La procréation médicalement assistée (PMA) est un sujet d'actualité, notamment depuis l'évolution de la loi bioéthique. Cet article explore les témoignages et les avancées en matière de PMA, en particulier au CHRU de Nancy, un établissement pionnier dans ce domaine.
Le CHRU de Nancy, pionnier de la PMA
Le CHRU de Nancy (Meurthe-et-Moselle) se distingue comme l'un des premiers centres en France à avoir mis en œuvre la PMA pour les couples de femmes. Fin novembre, l'hôpital a réalisé l'une des premières fécondations in vitro (FIV) pour un couple homosexuel, marquant une étape importante depuis l'entrée en vigueur de la loi sur la PMA pour toutes. Le CHRU de Nancy se positionne comme le deuxième hôpital de France à réaliser cet acte d'assistance médicale à la procréation depuis l'évolution de la loi, et le premier en région Grand Est.
Le docteur Mikael Agopiantz, médecin coordinateur du service au CHRU de Nancy, est à l'origine de cette initiative. Il souligne l'importance de mettre à disposition des couples de femmes ou des femmes non mariées la technicité médicale de la procréation médicalement assistée, répondant ainsi à une forte demande.
L'attente et la demande
Selon le docteur Agopiantz, « énormément de patientes sont en demande ». À Nancy, « une centaine de femmes attendent ». Le ministre de la Santé avait annoncé que près de 3 000 femmes concernées par l'ouverture de la PMA pour toutes avaient demandé à en bénéficier dans le pays. Le CHRU de Nancy a constaté un afflux important de patientes, avec près de 100 demandes dans le cadre de la PMA pour toutes, sur le bassin de population de l'ex-région Lorraine.
Avant l'entrée en vigueur de la loi, les femmes allaient souvent à l'étranger pour bénéficier d'une PMA. L'adoption du texte en première lecture à l'Assemblée nationale et les décrets d'application ont pris plus de deux ans, incitant de nombreuses femmes à hésiter entre une prise en charge hors de France et l'attente de l'entrée en vigueur des textes en France.
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L'importance du don de sperme
Le don de sperme est essentiel pour la pratique de la PMA, que ce soit pour les couples hétérosexuels, homosexuels ou les femmes seules. Plus le nombre de donneurs est important, moins le délai d'attente est long pour les fécondations in vitro (FIV). Le docteur Agopiantz souligne le besoin de donneurs âgés de 18 à 45 ans, en bonne santé. Il s'agit de trois ou quatre recueils de sperme, une démarche qui doit être réfléchie et qui permet de donner la vie.
L'Agence de la biomédecine a lancé une campagne pour encourager les dons de sperme. Si l'on veut réduire les délais d'attente, il faut plus de donneurs. Une solidarité des hommes pour le don de sperme est donc essentielle. Le processus comprend des examens, un bilan de fertilité et des examens psychologiques pour la femme seule ou le couple de femmes. Un dossier de don du sperme est ensuite ouvert après deux à trois mois de processus, avec des délais de 3 à 12 mois en fonction de l'âge et du contexte.
Le déroulement de la PMA au CHRU de Nancy
Les médecins passent ensuite à la pratique avec une tentative d'insémination. Le docteur Agopiantz précise que « le geste reste le même qu'avec des couples hétérosexuels » et qu'« il n'y a pas de défi technique particulier ». Pour réaliser une PMA, des médecins gynécologues sont mobilisés pour entamer les démarches et prescrire les traitements. Un biologiste met en phase une demande face à un don de sperme, un médecin fait les gestes d'insémination et une sage-femme coordonne les soins.
À partir de fin, dans le cadre de la loi bioéthique, les enfants nés d'un don de sperme ou d'ovule pourront demander à leur majorité, s'ils le souhaitent, des informations sur leurs origines. Les équipes médicales du centre hospitalier régional et universitaire de Lorraine ont mis tout en œuvre pour débuter la procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes les femmes au plus vite.
PMA pour toutes : un besoin criant
La PMA est désormais possible pour toutes les femmes, y compris celles qui ne sont pas mariées ou qui sont en couple avec une femme, depuis la publication des décrets d'application de la loi bioéthique. Cette mesure répondait à un « besoin criant », selon le ministre. Cet élargissement pose toutefois la question des dons de gamètes, spermatozoïdes et ovocytes, qui risquent de ne plus suffire à combler la demande alors que les délais sont déjà longs.
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Témoignages et expériences des patientes
Les forums et groupes de discussion en ligne témoignent des expériences variées des patientes en PMA à Nancy. Certaines partagent leurs parcours, leurs espoirs et leurs difficultés. Les discussions portent sur les rendez-vous à la maternité, les examens à effectuer, les protocoles de FIV, les médecins suivis et les centres de PMA (Majorelle, Mercy, CHU).
Parcours et épreuves
Aurélie et Guillaume Bernet, membres du collectif BAMP 54, ont témoigné de leur parcours difficile lors d'une commission d'enquête de l'Assemblée nationale. Aurélie a subi trois inséminations et quatre FIV, avec de nombreux transferts et autant d'échecs. Elle souligne que « un parcours de PMA, c'est long, difficile, douloureux. Cette souffrance est sous-estimée, même par le corps médical ».
Aurélie a été contrainte de quitter son emploi en raison des contraintes liées à la PMA. Elle évoque le manque de sensibilisation au sujet de l'infertilité et la nécessité d'informer les jeunes sur la fertilité. Elle insiste également sur le manque de formation des sages-femmes et la place des hommes dans la PMA. Guillaume souligne la baisse de la concentration des spermatozoïdes et le besoin d'aborder la santé reproductive des hommes comme un problème de santé publique.
Améliorations possibles
Le couple Bernet évoque le besoin d'avancer sur le diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies (DPI-A), qui permettrait de détecter les anomalies aléatoires du nombre de chromosomes dans les cellules de l'embryon. Aurélie explique qu'elle se fait implanter des embryons qui sont beaux sur photo mais sans savoir s'ils sont génétiquement viables, ce qui représente une aberration financière et scientifique.
Expériences à Majorelle
Des patientes partagent leurs expériences au centre de PMA de Majorelle. Certaines soulignent l'aspect humain et sympathique de l'équipe, tandis que d'autres évoquent des lourdeurs administratives. Les discussions portent sur les médecins (Clédat, Thouvenot, Masse hian), les examens (spermogramme, hystérosalpingographie), les traitements (Clomid, inséminations, FIV) et les difficultés rencontrées.
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Le point de vue des professionnels
Le docteur Frédérique Guillet-May a développé l'activité d'AMP au CHRU de Nancy depuis 1984. Elle se dit favorable à l'ouverture de l'AMP avec don de sperme pour les couples de femmes et pour les femmes seules. Elle soutient également la légalisation de la méthode « FIV ROPA ».
Le docteur Guillet-May est favorable à l'autoconservation sociétale des ovocytes. Elle précise que les CECOS sont pour l'instant les seuls en France à pratiquer les PMA/AMP avec don de gamètes, mais que cette pratique pourrait être étendue aux centres privés lucratifs. Elle ne commente pas les déclarations de Madame Rives, présidente des CECOS, concernant l'obligation de recontacter les anciens donneurs pour utiliser leur don dans le cadre de la PMA pour toutes.
Le docteur Guillet-May estime que le projet de loi de bioéthique actuel permettra de sortir du système de l'anonymat et peut-être même de la culture du secret. La PMA pour toutes et l'autoconservation sociétale des gamètes sont plébiscitées par la société.
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