La fausse couche, un événement douloureux et souvent minimisé, touche pourtant une femme sur quatre en France. Trop souvent reléguée au silence, elle représente une souffrance invisible qu'il est urgent de reconnaître et d'accompagner. Cet article vise à lever le voile sur ce tabou persistant, à explorer les répercussions multiples de la fausse couche et à souligner l'importance d'un soutien adapté pour les personnes touchées.

Un tabou persistant et une souffrance sous-estimée

La fausse couche est un événement fréquent, touchant 15 à 20 % des grossesses, soit environ 200 000 femmes par an en France. Malgré sa fréquence, elle reste un sujet tabou, peu abordé dans la sphère publique et privée. Ce silence est alimenté par divers facteurs, notamment la gêne, la pudeur, la peur de la réaction de l'autre et la difficulté à exprimer un deuil sans "vécu" tangible.

Comme le souligne la députée Paula Forteza, il est essentiel de briser l'isolement des femmes qui vivent une fausse couche. Elle s'interroge : "Pourquoi n’en avais-je jamais entendu parler avant? Pourquoi en avoir fait collectivement un tabou, une expérience à passer sous silence sous prétexte qu’elle serait glauque et choquante?".

Les multiples répercussions de la fausse couche

La fausse couche n'est pas un simple "non-événement". Elle engendre des répercussions aussi bien physiques que psychologiques, affectant la santé mentale, la vie de couple, la sexualité et le désir d'enfant. Près de 9 femmes sur 10 ayant vécu une fausse couche rapportent des répercussions significatives sur leur santé mentale. En plus des impacts émotionnels, 55 % des femmes affirment que cela a affecté leur relation de couple, tandis que 40 % ressentent un impact au travail.

Le deuil périnatal, qui inclut la fausse couche, est souvent mal compris par l'entourage et décrit par les parents concernés comme un sujet tabou. Il peut concerner des parents confrontés à des « grossesses non abouties », quels que soient leur terme et la cause du décès (fausse couche, mort fœtale in utero, grossesse extra-utérine, interruption médicale de grossesse IVG, réduction embryonnaire).

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L'importance d'un accompagnement adapté

Malgré l’ampleur des répercussions, 91 % des femmes concernées n’ont bénéficié d’aucun accompagnement psychologique. Cette absence de soutien aggrave la douleur, laissant de nombreuses personnes démunies. Il est crucial de reconnaître la fausse couche comme un deuil légitime et d'offrir un accompagnement psychologique et médical adapté aux personnes touchées.

Comme le souligne une responsable de l'association Petite Émilie, "C'est le deuil d'un enfant qui n'est pas né, c'est aussi le deuil d'un projet, le deuil de tout un désir de conception, de famille qu'il faut faire". Face à ses proches, mais aussi à la société, c'est un deuil qui peut être compliqué à faire, mais aussi à faire comprendre, car "il est difficilement admis qu'on fasse le deuil de quelqu'un qui n'a pas existé. Il n'y a pas de vécu, de souvenirs" à évoquer pour l'entourage.

Initiatives et pistes d'amélioration

Conscients de ce problème, des initiatives commencent à émerger pour mieux accompagner les femmes et les couples confrontés à la fausse couche. En 2024, la possibilité de bénéficier d’un arrêt de travail sans délai de carence a été instaurée. Des associations proposent des groupes de parole pour réunir des parents endeuillés, en présentiel ou en distanciel. Certaines maternités proposent un "carré des bébés" dans les cimetières, où les parents peuvent retrouver la tombe.

Il est également possible, au choix des parents, d'inscrire le prénom de l'enfant dans le livret de famille. Une proposition de loi permettant d'inscrire le nom de famille sur l'acte d'enfant sans vie a été votée à l'unanimité au Sénat cet été.

La journaliste Sandra Lorenzo souligne que la France manque cruellement de dispositifs d’accompagnement. Elle propose, entre autres pistes, un livret à distribuer dans les lieux de santé pour informer les femmes sur la fausse couche et leur indiquer les ressources vers lesquelles elles peuvent se tourner. En Nouvelle-Zélande, même si ce n’est pas suffisant, la femme et le co-parent disposent de trois jours de congés.

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Témoignages et expériences

Les témoignages de femmes ayant vécu une fausse couche sont essentiels pour briser le silence et sensibiliser le public. Prudence et Laurence, deux "mamanges", racontent leur expérience du deuil périnatal. Elles soulignent le manque de sensibilité de l'entourage et la difficulté d'aborder le sujet.

Mathilde Lemiesle, autrice d'une bande dessinée sur ses fausses couches, veut que l’on parle des fausses couches, que l’on cesse d’en faire un sujet tabou, qui force au silence et à la solitude. Elle veut faire connaître la douleur que l’on ressent. « C’est presque rien, on pourrait penser, c’est tellement souvent banalisé et minimisé par l’entourage, le monde médical et la société. »

Conseils et recommandations

Voici quelques conseils pour accompagner une personne ayant vécu une fausse couche :

  • Écouter sans juger : Offrir une oreille attentive et empathique, sans minimiser la douleur ou donner des conseils non sollicités.
  • Reconnaître le deuil : Valider la souffrance de la personne et lui permettre de vivre son deuil à son rythme.
  • Proposer un soutien concret : Offrir son aide pour les tâches quotidiennes, les démarches administratives ou la garde des enfants.
  • Respecter le silence : Ne pas forcer la personne à parler si elle n'en ressent pas le besoin.
  • Se renseigner sur les ressources disponibles : Orienter la personne vers des associations, des groupes de parole ou des professionnels de santé spécialisés dans le deuil périnatal.

Comme le conseille une spécialiste, "Juste une main sur l'épaule. Dire +je suis là, si tu veux en parler+. Un coup de fil au parent, après le drame, ou à l'anniversaire de la mort. Demander à voir des photos de l'enfant".

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