Face à la montée en puissance des nouvelles technologies, les modes de vie évoluent sans cesse, plaçant les écrans et les enfants au cœur des débats. L'hyperexposition des enfants aux écrans est devenue un enjeu majeur de santé publique. En effet, l'utilisation excessive des écrans peut avoir des conséquences sur le développement du cerveau des enfants, leur apprentissage des compétences fondamentales et leur capacité d'attention. Il est donc essentiel de comprendre les recommandations actuelles, les risques potentiels et les stratégies pour gérer l'utilisation des écrans chez les enfants.
L'Expansion du Temps d'Écran chez les Enfants
Les chiffres sont alarmants. En 2025, les enfants français de 6 à 17 ans passent en moyenne 4 heures et 11 minutes par jour devant un écran, en dehors du temps scolaire. Cette durée a augmenté de manière significative depuis 2020, notamment en raison des confinements et de la généralisation des outils numériques dans la vie quotidienne. Dès l’âge de 3 ans, plus de 80% des enfants sont exposés quotidiennement aux écrans, avec des temps d’utilisation qui doublent les jours sans école. Selon la Tice-éducation, dès 2 ans les enfants seraient déjà confrontés en moyenne à trois heures d’écran par jour. Les 8-12 ans, eux, passeraient près de cinq heures par jour devant les écrans.
Recommandations de la Société Canadienne de Pédiatrie et Autres Organisations
En Amérique du Nord et en Europe, plusieurs directions de santé publique et associations de pédiatres ont formulé des recommandations concernant l’exposition des enfants aux écrans. La Société Canadienne de pédiatrie et la Société Canadienne de Physiologie de l’Exercice recommandent de limiter le temps d’écran à moins d’une heure par jour pour les enfants de 3 à 4 ans. Plus précisément, la société canadienne de pédiatrie recommande d’éviter toute exposition avant deux ans, de limiter le temps passé devant un écran à moins d’une heure par jour entre deux et quatre ans, à deux par jours pour les enfants et jeunes de 5 à 17 ans.
La publication "Caring for Our Children - National Health and Safety Performance Standards Guidelines for Early Care and Education Programs" soutenue par l’académie américaine de pédiatres recommande de ne pas exposer les enfants de moins de 2 ans aux écrans, entre 2 et 5 ans, une heure maximum par jour peut être possible dans un but éducatif précis et en présence d’un adulte pouvant favoriser leur apprentissage, et pour les enfants de plus de 5 ans, est reconnu qu’ils peuvent avoir besoin des médias numériques pour faire leurs devoirs.
Avant 3 ans, il est recommandé d'éviter la télévision et les écrans non interactifs car ils contribuent à renforcer la passivité des jeunes enfants et à les éloigner de ceux dont ils ont fondamentalement besoin à cet âge : interagir avec leur environnement en utilisant leurs sens (toucher, voir, entendre, bouger, etc.). A partir de 3 ans, la télévision peut être introduite mais avec modération. A cet âge, l’enfant renforce ses acquisitions et commence son apprentissage de l’autorégulation. Les limites imposées au temps d’écran doivent en faire partie : de 1/2H à 3 ans à 1 heure maximum par jour à 6 ans. Jamais d’écran dans la chambre, les écrans doivent être dans une pièce commune. Entre 3 et 6 ans : n’offrez pas de console de jeu personnelle à votre enfant. Evitez également de placer un ordinateur ou un poste de télévision dans la chambre de votre enfant. Limitez le temps d’écran en fixant des règles claires sur le moment durant lequel ils peuvent être utilisés et la durée d’utilisation. Entre 6 et 9 ans : fixez un temps d’écran autorisé et laissez la liberté à l’enfant de le répartir comme il le souhaite. Veillez à ce qu’il continue à consacrer du temps à des activités hors écrans. A partir de 9 ans : initiez votre enfant à Internet. Accompagnez-le dans cette découverte et expliquez-lui les dangers d’Internet en insistant notamment sur le fait que tout ce qui est mis sur le web peut tomber dans le domaine public, ne peut pas être effacé et n’est pas nécessairement vrai. Continuez à fixer une durée autorisée en laissant l’enfant la répartir comme il souhaite entre les différents écrans.
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La Règle du 3-6-9-12
Le psychiatre Serge Tisseron propose une approche progressive avec sa « règle du 3-6-9-12 » :
- Avant 3 ans: Jouons, parlons, arrêtons la télé.
- De 3 à 6 ans: Limitons les écrans, partageons-les, parlons en famille.
- De 6 à 9 ans: Créons avec les écrans, expliquons-lui internet.
- De 9 à 12 ans: Apprenons-lui à se protéger et à protéger ses échanges.
- Après 12 ans: Restons disponibles.
La Règle des 4 Pas
La psychologue-clinicienne Sabine Duflo évoque pour sa part des principes visant davantage à délimiter les temps et les espaces de consommation de l’écran. C’est ce qu’elle a nommé « la règle des 4 pas » : pas d’écrans le matin, pas d’écrans durant les repas, pas d’écrans avant de s’endormir, pas d’écrans dans la chambre de l’enfant.
Les Risques Associés à l'Hyperexposition aux Écrans
Passer trop de temps devant les écrans peut entraver le développement du cerveau et l’apprentissage des fondamentaux. Les études récentes montrent que l’exposition précoce et excessive aux écrans altère le développement du langage, de l’attention et des fonctions exécutives. Si le contenu que vous les autorisez à voir est violent, ils pourraient également souffrir d’anxiété et faire des cauchemars. Cette fameuse lumière bleue présente dans les écrans aurait aussi des répercussions sur les yeux des enfants dont le cristallin de l’œil n’a pas fini de se développer. Celui-ci n’est pas en mesure de filtrer complètement la lumière bleue.
Des cliniciens décrivent un syndrome spécifique chez les jeunes enfants surexposés : troubles de l’attention, retard de langage, motricité fine altérée, agressivité, et intérêt exclusif pour les écrans.
- Développement du langage: Les enfants surexposés aux écrans ont plus de risques de souffrir d’un retard de langage que les autres.
- Bien-être et équilibre: Au-delà de quatre heures par jour, le risque de voir apparaître des problèmes émotionnels et une mauvaise estime de soi seraient notamment considérablement accrus. L’hyperconnectivité est associée à une augmentation des symptômes dépressifs et anxieux, notamment chez les adolescents.
- Santé physique: Une surconsommation d’écrans contribue à réduire le temps consacré aux activités physiques et peut favoriser la tendance au grignotage. La conjonction des deux peut alors entraîner une prise de poids, voire une obésité.
- Sommeil: La lumière bleue des écrans perturbe la sécrétion de mélatonine, hormone du sommeil. Les enfants exposés le soir s’endorment plus tard, dorment moins bien et sont plus fatigués le jour.
- Attention et concentration: Les écrans fatiguent l’attention et empêchent la concentration, même à petite dose.
Exemples Cliniques
- Lucas, 4 ans: Adressé en consultation pour des troubles du sommeil et de l’agitation. Ses parents rapportent qu’il regarde des vidéos sur tablette dès le réveil et avant le coucher, pour un total de 3h à 4h par jour. L’examen clinique révèle un retard de langage et des difficultés de concentration.
- Emma, 2 ans et demi: Ne parle pas encore. Ses parents utilisent régulièrement la tablette pour la « calmer ». Le bilan orthophonique révèle un retard global de langage.
- Théo, 7 ans: Se réveille plusieurs fois par nuit et est irritable le matin. Ses parents découvrent qu’il regarde des vidéos sur son téléphone dans son lit.
- Léa, 14 ans: Passe plus de 5h par jour sur les réseaux sociaux. Elle présente une baisse de l’estime de soi et des idées noires.
- Noah, 9 ans: (6h d’écran/jour), a bénéficié d’un accompagnement global : réduction progressive du temps d’écran, inscription à un club de judo, et suivi en TCC pour gérer l’irritabilité liée au sevrage.
Comment Gérer l'Utilisation des Écrans chez les Enfants
Il est possible d’éviter tous les impacts négatifs liés aux écrans. Il suffit seulement d’inculquer les bonnes pratiques à ses enfants. Les écrans ont un effet hypnotisant sur nous adultes, comme sur les enfants. Avant 3 ans, il est important pour l’enfant d’avoir des interactions riches avec son environnement. Cet usage encourage la passivité des enfants. Cela empêchera à votre enfant de passer des nuits entières devant un écran sans que vous ne soyez au courant. Comme ne pas utiliser d’écran à table ou pas avant que les devoirs ne soient faits. Montrez qu’il est mieux de manger en discutant (mais pas la bouche pleine), plutôt que d’être sur une tablette devant des vidéos. Les écrans sont un danger uniquement quand ils ne savent pas être utilisés.
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- Fixer des limites de temps: Selon la Société Canadienne de pédiatrie et la Société Canadienne de Physiologie de l’Exercice, de 3 à 4 ans, il faudrait limiter le temps d’écran à moins d’une heure par jour.
- Choisir du contenu de qualité: Pour les enfants âgés de 18 à 24 mois, si vous voulez introduire les médias numériques, choisissez une programmation de haute qualité et utilisez les médias avec votre enfant. Surveillez le contenu multimédia des enfants et les applications utilisées ou téléchargées.
- Éviter l'utilisation comme moyen d'apaisement: Évitez d’utiliser les médias comme seul moyen de calmer votre enfant. Bien qu’il y ait de courtes périodes (p. ex. procédures médicales, vols en avion) où les médias puissent se révéler utiles , on craint que l’utilisation des médias comme stratégie d’apaisement puisse mener à des problèmes pour accepter les limites ou à l’incapacité des enfants à développer leur propre régulation des émotions.
- Créer des zones sans écran: Gardez les chambres à coucher, les repas et les jeux parents-enfants libres d’écran. Ne pas utiliser d’écran à table ou pas avant que les devoirs ne soient faits. Sans écrans dans sa chambre, l’enfant apprend à ne pas s’angoisser quand il est seul. Il peut alors imaginer, créer, inventer. Les parents gardent le contrôle sur ce qui entre dans le cerveau de l’enfant.
- Encadrer l'utilisation: L’accompagnement doit impérativement passer par l’interaction entre l’enfant et l’adulte, car c’est là que ce dernier aura le loisir d’expliquer, resituer et évaluer l’expérience en se rendant disponible.
- Donner l'exemple: Si la plupart des parents estiment plutôt donner le bon exemple, leurs pratiques diffèrent pourtant bien peu de celles des adultes sans enfant. Comme les non parents, il leur arrive de consulter un écran pendant un repas en famille - 20%, pour 19% des non parents - alors que 66% jugent la pratique inacceptable.
- Promouvoir d'autres activités: Le temps passé devant un écran limite le temps d’activité physique indispensable au développement de leurs habiletés motrices - qui leur permettent de courir, faire du vélo, jouer au ballon… Et réduit leurs interactions avec les autres membres de la famille, nécessaires aussi à leur développement notamment langagier. Connaître et tenter de respecter les recommandations en lien avec l'activité physique selon les âges. La sédentarité et le manque d'activité physique nuisent au sommeil. Parler souvent et régulièrement avec son enfant stimule son langage et son intelligence.
- Être vigilant aux signes d'alerte: Être capable de repérer les signes d’alerte.
Mesures Légales et Sensibilisation
En France, depuis 2025, l’interdiction des écrans avant 3 ans dans les lieux d’accueil de la petite enfance est inscrite dans la loi. En France, une loi a été adoptée en novembre pour justement lutter contre l’exposition précoce des enfants aux écrans. Elle prévoit d’obliger les fabricants d’outils et de jeux numériques disposant d’un écran d’assortir les emballages de ces produits d’un message avertissant des dangers pour le développement des enfants de moins de trois ans. Que toute publicité pour des télévisions, smartphones, ordinateurs portables, tablettes et jeux numériques, quel que soit son support, devra être assortie d’un message à caractère sanitaire. A.B.B.
Les Écrans : Ni Diabolisés, Ni Idolâtrés
Tandis que certains les diabolisent d’un côté, d’autres vendent leur extrême utilité dans le cadre de l’apprentissage. Parmi ce flot d’informations, que devons-nous retenir ? Comment gérer l’utilisation des écrans des enfants ? Les écrans ne sont pas un danger. Les écrans favorisent certains apprentissages ; ils permettent l’accès à des savoirs et sont source de divertissement. La Société canadienne de pédiatrie souligne comme bienfaits : « les émissions […] diffusées ou en ligne qui sont adaptées […] peuvent être des expériences d’écran immersives et informatives ; les médias sur écran peuvent améliorer la performance scolaire des enfants, enrichir leurs connaissances […] les jeux vidéo […] peuvent occuper la même fonction que les jeux traditionnels et contribuer au développement de l’identité, de la cognition et de la socialisation […] ».
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