L'interruption volontaire de grossesse (IVG), communément appelée avortement, est un droit fondamental pour toutes les femmes en France, y compris les jeunes filles. La loi Veil de 1975 garantit ce droit, et le délai légal pour avorter a été étendu à 14 semaines de grossesse en 2022. Cet article vise à fournir des informations claires et précises sur l'IVG, en abordant les aspects légaux, les démarches à suivre, les différentes méthodes disponibles, et les ressources d'aide et de soutien.
La Contraception d'Urgence : Une Première Option
Suite à un rapport sexuel non protégé ou à un échec de contraception, il est possible d'utiliser une contraception d'urgence hormonale, souvent appelée "pilule du lendemain". Pour être efficace, elle doit être prise le plus tôt possible, idéalement dans les 72 heures suivant le rapport à risque. Il est important de noter que la contraception d'urgence n'empêche une grossesse que pour le rapport ayant eu lieu avant sa prise. Les rapports suivants doivent donc être protégés avec un préservatif jusqu'au retour des règles.
La contraception d'urgence est accessible en France depuis 1999 et est gratuite depuis peu pour toutes les femmes mineures et majeures sans prescription. Il est crucial de se rappeler que la contraception d'urgence ne protège pas contre les Infections Sexuellement Transmissibles (IST) et ne doit être utilisée qu'occasionnellement. De plus, vous n’avez pas à justifier des raisons pour lesquelles vous avez besoin de la contraception d’urgence. La ou le pharmacien n’a pas le droit de refuser de vous la délivrer.
Test de Grossesse : Première Étape en Cas de Doute
Si vous pensez être enceinte, en cas de retard de règles ou d'autres symptômes (douleurs aux seins, etc.), il est conseillé de réaliser rapidement un test de grossesse urinaire. Il est préférable d'attendre le jour présumé des règles ou le lendemain pour effectuer le test, idéalement avec les premières urines du matin, afin d'obtenir un résultat fiable.
Un test positif indique une grossesse. Un test négatif peut signifier un simple retard de règles, souvent sans gravité, ou un "faux négatif".
Lire aussi: L'avortement aux États-Unis : une analyse juridique
L'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) : Un Droit
Chaque femme a le droit de choisir de devenir mère ou non, et de décider quand elle souhaite le devenir ou non. Si la grossesse est avérée et que vous souhaitez l'interrompre, c'est votre droit. Vous pouvez avoir recours à une Interruption Volontaire de Grossesse (IVG), quel que soit votre âge. Une fois votre décision prise, il faut enclencher les démarches rapidement pour respecter les délais légaux.
Démarches et Accompagnement
Voici les étapes à suivre si vous envisagez une IVG :
Première Consultation : Dès que vous apprenez que vous êtes enceinte, si vous ne souhaitez poursuivre la grossesse, il faut prendre rendez-vous avec un professionnel de santé. Vous pouvez consulter un médecin généraliste, un gynécologue, une sage-femme, l’infirmière scolaire ou vous rendre dans un centre de santé sexuelle ou au Planning Familial. Ces professionnels vous accompagneront et vous informeront au mieux, de manière confidentielle et sans jugement. Vous pouvez aussi prendre directement contact avec un service d’orthogénie de l’hôpital de votre choix.
Entretien d'Information : La première consultation consiste en un entretien d’information, obligatoire avant l’intervention. Lors de cet entretien, le professionnel de santé explique les différentes options, les étapes à suivre, et recueille le consentement éclairé de la personne concernée.
Soutien Psychologique : Un soutien psychologique vous est proposé avec une consultation psycho-sociale. Cet entretien est obligatoire pour les mineures. Il s’agit d’une consultation psycho-sociale préalable à l’IVG qui est obligatoire pour toutes jeunes femmes mineures. Elle vise les mêmes objectifs que pour la femme majeure (assistance sur le plan social, écoute, soutien psychologique, informations et conseils).
Lire aussi: Tout savoir sur les caillots après une interruption de grossesse
Échographie de Datation : Les médecins pourront vous demander d’effectuer une échographie de datation qui comme son nom l’indique permettra de dater plus précisément la grossesse (et donc de connaitre le délai que vous avez pour avorter). Cette échographie permet également de s’assurer qu’il ne s’agit pas d’une grossesse extra-utérine (dans ce cas, l’IVG est indispensable pour ne pas compromettre la santé de la femme). Ceci étant, avant 3 semaines de grossesse, il est impossible de voir quoi que ce soit à l’échographie.
Deuxième Consultation Médicale : pour confirmer ou non par écrit ta demande d’I.V.G. C’est à ce moment-là que tu apporteras tes résultats d’analyse. A chaque rendez-vous et à chaque étape, il est important que tu puisses poser des questions si tu en as, demander des précisions lorsque tu ne comprends pas quelque chose ou que ce n’est pas clair pour toi. Si tu es mineure et que tu as formulé le souhait de garder le secret de ta démarche d’IVG à l’égard de tes parents, la conseillère conjugale pourra alors te conseiller sur le choix de la personne majeure qui te soutiendra le long de ta démarche d’IVG. Une attestation d’entretien te sera alors délivrée, ainsi que l’attestation de désignation de la personne majeure de ton choix. Ces attestations seront à remettre au médecin ou à la sage-femme. A l’issue de cette consultation, la date d’I.V.G sera fixée. Le majeur qui t’accompagne (parent ou référent) doit se munir de sa pièce d’identité. Sache aussi qu’une jeune fille mineure doit donner au médecin ou la sage-femme son consentement pour avorter. Le médecin ou la sage-femme reçoit la jeune fille seule pour s’assurer que sa décision n’a pas été prise sous la contrainte.
Consultation de Suivi : Deux à trois semaines après l’IVG, une consultation de suivi est prévue pour s’assurer que tout s’est bien passé. Une nouvelle échographie vous sera proposée pour vérifier que la grossesse est bien terminée et qu’aucune complication n’est apparue.
Les Méthodes d'IVG
Il existe deux méthodes d'IVG en France :
IVG Médicamenteuse : Elle est possible jusqu’à 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d’aménorrhée (absence de règle). Elle consiste à prendre deux types de médicaments. Le 1er interrompt la grossesse. Il est pris par voie orale au cours d’une consultation en présence d’un médecin ou d’une sage-femme. Des saignements après la prise de ce médicament sont possibles. Cela ne veut pas dire que l’interruption de grossesse a eu lieu. Il est indispensable de prendre le deuxième médicament. Le 2ème médicament se prend 36 à 48 heures plus tard soit par voie orale (à prendre lors d’une consultation ou à domicile) soit par voie vaginal. Il provoque des contractions et l’expulsion de la grossesse. Tu saigneras beaucoup dans les 3 à 4 heures suivant la prise de ce second médicament, mais cela peut parfois se produire dans les 24 à 72 heures. Une consultation de contrôle te sera proposée 15 jours après pour voir si tout s’est bien passé. Cette consultation sera aussi le moment de faire le point sur ta contraception. Attention : si tu as un groupe sanguin Rhésus négatif, une injection de gamma-globulines anti-D est effectuée pour éviter des complications dues à l’incompatibilité rhésus lors d’une prochaine grossesse. Il est possible d’avoir une « IVG à domicile ». Un médecin ou une sage-femme, formé à l’IVG et conventionné par un établissement de santé, peut vous recevoir à son cabinet pour les consultations et vous délivrer les médicaments que vous prendrez à votre domicile. Il est fortement déconseillé d’être seule. Cette méthode ne peut pas être appliquée pour les jeunes filles mineures désirant garder le secret.
Lire aussi: Front Uni pour l'Avortement
IVG Chirurgicale ou Instrumentale : Elle peut être pratiquée jusqu’à la fin de la 14ème semaine de grossesse (16 semaines d’aménorrhée). Elle est réalisée à l’hôpital sous anesthésie locale ou générale et consiste en l’aspiration de l’embryon. Cette intervention, nécessite une anesthésie locale ou générale, selon ta situation médicale et ton choix. Tu resteras donc quelques heures (une demie journée environ) à l’hôpital ou à la clinique. Une consultation de contrôle te sera proposée 15 jours après pour voir si tout s’est bien passé. Cette consultation sera aussi le moment de faire le point sur ta contraception.
Aspects Financiers et Confidentialité
L’IVG est un droit en France, pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie. Les mineures ont le droit d’accéder à l’IVG sans le consentement parental. La loi française permet aux jeunes filles de prendre cette décision en toute autonomie, mais elles doivent être accompagnées d’une personne majeure de leur choix lors des démarches et de l’intervention.
La confidentialité est garantie pour les IVG pratiquées dans un établissement de santé, cabinet de ville, dans un centre de planification ou dans un centre de santé. La feuille de soins remplie par le médecin ou le centre, ainsi que le décompte de remboursement transmis par la caisse de sécurité sociale sont aménagés de façon à préserver la confidentialité de l’IVG vis-à-vis de l’entourage. Cela veut dire que l’IVG sera nommée comme « acte médical » et non pas « IVG » sur la feuille de remboursement. Un véritable anonymat est garanti pour les jeunes femmes mineures qui le demandent et cela quel que soit le lieu de réalisation de l’IVG.
L’IVG est prise en charge à 100 % dans le cadre d’un tarif forfaitaire avec une dispense totale d’avance de frais pour :
- les jeunes filles mineures non émancipées sans consentement parental
- les femmes bénéficiaires de la CMU complémentaire
- les femmes bénéficiaires de l’aide médicale de l’État (AME)
Les Droits et la Loi
De la même manière que personne ne peut vous forcer à interrompre votre grossesse, il est illégal de vous empêcher d’accéder à une IVG. En effet, la loi précise que le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher une personne de pratiquer ou de s’informer sur une IVG est un délit. Que cette contrainte soit exercée physiquement ou par pressions psychologiques, on parle de délit d’entrave à l’IVG.
Si un médecin vous refuse de pratiquer une IVG alors que vous êtes dans le délai légal : c’est son droit. Aucun professionnel de santé n’est tenu d’accomplir un avortement si sa conscience l’en empêche.
La loi permet à toute femme enceinte, quel que soit son âge, de demander l'interruption de sa grossesse. Pour les mineures, l'autorisation parentale est la règle, cependant, si la mineure veut garder le secret vis-à-vis de ses parents ou de son représentant légal, ou si le consentement n'est pas obtenu, l'IVG et les actes médicaux, notamment l'anesthésie, et les soins liés sont pratiqués à la seule demande de la mineure. Dans ce cas, la mineure se fait accompagner par une personne majeure de son choix.
Alternatives à l'IVG en France
Si vous avez dépassé le délai légal pour avorter en France (14 semaines de grossesse) : des possibilités existent pour pratiquer une IVG à l’étranger, notamment dans des pays frontaliers. Cela peut avoir un coût.
Vous pouvez accoucher de manière anonyme sous le secret et demander à ce que l’enfant soit adopté par une autre famille. On parle d’accouchement sous X. Vous pouvez accoucher sous le secret quel que soit votre âge, mineure ou majeure. Il suffit d’en informer les équipes médicales qui vous donneront toutes les informations nécessaires. Elles contacteront les services de l’Aide Sociale à l’Enfance qui seront en charge de permettre l’adoption. Après la naissance, vous aurez un délai de 2 mois de réflexion où vous ou le co-parent pourrez changer d’avis et décider de reconnaitre l’enfant. Au delà des deux mois, l’enfant sera placé à l’adoption. Vous pourrez par ailleurs choisir de lever le secret de votre identité à tout moment, au cours de votre vie.
Si vous ne vous sentez pas prête à assumer pleinement la responsabilité de votre enfant pour le moment, mais que vous souhaitez garder un lien avec lui, vous pouvez demander une délégation volontaire de l’autorité parentale. Cela permet de confier temporairement la responsabilité de votre enfant à un tiers, comme vos parents ou les services de l’aide sociale à l’enfance (ASE), tout en vous laissant le temps de vous organiser pour l’avenir.
Informations Complémentaires et Ressources Utiles
Le site web ivg.gouv.fr est le seul site officiel qui fournit toutes les informations à connaitre pour avorter et pour vous aider à prendre une décision éclairée. Il répond de manière fiable aux questions les plus courantes que vous pouvez vous poser dans cette situation.
Les Centres de Santé Sexuelle (CSS) proposent également un accueil gratuit et des infos sur la vie affective et sexuelle.
Attention, soyez prudent·e·s : on trouve parfois sur internet des soi-disant sites d’information sur l’avortement qui sont en réalité des sites anti-avortement. Ces sites “pro-vie” sont souvent très bien faits et ont l’air officiels. Ils ne diffusent en réalité aucune information factuelle ni vérifiée vous permettant d’accéder à une IVG.
Pour obtenir l’adresse d’un lieu, tu peux aussi nous appeler sur Fil Santé Jeunes au 0800 235 236 (anonyme et gratuit). Nous sommes ouverts tous les jours de 9h à 23h.
Idées Reçues et Réalités
On compte de nombreuses idées reçues et tabous autour de l’IVG. Certains pensent que les femmes qui pratiquent l’avortement sont des femmes “dévergondées” ou idotes, qui avorteraient avec légèreté, ignorance et voire même avec une carte de fidélité… D’une part, ces jugements de valeurs sont profondément sexistes. Personne n’a le droit de juger ou de commenter la vie sexuelle d’une femme ni son choix ou ses raisons d’avoir recours à une IVG. D’autre part : parmi les femmes qui ont recours à l’IVG, la grande majorité (plus de 2 sur 3) utilisaient une méthode de contraception jugée fiable mais qui a malheureusement échoué (oubli de pilule, préservatif qui se déchire…).
Il n’y a pas un nombre maximum d’avortement autorisé en France. Il n’existe pas de syndrome post-avortement : vous ne serez pas nécessairement remplie de culpabilité ni en proie à une terrible dépression, malgré ce que certains pourraient vous faire croire ! La manière de vivre un avortement est propre à chacune.
Les cas de complications sont très rares, en particulier si l’avortement est réalisé dans de bonnes conditions. En général, les complications ne sont en plus pas liées à l’IVG en tant que telle mais sont sous jacentes aux problématiques rencontrées en gynécologie et dans l’obstétrique habituellement. En d’autres termes : il y en a autant de risque de complications pour une IVG que pour une grossesse menée à terme ou lors d’un arrêt spontané de grossesse (une fausse couche).
tags: #avortement #information #jeunes #filles
