Chaque mois, des millions de femmes font face à des douleurs plus ou moins intenses pendant leurs règles. Pour certaines, ces douleurs peuvent devenir invalidantes, au point de perturber significativement leur quotidien professionnel. Face à cette réalité longtemps invisibilisée, une solution émerge progressivement dans le débat public, depuis bientôt dix ans maintenant : l’arrêt menstruel. Mais de quoi parle-t-on exactement ? Cet article explore le tabou persistant autour des menstruations en Afrique, ses racines profondes, ses conséquences désastreuses et les solutions innovantes mises en œuvre pour briser le silence et améliorer la vie des femmes et des filles.

Introduction

La menstruation est un phénomène physiologique au cours duquel l’utérus évacue du sang et des tissus par le vagin. C’est un processus mensuel, naturel et sain chez les personnes qui ont un utérus, non enceintes en âge de procréer (femmes, filles, hommes transgenres ou personnes non-binaires). Au cours de sa vie, une personne menstruée passe en moyenne trois à huit ans à avoir ses règles. Pour certain·e·s, elles représentent un désagrément plus ou moins fort. Pourtant, le secret qui entoure les menstruations est tel que beaucoup de personnes menstruées ne savaient pas ce qu’étaient les règles avant de les avoir. C’est le cas pour 2 filles sur 3 au Bangladesh âgées de 13 ans ou moins (2).

Les Racines du Tabou

Le tabou des règles est profondément ancré dans de nombreuses cultures africaines, résultant d'un mélange complexe de croyances traditionnelles, de normes sociales et de désinformation. Ces préjugés résultent des discriminations qui touchent les femmes. En effet, les inégalités hommes-femmes impactent tous les domaines de la vie, y compris la santé sexuelle et reproductive. Dans beaucoup de sociétés, tout ce qui touche au corps et à la vie des femmes est passé sous silence.

Croyances et Superstitions

Les superstitions associées aux règles sont telles qu’elles privent parfois les femmes de leur liberté, voire tuent. En Inde et au Népal, selon la tradition du Chaupadi, les femmes sont considérées comme impures pendant leurs menstruations. Il leur est interdit d’entrer dans une cuisine, de toucher certains aliments. Elles sont parfois même exclues de chez elles, et vivent dans des abris de fortune. Exposées au froid, aux morsures de serpent, aux agressions, des femmes meurent de ces traditions sexistes. « Quand j’ai eu mes premières règles, je n’ai pas eu le droit de voir des hommes ou des garçons pendant plus de 10 jours.

Manque d'Information et d'Éducation

Le manque d’information sur les règles est terrible dans ce qu’il produit d’exclusion des filles, des femmes et toutes les personnes menstruées. Dans de nombreuses communautés, les menstruations restent entourées de silence, de honte et de croyances négatives. Ces tabous empêchent les personnes menstruées de parler librement de leurs besoins ou d’accéder à une information fiable sur leurs corps et leur santé. Le manque d'accès à des protections périodiques fiables, la peur des moqueries, obligent des milliers de filles à manquer des jours de classe chaque mois. Ces absences répétées peuvent entrainer un décrochage scolaire progressif.« La première fois que j’ai eu mes règles, mes camarades ont ri de moi.

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Conséquences Désastreuses

Les tabous et le manque d'information entourant les menstruations ont des conséquences profondes et variées sur la vie des femmes et des filles en Afrique.

Impact sur l'Éducation

Alors que l’écart dans l’accès à l’éducation des filles et des garçons se réduit, trop de filles continuent d’être déscolarisées à l’âge de la puberté. En cause, les mariages forcés, qui restent une réalité, mais aussi le tabou des règles.

En Afrique subsaharienne, nombres de filles perdent 20 % de leur temps scolaire et certaines peuvent même abandonner complètement l'école. Elles sont généralement gênées et ont tendance à le cacher plutôt qu'à chercher l’aide et les informations nécessaires. 1 fille sur 10 en Afrique subsaharienne manque l’école pendant son cycle menstruel.

Précarité Menstruelle

Dans le monde, des millions de femmes n’ont pas accès à des protections périodiques adéquates. En cause, la précarité économique et menstruelle. Dans des pays touchés par l’extrême pauvreté ou les crises humanitaires, alors que se nourrir est déjà un défi pour des familles, les serviettes et tampons sont même considérés comme un produit de luxe. La seule solution est d’utiliser des protections de fortune : du papier journal, des vieux tissus, des morceaux de matelas utilisés, ou même de la boue séchée. « Le manque de serviettes hygiéniques a été un désastre dans ma communauté.

Aujourd’hui dans le monde, on estime à 500 millions le nombre de femmes et de filles qui n’auraient pas les moyens de se procurer régulièrement des protections hygiéniques, des pilules antidouleurs ou des sous-vêtements pendant leur règle. En France , elles sont encore près de quatre millions . C’est ce qu’on appelle la précarité menstruelle. La précarité menstruelle désigne la difficulté voire l’impossibilité pour des personnes menstruées d’accéder aux produits d’hygiène nécessaires pendant leurs règles (serviettes, tampons, culottes menstruelles, etc) ou à de l’eau potable et à des installations sanitaires.

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Conséquences sur la Santé

L’utilisation de protections menstruelles non adaptées cause également des risques pour la santé. Les chiffons ou papiers utilisés sèchent lentement et sans possibilité de se laver correctement et régulièrement, ils provoquent des infections. Au-delà de la douleur physique, la précarité menstruelle peut entraîner un mal-être psychologique, de la honte ou du stress.

Manque d'Infrastructures Sanitaires

En 2024, 3,5 milliards de personnes ne disposaient toujours pas de toilettes sûres, soit près de la moitié de la population mondiale (3). Pour les femmes, l’absence d’intimité, d’accès à de l’eau et du savon rend impossible une hygiène intime adaptée. Cette absence d’infrastructures sanitaires dans les écoles, est aussi un lourd facteur de déscolarisation des filles. Dans le monde, 13% des écoles ne disposent d’aucun service d’assainissement : plus de 240 millions d’enfants sont concernés.

Exclusion et Discrimination

Les filles et les femmes peuvent être exclues de l’école, de la communauté, des cérémonies religieuses ou elles ne peuvent pas toucher la nourriture. Cette exclusion, fondées sur des croyances discriminantes, nuit à leur intégration sociale et à leur capacité à faire entendre leur voix.

Initiatives et Solutions

Face à ces défis, de nombreuses organisations et communautés mettent en œuvre des solutions innovantes pour briser le tabou, améliorer l'accès à l'hygiène menstruelle et soutenir l'éducation des filles.

Sensibilisation et Éducation

Des organisations telles que le Forum des éducatrices africaines (FAWE) mènent des programmes de sensibilisation dans les écoles pour s'assurer que les filles reçoivent les informations correctes sur leur santé menstruelle.

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Plan International se bat pour faire progresser les droits des filles et des femmes à la santé menstruelle. L’ONG met ainsi en place des campagnes de sensibilisation pour aider les filles et les jeunes femmes à comprendre leurs corps, à connaître leurs droits et à gérer leurs règles en toute sécurité et sans honte. Ces actions s’adressent aux garçons et aux hommes afin de lutter contre les stéréotypes de genre et de favoriser un changement durable des mentalités. L’objectif est de construire des environnements scolaires et communautaires où les règles ne sont plus un facteur d’exclusion, mais un sujet compris et respecté par tous et toutes.

Amélioration de l'Accès aux Protections Menstruelles

La diffusion de ces illustrations sur les réseaux sociaux dans le cadre de la campagne de sensibilisation, lancée par CARE France, est un premier pas pour casser le tabou des règles. Mais l’ONG CARE va plus loin aujourd’hui : En lançant un module pédagogique en ligne et gratuit, soit 10minutes pour mieux comprendre les causes, conséquences et solutions du tabou des règles, avec Teach on earth.

Amélioration des Infrastructures Sanitaires

Un point-clé selon Diane Richard, de Plan International: « La précarité menstruelle est un gros frein à l'éducation, notamment dans l'accès à des latrines privées et propres qui leur permet de se changer au moment de la puberté. »

Programmes Communautaires

En Afrique subsaharienne, les tabous autour des menstruations, considérées comme sales, honteuses voire l'œuvre d'esprits maléfiques, sont un véritable fléau qui touche les jeunes filles à tous les niveaux de leur vie. «Il fallait que l'on agisse spécifiquement sur la gestion menstruelle comme stratégie de maintien des filles à l'école.» Justin Akpo, chef du projet béninois de l'association Action Éducation. Ce processus dramatique est tellement ancré dans les communautés au Bénin qu'il passe souvent inaperçu -ou du moins, il continue sans que l'on ne regarde le problème en face.

L'intégration de la communauté reste une étape clé pour s'assurer de la bonne «greffe» d'un changement de mentalité, reconnaît Diane Richard, de Plan international. «Il ne faut surtout pas réduire ce sujet à uniquement un sujet de femmes et de filles. Bien sûr, dans les communautés, la transmission, quand elle se fait puisqu'elle ne se fait pas toujours, se fait généralement entre femmes. Entre les grands-mères, les mères, les filles. L'idée, ça va être de briser le tabou autour d'un sujet vu comme uniquement féminin et d'impliquer les hommes, les garçons et toutes les échelles de la communauté: les parents, les enseignants, les chefs de village, etc. Le but, c'est que ce sujet soit normal, qu'o…

L'Arrêt Menstruel : Une Solution Controversée

Note : le terme « congé menstruel » est principalement utilisé par les médias. Or, les porteurs des différentes propositions de loi visant à instaurer cette mesure évoquent un “arrêt menstruel”. Cette distinction n’est pas anodine : elle reflète deux visions différentes d’un même dispositif. L’une évoque un droit à s’absenter, l’autre un arrêt médical spécifique pour une condition particulière. Concrètement, il s’agit de permettre aux personnes souffrant de règles particulièrement douloureuses de s’absenter de leur travail sans perte de salaire, selon des modalités qui varient considérablement d’un pays à l’autre et d’une entreprise à l’autre.

L'arrêt menstruel à travers le monde

C’est en Asie que l’arrêt menstruel a fait ses premiers pas, et ce bien avant que le sujet ne devienne tendance dans les débats occidentaux. Le Japon fait figure de pionnier absolu en la matière : dès 1947, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le pays inscrit dans l’article 68 de son Code du travail le droit à l’arrêt menstruel. La formulation est claire : « lorsqu’une femme, qui expérimente des cycles menstruels douloureux, souhaite disposer d’un congé, l’employeur doit respecter sa demande ». Aucune limite de temps n’est fixée, et les entreprises ne peuvent forcer une employée à travailler si elle demande à être en arrêt menstruel. Néanmoins, si ce droit était populaire dans les années 1960 (26% des femmes y recouraient), son utilisation a considérablement diminué avec le temps. Une étude du ministère japonais du Travail réalisée en 2020 révèle que seulement 0,9% des employées éligibles déclarent aujourd’hui prendre des arrêts menstruels. Cette faible utilisation s’explique notamment par la pression sociale, la culture du présentéisme et le fait que certaines entreprises offrent des primes aux femmes qui n’utilisent pas ce droit.

L’Indonésie a suivi de près l’exemple japonais en instaurant dès 1948 un dispositif similaire, prévoyant un ou deux jours de congés payés en début de cycle menstruel pour les femmes souffrant de règles douloureuses. La loi a cependant été modifiée en 2003, obligeant désormais les employées à négocier avec leurs entreprises via les conventions collectives pour accéder à ce droit. Dans les faits, de nombreuses entreprises n’autorisent qu’un seul jour de congé menstruel, voire aucun, en ignorant simplement la législation.

En Corée du Sud, l’arrêt menstruel a été introduit plus tardivement, en 2001. Les employées peuvent prendre un jour d’arrêt menstruel par mois, non payé. Les entreprises qui ne respectent pas cette disposition s’exposent à une amende d’environ 3 750 euros. Malgré cette sanction, seules 19% des employées déclarent utiliser ce droit, selon un sondage effectué en 2018. La pression sociale et le tabou autour des règles restent des freins puissants.

Taïwan a également adopté un système d’arrêt menstruel, mais avec des limites plus strictes : un jour par mois dans la limite de trois jours par an. Au-delà, les absences sont comptabilisées comme des arrêts maladie classiques. La particularité : les arrêts menstruels sont remboursés comme des demi-journées travaillées.

En Afrique, la Zambie a fait figure de précurseur en adoptant en 2015 une loi accordant aux femmes le droit à un jour de congé supplémentaire par mois, sans préavis ni certificat médical en cas de règles douloureuses. Surnommé pudiquement « fête des mères » (Mother’s Day), ce dispositif rencontre encore des résistances chez certains employeurs, mais les syndicats œuvrent activement pour que les salariées puissent exercer pleinement ce droit.

En Europe, c’est l’Espagne qui a brisé un tabou en devenant, en février 2023, le premier pays du continent à adopter un arrêt menstruel national. La nouvelle législation garantit un arrêt de travail pour les femmes souffrant de règles douloureuses, entièrement pris en charge par l’État. Cette mesure s’inscrit dans une loi plus large sur la santé menstruelle, qui prévoit également la mise à disposition gratuite de protections périodiques dans les établissements publics, par le biais de distributeurs.

L'arrêt menstruel en France : entre initiatives locales et débat parlementaire

En France, en l’absence de législation nationale, ce sont d’abord des entreprises qui ont ouvert la voie. A l’instar du fabricant de mobilier Louis Design, près de Toulouse, qui propose des jours de congés payés supplémentaires aux salariées souffrant de règles douloureuses. Le producteur de coquillages Marédoc, dans l’Hérault, offre quant à lui huit heures par mois d’arrêt menstruel sur simple demande à l’employeur. Plus récemment, le groupe Carrefour a annoncé la mise en place d’un dispositif spécifique sous forme de 12 jours de congés supplémentaires par an. Cette mesure est toutefois réservée aux femmes ayant obtenu la reconnaissance de la qualité de travailleuses handicapées (RQTH) ou disposant d’une attestation d’invalidité délivrée par la CPAM, ce qui limite considérablement son champ d’application.

Du côté des collectivités territoriales, la ville de Saint-Ouen est devenue en mars 2024 la première à proposer à ses agentes publiques un arrêt menstruel, sous la forme de deux jours de congés payés par mois en cas de règles douloureuses, sur présentation d’un certificat médical. D’autres collectivités ont suivi le mouvement, comme Grenoble, Arras, Strasbourg et Lyon, avec des modalités variables.

Le monde universitaire n’est pas en reste : l’université d’Angers a été la première en France à inscrire dans sa charte, depuis la rentrée de septembre 2023, une autorisation d’absence spéciale de 10 jours par an pour arrêt menstruel. Cette mesure pionnière ne nécessite pas d’avis médical, une simple déclaration au service de scolarité suffit. L’université de Rennes propose quant à elle 14 jours d’arrêt menstruel par an sans justificatif médical, considérés comme des absences justifiées pour le contrôle d’assiduité et les examens.

Au niveau national, le débat sur l’arrêt menstruel a pris une nouvelle dimension avec le dépôt de deux propositions de loi à l’Assemblée nationale, en 2023 puis en 2024. Cette dernière proposition, portée par le député Sébastien Peytavie (Les Écologistes) et appuyée par 22 autres députés de son groupe, vise à instaurer un « arrêt de travail pour menstruations incapacitantes », et non un « congé menstruel » à proprement parler. Le texte prévoit plusieurs dispositions :

  • Jusqu’à 13 jours d’arrêt maladie par an sans jour de carence (avec certificat médical)
  • Mise en place d’un arrêt de travail spécifique pour les femmes souffrant de dysménorrhée dont l’endométriose (jusqu’à deux jours par mois), entièrement pris en charge par la sécurité sociale
  • Possibilité d’une organisation en télétravail pour les femmes souffrant de dysménorrhée invalidante

Pourquoi soutenir l’arrêt menstruel ?

Selon une étude de l’Ifop réalisée en 2022, 65% des femmes en activité salariée ont déjà été confrontées à des difficultés liées à leurs règles au travail, et 53% déclarent avoir des règles douloureuses. Plus significatif encore, 35% affirment que ces douleurs ont un impact négatif sur leur travail. Ces chiffres sont corroborés par d’autres études : 44% des femmes ont déjà manqué le travail ou connaissent une personne qui a manqué le travail en raison des menstruations.

Pour les personnes souffrant d’endométriose (une maladie qui touche environ une femme sur dix en France), la situation est encore plus critique : selon une enquête Ipsos et EndoFrance réalisée en 2020, 88% des femmes atteintes estiment que la maladie a un impact sur leur bien-être au travail. S’évertuer à se rendre au travail malgré de fortes douleurs, des migraines, une fatigue généralisée ou des malaises impose de repousser ses limites physiques, ce qui a inévitablement des conséquences sur la santé mentale.

D’abord, l’arrêt menstruel permet une meilleure gestion de la santé : pouvoir se reposer pendant les jours les plus douloureux du cycle contribue à réduire le stress et l’anxiété, avec des effets positifs sur la santé mentale globale. Sur le plan professionnel, contrairement aux idées reçues, l’arrêt menstruel pourrait améliorer la productivité. En donnant la possibilité aux personnes concernées de rester chez elles en cas de douleurs intenses, on favorise une meilleure efficacité le reste du temps.

L’arrêt menstruel contribue également à la déstigmatisation des règles en entreprise. En 2021, un sondage OpinionWay révélait que 68% des Français estimaient que les règles étaient un sujet tabou en entreprise. En officialisant la possibilité de s’absenter pour ce motif, on normalise les conversations autour de la santé menstruelle et on crée un environnement de travail plus inclusif.

Quand l’arrêt menstruel créé la polémique

Malgré ses avantages potentiels, l’arrêt menstruel suscite des inquiétudes légitimes, notamment concernant les risques de discrimination à l’embauche. Certaines craignent que les employeurs, anticipant des absences régulières, ne soient tentés de moins recruter de femmes, particulièrement à des postes à responsabilités.

Un paradoxe troublant vient renforcer ces inquiétudes : selon l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), le Japon, l’Indonésie et la Corée du Sud, pays pionniers en matière d’arrêt menstruel, comptent aussi parmi ceux qui affichent les plus grandes inégalités salariales entre hommes et femmes. Si cette corrélation ne prouve pas une causalité, elle invite néanmoins à la réflexion. L’expérience japonaise montre d’ailleurs que le droit à l’arrêt menstruel, bien qu’inscrit dans la loi depuis plus de 70 ans, est très peu uti…

Témoignages et Histoires de Réussite

Des initiatives locales au Bénin et au Sénégal montrent comment des programmes de sensibilisation, l'amélioration des infrastructures et la production locale de serviettes hygiéniques peuvent transformer la vie des filles et des femmes.

Bénédicte au Bénin

À Abomey-Calavi, dans le département de l'Atlantique, sud du Bénin, Bénédicte se souvient encore de son premier jour de règles. Un évènement traumatisant pour la jeune écolière de 13 ans, qui étudie à l'école primaire publique Houèkè Honou. «Quand c'est arrivé, je ne savais pas du tout ce que c'était», confie-t-elle. Sa tante lui montre alors, non sans gêne, comment cacher ce problème: elle place un bout de vieux vêtement entre ses jambes et l'entoure d'un sentiment de honte qui se transmet de génération en génération. De retour à l'école, cette honte se transforme en obstacle paralysant. «Il y avait des traces de sang derrière mon kaki [l'uniforme scolaire, ndlr] et quand je me suis levée, mes camarades l'ont vu. J'ai dû dire que c'était du bissap [ou jus d'hibiscus, boisson de couleur rouge, ndlr].

Moins d'un an après la fin du programme, Bénédicte et des milliers d'autres écolières sont déjà de retour sur les bancs de l'école, malgré les nombreux défis auxquels elles font face.

Seynabou au Sénégal

Quand Seynabou Bâ arrive à l'école, elle est toujours en avance. La jeune Sénégalaise de 14 ans traverse la cour de l'établissement, les pieds dans le sable, en suivant l'ombre des arbres. Direction une petite pièce au centre de l'école: l'atelier de confection de serviettes hygiéniques. Il y a encore quelques années, rentrer dans une pareille pièce à la vue de tous aurait été impensable pour Seynabou Bâ. La question des menstruations était taboue dans le collège Habib-Sy de la commune de Tiavouane au Sénégal -comme dans une majeure partie de l'Afrique- et avoir ses règles signifiait manquer l'école. «J'avais presque trois jours d'absence [par mois] à cause des règles, se souvient la jeune Sénégalaise.

Grâce à la sensibilisation, à la construction de toilettes adaptés aux filles et à la mise en place d'un atelier de confection de serviettes hygiéniques, plusieurs écoles du pays -dont celle de Seynabou Bâ- ont pu lutter efficacement contre les tabous et la précarité menstruelle. Au point d'inciter des milliers de jeunes filles à rester sur les bancs de l'école.

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