Annoncé en grande pompe, le « trimestre anti-inflation » visait à contrer la flambée des prix alimentaires en France. Lancé officiellement en mars 2023, ce dispositif s'est achevé en décembre de la même année, après une prolongation. Mais quel bilan peut-on réellement tirer de cette initiative gouvernementale ? A-t-elle atteint ses objectifs ? A-t-elle réellement soulagé le porte-monnaie des Français ?

Genèse et Objectifs du Dispositif

Face à une inflation galopante, notamment sur les produits alimentaires, le gouvernement a mis en place le « trimestre anti-inflation ». Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a annoncé le lancement de cette opération à l'issue de négociations avec les distributeurs. L'objectif principal était de contenir l'augmentation des prix des produits de première nécessité, en incitant les distributeurs à proposer une sélection d'articles à des prix réduits. Initialement prévu pour une durée de trois mois, le dispositif a été prolongé face à la persistance de l'inflation.

L'idée de Bercy était de définir une gamme de produits alimentaires en supermarchés qui seraient protégés de la hausse des prix. Le gouvernement souhaitait initialement fixer une liste obligatoire de produits, mais le choix est finalement revenu aux enseignes elles-mêmes, chacune pouvant établir sa propre liste.

Modalités de Mise en Œuvre

Le gouvernement a donc « délégué » aux distributeurs la tâche de faire baisser les prix sur « un certain nombre de produits », sans qu'une liste exhaustive ne soit établie. Les produits concernés devaient être « vendus au prix le plus bas possible », sans seuil fixé, mais avec des contrôles assurés par le ministre pour vérifier le respect de cet engagement. Ces produits étaient signalés par un « logo tricolore », portant la mention « trimestre anti-inflation ».

Les distributeurs, selon Bruno Le Maire, ont accepté de « prendre leur part » dans la lutte contre l'inflation, ce qui leur coûterait « plusieurs centaines de millions d'euros ». En contrepartie, le gouvernement s'est engagé à ne pas recourir à des mesures plus contraignantes, telles que la baisse de la TVA ou le blocage des prix. Bruno Le Maire a rejeté ces deux solutions. La baisse de la TVA est selon lui « le contraire de ce qu’il faut faire », parce qu’elle est « inefficace pour les consommateurs et coûteuse pour les finances publiques ». Quant au blocage des prix, il n’en est pas question : « Nous ne sommes pas dans une économie dirigée, nous sommes dans une économie de marché. Je crois en la liberté du commerce. Nous ne bloquerons pas les prix administrativement.

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Un Bilan Mitigé et Contesté

Le bilan du « trimestre anti-inflation » est loin de faire l'unanimité. Si le gouvernement met en avant une baisse des prix sur les produits concernés, les associations de consommateurs, comme l'UFC-Que Choisir, contestent ces chiffres et soulignent que les prix ont parfois même augmenté.

Deux mois après le début du trimestre anti-inflation, le bilan est mitigé voire même carrément nul pour certains consommateurs. Lundi, le gouvernement et l'association UFC-Que Choisir se sont opposés sur les prix de ces produits. Si le gouvernement assure qu'ils ont baissé, l'association de consommateurs conteste.

Des chiffres contestés par l'UFC-Que Choisir, qui a effectué des relevés de prix sur les produits concernés dans chaque enseigne entre le 23 mars et le 10 mai.Résultat, les produits concernés par ce trimestre anti-inflation ont vu leur prix parfois grimper. 1,5% de hausse en moyenne chez Intermarché, 1,4% chez Casino, 1% chez Système U. Ils sont restés stables chez Carrefour et ont baissé de 0.3% chez Auchan.

Selon Circana, les volumes d’achats ont baissé de 4% en grande surface au premier semestre 2023, sur un an. Des résultats loin d’être encourageants. Mais sans le panier anti-inflation, la chute aurait peut-être pu être pire.

Les critiques formulées à l'égard du dispositif sont multiples :

  • Libre choix des produits laissés aux enseignes : Cette flexibilité a permis aux distributeurs de mettre en avant des produits peu consommés ou de marques distributeurs, sans réel impact sur le budget des ménages.
  • Manque de visibilité et de clarté : Les consommateurs ont souvent eu du mal à identifier les produits concernés et à comprendre les mécanismes de l'opération.
  • Effet limité sur l'inflation globale : Même si les prix de certains produits ont baissé, l'inflation globale a continué à progresser, notamment sur les produits alimentaires.
  • Absence de date officielle de fin: Ultime preuve de la confusion qui a continuellement entouré cette mesure : aucune date officielle de fin n’est établie.

Grégory Caret, directeur de l’Observatoire de la consommation à l’UFC Que-Choisir, estime que la mesure semble totalement oubliée. Lui aussi place sur le banc des accusés le libre choix laissé aux enseignes sur les produits concernés : « C’est un cadeau fait à la grande distribution. Il y avait pas mal de produits que les gens n’avaient pas l’habitude de mettre dans leur chariot, donc assez peu utiles. A cause de cela, le trimestre anti-inflation a été un épiphénomène et pas une mesure d’ampleur qui a changé la donne du ticket de caisse. »

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Impact sur les Comportements d'Achat

Malgré les efforts déployés, le « trimestre anti-inflation » n'a pas réussi à inverser la tendance à la baisse de la consommation. Les consommateurs ont continué à adapter leurs habitudes d'achat, en privilégiant les produits premiers prix, en réduisant les quantités achetées ou en se tournant vers d'autres circuits de distribution.

En 2023, les produits alimentaires sont 25 % plus cher qu’il y a deux ans. Les consommateurs changent leur habitude d’achat, soit en diminuant leur volume soit en baissant de gamme. Si le but était de protéger le pouvoir d’achat, elle n’a pas marché.

Prolongation et Fin du Dispositif

Initialement prévu pour se terminer en juin 2023, le « trimestre anti-inflation » a été prolongé jusqu'au 12 décembre 2023. Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, avait justifié cette décision par la nécessité de poursuivre la lutte contre l'inflation et de soutenir le pouvoir d'achat des Français.

Toutefois, à partir de cette date, l'opération a pris fin, sans être remplacée par un dispositif similaire. Le cabinet de la ministre du Commerce, Olivia Grégoire, a indiqué que « l’engagement pris par les distributeurs doit se terminer à la fin de l’année. De nouvelles opérations promotionnelles peuvent être menées par les magasins mais elles ne seront plus labellisées trimestre anti-inflation ».

Le Point de Vue des Distributeurs

Les distributeurs ont globalement salué l'initiative du « trimestre anti-inflation », tout en soulignant les contraintes qu'elle impliquait. Ils ont mis en avant les efforts consentis pour réduire leurs marges et proposer des prix attractifs sur une sélection de produits.

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Isabelle Senand, directrice des études à la Fédération des entreprises du Commerce et de la Distribution, refuse « de qualifier la mesure d’anonyme. Les retours consommateurs étaient positifs et les clients cherchaient les produits concernés ». Mais elle le reconnaît : le trimestre anti-inflation était limité dans son impact. « Selon les magasins, ils concernaient entre 150 et 300 produits, quand une enseigne en contient 30.000 en moyenne ».

Perspectives pour 2024

Le gouvernement souhaite désormais obtenir des baisses de prix plus significatives en 2024. Pour ce faire, il a avancé les négociations commerciales entre les marques et les magasins, dans le cadre d'un projet de loi adopté en novembre 2023. L'objectif est de permettre aux consommateurs de bénéficier plus rapidement des baisses de coûts de production et des matières premières.

Après avoir réussi à bloquer les prix de certains produits avec ce programme, le gouvernement passe à une nouvelle étape dans la lutte contre l’inflation en 2024. Il attend désormais de réelles baisses de tarifs : c’est tout l’intérêt d’avoir avancé les négociations commerciales entre les marques et les magasins, au travers du projet de loi adopté début novembre. Historiquement, ces négociations doivent se clôturer le 1er mars. Cette année, elles s'achèveront entre le 15 et le 31 janvier 2024. Pourtant, à ce jour, selon certains distributeurs, les marques seraient plutôt enclines à demander des hausses de prix que des baisses.

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