Introduction
Marceline Gabel, née en 1928, a consacré sa vie à l'amélioration du bien-être des autres, en particulier des enfants et des populations vulnérables. Sa biographie, riche et diversifiée, témoigne d'un engagement constant et d'une capacité d'innovation remarquable dans les domaines de la puériculture, du service social et de la santé mentale. Cet article explore les différentes étapes de sa vie, de son enfance à Toulon à ses contributions significatives dans le domaine de la protection de l'enfance, en passant par son expérience au Maroc et au Québec.
Jeunesse et Formation (1928-1949)
Marceline Gabel voit le jour le 4 février 1928 à Foussemagne, dans le territoire de Belfort. Elle passe son enfance et sa jeunesse à Toulon, où son père travaille à l’Arsenal. Ses écrits autobiographiques, rassemblés sous le titre « la boite à mémoire », révèlent une enfance marquée par des événements historiques et familiaux importants. Elle évoque, par exemple, l'année de sa naissance comme une année ordinaire, mais aussi celle de la naissance de Mickey Mouse et de Jeanne Moreau.
Elle grandit dans une famille où l'éducation est valorisée, sa mère étant la fille d'un maître d'école. La famille habite une immense maison avec terrasse dont son père assurait l’entretien après sa journée à l’Arsenal. Elle est marquée par les dernières vacances chez ses grands-parents en 1939, son entrée chez les guides de France et la déclaration de guerre.
Les années de guerre sont difficiles. En 1941, ses deux parents sont arrêtés pour des motifs véniels, obligeant les filles à se débrouiller seules. La santé de Marceline se dégrade en 1942, et elle rejoint sa sœur dans un préventorium à Chavaniac-Lafayette pour lutter contre la tuberculose. En novembre 1943, la famille s'installe à La Farlède, où Marceline suit une scolarité par correspondance. En 1944, elle est envoyée en Isère, à Corbelin, en plein hiver, suite à un ordre d’évacuation de tous les enfants.
Après la Libération, elle s’inscrit à l’Ecole de puériculture de Paris, où elle passe les diplômes d’infirmière et d’Assistante sociale. Cette formation lui ouvre les portes d'un engagement professionnel tourné vers les autres.
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L'Expérience Marocaine (1949-1957)
En 1949, Marceline Gabel part à Rabat, au Maroc, où elle travaille comme assistante sociale. Elle est accueillie au foyer des assistantes sociales à Rabat, sous la houlette de l’assistante chef Suzanne BEY ROSSET. Cette période est déterminante dans son parcours. Elle découvre un pays étranger et participe à son développement. Elle est logée dans le dispensaire du bidonville Douar Debbagh, à proximité de Rabat, seule européenne au milieu d’une population très pauvre. Sa mission est centrée sur l’éducation et le développement des femmes musulmanes en matière sanitaire et sociale.
Elle met en place une approche novatrice basée sur la visite à domicile après la naissance d'un enfant, établissant ainsi une relation de confiance et prodiguant des conseils d'éducation sanitaire. Elle crée de nombreux outils pédagogiques, tels que des diapositives, des affiches et des livrets de puériculture en forme de BD.
En 1952, elle fonde la première école d’auxiliaires de puériculture à Rabat, répondant à la nécessité de former ensemble les jeunes filles vivant au Maroc (musulmanes, juives, chrétiennes). En 1954, une école similaire est installée à Casablanca, avec sa sœur assurant les cours, son beau-frère la gestion et elle-même la Direction.
Malgré des problèmes de santé, elle continue à innover et à se questionner sur son avenir au Maroc.
Le Séjour au Québec (1957-1960)
En 1957, après 8 ans d’une activité sans cesse innovante, Marceline Gabel retourne en France. Cependant, elle part ensuite avec deux amies pour un séjour de deux ans au Québec, à la découverte d’un pays jeune, aux politiques sociales expérimentées et évaluées. Elle suit un cours de social case-work à l’Université de Montréal et travaille dans un service social familial, où elle expérimente le réel soutien d’une supervision efficace.
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Elle découvre FREUD et tout un univers inconnu qui marquera ses pratiques à venir. Cette expérience lui permet d'enrichir sa pratique professionnelle et d'acquérir une perspective nouvelle sur les politiques sociales.
Engagement dans la Santé Mentale à Paris (1960-1979)
De retour en France en 1960, Marceline Gabel est affectée à la Préfecture de la Seine, au service d’hygiène mentale. Elle rejoint l’Association de Santé Mentale du 13ème arrondissement de Paris (ASM13), créée par Philippe PAUMELLE, et participe à un travail d’équipe psychiatrique très fortement implantée dans la réalité du quartier, où tout était à inventer. D’abord assistante sociale dans l’équipe de René DIATKINE, elle s'investit pleinement dans cette nouvelle approche de la santé mentale.
En 1968, elle est nommée Directrice de l'ASM13. Sous sa direction et avec Serge LEBOVICI comme médecin chef, le Centre se développe rapidement. Elle s'engage dans une cure analytique et découvre le plaisir d’écrire avec les chercheurs de l’INSERM et les psychiatres. La rigueur d’un travail systématique a permis de connaitre les particularités de la population de chaque quartier, d’y adapter le développement des équipes de soins, de comparer des résultats avec ceux de centres similaires en Suisse, Belgique. Le centre accueillait aussi des stagiaires étrangers, le réseau d’amitiés se tisse au Brésil, Argentine, Pologne. C’est aussi le développement d’un centre d’enseignement réputé.
Contributions à la Faculté de Médecine de Bobigny (1979-1993)
En 1979, Serge LEBOVICI est nommé professeur à la Faculté de médecine de Bobigny, et il lui propose de l’y accompagner. Elle accepte et devient Secrétaire général du Département de psychopathologie clinique, biologique et sociale de l’enfant et de la famille. Elle développe des compétences de gestionnaire et d’organisatrice pour auto-financer le développement de ce département.
Elle met en place un CES (certificat d’études spéciales) qui attire de nombreux futurs psychiatres, puis un Diplôme Universitaire de psychopathologie du bébé, qui attire pédiatres, puéricultrices, psychologues. Elle organise des journées d’études mensuelles, la publication de Cahiers, et une recherche-action avec la PMI sur la prévention de la maltraitance.
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Chargée de cours dans le cadre d’un DU de formation à l’action sanitaire et sociale, elle découvre l’intérêt et la difficulté de la formation continue des professionnels, notamment chargés de la protection de l’enfance. Au Ministère, elle participe à la préparation et au lancement de la campagne de prévention des abus sexuels, ainsi qu'à la préparation de la loi du 10 juillet 1989 relative à la prévention des mauvais traitements à l’égard des mineurs et à la protection de l’enfance.
Elle est à l’origine d’une enquête nationale sur la situation des assistants sociaux en psychiatrie, et lance un Groupe d’Etude et de Recherche sur le Service Social en Psychiatrie, en charge de fournir des références méthodologiques et de favoriser les échanges de pratiques. Des journées sont organisées annuellement au Ministère, qui durant une douzaine d’années, donneront lieu à la publication d’Actes, devenus célèbres parmi les professionnelles et les étudiants en service social.
Engagement après la Retraite (1993-2014)
En 1993, Marceline Gabel prend sa retraite, mais continue son engagement au sein de l’ODAS (observatoire de l’action sociale décentralisée), où elle crée et anime un observatoire de l’enfance en danger.
En 1997, elle est rappelée au Cabinet de Xavier EMMANUELLI, Ministre de l’action humanitaire, pour préparer et représenter le Gouvernement au Congrès Mondial de Stockholm « l’exploitation de l’enfant à des fins commerciales ». En 1998, elle développe son dernier grand combat, la formation des professionnels de tous ordres, la bientraitance que leur difficile mission appelle. Elle est sollicitée comme chargée de cours à l’Université de Nanterre au département des sciences de l’éducation de PARIS X, au CNFPT(centre national de la fonction territoriale), dans des Conseils Généraux.
Décès et Hommages
Marceline Gabel est décédée le 6 aout 2014 à Paris. Un hommage lui a été rendu le samedi 13 septembre dans la crypte de l’église Saint Lambert de Vaugirard à Paris 15ème, son quartier de résidence.
Françoise COUTOU du Centre BINET souligne qu’elle était une travailleuse infatigable, fiable, exigeante, mettant son énergie et sa réactivité au service des enfants et des familles. Paul DURNING de l’ONED met en avant sa capacité à tisser des liens entre acteurs pour servir l’intérêt de l’enfant. Marie Paule MARTIN-BLACHAIS souligne son engagement et sa ténacité qui ont contribué à fédérer les acteurs publics et associatifs au service de la cause de l’enfant maltraité. Jean-François BAUDURET conclut en disant que son ouverture d’esprit, son souci de concertation et son dynamisme manqueront dans le paysage de la rénovation des pratiques sociales.
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