L'expression "les dieux se sont penchés sur ton berceau" est une formule consacrée pour souligner les dons exceptionnels, le destin favorable ou la chance insolente d'une personne. Cet article explore les racines de cette expression, ses différentes interprétations et ses échos dans l'art et la culture.

Genèse et signification de l'expression

L'origine exacte de l'expression "les dieux se sont penchés sur ton berceau" est difficile à déterminer avec certitude. Cependant, elle puise sa source dans l'Antiquité gréco-romaine, où les dieux étaient considérés comme des forces influentes sur la vie des mortels. L'idée que les dieux puissent intervenir favorablement dès la naissance d'un individu est donc profondément ancrée dans cette culture.

L'expression implique que la personne concernée a été favorisée par les dieux dès sa naissance, lui conférant des qualités exceptionnelles ou un destin hors du commun. Elle peut être utilisée pour souligner :

  • Des dons naturels : intelligence, beauté, talent artistique, etc.
  • Une chance exceptionnelle : succès dans les entreprises, rencontres favorables, etc.
  • Un destin hors du commun : accomplissements remarquables, influence positive sur le monde, etc.

Interprétations et nuances

L'expression "les dieux se sont penchés sur ton berceau" peut être interprétée de différentes manières, selon le contexte et la perspective de celui qui l'utilise.

  • Admiration et reconnaissance : Elle peut exprimer une admiration sincère pour les qualités exceptionnelles d'une personne, reconnaissant ainsi son mérite et son potentiel.
  • Envie et ressentiment : Elle peut également traduire une certaine envie, voire un ressentiment, face à la chance ou aux dons d'une personne, suggérant que son succès n'est pas entièrement mérité.
  • Ironie et sarcasme : Dans certains cas, elle peut être utilisée de manière ironique ou sarcastique, pour souligner le contraste entre les apparences et la réalité, ou pour dénoncer un favoritisme injuste.

Échos dans l'art et la culture

L'idée d'une intervention divine favorable dès la naissance se retrouve dans de nombreuses œuvres d'art et littéraires, à travers différentes cultures et époques.

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  • Mythologie : De nombreux héros mythologiques sont présentés comme ayant été favorisés par les dieux dès leur naissance, leur conférant des pouvoirs ou un destin exceptionnel.
  • Contes de fées : Les contes de fées mettent souvent en scène des personnages nés sous une bonne étoile, bénéficiant de dons magiques ou d'une protection divine.
  • Littérature : De nombreux romans et pièces de théâtre explorent le thème du destin, de la chance et de l'influence des forces supérieures sur la vie des personnages.

Exemple artistique : Ulysse et les sirènes de Picasso

L'œuvre "Ulysse et les sirènes" de Pablo Picasso, réalisée en 1947 au château d'Antibes, offre une interprétation moderne et personnelle du mythe d'Ulysse, héros de l'Odyssée. Cette œuvre, commandée par le conservateur du musée d'Antibes, Romuald Dor de la Souchère, illustre la rencontre d'Ulysse avec les sirènes, créatures mythologiques dont le chant irrésistible attire les marins vers leur perte.

Dans cette œuvre, Picasso condense la scène et met en valeur les éléments essentiels :

  • Ulysse : Le héros est l'élément central, représenté avec un visage pâle et expressif, exprimant à la fois le désir et la frustration. Les oreilles démesurées soulignent l'importance de l'ouïe dans cette scène.
  • Les sirènes : Elles sont représentées de manière inquiétante et baroque, avec des visages triangulaires évoquant des masques antiques. Leurs corps hybrides, mi-femmes, mi-poissons, soulignent leur nature à la fois séduisante et dangereuse.
  • Le bateau : Il est représenté de manière stylisée, évoquant à la fois un poisson et un berceau, soulignant ainsi le lien entre la naissance et le destin d'Ulysse.

L'œuvre de Picasso peut être interprétée comme une métaphore de la condition humaine, confrontée aux tentations et aux dangers de la vie. Ulysse, ligoté au mât de son navire, symbolise la volonté et la capacité de l'homme à résister aux forces destructrices et à poursuivre son propre destin.

Le Coran et l'Esthétique

La question de l’esthétique est une question philosophique essentielle lorsqu’elle aborde la littérature coranique. Les philologues arabo-musulmans, linguistes et grammairiens, étaient partagés entre différentes tendances déjà à propos de la présence de l’esthétique dans le texte coranique, de son origine, de son rôle, de sa nature et enfin des formes qu’elle prend. Les interprètes et traducteurs du texte coranique y ont été plus ou moins sensibles. Partir de quelques procédés linguistiques, tels que les phénomènes de polysémie et de synonymie, permet tout d’abord d’aborder quelques unes des bases de l’esthétique coranique. C’est ensuite en interrogeant les liens entre l’esthétique et le « miracle coranique » que l’on en arrive à détecter les natures du texte coranique et à en montrer le côté poétique et littéraire.

La richesse des sens portés par la langue arabe est considérée, en elle-même, comme venant produire de l’esthétique. Certains linguistes étaient partisans de considérer la présence du phénomène polysémique à travers les vocables coraniques comme signe de richesse esthétique de ce texte. C’est pourquoi ils ont mené des recherches spécialisées pour mettre en valeur ce phénomène. Chajari (né en 1058, mort en 1148) peut être considéré comme un des pionniers des recherches sur les mots polysémiques. Il a classé tous les mots qu’il a considérés comme polysémiques dans son ouvrage Mat-tafaqa lafzuhu wakh talafa maanahu et a sélectionné 1313 mots polysémiques à partir de la poésie arabe, du Coran et des hadiths. Anbâri, Séjistâni et Sikkayt, se sont spécialisés dans la recherche des mots polysémiques de sens opposés « homonymie des opposés », ces vocables pouvant alors être considérés comme un signe esthétique exceptionnel, autant dans la langue arabe que dans le texte coranique. Anbâri en a ainsi sélectionné 296 dans le Coran et les hadiths, Sijistâni 191 et Sikkayt 93. Parmi ces savants fervents de l’homonymie des opposés, on trouve aussi Abi Abdullah Al Ansâri, Ibn Khalawayih, et Attâj As Sibki. Ils prouvent tout à la fois l’existence de la forme antonymique et les relations qu’elle entretient avec la richesse esthétique et stylistique de l’arabe coranique.

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Ibrâhim Anis explique qu’en 400 de l’Hégire, les linguistes arabes étaient divisés en deux grandes écoles sur la question des liens entre « synonymes et beauté linguistique », al-mutaradifât wa jamâl al lugha. Si certains trouvaient que la synonymie était plutôt un handicap pour la langue arabe, une grande majorité d’entre eux pensait qu’elle en était au contraire une force indéniable et ils étaient attachés à la valoriser. Ibn khalawyh cite ainsi cinquante synonymes pour l’épée. Al-Kayia montre, lui aussi, la richesse stylistique de la langue par le nombre de synonymes attribués à un seul nom. Il prend l’exemple du lion qui porte plus d’une centaine d’appellations (asad, sabi’, layth, etc.). Finalement, Ibrâhim Anis insiste sur le fait que les bédouins mesuraient la maîtrise de leur langue et leur degré de raffinement esthétique à l’étendue du nombre de synonymes qu’ils connaissaient et pouvaient employer.

Le débat a été très vite porté sur le plan théologique avec des réflexions autour de l’appellation des 99 noms de Dieu, les plus beaux. La mystique pouvait-elle se nourrir de l’esthétique en multipliant les noms de Dieu ou devait-elle sacrifier la synonymie sur l’autel d’une unicité excluant l’interchangeabilité ? Les 99 noms de Dieu, sélectionnés pour magnifier Dieu, devaient-ils être considérés comme interchangeables, donc comme des synonymes, ou devaient-ils être considérés comme inchangeables, chaque mot qualifiant Dieu ayant alors un sens plein, unique et non interchangeable ? A mi-chemin entre ces deux options, le philosophe Ar-Râzi acceptait le concept de synonyme à condition qu’il n’y ait pas de variation importante de sens.

Le style coranique a été expliqué par les uns comme « miracle ultime ». Le miracle coranique serait alors lié au fait que le Coran aurait été fixé, à l’époque de sa révélation, dans un style inimitable. Un certain nombre de linguistes et théologiens pensent ainsi que les versets coraniques riment, tout comme les vers d’un poème. Pour eux, l’esthétique du Coran réside dans ces versets qui chantent et qui riment. Georges khodr pense que le Coran a été rédigé dans le plus beau style de toutes les périodes littéraires. Il écrit qu’il leur « arrive parfois, entre chrétiens, de discuter [de leurs] préférences stylistiques dans le texte coranique [et par conséquent que] l’arabité culturelle existe [… que cette] sensibilité arabe commune vient fondamentalement de l’Islam, et [que] l’Islam reste manifestement un phénomène linguistique. [Ce serait alors] en connexion avec lui que le témoignage [deviendrait] plus fort ».

D’autres, à commencer par les premiers qurayshites opposés au départ dans leur majorité à la prophétie de Muhammad, estiment que le Coran ne peut être classé ni comme forme littéraire, ni comme forme poétique. Ils traitent Muhammad de rêveur, d’inventeur, de poète.

La plupart des linguistes arabes, eux, n’ont jamais classé le texte coranique ni dans la littérature, ni parmi les formes poétiques. Ils le prennent comme une forme propre. Quant à la majorité des musulmans, elle évite d’établir des liens entre Coran et poésie, de crainte de réveiller l’idée que le Coran soit de la poésie et de l’attribuer à Muhammad, le poète, et non à Dieu. Elle s’appuie sur un traumatisme historique datant du comportement des premiers qurayshites qui considéraient les versets coraniques comme des versets inspirés par le génie des poètes. En effet, une croyance de l’époque voulait que chaque poète soit accompagné d’un génie. Au moment de la naissance de l’islam, les poètes symbolisaient le plaisir malsain. Cette interprétation se trouve pourtant en contradiction avec le comportement de Muhammad qui appréciait les poètes. Sâdeq Ibrâhim ‘arjuk insiste aussi sur cette différence et fait la distinction entre une condamnation coranique de quelques poètes et la position favorable du Coran à l’égard de la poésie en générale. De nos jours, ce rappel est indispensable à un moment où des islamistes s’attaquent aux poètes en faisant l’amalgame entre les poètes habités par les djinns, la poésie en général et la nature poétique des versets coraniques. La simple comparaison des versets coraniques avec des vers poétiques est utilisée par les musulmans les plus radicaux pour réveiller cette confusion entre nature divine de versets coraniques et nature poétique influencée par les djinns.

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La langue arabe, dès avant l’islam, avait été considérablement modelée par des procédés poétiques notamment. Rimes et rythmes des versets coraniques rappellent ceux de la poésie à la veille de l’islam. Les mètres les plus utilisés dans la poésie arabe antéislamique à l’époque antéislamique « aj-jâhiliya » ont été ensuite codifiés au VIIIe siècle par Al khalil bin Ahmad Al Farahidi. Ils n’ont presque pas changé depuis. Le mètre se base sur la longueur des syllabes. Il existe des syllabes courtes, une consonne suivie d’une voyelle courte, et des syllabes longues, une voyelle suivie d’une consonne ou d’une voyelle longue. Ainsi la poésie arabe ne s’appuie pas seulement sur la longueur des vers et les rimes mais sur un certain rythme interne à chaque « ligne », bayt. Chaque bayt est divisée en deux moitiés, chatr-s, qui correspondraient aux vers poétiques. Les différents mètres se distinguent les uns des autres par le nombre de syllabes et l’ordre, l’alternance de syllabes courtes et longues. Cependant, il existe souvent plusieurs variations d’un même type de mètre puisque, par exemple, deux syllabes courtes peuvent être remplacées par une longue.

Le texte coranique qui, à l’image de son époque, représentait la modernité, préfère à la métrique classique une forme plus moderne. Cependant, il recourt tout de même à des mètres de l’époque antéislamique dont les plus anciens sont issus de l’écriture hébraïque ou araméenne. Yusef Durra Al Haddâd montre l’origine préislamique de quelques styles coraniques à travers les sourates comme Al ‘Alaq, « l’adhérence », Al Muzamel « l’enveloppé », Maryam « Marie », Al baqara « la génisse », Al Mâ’ida « la table servie ». Il montre qu’on peut reconstruire ces versets dans le style at-tasmit, c’est à dire sur le mode de la poésie ancienne. Pour lui, il suffit de ne pas utiliser la virgule coranique habituelle du texte pour que la forme poétique initiale réapparaisse.

Pour faire affleurer l’esthétique poétique de la littérature coranique on peut par exemple multiplier les sens de lecture. Le palindrome est une figure de style qui correspond à un texte ou à un mot dont l’ordre des lettres reste le même, qu’on le lise de gauche à droite, ou de droite à gauche. Par contre, une lecture de droite à gauche, qui donne un sens différent de celui obtenu par une lecture de gauche à droite, conduit à classer la figure dans le domaine de l’anacyclique. La figure du palindrome (ou palindrome de lettres) existe dans de nombreuses langues, en français comme en arabe. L’arabe antéislamique utilisait également des effets stylistiques multiples dont le palindrome, mais en croisant une lecture horizontale et une lecture verticale.

L’arabe antéislamique utilisait aussi la figure de style de l’anacyclique. La célèbre poésie appelée al qasyda al rajbiya, « la poésie du mois de rajab du calendrier de l’hégire », fonctionne sur ce principe. Elle peut se lire du début jusqu’à la fin (de droite à gauche) ou de la fin jusqu’au début (de gauche à droite). Selon le mode de lecture, les sens sont antinomiques. La lecture normale (de droite à gauche) donne un sens qui permet de flatter la tribu arabe en question. La lecture de droite à gauche peut se faire de deux manières : en une seule fois ou en inversant les deux parties du vers.

Les poésies à lectures multiples ne manquent pas. Selon le choix de lecture, il est donc possible, à partir du même poème, d’honorer ou de déshonorer un chef de tribu. Appliquée à d’autres domaines, ces figures de style posent de nombreux problèmes d’interprétation car elles ouvrent des possibilités de lectures et donc de compréhensions radicalement différentes en transformant par la seule direction de lecture un sens positif en un sens négatif.

Le palindrome devient un exercice littéraire complexe lorsqu’il s’agit du texte coranique. Le sens du texte peut alors paraître obscur ou contradictoire avec l’anacyclique. Ibn Manzur dans son encyclopédie de la langue arabe, Lisân al-’Arab, et Sijistâni dans son livre Kitâb al-Masâhif, « le livre des manuscrits coraniques », font référence à un procédé spécifique, celui de mankus al-Qur’ân, dit aussi mankus al-Qalb, « la lecture coranique à l’envers ». Selon Abu ‘Ubayd, c’était un procédé connu mais qui variait selon la sélection de lecture opérée : verset, sourate ou Coran en entier. Les uns pensent que cela concerne la lecture d’une sourate, qui peut être la sourate la plus longue, al-Baqara, « la Génisse », et l’appliquent en commençant par la réciter à l’envers de sa fin à son début. Abu ‘Ubayd pense que ce procédé dépasse les capacités du commun des Musulmans. Il nous dit aussi que d’autres comprennent qu’il faut l’appliquer à toute la lecture du Coran à partir de la fin du Coran jusqu’à la sourate « la Génisse », al-Baqara. Il convient donc de faire la lecture de la dernière sourate jusqu’à la première. Dans ce cas, le contenu des sourates reste intact. C’est ce que font les enfants à l’école coranique qui, pour faciliter l’apprentissage, commencent par la sourate la plus courte.

Une autre possibilité offerte par mankus al-Qur’ân est de lire certains versets à l’envers, soit en lisant à l’envers lettre à lettre (premiers cas illustrés ci-dessous), soit en intervertissant les deux moitiés du verset, chatr. Ce sont des figures particulières du palindrome. Mais, il est possible, tout comme dans la poésie de lire la deuxième partie, chatr, avant la première. Par contre, dans de nombreux cas, le sens va en être perturbé. L’idée de rendre le Coran intouchable est une idée institutionnelle mais n’a, à aucun moment, empêché les Musulmans de s’approprier le te…

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