L'histoire des maternités en France est un récit de transformation profonde, passant de lieux de charité et de mortalité élevée à des centres médico-sociaux modernes dédiés à la santé de la mère et de l'enfant. Cette évolution est marquée par des figures clés, des découvertes scientifiques et des politiques publiques visant à améliorer la prise en charge de la grossesse et de l'accouchement.

Les maternités au XIXe siècle : refuges des pauvres et mouroirs

Au XIXe siècle, les maternités étaient souvent perçues comme des refuges pour les femmes pauvres et démunies, mais elles étaient également caractérisées par des taux de mortalité élevés dus aux infections puerpérales. Les témoignages de l'époque, comme ceux des romanciers naturalistes tels que les Goncourt dans Germinie Lacerteux, décrivent des scènes poignantes de souffrance et de mort dans les maternités parisiennes.

Dans Germinie Lacerteux, Les Goncourt consacrent quelques pages à la Maternité de Paris, où Germinie accouche. « Elle mit au monde une petite fille. On roula son lit dans une autre salle. Elle était là depuis plusieurs heures, abimée dans ce doux affaissement de la délivrance qui suit les épouvantables déchirements de l’enfantement… Tout à coup un cri… Presque au même instant, d’un lit à côté, il s’éleva un autre cri horrible, perçant, terrifié, le cri de quelqu’un qui voit la mort… Il y avait alors à la Maternité une de ces terribles épidémies puerpérales qui soufflent la mort sur la fécondité humaine, un de ces empoisonnements de l’air qui vident, en courant, par rangées, les lits des accouchées et qui autrefois faisaient fermer la clinique : on croirait voir passer la peste, une peste qui noircit les visages en quelques heures, enlève tout, emporte les plus forts, les plus jeunes, une peste qui sort des berceaux, la Peste noire des mères ! C’était-tout autour de Germinie, à toute heure, la nuit surtout, des morts telles qu’en fait la fièvre de lait, des morts tourmentées, furieuses de cris, troublées d’hallucination et de délire, des agonies auxquelles il fallait mettre la camisole de force de la folie, des agonies qui s’élançaient tout à coup, hors d’un lit, en emportant les draps et faisaient frissonner toute la salle de l’idée de voir revenir les mortes de l’amphithéâtre ».

Ces lignes décrivent la maternité-mouroir d’avant Pasteur. Aucune précaution n’était prise lors de l’accouchement. Semmelweis eut beaucoup de difficultés à imposer un minimum d’asepsie (se laver les mains…) et les accouchées étaient placées avec d’autres dans de grandes salles communes.

Tarnier déclara que la fièvre puerpérale est contagieuse et Pasteur fit connaître l’agent infectieux : le streptocoque. Dès 1875, Tarnier faisait construire un pavillon d’isolement dans les jardins de la Maternité, et la mortalité des accouchées tombait de 10 % à 2,3 %.

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Dans ces conditions, la maternité, véritable mouroir de femmes, n’est peuplée que de pauvres qui ne peuvent faire leurs couches à domicile ou chez une sage-femme, et elle offre une image terrifiante.

L'essor de l'antisepsie et la transformation des maternités

La découverte de l'étiologie de la fièvre puerpérale par Pasteur en 1879, identifiant le streptocoque comme agent infectieux, a marqué un tournant décisif. Les travaux de Tarnier, qui a introduit l'antisepsie dans les maternités, ont permis de réduire considérablement la mortalité puerpérale.

La décennie quatre-vingt consacre « une véritable révolution » selon les termes du Professeur Couvelaire dans sa leçon inaugurale le 6 novembre 1919 à Baudelocque : progrès de l’antisepsie, création par l’arrêté du 18 octobre 1881 de services spéciaux d’accouchements confiés à un corps de médecins spécialisés : les accoucheurs (les chefs de service se désintéressant auparavant des lits d’accouchées).

Cependant, malgré ces avancées, les maternités restaient des institutions charitables, principalement fréquentées par les femmes les plus démunies.

Louis Mourier et la modernisation de l'Assistance Publique

Louis Mourier, Directeur général de l’A.P. depuis octobre 1920, résout les difficultés juridiques. La maternité doit garder le nom de Baudelocque, la policlinique s’appeler Valancourt et les laboratoires être placés sous le patronage de Mr Debove.

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Docteur en médecine dans son village natal de Vézénobres, Louis Mourier fut directeur de l’Assistance publique à Paris de 1920 à 1938 et mena une politique active de construction de nouveaux hôpitaux et de modernisation des infrastructures obsolètes de la région parisienne. Cet investissement personnel dans cette fonction lui valut d’être élu à l’Académie de médecine. Après avoir quitté son poste en 1938, il devint sénateur.

Le modèle Baudelocque : une vision moderne de la maternité

La maternité Baudelocque, sous l'impulsion d'Alexandre Couvelaire, est devenue un modèle d'organisation et de fonctionnement. Couvelaire concevait la maternité comme un centre d'assistance médico-sociale et de travail scientifique, allant au-delà de la simple maison d'accouchement.

Le principe qui préside à l’organisation des maternités entre les deux guerres a été si fortement exprimé par Couvelaire, dans sa brochure explicative de 1930, « La Nouvelle maternité Baudelocque », que les termes suivants sont repris dans de nombreux ouvrages et rapports : « une maternité ne doit pas être seulement une maison d’accouchement, mais un centre d’assistance médico-sociale et de travail scientifique consacré à la fonction de reproduction ; c’est la conception dont nous devons poursuivre la réalisation dans nos maternités françaises, groupant autour du service d’accouchement à l’ancienne mode, des services de gynécologie et de puériculture». Le champ d’action de la maternité s’étend donc de la procréation au sevrage, dans la pratique d’une médecine préventive. Ce que le Pr. G. Roussy, doyen de l’Académie de médecine, un des laudateurs de Couvelaire, appelle l'obstétrique moderne n’est plus seulement l’art d’assister les femmes en couches mais « la science de l’heureuse et bienfaisante reproduction ».

La maternité Baudelocque comprenait des services d'hospitalisation dotés de « dispositifs nouveaux », et la policlinique a « le développement que mérite ce rouage essentiel d’une maternité, au point de vue assistance médicale, assistance sociale et enseignement clinique ».

Doté d’un seul étage, la policlinique a une entrée sur le boulevard de Port-Royal, près de la crèche du personnel et du pavillon de convalescence. Le grand bâtiment central sur quatre niveaux, comprend les services d’enseignement, de recherche et d’hospitalisation. « Les services obstétricaux aseptiques et septiques jouissent d’une complète autonomie, non seulement du point de vue architectural mais au point de vue personnel soignant. Au fond du jardin, un pavillon isolé est réservé aux « tuberculeuses ». La nouvelle maternité est d’abord l’application des règles élémentaires pour éviter la contagion.

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L'évolution contemporaine : l'hôpital Louis Mourier et le centre Femme-Mère-Enfant

Aujourd'hui, les maternités continuent d'évoluer pour répondre aux besoins des femmes et des enfants. L'hôpital Louis Mourier, avec son centre Femme-Mère-Enfant inauguré en 2011, est un exemple de cette évolution.

Situé à Colombes, dans le nord des Hauts-de-Seine (92), l’hôpital Louis Mourier assure une mission de proximité auprès des patients d’un bassin de vie de 6 communes : Colombes, Bois-Colombes, La Garenne-Colombes, Nanterre, Gennevilliers, Villeneuve-la Garenne. Hôpital universitaire de référence et de proximité, il assure des soins de cancérologie, de chirurgie digestive et de l’obésité, d’ORL, d’urologie, d’ophtalmologie, de médecine interne et maladies infectieuses, d’hépato-gastroentérologie, de pneumologie, de psychiatrie et d’addictologie, de gériatrie, de médecine bucco dentaire, de réanimation, ainsi que des soins de suite et de réadaptation. Il accueille les urgences adultes, pédiatriques, de gynécologie-obstétrique et de médecine bucco dentaire. Louis-Mourier est également spécialisé en gynécologie - obstétrique (dont une maternité de type III), néonatalogie (dont soins intensifs et réanimation néonatale), et pédiatrie. En 2011, l’hôpital ouvre un nouveau centre « Femme-Mère-Enfant » dont l’expertise en matière de périnatalité lui permet d’assurer le suivi des grossesses pathologiques et d’accueillir de grands prématurés au-delà de son territoire de santé. L’hôpital est également Centre Hospitalo-Universitaire (CHU), rattaché à l’Université de Paris et assure des missions d’enseignement et de recherche, gages de son expertise. L’hôpital Louis-Mourier fait partie des hôpitaux du groupe hospitalier universitaire (GHU) AP-HP.

Le centre Femme-Mère-Enfant de l’hôpital Louis Mourier dispose d’une maternité de type III et se présente comme l’établissement de référence du nord des Hauts-de-Seine pour les patientes en gynécologie-obstétrique et pour les enfants, de la naissance à l’adolescence. Au centre Femme-Mère-Enfant de l’hôpital Louis Mourier, le suivi de la mère et de son enfant se fait dans une unité de lieu. Pensées pour le bien-être des futures mamans, les salles de naissance confortables et harmonieuses sont propices à la relaxation. Le centre regroupe les trois activités des services de gynécologie-obstétrique, de néonatalogie et de pédiatrie afin de proposer le meilleur suivi des parturientes et de leurs nouveau-nés. Il assure aussi un accompagnement adapté aux enfants à risque de handicap notamment neurologique, détecté lors du diagnostic anténatal. Le centre développe aussi une expertise en matière de diagnostic anténatal.

En partenariat avec les établissements de Pontoise et Argenteuil, Louis Mourier a ouvert un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal Léonard de Vinci (CPDPN) où les experts assurent un dépistage complet en cas de suspicion de maladie ou de handicap du foetus, un dépistage. Cette prise en charge peut déboucher sur un traitement anténatal ou périnatal (médecine foetale), et parfois malheureusement sur une interruption médicale de la grossesse (IMG). Autre domaine d’expertise : les maladies de la mère. Si la prise en charge VIH et notamment celle des femmes enceintes séropositives fait partie des activités phares de Louis-Mourier internationalement reconnues depuis 25 ans, la psychiatrie périnatale est un secteur d’expertise en développement plus récent. Grâce à une étroite collaboration avec le service de psychiatrie-addictologie, l’hôpital Louis-Mourier vient d’ouvrir une unité de psychiatrie périnatale.

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