Enfants du Mékong est une association qui œuvre depuis 1958 pour offrir aux enfants défavorisés d'Asie du Sud-Est des perspectives d'avenir, un futur clair et une véritable enfance. L'association mène une action éducative globale dans plusieurs pays, notamment au Cambodge, au Viêtnam, au Laos, en Thaïlande, en Birmanie et aux Philippines.

Genèse d'une association née de l'épreuve

L'histoire d'Enfants du Mékong commence comme un conte de fées. « Il était une fois… » un dentiste de Vientiane, René Péchard, recueille sur le pas de sa porte deux enfants qui vivent dans la rue. Ils ont faim et ne peuvent pas aller à l’école. Convaincu « qu’il y a plus de joie à voir un enfant à l’école que dans la rue », René Péchard décide d’accueillir ces enfants et les place dans un internat à Xiang Khouang : le pensionnat Saint-Joseph.

René Péchard, légionnaire fait prisonnier pendant les guerres d’Indochine, a été oublié dans les accords de Genève de 1954. Libéré en 1957, il s’installe au Laos à Vientiane et monte un cabinet dentaire qui a pignon sur rue. L'association des amis du pensionnat de Saint-Joseph naît de la nécessité de créer une structure pour encaisser ce don.

D'un mal peut naître un bien. L'association Enfants du Mékong peut reprendre à son compte cet adage. Car elle est née de la captivité entre 1949 et 1956 d'un légionnaire français pendant la guerre d'Indochine. Après s'être évadé des prisons vietminh dans des conditions rocambolesques, René Péchard s'installe à Vientiane (Laos) et s'improvise dentiste. Un jour, il trouve deux enfants abandonnés devant sa porte : il les accueille, les scolarise et se lance dans l'organisation d'un foyer. C'est ainsi que le 26 novembre 1958 est fondée l'Association pour la sauvegarde et la protection de l'enfance du Laos. Son but : envoyer en France les enfants eurasiens (rejetés par les Laotiens) et soutenir les familles les plus pauvres du Laos en leur trouvant des « parrains ».

Une action globale au service de l'éducation et de la formation

Enfants du Mékong est une œuvre compassionnelle et éducative. Elle a pour mission d’éduquer, de former et d’accompagner les enfants et les jeunes, afin de leur permettre d’améliorer leurs conditions de vie matérielles et de se construire, intellectuellement, affectivement et moralement.

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L'association soutient la construction d’une centaine de projets de développement par an (écoles, puits…) et gère 10 centres et 78 foyers. Les membres de l’association mènent une action éducative globale. Notamment au Cambodge, où nous les avons rencontrés.

Ce sera le cas, notamment, des étudiants qui fréquentent le nouveau centre de soutien universitaire d’Enfants du Mékong, à Phnom Penh : un beau bâtiment de quatre étages, intelligemment conçu, capable d’accueillir 160 élèves de 18 à 26 ans. Inauguré le 23 mars en présence du ministre cambodgien de l’Éducation nationale, il porte le nom du Dr Christophe Mérieux : c’est Alain Mérieux, président de BioMérieux, qui en a financé personnellement la construction en mémoire de son fils, disparu en 2006 à l’âge de 39 ans.

Cette approche globale est aussi, dans le domaine éducatif, celle d’Enfants du Mékong, qui ne dissocie pas « la formation de l’intelligence de celle du cœur », résume Margaud Favre, responsable des partenariats pédagogiques du Centre Docteur-Christophe-Mérieux. « Un enfant a besoin d’être aimé pour se construire. Or, beaucoup des jeunes que nous accueillons ont grandi sans que personne ne leur dise jamais “je t’aime”. »

Au Centre Mérieux, Enfants du Mékong a fait appel à des partenaires locaux pour dispenser aux étudiants cambodgiens une formation qui les aide à construire un projet personnel, en se sachant solidaires de leurs camarades. L’association Karol et Setha, par exemple, « encourage le dialogue entre les garçons et les filles » dans un pays où trop de femmes, très tôt mariées, sont victimes de violences conjugales.

« Beaucoup de jeunes nous disent qu’ils aimeraient fonder une famille unie, dont les parents s’occupent de leurs enfants et se parlent entre eux, dit Margaud. Cœur, corps, esprit : nous essayons de rattacher chaque activité à une structure (familiale, culturelle ou sociale) pour qu’ils mettent en pratique ailleurs ce qu’ils apprennent ici. » Enfants du Mékong insiste pour que ses étudiants consacrent, le dimanche, un peu de leur temps à des enfants défavorisés.

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Le parrainage : un pilier de l'action d'Enfants du Mékong

Sollicités par Enfants du Mékong, les donateurs français envoient chaque mois une somme modique à l’association qui permet à leurs filleuls asiatiques d’être scolarisés : 24 euros pour un enfant, 39 pour un étudiant. Tous n’iront pas aussi loin que Sarou mais, quoi qu’ils fassent plus tard, ils pourront participer au développement de leur pays.

Le parrainage est un soutien dans la durée qui permet à un enfant en Asie d’étudier sereinement. L’aide financière du parrain (28 € par mois pour un parrainage scolaire, 39 € pour un parrainage étudiant), permet à l’enfant d’aller à l’école en prenant en charge les coûts de transport, de nourriture, d’uniformes, de cours supplémentaires.

Le parrainage est toujours lié à une rencontre avec un responsable asiatique qui nous appelle à l’aide pour un tel ou une telle. Nous ne créons jamais, nous répondons aux appels. Le parrainage est prophétique ; il n’est pas qu’un énorme coup de pouce financier : car un échange épistolaire se noue entre filleul et parrain. Une lettre peut sauver une vie. Nous l’avons vu dernièrement en France avec les personnes âgées de nos Ephad.

Sarou, comme 22 000 enfants aujourd’hui, a bénéficié d’un parrainage. Enfants du Mékong est une association de parrainage, qui permet à 23 000 enfants pauvres d’Asie du Sud-Est d’aller à l’école. C’est un soutien financier : pour 28€ par mois (déductibles à 75%, soient 7€ par mois après déduction fiscale), vous permettez à votre filleul d’acheter son matériel scolaire, ses livres, de payer le bus ou un vélo pour aller à l’école. Sur place, nos bénévoles locaux sont épaulés par des volontaires français. Ils s’assurent ensemble que l’argent est bien utilisé, et suivent votre filleul au mieux pour l’aider à grandir. Plusieurs dizaines d’enfants attendent aujourd’hui un parrain ou une marraine. Enfants du Mékong est une association de parrainage depuis 1958. En 2021, ce sont plus de 23 000 enfants parrainés et 60 000 enfants soutenus qui peuvent ainsi accéder à l’éducation, se construire et s’insérer professionnellement. Les enfants parrainés vivent dans 6 pays : Vietnam, Birmanie, Cambodge, Thaïlande, Philippines et Laos.

Les "Bambous" : des volontaires engagés sur le terrain

Ce sens du service, empreint de modestie, est exigé des volontaires de l’ONG, les “Bambous”, qui donnent un an de leur vie, parfois plus, aux enfants asiatiques. Comme Magali et Noah, les volontaires de Banteay Chmar, où des enfants sont accueillis dès la maternelle. Comme Daphné de Rodellec, une jeune infirmière qui parcourt les ruelles insalubres de Samaki, un bidonville où le gouvernement a regroupé, dans une zone inondable, des populations chassées du centre de Phnom Penh par un incendie criminel. L’association y parraine trente-sept enfants. Le père est souvent journalier ou motodop, la mère chiffonnière : elle coupe des chutes de tissu qu’elle revend à l’usine de textile - un dollar par jour. « Toutes les familles sont endettées. Nous leur apprenons à faire un budget », dit Daphné, qui inculque aussi des notions d’hygiène aux enfants.

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Depuis trente ans, Enfants du Mékong envoie en Asie des jeunes volontaires, Français pour la plupart. En césure étudiante ou professionnelle, ils partent célibataires, jeunes mariés ou parfois dans certaines missions en famille. Âgés de 20 à 35 ans, ils viennent de tous les horizons. C’est souvent un électrochoc de talent.

L'histoire de Sarou : un exemple de réussite grâce à Enfants du Mékong

Elle s’appelle Sarou. Diplômée d’une école d’ingénieurs, l’Institut de technologie du Cambodge, elle a commencé par travailler dans l’industrie pétrochimique, mais elle voulait poursuivre ses études. Elle a donc fait une grande école de commerce en France, l’Essec, avant de rejoindre un groupe audiovisuel, Apsara Télévision, comme responsable du marketing et des ventes. Une histoire presque banale, si Sarou n’était née « dans un camp de réfugiés cambodgiens, à la frontière thaïlandaise, dit-elle. J’y suis restée jusqu’à l’âge de 13 ans avant de pouvoir rentrer chez moi, au Cambodge ».

Par quel miracle Sarou, dont les parents cultivaient la terre du Banteay Manchey, l’une des provinces les plus pauvres d’un pays qui ne l’est pas moins, est-elle devenue la première Cambodgienne à faire l’Essec ? Elle aurait dû travailler en rizière. Sa chance fut de rencontrer Virginie en 1999. Cette jeune volontaire française prospectait le pays à la recherche d’adolescents méritants dont les études pourraient être financées par Enfants du Mékong.

Défis et perspectives d'avenir

Les principaux défis éducatifs en Asie sont l’accès à l’école et le décrochage scolaire. Le coût du transport et des cours du soir est souvent le facteur discriminant dans des pays où l’école est officiellement « gratuite ». Le Covid-19 a accentué le décrochage scolaire. 20 % des jeunes ne se sont pas réinscrits à l’école pour la prochaine rentrée aux Philippines !

La situation liée au Covid-19 fait monter dans le monde entier nationalismes et dictatures ; on note une grande croissance de la privation des libertés. L’Asie du Sud-Est n’y échappe pas. Tout le monde constate aussi l’omniprésence de la Chine, tant de manière économique que par la « proposition au monde » de son système de « crédit social » qui contrôle et régit la vie des citoyens par les caméras.

La conviction d'Enfants du Mékong, c’est que les enfants pauvres et souffrants qui nous appellent à l’aide peuvent être des modèles exemplaires pour leur pays. La mission d'Enfants du Mékong sera de toujours aimer et servir les pauvres. Nous pressentons l’arrivée d’un lent tsunami de demandes d’aide.

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