Le début de lactation représente une période charnière dans la vie d'une vache laitière, particulièrement pour les hautes productrices. C'est à ce moment précis que se déterminent le niveau de production laitière, la fertilité future et la susceptibilité aux troubles métaboliques. Une préparation adéquate pendant la période de tarissement est donc primordiale pour assurer un démarrage de lactation optimal. Parmi les éléments nutritionnels clés, le magnésium joue un rôle souvent sous-estimé mais pourtant crucial.
Importance du Magnésium pour la Vache Laitière
Le magnésium est un minéral essentiel qui intervient dans de nombreuses fonctions physiologiques de la vache laitière. Il est un constituant structurel de l'os, où il représente environ 70 % du magnésium corporel total. De plus, il module la réponse des ostéoclastes à la parathormone, une hormone impliquée dans la mobilisation du calcium avant le vêlage.
Le magnésium joue également un rôle vital dans les échanges de calcium et de potassium au niveau cellulaire, notamment dans les tissus musculaires et cardiaques. Il est indispensable à la contraction musculaire et à la transmission de l'influx nerveux. Une déficience en sodium peut également nuire à l'absorption du magnésium dans le rumen.
Le Magnésium et la Tétanie d'Herbage
Les pâturages de début de printemps, caractérisés par une herbe jeune et luxuriante, sont souvent pauvres en magnésium. Cette situation, combinée à une absorption potentiellement réduite du magnésium dans le rumen, peut conduire à une hypomagnésémie, ou tétanie d'herbage. Les animaux les plus à risque sont les vaches âgées, les hautes productrices et celles en début de lactation. Il est donc recommandé d'introduire progressivement les vaches au pâturage et de complémenter leur alimentation en magnésium.
Plusieurs facteurs peuvent affecter l'absorption du magnésium dans le rumen :
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- Nature de la ration : Une ration peu structurée, pauvre en fibres (comme l'herbe jeune), peut diminuer l'absorption du magnésium.
- Teneur en azote : Une augmentation brutale de l'azote soluble (également fréquente dans l'herbe jeune) peut temporairement réduire l'absorption du magnésium. Cependant, cet effet est généralement transitoire et disparaît après quelques jours.
- Taux de potassium : La digestibilité du magnésium est plus fortement influencée par le taux de potassium de la ration que par la nature de l'aliment.
Sources de Magnésium et Complémentation
Plusieurs sources de magnésium peuvent être utilisées pour complémenter l'alimentation des vaches laitières. L'oxyde de magnésium est la source la plus concentrée en magnésium (environ 50 %). Le chlorure de magnésium est l'une des formes les plus assimilables et actives, offrant des propriétés spécifiques intéressantes :
- Action cholagogue et cholérétique : Stimule la sécrétion et l'excrétion de la bile, soutenant ainsi le travail hépatique en fin de gestation et en début de lactation.
- Stimulation des fibres musculaires lisses : Particulièrement important pour le muscle utérin en période de mise-bas.
- Action neurorégulatrice : Apporte du calme en cas d'hyperactivité ou de tétanie, et du tonus en cas de fatigue excessive ou de paralysie temporaire.
- Stimulation de l'action phagocytaire : Augmente l'immunité innée.
La ration de préparation au vêlage peut être enrichie en magnésium en ajoutant 50 à 80 g de chlorure de magnésium.
Prévention des Troubles Métaboliques : Le Rôle du Magnésium
Une préparation adéquate au vêlage, incluant un apport suffisant en magnésium, permet de limiter les risques d'acétonémie, de fièvre de lait et de non-délivrances, qui sont les principaux soucis rencontrés en début de lactation.
Acétonémie (Cétose)
L'acétonémie est typique des vaches qui vêlent trop grasses ou qui n'ont pas été correctement préparées. Ces vaches manquent d'énergie en début de lactation, ce qui entraîne une mobilisation des graisses pour produire du glucose au niveau du foie. Cette mobilisation excessive produit des corps cétoniques toxiques pour l'organisme.
Une vache atteinte d'acétonémie est affaiblie, a des défenses immunitaires affaiblies et peut même développer des troubles neurologiques sévères. Les pertes économiques liées à l'acétonémie peuvent atteindre 250 € par vache.
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Pour prévenir l'acétonémie, il est crucial de :
- Rationner et diluer la fibre avant le vêlage : Des études ont montré qu'une ration trop riche en ensilage à volonté avant le vêlage peut entraîner une diminution de l'ingestion après le vêlage.
- Concentrer la ration en fin de gestation : Ajouter un peu de tourteau et de céréales à paille pour compenser la perte de capacité d'ingestion due à la croissance du veau.
- Privilégier une ration avec une concentration énergétique adéquate : Viser une concentration ≥ 0,92 UFL/kg de MS pour limiter l'utilisation d'aliments de production coûteux et réduire le pourcentage de concentrés dans la ration.
Fièvre de Lait (Fièvre Vitulaire)
La fièvre de lait est une autre maladie métabolique qui peut être maîtrisée par une ration de préparation adéquate. Elle touche principalement les vaches de 3e vêlage ou plus, et les hautes productrices.
Les causes principales de la fièvre de lait sont :
- Apport excessif de calcium dans la ration de préparation : Diminue la capacité de mobilisation du calcium en début de lactation.
- Carences en phosphore et vitamine D3.
- BACA trop élevée : Augmente les risques.
Pour prévenir la fièvre de lait, il est important de :
- Surveiller les apports de calcium dans la ration de préparation.
- Assurer un apport suffisant en phosphore et vitamine D3.
- Maîtriser la BACA (Balance Cations-Anions) : Viser une BACA proche de zéro les trois dernières semaines de tarissement. Pour diminuer la BACA, on limite le sodium, le potassium et on apporte des chlorures, des sulfates ou du soufre. Le chlorure de magnésium est couramment utilisé pour abaisser la BACA. Il faut éviter à tout prix le bicarbonate de sodium dans les rations de préparation au vêlage.
L'Importance de la BACA (Balance Cations-Anions)
La BACA est un indicateur important à surveiller pendant les trois dernières semaines de tarissement, en particulier pour la prévention de la fièvre de lait. L'objectif est de maintenir une BACA proche de zéro à ce stade.
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Pour diminuer la BACA, il est conseillé de :
- Limiter les apports de sodium et de potassium.
- Apporter des chlorures, des sulfates ou du soufre.
Le chlorure de magnésium est une matière première couramment utilisée pour abaisser la BACA. L'apport d'anions (chlorure), chargés négativement, place la vache en acidose métabolique (acidification du sang). En réponse à cette acidification sanguine, une sécrétion hormonale va la forcer à mobiliser du calcium osseux avant le vêlage, ce qui la prépare à entrer en lactation.
Il est crucial d'éviter le bicarbonate de sodium dans les rations de préparation au vêlage, car le sodium qu'il apporte fait rapidement grimper la BACA.
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