L'assistance médicale à la procréation (PMA) est un sujet complexe, traversé par des enjeux éthiques, sociaux et politiques majeurs. La question de sa libéralisation, et notamment de son ouverture à toutes les femmes, suscite des débats passionnés, notamment au sein des mouvements féministes. Cet article se propose d'explorer les différentes facettes de cette question, en s'appuyant sur des témoignages, des analyses d'experts et des revendications associatives.

La PMA : Un outil de liberté reproductive ?

Pour certains, l'accès à la PMA est un corollaire logique de l'accès à la contraception et à l'avortement. Dans cette perspective, protéger la liberté positive de devenir mère, fût-ce par le recours à des technologies biomédicales, constitue le versant nécessaire de la reconnaissance de la liberté de ne pas devenir mère, en empêchant ou interrompant une grossesse. L'accès à la PMA est alors considéré comme un outil d'autonomie personnelle, permettant aux femmes de choisir librement leur projet parental.

Des associations comme BAMP (Bébés après PMA) témoignent de l'importance de la PMA pour les couples infertiles ou les femmes seules désirant un enfant. Ces associations jouent un rôle essentiel d'information, de soutien et de revendication auprès des pouvoirs publics.

Les critiques féministes de la PMA : Exploitation et Instrumentalisation du Corps des Femmes

Cependant, la PMA suscite également des critiques, notamment au sein des mouvements féministes radicaux ou sociaux. Ces courants dénoncent l'exploitation du corps des femmes qu'une libéralisation de la PMA, et a fortiori de la gestation pour autrui (GPA), permettrait. Derrière l'argument de l'autonomie personnelle se profilerait un processus d'instrumentalisation des corps féminins, soumis à la conjonction d'une double loi : celle, lucrative, du marché et celle, morale, leur enjoignant d'être mères. Derrière le « droit à l'enfant » se dissimulerait en réalité l'injonction d'être mère, au prix du recours à des technologies dont les risques ne sont pas toujours évalués.

Le mouvement Finnrage (Feminist International Network of Resistance to Reproductive and Genetic Engineering), réseau féministe international, promeut une lecture critique des techniques d'AMP. Soulignant notamment les risques sanitaires que l'AMP fait peser spécifiquement sur le corps des femmes (hyperstimulation ovarienne, facteur de déséquilibre hormonal et d'augmentation du risque de cancer ovarien ; risque de grossesses multiples), ce courant féministe insiste sur le risque d'exploitation du corps des femmes qui en résulte : pour la femme stérile d'une part, soumise à des interventions médicales intrusives, mais aussi pour la donneuse d'ovocytes, dans un marché de l'offre et de la demande d'ovules extrêmement tendu.

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Andrea Dworkin, féministe radicale, exprimait déjà des craintes similaires quant à l'impact des technologies reproductives sur le contrôle du corps des femmes. Elle craignait que ces technologies ne conduisent à une marchandisation de la reproduction et à une dépossession des femmes de leur propre corps.

La spécificité féminine et l'éthique du care

Un autre courant féministe, culturel ou relationnel, met l'accent sur la spécificité féminine. Se référant aux travaux de Carol Gilligan, il rejette le modèle autonomiste et souligne l'idée d'une interdépendance relationnelle qui définirait la vie des femmes, que traduit l'éthique du care, et qui se manifesterait de façon symbolique à travers l'expérience de la grossesse. La grossesse et la maternité étant une expérience spéciale, toute réglementation doit prendre en compte et protéger cette spécificité. L'intrusion des technologies dans ce lien naturel est alors présentée comme une menace à la fois pour les femmes et pour la nature.

Le don de gamètes : Une égalité formelle trompeuse

L'encadrement juridique de la procréation médicalement assistée avec tiers donneur révèle la faible réception des critiques féministes au sein du Parlement français. Fondé sur les principes d'anonymat, de gratuité et d'incitation au don sur le ton de la solidarité avec les couples infertiles, le don de gamètes - mâles ou femelles - a toujours été encadré de façon formellement égalitaire, en assimilant la situation des donneurs de sperme à celle des donneuses d'ovocytes. Or cet encadrement juridique, qui rend invisible la question spécifique des femmes, a totalement occulté la grande différence existant dans les conditions concrètes de réalisation de ces dons : si le don de sperme est anodin et indolore - voire agréable -, le don d'ovocyte suppose une stimulation hormonale, un prélèvement chirurgical, souvent sous anesthésie, et expose à des risques de cancer et de stérilité future associés à la stimulation ovarienne… Mais cette donnée n'est jamais apparue comme centrale au législateur.

Ainsi, lors de la révision Bioéthique de 2011, alors que la question de la pénurie des dons d'ovocytes était à l'ordre du jour, les parlementaires ont surtout souligné la nécessité d'inciter au don d'ovocytes et d'alléger les contraintes légales existant alors, et notamment une condition : celle pour les donneurs et les donneuses d'avoir déjà enfanté. En outre, une mesure incitative a été prévue par la loi : la possibilité, pour les donneurs comme pour les donneuses, de se voir « proposer le recueil et la conservation d'une partie de ses gamètes ou de ses tissus germinaux en vue d'une éventuelle réalisation ultérieure, à son bénéfice, d'une assistance médicale à la procréation » (Code de la santé publique, article 1244-29). Les femmes nullipares sont ainsi invitées à donner leurs gamètes, en se voyant offrir la possibilité d'en conserver certaines en vue d'une éventuelle utilisation personnelle dans l'hypothèse d'une stérilité ultérieure, conséquence malheureuse mais possible du don. Cette façon d'appréhender le corps des femmes comme un vivier d'ovules, et le don d'ovocyte comme un marché qu'il faudrait stimuler, est ici symptomatique de ce que dénoncent certaines féministes : l'assistance médicale à la procréation peut tendre, au nom d'une logique procréative, à une instrumentalisation des femmes.

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