L'autoconservation ovocytaire, ou congélation d'ovocytes, suscite un intérêt croissant en France, particulièrement chez les femmes souhaitant préserver leurs options de fertilité pour l'avenir. Bien que légale sous certaines conditions médicales spécifiques, l'accès à cette procédure reste limité, soulevant des questions éthiques et sociétales importantes. Cet article explore la situation actuelle de la congélation d'ovocytes en France, les défis rencontrés par les femmes intéressées, et les perspectives d'évolution législative.

Contexte législatif et avis du CCNE

En France, l'autoconservation ovocytaire est autorisée depuis 2011, mais uniquement pour les femmes confrontées à des problèmes de santé affectant leur fertilité, ou celles acceptant de faire don d'une partie de leurs ovocytes. Cette restriction a conduit de nombreuses Françaises à se tourner vers des cliniques à l'étranger, notamment en Espagne, où la congélation d'ovocytes est autorisée pour toutes les femmes souhaitant différer une grossesse.

Le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) a longtemps été opposé à l'autoconservation ovocytaire hors conditions médicales particulières, craignant notamment une pression des entreprises sur leurs salariées. Cependant, le Comité a récemment émis un nouvel avis favorable à son autorisation, ce qui pourrait influencer la future loi sur la bioéthique. Le CCNE souligne que la majorité des femmes souhaitant congeler leurs ovocytes le font non pas par ambition professionnelle, mais parce qu'elles sont célibataires et incertaines quant à la possibilité de trouver un partenaire dans un avenir proche.

Parcours et coûts de la congélation d'ovocytes à l'étranger

Les femmes souhaitant congeler leurs ovocytes à l'étranger doivent suivre un parcours spécifique, impliquant des consultations dans des cliniques étrangères et un suivi médical en France. Le processus comprend généralement :

  1. Consultation initiale dans une clinique étrangère : La patiente reçoit des informations sur la procédure et les examens à réaliser.
  2. Suivi gynécologique en France : Un gynécologue français réalise les examens cliniques nécessaires, notamment une échographie et une prise de sang pour évaluer la réserve ovarienne.
  3. Stimulation ovarienne : La patiente reçoit des injections quotidiennes d'hormones pendant une dizaine de jours pour stimuler la production et la maturation des ovocytes. Un suivi échographique régulier est nécessaire pour surveiller l'évolution.
  4. Ponction ovocytaire à l'étranger : La patiente se rend à la clinique étrangère pour la ponction, généralement réalisée sous anesthésie générale. Les ovocytes prélevés sont vitrifiés dans de l'azote liquide à -196°.

Ce parcours représente un coût financier important. Les frais engagés peuvent s'élever à plusieurs milliers d'euros, incluant la ponction, les traitements hormonaux, le transport et l'hébergement. De plus, il est souvent conseillé aux femmes de réaliser plusieurs cycles de stimulation pour augmenter leurs chances d'obtenir un nombre suffisant d'ovocytes vitrifiés. Il faut savoir qu’une femme qui part faire congeler ses ovocytes, on lui conseillera de faire un deuxième cycle. Ce n’est pas clairement dit comme ça au départ, mais on s’embarque parfois pour quatre ou cinq ponctions pour espérer atteindre l’objectif de 15 ou 20 ovocytes vitrifiés.

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Gynécologues favorables à la congélation d'ovocytes en France

Bien que la loi actuelle limite l'accès à la congélation d'ovocytes, certains gynécologues en France adoptent une interprétation plus large de la loi pour permettre aux femmes de bénéficier de cette option. En effet, certains médecins s'arrangent autrement avec la loi, en suivant le traitement de la stimulation ovarienne de leurs patientes avant un départ à l'étranger. Ces praticiens recherchent des arguments médicaux, tels que de légers signes d'endométriose ou une réserve ovarienne basse, pour justifier la procédure. Ils considèrent que la loi actuelle est hypocrite et obsolète, et qu'il est de leur rôle d'accompagner les femmes dans leur projet de maternité.

Parmi les gynécologues favorables à une approche plus souple de la loi, on peut citer :

  • Pr Michaël Grynberg : Chef du service de médecine de la reproduction à l'hôpital Antoine-Béclère de Clamart, il admet avoir une interprétation large de la loi et rechercher des arguments médicaux pour rester dans les clous.
  • Dr Paul Barrière : Gynécologue au CHU de Nantes, il met en avant une attitude pragmatique et une étude au cas par cas des dossiers, en fonction de l'histoire personnelle de la femme et de son projet de vie.

Il est important de noter que ces praticiens restent vigilants quant aux chances de succès d'une grossesse après congélation d'ovocytes, et mettent en garde les femmes contre une vision de la congélation comme une "assurance bébé". Ils peuvent récuser les femmes dont le projet n'a pas de sens.

Enjeux et perspectives d'évolution

La question de la congélation d'ovocytes en France soulève plusieurs enjeux importants :

  • Égalité d'accès : Le coût élevé de la procédure à l'étranger et les restrictions légales en France créent une inégalité d'accès à l'autoconservation ovocytaire.
  • Information et accompagnement : Il est essentiel que les femmes soient correctement informées sur les chances de succès de la congélation d'ovocytes, les risques potentiels et les alternatives possibles.
  • Éthique et société : La congélation d'ovocytes soulève des questions éthiques liées à la marchandisation des gamètes et à la pression sociale sur les femmes pour retarder leur maternité.

La révision des lois de bioéthique prévue pourrait faire évoluer la situation en France. L'ouverture de l'autoconservation ovocytaire aux femmes sans motif médical permettrait de répondre à une demande croissante et de réduire les inégalités d'accès. Cependant, il est important que cette évolution s'accompagne d'un encadrement rigoureux pour garantir la sécurité des patientes et prévenir les dérives.

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Comprendre l’assistance médicale à la procréation

L’assistance médicale à la procréation (AMP), ou procréation médicalement assistée (PMA), consiste à manipuler un ovule et/ou un spermatozoïde pour favoriser l’obtention d’une grossesse. Elle permet de palier certaines difficultés à concevoir, sans nécessairement traiter la cause de l’infertilité. En France, en 2015, 3,1% des enfants sont nés grâce à une AMP, soit une naissance sur 32 environ. La recherche vise à améliorer les techniques utilisées, de manière à augmenter les chances de succès de grossesse.

Si les premières inséminations artificielles remontent au 19e siècle, le premier enfant conçu par fécondation in vitro en France est né en 1982. Depuis, les techniques d’AMP ne cessent de s’améliorer, avec une augmentation des taux de succès. En application de la loi de bioéthique française, les pratiques d’AMP font l’objet d’un suivi par l’Agence de la biomédecine. L’AMP s’adresse à des couples en âge de procréer chez lesquels une infertilité a été reconnue par un professionnel de santé. Le médecin peut avoir décelé une cause d’infertilité ou avoir simplement constaté l’absence de conception malgré des tentatives répétées sans contraception.

Un couple est considéré comme infertile s’il n’a pas pu concevoir d’enfant après 12 à 24 mois de tentatives sans contraception. Après un an de tentatives sans contraception, 18% à 24% des couples restent sans enfant, selon l’Observatoire épidémiologique de la fertilité en France (Obseff). Après deux ans, 8% à 11% des couples sont toujours en attente d’une grossesse.

Dans environ 15% des cas, cette incapacité est inexpliquée. Dans d’autres cas, elle est liée à une altération de la qualité de sperme chez l’homme (nombre et/ou mobilité des spermatozoïdes), à un trouble de l’ovulation ou encore à un problème de trompes chez la femme. Il s’agit aussi souvent de problèmes de fertilité mixtes, c’est-à-dire concernant les deux membres du couple.

Le recul de l’âge des femmes désirant concevoir un premier enfant est une cause importante d’infertilité et de recours à l’AMP. L’âge moyen au moment de devenir mère est passé de 26,5 ans en 1977 à 30,4 ans en 2016 d’après la dernière Enquête nationale périnatale. Désormais, 21,3% des femmes ont plus de 35 ans quand elles accouchent et 4,1% plus de 40 ans. Or, après 35 ans, il existe un déclin de la qualité des ovocytes qui augmente significativement le risque d’infertilité.

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De récents travaux de l’Institut de veille sanitaire montrent par ailleurs une tendance à la baisse de qualité du sperme chez les hommes représentatifs de la population générale sur la période 1989-2005 et sur la période 1998-2008. Ils montrent également une augmentation des taux de cancer du testicule, de cryptorchidie (absence de descente d’un ou deux testicules dans le scrotum) et d’hypospadias (malformation qui se manifeste par l’ouverture de l’urètre dans la face inférieure du pénis au lieu de son extrémité), avec des différences géographiques.

Différentes techniques peuvent être proposées aux couples infertiles candidats à l’AMP :

  • L’insémination artificielle
  • La fécondation in vitro (FIV)
  • La FIV-ICSI (fécondation in vitro avec micro-injection)
  • L’accueil d’embryon

Lorsqu’un couple présente une infertilité après 9 à 12 mois de tentatives infructueuses, il peut avoir recours à l’insémination artificielle. Après plusieurs échecs, en général 3 à 6 mais cela dépend des centres, le couple se voit proposer une fécondation in vitro. Si le sperme est de qualité trop altérée le jour de la tentative, ou en cas de mauvais taux de fécondation en FIV conventionnelle, une ICSI est alors proposée pour augmenter les chances de succès. Il existe des contre-indications à l’insémination artificielle, comme des obstructions tubaires bilatérales (« trompes bouchées ») ou une très faible concentration de spermatozoïdes dans le sperme du conjoint. Dans ce cas, la FIV conventionnelle ou ICSI est tout de suite proposée. Le délais d’accès à la fécondation in vitro dépend également de l’âge de la femme : au-delà de 38 ans, il est fréquent de passer rapidement à la FIV qui offre de meilleures chances de succès. L’assurance maladie prend en charge à 100 % les frais liés à une AMP, dans la limite de six inséminations artificielles et quatre fécondations in vitro, jusqu’à obtention d’une grossesse échographique, et à condition que l’âge de la femme ne dépasse pas 43 ans.

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