C’est vrai qu’on parle toujours des hommes quand il s’agit de l’Histoire romaine. Les femmes deviennent rapidement des personnages secondaires, pourtant il est intéressant de mieux comprendre leur place dans la société. L’exemple de l’Egypte romaine est très intéressant puisqu’il est multiculturel de -30 à 212 de notre ère. En effet, on est face à une société qui comporte plusieurs groupes ethniques différents qui doivent se côtoyer et interagir. Cet article explore l'histoire et les pratiques liées aux menstruations dans la société romaine, en mettant en lumière les perceptions médicales, les croyances populaires et les rituels associés à ce phénomène naturel.

L'Égypte romaine : un contexte multiculturel

L’Égypte ne suivait pas les mêmes schémas d’évolutions que les autres puissances de son temps. C’est une nation qui a traversé les âges, voyant des empires naître puis s’effondrer. L’Égypte continuait de demeurer à travers trois mille ans d’histoire avec trente-trois dynasties pharaoniques jusqu’à 30 avant notre ère, où l’Égypte est devenue une province romaine. Contrairement à des idées reçues, l’Égypte possédait une terre fertile, la terre noire qui longe le Nil. Tandis que la terre rouge, aride du désert repoussait de nombreux peuples. L’Égypte se suffisait à elle-même, tout en commerçant avec les pays frontaliers. Cependant, en plus de deux mille ans, la culture égyptienne a connu des évolutions souvent subtiles. Grâce à l’archéologie funéraire, on peut désormais étudier le fonctionnement d’une société même à travers des gestes reliés à la mort. Après tout, la vie ayant précédé la mort, ce sont les vivants de la société qui prenaient soin de préparer leurs morts. Dans son introduction au livre “Archéologie Funéraire1”, Alain Ferdière explique que l’archéologie et l’ethnologie peuvent nous apprendre la manière dont pouvait fonctionner une société grâce aux choix des matériaux pour les funérailles, l’organisation, les croyances et les aspects spirituels. Comme le panthéon hellénistique, celui des égyptiens comporte une cosmologie et diverses échelles des dieux. Des entités masculines et féminines qui contrôlent les éléments et accompagnent les humains au cours de leur vie, puis de leur mort. Joyce Tyldesley écrit dans son livre2 : “C’est d’ailleurs la continuité des idées et croyances qui rend crédible une étude menée sur une période aussi longue.”. Dans le cas présent, nous n’allons pas aborder toute la période de règne de l’Égypte sur trois mille ans. Ce n’est qu’à la fin du premier siècle avant notre ère que l’Égypte devient une province romaine. Cléopâtre VII, dernière reine d’Égypte de la dynastie Ptolémaïque meurt quand Octave, qui deviendra Auguste, s’empare de son royaume. Les enfants de Cléopâtre ne vont pas lui succéder et seront envoyés à Rome, où ils seront élevés avec les enfants d’Auguste. Si la fille de Cléopâtre devient reine de Maurétanie, Cléopâtre-Séléné II, elle ne reprendra jamais les rênes de son pays maternel. L’Égypte se retrouvant orpheline, commencera à suivre l’administration romaine. La société évolue, mais garde ses traditions puisque même sous la domination grecque puis romaine, les rituels funéraires restent les mêmes. Et c’est sûrement le cas dans la stabilité des pratiques religieuses. Cependant, il n’y a pas de nombreux mélanges ethniques entre les nombreux peuples qui se côtoient désormais. On retrouve des colonies grecques comme dans les cités hellénistiques telles qu’Alexandrie ou dans le bassin du Fayoum, puis des présences romaines soulignées par les voyages des empereurs comme à Antinoé.

La place des femmes dans la société romaine

Mais si les hommes pouvaient laisser des traces et accéder à des rangs sociaux et professionnels dans l’Égypte romaine, et même dans l’Égypte ancienne. Qu’en était-il des femmes, des filles, des épouses, des mères et des sœurs ? Pourtant, dans les faits, les femmes n’étaient pas élevées comme les fils. De la même manière que la plupart des sociétés du bassin méditerranéen, les femmes étaient destinées au mariage.

Construction du statut social

Dès l’enfance, on construisait le statut social qui va différencier l’homme de la femme. La plupart des sociétés fonctionnent avec un schéma androcentré, donc l’homme va être responsabilisé et mis en avant contrairement à la femme. Cependant, la société égyptienne fascinait déjà pour son fonctionnement social depuis des siècles, puisque même Hérodote qualifiait ce royaume comme différent : il avait l’impression que la femme était alors l’égal de l’homme. Or, dans la société grecque, les femmes n’étaient dotées d’aucun droit, elles dépendaient d’un tuteur tout au long de leur vie. C’étaient des citoyennes au statut de mineur et qui dépendaient donc tout au long de leur vie d’un tuteur. Durant la période classique durant laquelle a vécu Hérodote, les femmes ne pouvaient même pas sortir de leur maison sans une autorisation et un accompagnement. Aristote déclarait dans un écrit : “d’autre part, le rapport des sexes est analogue ; l’un est supérieur à l’autre : celui-là est fait pour commander, et celui-ci, pour obéir. ”, comme de nombreux de ses contemporains4 qui avaient chacun réduit les femmes à un rôle de mère nourricière. Évidemment, cela pouvait changer d’une cité-état à une autre. Cependant, l’époque que nous abordons n’est plus une Égypte sous la législation unique des grecs. La société évolue communément avec l’administration romaine. Or, jusque-là, depuis la conquête d’Auguste, il y avait différentes catégories ethniques qui se côtoyaient en Égypte. Puis il y a les colonies grecques qui vivent à travers l’Égypte, mais qu’on retrouve en grande quantité dans les quatre cités grecques d’Égypte : Alexandrie, Thèbes, Naucratis puis Antinoé sous le règne d’Hadrien. Ces cités fonctionnent sur un modèle grec qui s’adapte à celui des romains. Enfin, les romains s’intègrent à ce nouveau royaume avec leur propre législation. La plupart des lois de Rome sont reprises dans la province égyptienne. Cette immense diversité amène à une différence drastique entre les femmes de chaque population qu’on a pu citer ci-dessus. La première différence demeure dans la notion de tuteur. Le tuteur est l’individu mâle qui va représenter la femme et lui donner la possibilité d’accéder à des finances. Depuis des siècles, les femmes égyptiennes exercent des métiers à égalité avec les hommes que ce soit dans l’artisanat ou dans l’administration6. Une femme pouvait recevoir une éducation de scribe si elle en possédait les moyens. Les femmes touchaient alors le même salaire que les hommes. Cependant, l’éducation pouvait être différente selon l’appartenance ethnique de ces femmes. Si les garçons des familles aisées recevaient une éducation sur plusieurs niveaux pour les garçons grecs, la comparaison avec l’éducation des filles resterait plus floue.

Droits et rites de passage

Nous venons de voir que l’égalité entre les hommes et les femmes en Égypte romaine était à nuancer. Puisque si une femme égyptienne pouvait travailler, elle ne participait pas pour autant à la vie politique de son royaume ou sa cité. Les femmes romaines avaient des tuteurs sur le plan politique qui pouvaient les représenter, mais elles pouvaient agir seules si elles étaient mères d’au moins trois fils. Enfin, les femmes grecques ne possédaient aucune possibilité de se joindre aux discours politiques. Étant des citoyennes mineures, leur devoir était de mettre au monde des nouveaux citoyens. Mais les femmes avaient cependant comme les hommes, un rite de passage à l’âge adulte. Du moins pour les égyptiennes et les romaines, puisque les grecques gardaient leur statut de mineur tout au long de leur vie. Durant la période romaine, il existe des preuves que des coutumes égyptiennes étaient toujours réalisées comme l’excision9 après les premières menstruations de la jeune fille. Cependant, ce type de coutume n’était pas repris par les sociétés romaines et grecques. On retrouve de potentielles preuves d’un rite de passage chez les jeunes filles romaines en Égypte romaine durant cette période. Il n’y a pas d’équivalent notable à cette fête désignée comme Thérapeutéria dans la péninsule italienne, qui aurait été célébrée en l’honneur de jeunes filles. Mais il est important de préciser que les droits des individus ne commençaient pas à l’âge adulte. En réalité, dès la naissance, l’enfant était considéré et disposé de certains droits, comme celui d’être reconnu. Encore une fois, les déclarations de naissance pouvaient changer d’une population à une autre. Les romains en prenant le pouvoir sur l’Égypte ont rendu obligatoire le recensement de la population et donc les enfants devaient être déclarés, même si on retrouve plus de déclarations de naissance de garçons que de filles. Les lois de Rome s’appliquaient de la même manière dans les provinces, donc les familles pouvaient disposer de droits alimentaires par exemple pour leurs enfants. Grâce à ses droits innés selon la population, les femmes pouvaient aussi avoir des droits d’héritages. Si chez les femmes grecques, c’étaient évidemment leurs tuteurs11 qui récupéraient ces droits, chez les femmes égyptiennes, il était possible qu’elles puissent hériter sans dépendre d’un homme. La fille aînée pouvait gérer l’héritage au sein de la “phratrie” sans avoir besoin de l’accord de ses frères. Pour les femmes romaines, elles n’hésitaient pas à faire entendre leurs droits, par exemple en portant plainte sans la présence d’un mari. Puis à partir de 96 de notre ère, les femmes romaines pouvaient même rédiger elles-mêmes leur testament. En conclusion, les femmes pouvaient disposer de droits, et même se faire entendre auprès de la loi en déposant des plaintes.

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Apparence et religion

Styles vestimentaires

Il est difficile de définir un style vestimentaire précis sous l’Empire Romain. Premièrement, l’Empire était tellement vaste et comprenait beaucoup de provinces avec des cultures très diversifiées qui amènent à un large sujet d’étude12. Pour pouvoir étudier les styles vestimentaires, on peut s’appuyer sur trois types de sources : l’art, la littérature et les artefacts des vêtements qui nous sont parvenus. Mais les portraits de momies nous montrent une vision directe des standards de beauté de la période d’occupation romaine en Égypte. Toutes ces femmes se distinguent avec des détails ou des styles spécifiques, propres à leur époque ou à leur personnalité. Nous allons nous intéresser à l’image que ces portraits renvoient des défuntes qu’ils représentent. L’originalité des portraits de momies fait qu’on peut les ranger à la fois en objet d’art et en artefact archéologique grâce à leur fonction funéraire. Cependant, si on veut s’appuyer sur des recherches déjà effectuées pour pouvoir étudier les styles vestimentaires représentés dans les portraits, par rapport à l’art romain qui nous apporte une vision formelle avec des représentations officielles et non quotidiennes des individus. La stola pour les femmes était très souvent utilisée comme une référence de la tenue typique romaine, mais elle n’était pourtant pas portée dans les campagnes italiennes et sans doute peu connue dans la plupart des provinces. Le portrait de momies n’était pas la seule pratique funéraire utilisée durant le premier et le deuxième siècle par les Romains, que ce soit dans la péninsule italienne ou en province d’Égypte. La pratique des masques funéraires était répandue dans différentes cultures, on en retrouvait chez les Grecs et les Romains ainsi que chez les Égyptiens. On peut parfois trouver des similitudes avec des masques et des portraits de momies, tel que le masque datant du premier siècle du Metropolitan Of New-York. Chacun a été conçu dans le même siècle et l’un ou l’autre aurait pu servir d’inspiration. Les portraits de femmes sur des momies nous apportent une vision unique de la représentation de la féminité. L’idéalisation de la femme, qui se retrouve souriante la majorité du temps même face à la mort. Le choix des expressions, le choix des couleurs, le choix de la coiffure, et même le choix de celui d’être représenté jeune ou vieille montrent l’importance qui a été donnée à ces images et aux défunts. On manque d’information pour savoir s’il y avait une dissonance entre le portrait et la momie. Cependant, on peut voir que de nombreux portraits sont représentés avec des attributs d’adulte pour les femmes. Certaines portent une couronne et des bijoux tandis que les portraits d’enfants ne comportent pas en général ce genre de détail, des éléments qu’on retrouve aussi sur les masques. Les portraits de momies nous permettent d’obtenir une vision sur une population à la fois grecque et romaine d’une manière très réaliste dans leurs réalisations. De plus, on retrouve des représentations de femmes à tout âge. Ce qui change des peintures égyptiennes beaucoup plus caricaturées et suivant des normes.

Pratiques religieuses

La religion tout comme la politique avait une place centrale au sein de la société égyptienne durant la période romaine. Pour les égyptiens et les romains, il n’y avait pas de doute que le culte était exercé. Dans le cas des Égyptiens, ils étaient déjà habitués à traiter leur souverain comme un équivalent divin. Mais le culte impérial s’appliquait à tout le monde, homme ou femme. Les femmes égyptiennes, tout comme pour les métiers, pouvaient accéder à des rangs de prêtresses voire de grandes prêtresses au même titre que les hommes18. Ce qui comprenait l’influence et la rémunération similaire entre les hommes et les femmes. Cependant, il est important de rappeler que les Égyptiens avaient des divinités féminines et masculines, alors en règle générale les prêtresses pratiquaient auprès des déesses tandis que les hommes avaient des cultes concernant les dieux. Les cultes égyptiens étaient pratiqués aussi au-delà des frontières de l’Égypte. Pour ce qui est des femmes romaines et leur implication dans leur religion en Égypte romaine, il y a très peu de documentation sur leurs pratiques en dehors de l’Urbs. Mais il est très probable qu’elles aient pu continuer à réaliser des rituels privés au sein de leur foyer par mimétisme “imitatio romae20” comme le culte de Bona Dea ou envers Magna Mater21. Sans qu’il n’y ait pour autant des manifestations publiques en Égypte de la religion romaine. En conclusion, les femmes participaient toutes à leurs manières à leur religion, mais devaient toutes participer comme les hommes au culte impérial.

Tabous et superstitions autour des menstruations

Depuis des millénaires, les menstruations sont entourées de tabous et de superstitions. Ces croyances, souvent infondées, ont influencé la perception des règles et ont contribué à la stigmatisation des femmes.

Mythes et croyances antiques

Dans l'Antiquité, les menstruations étaient souvent associées à des pouvoirs maléfiques. Pline l'Ancien, dans son Histoire naturelle, accusait les femmes indisposées de faire aigrir le vin, d'enrager les chiens et de faire mourir les abeilles. Les religions monothéistes ont également contribué à la propagation de ces croyances. La Bible et la Torah considèrent le sang menstruel comme impur, et les femmes indisposées étaient souvent exclues de la vie sociale et religieuse.

Dans la Grèce Antique, Hippocrate considérait que le flux des règles était un moyen d'évacuer des fluides corporels trop abondants dans le corps de la femme, et que le sang non évacué, toxique, déséquilibrait les humeurs et pouvait conduire à la folie.

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Évolution des connaissances scientifiques

Au fil des siècles, les connaissances scientifiques sur le cycle menstruel ont évolué, mais les tabous et les superstitions ont persisté. Au XVIIe siècle, le docteur De Graaf a découvert l'existence et le rôle des follicules ovariens. Le docteur japonais Ogino a précisé la période d'ovulation en 1924. Cependant, on a continué à croire que le sang menstruel produisait des ménotoxines qui faisaient faner les fleurs et pourrir ce que la femme touchait pendant ses règles.

Perceptions modernes et lutte contre la stigmatisation

Aujourd'hui, les règles restent un tabou dans de nombreuses cultures. Les femmes utilisent souvent des euphémismes pour en parler et éprouvent de la gêne à l'idée de demander une serviette ou un tampon à une amie. Les publicités offrent une vision idéalisée des règles, ce qui peut culpabiliser les femmes qui ne correspondent pas à ce modèle.

Cependant, la parole se libère progressivement. Des artistes utilisent leur sang menstruel pour réaliser des œuvres d'art et dénoncer la stigmatisation des règles. Des féministes adoptent le "free bleeding" pour revendiquer la liberté de leur corps.

Hygiène menstruelle à travers l'histoire

Les méthodes de protection hygiénique ont considérablement évolué au fil des siècles.

Des tampons antiques aux ceintures menstruelles

Dans l'Égypte ancienne, les femmes utilisaient des tampons faits de bois et de compresses de lin, à la fois pour retenir le flux menstruel et comme contraception. Les éponges de mer ont également servi de protections naturelles.

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Avant l'apparition des ceintures menstruelles au XIXe siècle, les femmes utilisaient des chutes de tissu pour absorber le sang. La ceinture menstruelle, nouée à la taille, retenait des bandes de tissus de coton ou de laine grâce à des épingles.

L'avènement des protections modernes

En 1937, le docteur Haas a commercialisé le premier Tampax aux États-Unis. La coupe menstruelle est apparue sur le marché en 1930, mais elle n'a rencontré aucun succès avant le XXIe siècle. Les premières serviettes hygiéniques jetables sont apparues dans les supermarchés en 1969.

Aujourd'hui, les femmes ont l'embarras du choix entre les culottes menstruelles, les cups, les serviettes et les tampons hygiéniques.

Conclusion

Les femmes dans l’Égypte romaine avaient une place toute particulière en tant que province romaine, dans un premier temps, elles ne sont pas une seule entité. Les femmes doivent être réparties en au moins trois populations ethniques bien distinctes : égyptiennes, grecques et romaines. Les femmes égyptiennes semblent beaucoup plus égales avec leurs hommes que les femmes romaines et grecques qui vivent sous tutelles dans la majorité des cas. Pourtant, il ne faut pas croire que les femmes égyptiennes avaient des conditions plus enviables. Au fil des siècles, les perceptions et les pratiques liées aux menstruations ont évolué, mais les tabous et les superstitions ont persisté. Il reste encore du chemin à parcourir pour que les règles retrouvent leur véritable place et que les femmes puissent vivre cette période de leur vie sans honte ni gêne.

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