Introduction
Boris Vian, figure emblématique du paysage culturel français, s'est illustré sous de multiples facettes : écrivain, poète, musicien de jazz, critique, ingénieur et bien d'autres. Son œuvre, souvent empreinte d'absurde et de pessimisme, a connu une reconnaissance tardive mais durable, faisant de lui un auteur étudié dans les collèges et lycées. Cet article explore les différentes étapes de sa vie, de son enfance privilégiée à sa mort prématurée, en passant par ses débuts littéraires et musicaux, ainsi que les aspects moins connus de sa personnalité et de son œuvre.
Les Racines Familiales et l'Enfance
Contrairement à ce que son prénom et son apparence physique pouvaient laisser croire, Boris Vian n'avait pas d'origines russes. Il était issu d'une famille des Alpes-Maritimes, dont le nom, selon Philippe Boggio, serait d'origine piémontaise : Viana. Son aïeul, Séraphin Vian, né en 1832 à Gattières, près de la frontière italienne, fit carrière dans l'alchimie du métal. Son fils Henri, grand-père de Boris, épousa Jeanne Brousse, héritière des papeteries Brousse, dont la fortune compléta celle des Vian.
Paul Vian, le père de Boris, naquit dans l'opulence le 4 mars 1897. Il épousa Yvonne Ravenez, fille du riche industriel Louis-Paul-Woldemar Ravenez et de Jeanne Elisabeth Marshall. Le couple s'installa dans un hôtel particulier à Ville-d'Avray, où naquirent Lélio (17 octobre 1918) et Boris (10 mars 1920). Deux autres enfants, Alain (24 septembre 1921) et Ninon (15 septembre 1924), suivirent. Les Vian menaient une vie insouciante, entourés de personnel de maison et de professeurs particuliers. Yvonne, musicienne, initia ses enfants à la musique classique.
Les Épreuves et les Premiers Pas Artistiques
Le krach de 1929 ruina Paul Vian, obligeant la famille à quitter la maison principale pour s'installer dans la maison du gardien. Malgré ces difficultés financières, les Vian entretinrent d'excellentes relations avec la famille Menuhin, qui loua leur ancienne villa. Les enfants Vian jouaient avec Yehudi Menuhin, prodige du violon, et assistaient à ses concerts à Paris. Paul Vian se lança dans la traduction de textes et devint représentant pour un laboratoire homéopathique.
La famille Vian conservait une propriété à Landemer, dans le Cotentin, où ils passaient des vacances. À l'âge de douze ans, Boris contracta des rhumatismes articulaires aigus, qui provoquèrent une insuffisance aortique. Dès lors, il fut élevé dans du coton, surprotégé par sa famille. Paul Vian fit construire une salle de jeu pour ses enfants, où ils organisaient des fêtes et des tournois de tennis de table avec leurs amis du quartier. C'est là que Boris et ses frères montèrent leur première formation musicale, L'Accord jazz, à partir de 1938.
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Vian fit ses études au collège de Sèvres, puis au lycée Hoche de Versailles. Il jouait de toutes sortes d'instruments fantaisistes, dont le « peignophone ». Sa scolarité fut souvent interrompue en raison de problèmes de santé. Malgré une fièvre typhoïde, il obtint son baccalauréat latin-grec et entra en terminale au lycée Condorcet, à Paris, en 1936. En 1937, il obtint son second baccalauréat (philosophie, mathématiques, allemand).
L'École Centrale et les Débuts dans le Jazz
En novembre 1939, Boris rejoignit l'École centrale repliée à Angoulême. Il prit conscience de l'absurdité de la guerre en voyant passer les convois de réfugiés belges. Boris Vian fit partie d'une bande d'amis avec son frère Alain, Jacques Loustalot (surnommé « le Major »), ainsi que Claude et Michelle Léglise. Il épousa Michelle le 3 juillet 1941.
Parallèlement à ses études, Boris apprit à jouer de la trompette. Il s'inscrivit au Hot Club de France dès 1937. Avec ses frères Lelio et Alain, il monta une petite formation qui anima d'abord les surprises-parties avant de rejoindre en 1942 l'orchestre amateur de Claude Abadie. En janvier 1944, il rencontra Claude Luter et ouvrit avec lui le New Orleans Club, qui ne fonctionna que quelques jours. Ils jouèrent ensuite au Caveau des Lorientais et au Tabou.
Le jazz et les fêtes étaient un moyen pour Boris de compenser l'ennui que lui procuraient ses études à l'École centrale. Il rédigea Physicochimie des produits métallurgiques, en collaboration avec ses camarades de promotion. Toutefois, il préférait les répétitions aux révisions et critiquait ouvertement les cours qu'il jugeait inutiles.
L'AFNOR et les Premiers Écrits
À l'Association française de normalisation (AFNOR), où il travailla de 1942 à 1946, il découvrit l'aspect ubuesque du travail de bureau. Cependant, l'AFNOR lui versait un salaire confortable et lui laissait suffisamment de temps pour se consacrer à la poésie et au jazz.
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Son travail d'écriture doit beaucoup à son épouse Michelle et à l'ambiance générale de la famille Vian, où l'on cultivait les jeux de mots et les calembours. Michelle avait commencé l'écriture d'un roman et la famille se régalait de la manière dont Boris jouait sur les sonorités. Il passait beaucoup de temps à compulser l'Almanach Vermot. C'est pour Michelle qu'il avait déjà écrit en 1942 un Conte de fées à l'usage des moyennes personnes.
Les premiers écrits de Vian sont parfois situés en 1939, mais cette date est incertaine car ses manuscrits sont rarement datés. L'écriture était une activité de loisir, avec des jeux raffinés comme ceux du Cercle Legateux, monté par Alain et Boris en 1941. Le Cercle Legateux devint une entreprise familiale à but non lucratif, dotée de statuts et de cartes de membre. Un autre cercle, Le Cercle Monprince, parodiait le langage administratif et le journalisme pompeux. La famille Vian et ses amis se livraient également à des cadavres exquis et des bouts rimés.
L'Influence de Michelle et les Premiers Scénarios
L'influence de Michelle fut déterminante pour l'éclosion de l'écrivain Boris Vian. Elle possédait une certaine familiarité avec les mots et écrivait déjà des articles pour le théâtre et le cinéma. Les deux époux se lancèrent dans l'écriture de scénarios pour rire, espérant en tirer de l'argent.
Michelle et Boris fréquentaient les surprises-parties de la périphérie chic, où ils retrouvaient les zazous, jeunes gens passionnés de swing. En 1944, Boris écrivit un scénario, Histoire naturelle, et des poèmes qu'il réunit dans un recueil intitulé Un Seul Major, un Sol majeur, en hommage à son ami Jacques Loustalot.
Le Drame Familial et la Vente de la Maison
En novembre 1944, le père de Boris, Paul, fut assassiné dans sa maison par deux intrus. L'enquête ne donna rien et le dossier fut classé sans suite. Les chalets de Landemer furent détruits par les Allemands. Boris, considéré comme le « plus sage de ses enfants », reçut la mission de vendre la maison familiale de Ville-d'Avray.
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Vernon Sullivan et la Consécration Littéraire
Sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, Boris Vian publia plusieurs romans dans le style américain, dont J'irai cracher sur vos tombes, qui fit scandale et lui valut un procès retentissant. Si les écrits de Vernon Sullivan attirèrent à Boris Vian des ennuis avec la justice et le fisc, ils l'enrichirent au point qu'il disait que Vernon Sullivan faisait vivre Boris Vian.
Une Œuvre Diversifiée et une Reconnaissance Tardive
Boris Vian pratiqua plusieurs genres littéraires : poésie, documents, chroniques, nouvelles, pièces de théâtre et scénarios pour le cinéma. Son œuvre est une mine dans laquelle on continue de découvrir au XXIe siècle de nouveaux manuscrits. Sa bibliographie reste difficile à dater, lui-même ne datant pas toujours ses manuscrits. Il est également l'auteur de peintures, de dessins et de croquis.
Pendant quinze ans, il promut le jazz, qu'il pratiqua dès 1937 au Hot Club de France. Ses chroniques sur le jazz ont été rassemblées en 1982 dans Écrits sur le jazz.
Son œuvre littéraire, peu appréciée de son vivant, fut saluée à partir des années 1960-1970. L'Écume des jours, avec ses jeux de langage et ses personnages à clef, est devenu un classique, étudié dans les collèges et lycées.
Un Esprit Inventif et une Mort Prématurée
Réputé pessimiste, Boris Vian adorait l'absurde, la fête et le jeu. Il est l'inventeur de mots et de systèmes parmi lesquels figurent des machines imaginaires et des mots devenus courants. Il avait élaboré des projets d'inventions originales lorsqu'il étudiait à l'École centrale Paris.
Il mourut en 1959 (à 39 ans) à la suite d'un accident cardiaque survenu lors de la projection de l'adaptation cinématographique de son livre J'irai cracher sur vos tombes.
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