Le palmier dattier, avec sa tête au soleil et ses pieds dans l'eau, prospère dans les environnements chauds et humides. Originaire de Perse, cet arbre est profondément ancré dans les religions monothéistes. Considéré comme l'arbre roi du désert, il occupe une place prééminente dans la création, selon la tradition, car Allah l'aurait créé à partir des restes d'argile utilisés pour modeler Adam. Cette espèce emblématique revêt une importance économique, symbolique et sociale considérable dans son aire de culture traditionnelle, du Maroc à la péninsule arabique et au nord-ouest de l'Inde.

Importance Culturelle et Historique

Au Niger, le palmier dattier est présent lors de tous les événements sociaux et festifs, tels que les mariages et les naissances, où ses fruits sont distribués en signe de remerciement aux croyants venus réciter des prières collectives, ainsi que sous forme d'aumône pour les nécessiteux. Il est également utilisé lors de fêtes comme le Bianou et le Mouloud, où ses feuilles sont agitées lors de la grande parade, perpétuant ainsi des usages anciens.

Le palmier dattier justifie l'existence de la ville d'In Gall. Fondée il y a cinq siècles par des Isheriffen revenant de La Mecque avec des rejets de dattiers, la ville doit son existence à cet arbre. La variété Almadeina, dont le nom signifie "venant de Médine", témoigne de cette origine. Les fondateurs ont creusé des trous jusqu'à trouver l'endroit idéal pour le développement de ces arbres. Ils auraient ensuite acheté le terrain au Sultan d'Agadez, ce qui situe l'introduction du palmier dattier à Ighazer aux XVe et XVIe siècles.

La présence du palmier dattier en Afrique du Nord remonte à l'Antiquité. Hérodote mentionnait déjà la palmeraie d'Audjila, où les Nasamons récoltaient les fruits de l'été à l'automne, attestant de sa présence dès 450 avant notre ère. Chevalier suggère que le dattier était déjà à l'état sauvage en Afrique depuis le Néolithique, mais que sa culture a nécessité l'usage du fer pour couper les feuilles mortes. Les peintures rupestres du Tassili montrent un dattier entretenu, où des personnes grimpent pour cueillir les fruits. Henri Lhote estime que ces représentations datent d'environ 1200-1000 avant notre ère. Des offrandes de dattes ont également été découvertes dans des tombes de la vallée de Tanezzuft, datant du deuxième millénaire avant notre ère. L'art rupestre du Sahara témoigne donc de l'intérêt porté au palmier dattier dès la seconde moitié du 2e millénaire avant notre ère.

La chronologie compilée par Gros-Balthazard indique la présence du dattier dans l'Antiquité, notamment en Égypte et en Grèce, avec des indices archéobotaniques remontant jusqu'au 6e millénaire avant notre ère au Moyen-Orient. C'est d'ailleurs dans cette région qu'il faut rechercher les origines de la domestication du palmier dattier, probablement autour du 4e millénaire avant notre ère, avant qu'il ne se répande à travers l'Afrique du Nord à l'époque romaine. Des études génomiques récentes suggèrent que des populations relictuelles de dattiers sauvages en Oman témoignent de vastes échanges est-ouest de palmiers dattiers à l'apogée de l'Empire romain. Différents scénarios sont élaborés sur la domestication du palmier-dattier, mais le débat reste ouvert sur l’apport d’une souche sauvage africaine de l’arbre roi. Les zones de domestication furent probablement le Moyen-Orient, la méditerranée orientale ainsi que le nord-est de l’Égypte.

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Bien qu'il ne soit pas exclu que l'Ighazer et l'Aïr aient connu le palmier dattier dans l'Antiquité, il est plus probable que cette rencontre entre le terroir argileux et l'arbre roi se soit produite lors de la dispersion des Garamantes, dans les premiers siècles de notre ère, et que l'islam ait renforcé cette culture. Les premières palmeraies créées en Aïr semblent être dans le nord du massif vers le XVIème siècle à Iférouane aux abords du Mont Tamgak mais qui aurait depuis fortement régressé.

La Palmeraie d'In Gall : Un Écosystème Unique

Le palmier est une ressource essentielle pour les populations d'In Gall, avec le sel de Tegidda n'Tesemt. Il fournit des dattes, particulièrement celles de la variété Almadeina, considérées comme les plus succulentes du pays, ainsi que des palmes pour les nattes et du bois pour la construction. La variété Almadeina est la fierté des habitants d'In Gall, une datte à chair molle très sucrée, sans équivalent au Niger et sans doute dans tout le Sahel.

Le savoir-faire des phœniciculteurs d'In Gall est également remarquable, notamment pour la sélection des variétés, la plantation par rejet et la fécondation manuelle. L'origine de ce savoir-faire unique au Niger, comparable à celui des palmeraies maghrébines, reste incertaine. Il pourrait avoir été introduit par les Isheriffen lors de leur pèlerinage à La Mecque.

Le rejet du dattier, appelé "agulgul", peut produire des fruits dès trois ans après sa plantation, mais plus sûrement cinq ans après. Cette multiplication végétative présente plusieurs avantages par rapport à la reproduction sexuée. Elle permet de s'assurer qu'une femelle va se développer et réduit la phase juvénile, permettant aux palmiers dattiers de fournir plus rapidement les fruits recherchés. La technique de décrochage du rejet est délicate et est réalisée par une quinzaine de spécialistes dans la palmeraie d’In Gall.

Un jeune dattier qui a déjà produit peut être "déplacé", il est alors dit "tamagellet", c'est à dire qu'on peut le replanter à un autre endroit sans grand risque. Plus âgé, le risque de mortalité augmente mais certains le pratique néanmoins. Les anciens racontent souvent que sur un vieux dattier près à tomber, on lui coupe la tête et on le replante avec succès. Cette pratique ne se fait plus guère, sans doute à cause d'une réussite bien moindre. Le savoir-faire des Isawaghen inclut également l'arrosage, abondant en saison pluvieuse et modéré en saison chaude.

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La Fécondation Manuelle : Un Art Délicat

La pollinisation de l'inflorescence femelle est nécessaire au développement des fruits et à leur bonne maturation, une pratique connue depuis le 3e millénaire avant notre ère par les Sumériens. Les palmeraies possèdent généralement 95 à 99 % de palmiers femelles producteurs de fruits. Des épillets de fleurs mâles sont pliés en deux et ficelés avec de la fibre végétale, formant une sorte de navette ajourée. Ces épillets conditionnés sont insérés dans les inflorescences femelles à l'époque propice. Après avoir joué leur rôle, ils sont récupérés, laissés à l'ombre dans un endroit frais de la palmeraie puis stockés à l'intérieur des habitations avant la saison des pluies. Ils sont réutilisés l'année suivante ou à l'occasion d'une double floraison, en dehors du cycle normal où les mâles n'émettent généralement pas de fleurs.

A In Gall, la fécondation manuelle est un moment important surtout pour la variété Almadeina qui ne se féconde pas autrement. Les fleurs du dattier mâle "amali", sont nouées avec celles du dattier femelle : c'est le mariage. Le chant qui accompagne cette technique remercie Dieu de les rendre féconds, à l'instar d'un jeune couple. Certains "amali" sont plus féconds que d'autres mais peuvent féconder toutes les variétés sans distinction, ils sont très peu nombreux à In Gall car un seul "amali" peut féconder des dizaines de "tazey". Les "amali" sont choisis spécifiquement pour la fécondation de la variété Almadeina, car celle-ci requiert des pieds mâles bien spécifiques. Pour cela le jeune pied mâle sera testé une, voire deux années de suite, pour savoir s'il convient bien à la fécondation selon la réussite de la production. La fécondation se fait en janvier-février durant la saison froide, mais n'aime pas les coups de vent qui dispersent trop le pollen. Jean Léon l’Africain au XVè siècle décrit le même processus dans les palmeraies de la vallée du Draâ et la région du Tafilalet entre Maroc et Algérie.

La récolte se fait au mois de juillet avec les premières pluies. Certains dattiers en certaines saison peuvent avoir aussi une seconde récolte en janvier, ce qui est très rare aujourd’hui, phénomène que l’on peut peut-être mettre en parallèle du type de mousson, qui vers 3500 BE était encore un régime hivernal et de mousson, puis passa progressivement à un régime unique de mousson. La récolte et le séchage ensachage des dattes sont aussi des techniques spécifiques à In Gall. Alors que partout ailleurs au Niger on coupe le régime entier avant sa maturation totale, à In Gall on égrène une à une les dattes mûres sur le régime. Très souvent, les jardiniers recouvrent de terre le pied des stipes de dattiers, dans le but de les protéger, recouvrant ainsi les racines aériennes du dattier. Contrairement aux nomades, les oasiens préfèrent les dattes molles, aussi n’est-il pas étonnant que dans les palmeraies alternent des palmiers porteurs de dattes dures et d’autres donnant des variétés de dattes molles.

La Variété Almadeina : Un Patrimoine Local

Le cultivar Almadeina fait la renommée de la palmeraie et du savoir-faire des phœniciculteurs d'In Gall : une "datte patrimoine". Almadeina est une datte très sucrée et à chaire abondante, plus ou moins grosse selon les saisons et surtout la pluviométrie. Après avoir cueilli les dattes, on peut récupérer le jus qu'on peut boire ou utiliser comme le miel en le mélangeant avec "la boule" (mélange de mil et de lait). C'est ce jus qui fait qu'il est difficile de la conserver longtemps. Autrefois le jus était laissé à fermenter et était très apprécié des femmes notamment. Cette variété n’est possible que par plantation de rejets. Elle ne se trouve nulle part ailleurs qu'à In Gall et Médine ! Les gens ont tenté de reproduire cette variété à Tegidda n' Tesemt, Arlit, Niamey et dans la région de Tahoua mais n'y sont pas parvenus.

A côté de la variété "Almadeina", il existe un ensemble de cultivars rassemblés dans le groupe dit "Tombaye". Les variétés Tombaye, on en recense à In Gall 18 variétés principales et quelques sous-variétés qui sont plus ou moins spécifiques à cette palmeraie.

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Évolution de la Palmeraie d'In Gall

En 1907, Chudeau évalue rapidement la palmeraie à 4000 dattiers. En 1926, Rottier précise 2400 et en 1929, le prince Sixte de Bourbon estime le nombre de dattiers à environ 2000. Brouin en 1941 évalue à 5180 et Edmond Bernus cite dans son ouvrage sur les palmeraies de l'Aïr un chiffre d’un rapport des administrations locales datant de 1958 comptabilisant 10 083 dattiers à In Gall, ce qui apparaît largement surdimensionné. Enfin, Lenormand comptabilise en 1986, 5684 pieds de dattiers précisément dont 1500 environ en voie de disparition, 2500 sujets grands à moyens et 1500 jeunes. Il est certain que les informateurs et autres inventeurs ayant rapporté ces chiffres, ont usé de méthodes différentes pour exprimer une comptabilité qu’elles soient au jugé pour certains, assises sur les dires des résidents, ou encore inventorié par des densités moyennes, on sait la difficulté de l’exercice si l’on ne rentre pas dans chaque jardin pour préci…

Symbolisme et Représentations du Palmier Dattier

Le palmier dattier est un symbole de fertilité et de prospérité. Selon Ibn Omar, le Prophète Mahomet a dit : « Il y a parmi les arbres un dont les feuilles ne tombent pas : C’est le palmier dattier : Il est comme le musulman… ». Le Coran mentionne que Marie a accouché de son fils au pied d'un palmier, qui l'a gratifiée de dattes fraîches et d'eau désaltérante. Dans la Bible, il est écrit que "le juste poussera comme le palmier, il croîtra comme le cèdre du Liban".

Le palmier dattier a été associé à des divinités féminines et à la fertilité dans de nombreuses cultures. En Mésopotamie, la pollinisation artificielle des palmiers femelles était liée à la fécondité de la femme. En Égypte, le dattier était considéré comme un symbole de renaissance et était souvent représenté dans les jardins funéraires. En Grèce, bien que le palmier n'ait pas de valeur agricole, il était associé à la beauté féminine.

Conclusion

La fécondation du palmier dattier est un art ancestral qui témoigne de l'ingéniosité humaine et de la relation étroite entre l'homme et la nature. Le palmier dattier, avec son importance culturelle, économique et symbolique, continue de jouer un rôle essentiel dans la vie des populations des régions arides et semi-arides.

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