Le 13 mai 1958 marque un tournant majeur dans l'histoire de France. Une manifestation à Alger se transforme en insurrection, précipitant la chute de la IVe République et ouvrant la voie au retour du général de Gaulle et à l'établissement de la Ve République. Cet événement, survenu en pleine guerre d'Algérie, révèle les faiblesses d'un régime parlementaire instable et les aspirations profondes à un pouvoir exécutif fort.
Contexte historique : La guerre d'Algérie et les faiblesses de la IVe République
En 1958, la guerre d'Algérie entre dans sa cinquième année. Le conflit, dont le coût explose, divise profondément le pays. Les pourparlers avec le camp indépendantiste, engagés en 1956, sont au point mort, le Front de libération nationale (FLN) revendiquant l'indépendance totale, tandis que la France entend maintenir sa souveraineté sur les trois départements. La parole reste donc aux armes, notamment à la frontière tunisienne, où la « bataille des frontières » commence.
Après avoir conduit à l’autonomie puis à l’indépendance la Tunisie et le Maroc, les gouvernements de la IVe République s’avèrent incapables de trouver une quelconque solution à la question algérienne. A compter de l’insurrection de la Toussaint 1954, les partisans de la négociation avec le FLN et ceux d’une politique de force se succèdent au gouvernement sans pouvoir imposer durablement leurs vues. Le gouvernement de Front Républicain dirigé par le socialiste Guy Mollet, élu en 1956 sur un programme de dialogue en Algérie, mène ainsi une politique de force qui amène la démission de son ministre d’Etat, Pierre Mendès France.
La IVe République, en proie à une instabilité gouvernementale chronique, se révèle incapable de gérer la crise algérienne. Les gouvernements se succèdent sans parvenir à définir une politique claire et cohérente. Cette impuissance exaspère les partisans de l'Algérie française, majoritaires au sein de la population européenne d'Algérie, qui craignent un abandon de la colonie.
Le 13 mai 1958 : Une manifestation qui dégénère en insurrection
Le 13 mai 1958, une manifestation à Alger, initialement organisée par un comité de vigilance fondé par d'anciens combattants, des groupes de patriotes et des partis politiques, dégénère en insurrection. Les manifestants, soutenus par une partie de l'armée, prennent d'assaut le bâtiment du Gouvernement général et forment un Comité de salut public, présidé par le général Massu.
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Le soulèvement du 13 mai 1958 à Alger n’a pas pour objectif initial de renverser la IVe République, mais vise à garantir le maintien de l’Algérie française face aux revendications indépendantistes. Les manifestants, soutenus par une partie de l’armée, réclament un gouvernement de salut public, inspiré de la Révolution française, capable d’éradiquer la rébellion algérienne. Dans un contexte où l’Algérie est perçue comme un territoire français et non comme une colonie, les pieds-noirs et une partie de l'armée sont bien décidés, ce 13 mai 1958, à imposer à Paris la formation d'un gouvernement fort. Depuis 1956, l'armée détient le vrai pouvoir en Algérie et elle s'est promis de garder l'Algérie dans la France. Elle va jouer un rôle décisif dans le renversement de la IVe République, notamment avec la prise du bâtiment du Gouvernement général à Alger qui marque un coup de force.
Le Comité de salut public réclame la formation d'un gouvernement d'exception à Paris, capable de conserver l'Algérie française. Le général Salan, commandant en chef de l'armée d'Algérie, est nommé à la tête du Comité de Salut public de l'Algérie française. Le 15 mai, Salan lance du balcon du Gouvernement général le slogan « Vive de Gaulle ».
Le retour de de Gaulle : L'homme providentiel
Face à la crise, le général de Gaulle apparaît comme l'homme providentiel, capable de rétablir l'ordre et de sauver la France. Son appel à de Gaulle devient rapidement une solution privilégiée par les insurgés.
Dès le 14 mai, le 15 mai, le Général se déclare « prêt à assumer les pouvoirs de la République », avant de développer son propos dans une conférence de presse le 19 mai, rassurant sur sa volonté évidente de maintenir la République souveraine (« Croit-on qu’à 67 ans, je vais commencer une carrière de dictateur ? »). Cependant, il se refuse à désavouer officiellement le coup d’Etat militaire, ce qui le priverait de toute capacité à peser sur les événements. Le 27 mai, De Gaulle annonce avoir « entamé le processus régulier nécessaire à l’établissement d’un gouvernement républicain capable d’assurer l’unité et l’indépendance du pays ». La Ve République naît donc de cette crise, ce qui amènera certains hommes politiques, comme Pierre Mendès France, à s’opposer au nouveau régime lors du référendum de septembre.
Le 29 mai, sous la pression, le président René Coty fait appel à de Gaulle pour former un nouveau gouvernement, chargé à la fois de pacifier l'Algérie et de refonder les institutions. Le 1er juin, de Gaulle est investi par l'Assemblée nationale comme président du Conseil, avec pour mission de rédiger une nouvelle Constitution.
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La naissance de la Ve République : Un régime stable et un pouvoir exécutif renforcé
De Gaulle se présente devant l’Assemblée nationale de la IVe République pour y être investi en tant que président du Conseil, c’est-à-dire chef du gouvernement. Il pose une condition : changer la Constitution, et donc changer de République.
Le projet constitutionnel qui institue le recours au référendum est adopté à une large majorité de 79,25% le 28 septembre 1958. Dès lors, le suffrage populaire joue un rôle prépondérant dans la politique algérienne du Général. En janvier 1961 (référendum sur l’autodétermination en Algérie) puis en avril 1962 (référendum sur les accords d’Evian), les électeurs actent en effet l’évolution vers l’autodétermination puis l’indépendance.
La Constitution de la Ve République, adoptée par référendum le 28 septembre 1958, instaure un régime semi-présidentiel, caractérisé par un pouvoir exécutif fort et une séparation plus claire des pouvoirs. Le Président de la République est élu au suffrage universel et dispose de pouvoirs importants, notamment en matière de politique étrangère et de défense.
La Ve République naît donc de cette crise, ce qui amènera certains hommes politiques, comme Pierre Mendès France, à s’opposer au nouveau régime lors du référendum de septembre. C’est l’instauration d’une nouvelle république stable, avec une seule crise et donc un seul gouvernement renversé en 55 ans.
Conséquences de la crise du 13 mai 1958
La crise du 13 mai 1958 a des conséquences majeures sur l'histoire de France :
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- La fin de la IVe République : Le régime parlementaire, jugé instable et impuissant, est remplacé par la Ve République.
- Le retour de de Gaulle au pouvoir : Le général de Gaulle incarne l'espoir d'un pouvoir fort et capable de résoudre la crise algérienne.
- L'instauration de la Ve République : La nouvelle Constitution met en place un régime semi-présidentiel, caractérisé par un pouvoir exécutif renforcé.
- L'évolution de la guerre d'Algérie : La Ve République permet d'envisager différentes solutions pour le conflit algérien, conduisant finalement à l'indépendance de l'Algérie en 1962.
L'affaiblissement de l'ALN et la stabilisation militaire
Sur le plan militaire, l’armée française parvient à reprendre l’initiative, et sur le plan politique, le général de Gaulle inspire la confiance dans son intention d’en finir avec le conflit, la nouvelle Constitution d’octobre 1958 permettant d’envisager différentes solutions.
Entre 1955 et 1957, la montée en puissance de l’ALN s’accélère, notamment dans la région de la Grande Kabylie et dans celle des Aurès. Un an plus tard, selon l’évaluation de Guy Pervillé, les succès militaires français entraînent une baisse sensible des effectifs indépendantistes (La guerre d’Algérie, histoire et mémoire, Bordeaux, CRDP Aquitaine, 2008, p.185) : 50 000 hommes, dont 30 000 en Algérie (20 000 soldats et 10 000 partisans) et 10 000 hommes aux frontières (dont 7 500 en Tunisie).
Cette baisse des effectifs de l’ALN conduit à une diminution des attaques contre les forces françaises. En 1958, elles constituent environ un quart des actions de l’ALN, les trois quarts restants étant répartis entre les attentats contre les biens ou les personnes (c’est-à-dire des actions de type terroriste, révélatrices d’un affaiblissement du potentiel militaire conventionnel des indépendantistes).
Au cours de l’année 1958, deux objectifs (établis en 1956) sont atteints : d’une part, éviter des défaites dont le FLN tirerait avantage, notamment en termes de propagande interne ou internationale ; d’autre part, empêcher l’ALN de passer du stade de commandos, opérant sous forme de coups de main, à celui de fortes unités, capables de rechercher un affrontement comparable à un conflit conventionnel. Le succès peut être attribué notamment à deux facteurs : d’abord la construction de barrages le long des frontières permettant aux Français de remporter la « bataille des frontières » afin de couper l’ALN de renforts extérieurs ; ensuite, dans le cadre d’une « guerre psychologique », l’action d’intoxication au sein de l’ALN afin de l’affaiblir de l’intérieur.
La guerre psychologique et la « bleuite »
Ensuite, la guerre psychologique, avec notamment une action d’infiltration et d’intoxication emblématique, baptisée KJ-27, dite aussi la « bleuite », lancée à partir de janvier 1958, dans la continuité de la « bataille d’Alger » (janvier à octobre 1957), par les services secrets du service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE). Cette action vise à neutraliser les opérations militaires de l’ALN et son potentiel humain. Pilotée par le capitaine Paul-Alain Léger, elle cible prioritairement le colonel Amirouche, chef de la wilaya III en Kabylie. Persuadé que son secteur est noyauté par des agents doubles, ralliés à la cause française, Amirouche lance une importante et sanglante vague d’épuration au sein des combattants indépendantistes. Les autres wilayas sont rapidement touchées par ces purges qui se prolongent jusqu’en 1961.
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