Une Maison de Naissance "Pas Tout à Fait" Traditionnelle

Dès le départ, les sages-femmes tiennent à préciser que cette nouvelle proposition ne correspond pas exactement à la définition légale de "maison de naissance" telle qu'elle est définie depuis 2013. Généralement, il s'agit de structures privées où exercent des sages-femmes libérales, une situation que les Rennaises ne souhaitaient pas.

Un Modèle Salarié pour l'Accessibilité

Les sages-femmes soulignent que les honoraires actuels pour un accouchement, d'environ 150 €, ne permettent pas à une sage-femme de vivre de cette activité. Elles considèrent que leur profession est l'une des moins bien rémunérées. Elles ont donc opté pour un modèle salarié afin de rendre leurs services accessibles à tous les parents. Bien que le salariat implique des concessions, elles estiment que la philosophie du projet est respectée. Christiane David souligne que les soixante-dix sages-femmes de la clinique ont toutes participé à la préparation du dossier, même celles qui ne souhaitaient pas s'y impliquer personnellement.

Une Mouvance Sociétale

Ce projet s'inscrit dans une "mouvance sociétale" plus large, où les individus recherchent des façons de vivre alternatives. Les patients souhaitent s'informer et être respectés, ce qui témoigne d'une évolution de la place du médecin dans le système médical.

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La Proximité au Cœur de l'Accompagnement

À la maison de naissance, les sages-femmes privilégient une relation de proximité. Elles visent à accompagner les couples de manière globale et personnalisée, en tenant compte de leurs souhaits sur les plans médical et humain. Une équipe restreinte permet de tisser un lien de confiance, ce qui rassure et permet aux femmes de se sentir davantage écoutées.

Grossesses à Bas Risques et Autonomie des Sages-Femmes

Cette pratique est réservée aux grossesses à bas risques. Les sages-femmes se considèrent comme des professionnelles de santé autonomes, compétentes pour assurer le suivi médical des femmes enceintes. Lorsqu'elles détectent des pathologies qui dépassent leur champ de compétences, elles orientent les patientes vers les médecins compétents.

Une Réflexion Collective et Dynamique

Christiane David souligne que cette nouvelle approche suscite une réflexion sur les pratiques de chacun, réintroduisant ainsi un processus dynamique dans des pratiques qui avaient tendance à devenir statiques. L'accent est mis sur le processus plutôt que sur le protocole.

L'Intérêt de Revenir sur les Excès Hygiénistes

Ces réflexions s'alignent sur des études qui mettent en évidence l'intérêt de revenir sur les excès hygiénistes du XXe siècle, ainsi que sur les priorités de l'OMS, qui mise sur la prévention. Les pays comme l'Angleterre, où les sages-femmes assurent depuis longtemps le suivi des grossesses, connaissent moins d'accouchements prématurés que la France.

Un Métier d'Avenir

Les sages-femmes qui s'investissent dans ce projet à la Sagesse sont convaincues que leur métier est un métier d'avenir. Après avoir été quelque peu oubliées, elles se réjouissent d'une nouvelle reconnaissance. De plus en plus de femmes sont suivies par des sages-femmes libérales, et le cursus d'études est en train d'évoluer.

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Les Sages-Femmes : Un Suivi Personnalisé Tout au Long de la Grossesse

Les sages-femmes assurent le suivi des grossesses qui se déroulent normalement. Ce suivi comprend une visite par mois jusqu'au 7ème mois, puis une visite tous les 10 jours le 8ème mois, et si nécessaire, une visite par semaine le dernier mois.

Préparation à la Parentalité et à la Naissance

À partir du 6ème mois, 7 séances de préparation à la parentalité et à la naissance sont proposées. Ces séances abordent des thèmes tels que la physiologie de la grossesse et de l'accouchement, le sens de la douleur, et comment en prendre soin. Elles traitent également des mouvements émotionnels de la femme pendant cette période, du bébé et de ce qu'il traverse lors de sa mise au monde, de ses besoins, de ses rythmes et de son alimentation.

Une Astreinte 24h/24

Une sage-femme d'astreinte de la filière Parent'eizh est joignable 24h/24. Le principe de base est de respecter et de potentialiser la physiologie de l'accouchement, en préservant le besoin d'intimité, la liberté de mouvement et le bien-être de la future maman et du bébé.

Des Outils pour Favoriser le Bien-Être

Divers "outils" tels que le bain, les massages, la suspension et le ballon sont mis à disposition pour favoriser le bien-être de la future maman.

Un Transfert Possible à la Maternité de la Sagesse

Si des interventions qui dépassent le champ de la physiologie et de la pratique sage-femme sont souhaitées ou nécessaires (comme la péridurale ou la césarienne), elles ont lieu dans la filière sœur, à la maternité de La Sagesse. En cas de nécessité pour l'enfant, un pédiatre est appelé.

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L'Évolution Historique de la Naissance : Du Domicile à l'Hôpital et Retour ?

L'histoire de la naissance a connu une longue période d'immobilisme. Pendant des millénaires, les femmes accouchaient à domicile, dans un environnement familier, entourées de femmes plus ou moins expérimentées. L'apparition progressive des hommes accoucheurs aux XVIIe et XVIIIe siècles a marqué un tournant.

La Naissance à Domicile : Chaleur, Solidarité et Traditions

Pendant des siècles, les naissances ont eu lieu à domicile, dans un espace quotidien. L'accouchement, comme la mort, se déroulait là où vivait une lignée familiale, dont le destin était lié à une maison et à un village. La naissance avait lieu dans la pièce la plus utilisée, la salle commune, où un grand feu de bois assurait la chaleur essentielle à la mère et à l'enfant. La pièce était calfeutrée pour se protéger du froid et des mauvais esprits.

Un Entourage Féminin et la Matrone

La parturiente était assistée par un entourage exclusivement féminin, avec au centre la matrone, une femme expérimentée et respectée du village. Elle avait appris son métier sur le tas et connaissait les formules du baptême. Elle s'occupait également de la toilette des morts, soulignant ainsi la proximité entre les deux extrémités de la vie.

Le Rôle des "Commères"

Autour de la matrone, les parentes, amies et voisines étaient présentes dès l'annonce des premières douleurs. Chaque naissance était l'affaire de toutes les femmes du village. Elles aidaient à préparer le lit, le linge, le feu, l'eau chaude et le fil. Pendant le travail, elles évoquaient leurs propres accouchements, donnaient des conseils et disposaient des amulettes. Elles calmaient, soutenaient, essuyaient et priaient la Vierge ou sainte Marguerite. Les jours suivants, elles revenaient pour commenter l'événement et aider aux travaux domestiques.

La Place du Père

En principe, les hommes n'étaient pas admis, sauf le père, dont la force et l'expérience du vêlage pouvaient être utiles en cas d'accouchement difficile. Il pouvait avoir à retourner le fœtus dans la matrice ou à maintenir sa femme dans une position difficile. Dans certaines régions, il recevait l'enfant dans sa propre chemise, symbolisant sa prise en charge de la socialisation de l'enfant.

Les Postures d'Accouchement

Dans la France traditionnelle, la femme accouchait toujours "à couvert", sous les draps et les vêtements. Elle pouvait prendre diverses postures, comme être sur le dos, à demi couchée et à demi assise, les reins surélevés par des coussins, ou être assise sur une autre femme ou sur une chaise percée. Dans d'autres régions, elle pouvait accoucher debout, les bras levés et appuyés sur une barre de bois, ou à genoux, sur de la paille, appuyée sur une chaise.

Les Risques de l'Accouchement d'Autrefois

Malgré son climat chaleureux, l'accouchement d'autrefois comportait des risques importants. La mortalité des femmes en couches était estimée à 1 ou 2 % au XVIIIe siècle, en raison de complications liées à des accouchements impossibles, d'hémorragies du post-partum ou de fièvres puerpérales. Seules les pauvresses ou les filles mères accouchaient à l'hôpital, un lieu d'assistance où la mortalité était plus élevée en raison de l'entassement et de la contagion des "fièvres".

L'Apparition des Accoucheurs

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les hommes accoucheurs ont commencé à apparaître dans les chambres de gésine. Traditionnellement, ils n'avaient pas le droit d'assister aux accouchements par "décence", mais des chirurgiens étaient parfois appelés pour délivrer des femmes dont le fœtus était mort. Peu à peu, ils ont commencé à rédiger des traités d'obstétrique et à vouloir pratiquer les accouchements ordinaires.

Les Réticences et l'Acceptation Progressive des Accoucheurs

La "mode" de l'accoucheur s'est répandue dans la noblesse et la bourgeoisie, mais non sans réticences. Certaines femmes étaient effrayées par les chirurgiens, tandis que les maris craignaient une possible séduction de leur femme. Cependant, les accoucheurs ont su se rendre indispensables auprès des maris, qui ne voulaient plus voir mourir leurs femmes. Les femmes ont également fini par les accepter, d'abord de manière exceptionnelle pour les accouchements difficiles, puis systématiquement pour les accouchements suivants.

Les Changements Introduits par les Accoucheurs

L'arrivée de l'accoucheur a transformé les pratiques de la naissance. Il faisait sortir la plupart des "commères", sous prétexte qu'il fallait faire silence et aérer la pièce. Il imposait également la position la plus commode pour lui, en faisant coucher la femme sur le dos. Les accoucheurs utilisaient de nouveaux instruments relativement efficaces, les leviers et forceps, qui sont devenus leur privilège exclusif.

Les Critiques envers les Matrones et la Formation des Sages-Femmes

À partir des années 1750, les matrones ont été l'objet de critiques virulentes de la part des médecins, qui les accusaient de faire périr la mère et l'enfant par manque de connaissances. À partir de 1760, le pouvoir royal s'est efforcé de transformer les matrones de campagne en véritables sages-femmes en leur donnant une formation médicale. Des cours itinérants ont été organisés dans toute la France, avec une pédagogie originale à base de récitation de leçons et de travaux pratiques sur un mannequin d'osier.

L'Évolution de la Formation des Sages-Femmes

À partir de 1803, la formation des sages-femmes s'est améliorée, avec des cours théoriques dans les facultés de médecine ou dans les hôpitaux et une pratique auprès des accouchées des hôpitaux. En 1894, leur formation a été renforcée et a duré deux ans. En théorie, elles n'avaient le droit de faire que les accouchements naturels et devaient appeler le médecin pour les accouchements "laborieux" ou contre-nature.

Les Hôpitaux : Des Lieux Dangereux au Début du XIXe Siècle

Pendant les deux premiers tiers du XIXe siècle, les hôpitaux sont restés des lieux effrayants qui n'accueillaient que les filles mères ou les pauvresses. Les naissances y étaient bien plus dangereuses qu'à domicile. Dès 1856, des statistiques ont montré que la mortalité en couches à la Maternité de Port-Royal à Paris était dix-neuf fois plus forte qu'en ville.

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