Les menstruations, un phénomène biologique naturel touchant plus de 3 milliards de personnes chaque mois, restent un sujet tabou dans de nombreuses sociétés. En Iran, ce tabou se conjugue à des traditions culturelles et religieuses spécifiques, ainsi qu'à un contexte politique complexe, façonnant ainsi l'expérience menstruelle des femmes iraniennes.
Le poids des traditions et des croyances
Le judaïsme et l'islam considèrent traditionnellement les menstruations comme une cause d'impureté féminine. En Iran, cette vision, bien que moins stricte qu'auparavant, influence encore les perceptions et les pratiques liées aux règles. Ainsi, 48% des filles en Iran croient encore que les règles sont une maladie. Ce manque d'information et ces idées reçues contribuent à la stigmatisation et à la honte associées aux menstruations.
Conséquences du tabou
Ce tabou a des conséquences concrètes sur la vie des femmes iraniennes. Peace, une jeune fille de 15 ans, témoigne : « Quand j’ai mes règles, je ne peux pas aller à l’école. J’ai peur qu’il y ait du sang sur mon uniforme, et que toute la classe se moque de moi. Du coup, je mets des bouts de chiffons dans ma culotte, mais ça ne marche pas vraiment. Je n’ai pas les moyens de m’acheter des serviettes. » Ce témoignage illustre la difficulté d'accès aux protections hygiéniques et la peur de la stigmatisation qui peuvent conduire à l'absentéisme scolaire.
La révolution islamique et son impact sur les droits des femmes
Après la Révolution de 1978-1979, la République islamique a mis en place des politiques visant à conformer la société aux préceptes de l'islam. Ces politiques ont eu un impact significatif sur les droits des femmes, notamment en matière de famille et de mariage.
Régression des droits civils
Dès février 1979, Khomeiny a ordonné l'arrêt de l'application de la loi sur la protection de la famille, une loi qui avait pourtant introduit des avancées pour les femmes, comme la fixation d'un âge minimum légal au mariage et la réglementation du droit de divorce et de polygamie. Suite à cette décision, l'âge minimum légal au mariage a été abaissé à 15 ans pour les filles, et les tribunaux religieux ont été réinstaurés, marquant ainsi une régression des droits civils des femmes.
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La résistance des femmes
Cependant, les femmes iraniennes, qui avaient activement participé à la révolution, n'étaient pas disposées à accepter cette régression de leur statut. Elles ont commencé à contester les lois et les traditions discriminatoires, notamment en matière de contrôle de la fécondité.
La maîtrise de la fécondité : un acte de résistance
Jusqu'à la fin des années 1960, la haute fécondité était la norme en Iran, et la femme était principalement définie par son rôle de mère. La République islamique, en renouvelant les valeurs traditionnelles, cherchait à maintenir ce modèle. Elle a ainsi aboli la loi légalisant l'avortement et mis fin aux programmes de planification familiale.
Une transition démographique surprenante
Contre toute attente, la fécondité a commencé à reculer dès 1986, à un rythme effréné. Elle est passée de 6,4 enfants en 1986 à 1,9 enfants en 2013. Cette chute de la fécondité est l'illustration de la capacité d'une société à inventer sa modernité en dépit d'un contexte politique et juridique défavorable. La maîtrise de la fécondité apparaît ainsi comme la démonstration de l'exercice de la liberté individuelle et témoigne des conséquences imperceptibles de la Révolution de 1978-1979.
Sécularisation par le bas
Cette baisse de la fécondité révèle les transformations en profondeur des dynamiques d'une société qui s'était structurée selon les règles d'un ordre désormais largement obsolète. Bien que l'État islamique ait rabaissé l'âge minimum légal au mariage des femmes, l'âge moyen au premier mariage des femmes n'a cessé d'augmenter, en raison de l'allongement des études et de la modernisation des aspirations familiales.
La famille nucléaire : un nouveau modèle
Parallèlement à la baisse de la fécondité, le modèle familial a également évolué. La famille nucléaire, autrefois dominée par le père et le groupe de parenté, s'est autonomisée et a réduit sa taille. Les relations familiales sont désormais fondées sur le dialogue et le respect réciproque, marquant ainsi un ébranlement du système patriarcal.
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Les menstruations : un enjeu de dignité et d'égalité
Dans ce contexte de transformations sociales et politiques, les menstruations deviennent un enjeu de dignité et d'égalité pour les femmes iraniennes. La lutte contre le tabou des règles est essentielle pour leur permettre de vivre pleinement leur vie, sans honte ni discrimination.
L'importance de l'éducation et de l'accès aux protections hygiéniques
L'éducation sur les menstruations est cruciale pour lutter contre les idées reçues et les croyances infondées. Il est également essentiel de garantir l'accès aux protections hygiéniques pour toutes les femmes, afin qu'elles puissent vivre leurs règles dans la dignité et l'hygiène.
Les actions de Plan International
Des organisations comme Plan International se battent pour faire progresser les droits des filles et des femmes à la santé, à l'hygiène, au savoir et à la connaissance de leur corps. Elles mettent en place des actions pour aider les filles et les jeunes femmes à comprendre leurs corps et à vivre une vie normale, digne et émancipée.
L'emoji des règles : un symbole de détabouisation
La création d'un emoji représentant les règles, obtenue après une campagne massive de Plan International, est un symbole de cette lutte pour la détabouisation. Cet emoji permet de parler des règles de manière plus ouverte et de briser le silence qui les entoure.
Voyager en Iran : les défis pour les femmes
Voyager en Iran peut être un défi pour les femmes, en raison des règles vestimentaires strictes et des restrictions imposées à leur liberté de mouvement.
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Le voile obligatoire
Pour les touristes occidentales, le voile est obligatoire et l'apparence à l'extérieur doit rester la plus sobre possible. La loi stipule qu'aucune forme du corps féminin ne doit être visible.
Séparation des sexes
Dans le métro de Téhéran, l'arrière du wagon est strictement réservé aux femmes. Une femme ne doit pas toucher un homme.
Harcèlement de rue
Malgré ces règles, les femmes occidentales sont souvent considérées comme des femmes faciles et peuvent être confrontées à des regards insistants et à des comportements inappropriés dans la rue.
Risques potentiels
Bien que la majorité des Iraniens soient accueillants et respectueux, il existe aussi des personnes malveillantes. Il est important de rester vigilant et de prendre des précautions pour éviter les situations dangereuses.
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