Le mariage juif est une union spirituelle et culturelle ancrée dans une tradition séculaire. De la signature de la ketouba à la cérémonie sous la houppa, chaque étape revêt une signification profonde, reflétant les valeurs du judaïsme. Les préparatifs du mariage impliquent des démarches spécifiques, telles que l'organisation du mikvé (bain rituel) et la rédaction de la ketouba avec un rabbin. Les alliances, souvent simples et élégantes, symbolisent la pureté de l'union. Le but premier du mariage religieux, selon la tradition judaïque, est de permettre la création d'un foyer fondé sur la fidélité et le bonheur, où la place de Dieu est primordiale.

Au fil des siècles, les coutumes ont évolué, intégrant des éléments modernes tout en conservant leur essence. Aujourd'hui, de nombreuses cérémonies juives incluent de la musique contemporaine, des alliances personnalisées et des discours bilingues, tout en respectant les fondements halakhiques.

Cet article explore en profondeur la relation complexe entre le cycle menstruel et la loi juive, en examinant les textes anciens, les interprétations rabbiniques et les pratiques contemporaines.

Les Lois de Niddah : Pureté Familiale et Séparation

Dans la tradition juive, les rites de purification concernent aussi bien les hommes que les femmes. Les hommes doivent utiliser le mikvé avant shabbat, avant les fêtes et après un deuil. Les femmes, quant à elles, sont soumises à son utilisation tout au long de leur cycle biologique. Une femme qui a des saignements vaginaux est considérée comme impure, un état appelé niddah. Pendant cette période, elle ne peut pas être touchée par son mari.

La notion de niddah implique une séparation et une mise à distance du désir. Selon le Talmud, cette patience est censée revivifier le désir. Au Moyen Âge, les explications sur l'existence de la menstruation divergeaient. Les théologiens chrétiens y voyaient un signe d'imperfection corporelle, tandis que les rabbins la considéraient comme une punition pour expier la faute d'Ève et maintenir les femmes dans un état constant de repentance.

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Au fil des siècles, les femmes juives auraient initié l'extension sociale de la séparation, contraintes par le dégoût attaché à leur état et encouragées au zèle par l'ambiance de piété qui les entourait.

De nos jours, les prédicateurs juifs ne parlent plus d'"impureté mensuelle", mais de "pureté familiale". Ils développent des justifications médicales (protection contre le cancer de l'utérus) et psychoaffectives (entretenir l'amour). Les lois de Niddah sont considérées comme un domaine dans lequel les femmes juives croyantes expriment leur piété et leur religiosité.

Les Origines Bibliques et Talmudiques des Lois de Niddah

Dans la Bible, la femme est impure pendant ses menstruations, et tout contact avec elle rend impur. À l'époque talmudique, les rabbins ont ajouté sept jours, dits "blancs", après les règles et ont multiplié les interdits.

Selon le chapitre 15 du Lévitique, la niddah rend impurs tout objet ou toute personne qu'elle touche. L'exégèse des Sages sur le verset du Lévitique 18:19 interdit les relations sexuelles avec la niddah. Celui qui a des relations sexuelles avec elle devient impur et ne peut entrer dans le Sanctuaire.

Dans le Talmud babylonien (Nida 66a), Rabbi Yehuda Hanassi a décrété que toute femme qui saignait pendant trois jours au moins devait compter sept jours après l'arrêt du saignement avant de pouvoir se purifier.

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Maimonide et Joseph Caro légifèrent selon la rigueur pratiquée par les femmes en Israël et considèrent que tout saignement, même une goutte, rend la femme impure et qu'elle doit compter sept jours propres après la cessation du saignement.

En plus de l'interdit des relations sexuelles, Joseph Caro et le Rema signalent toute une série de restrictions pour assurer une distance entre mari et femme afin d'éviter toute possibilité de relation sexuelle pendant la période des règles et pendant la période des "jours propres". Il s'agit notamment de l'interdiction de se toucher, de dormir dans le même lit et de manger du même récipient.

En résumé, selon la loi biblique, la niddah était considérée comme impure seulement pendant sept jours. À partir de l'époque talmudique, la femme compte sept "jours propres" après la cessation de ses règles. Les autorités halakhiques en ont conclu que la femme était impure pendant la période des règles et pendant les jours propres. Après cette période, elle doit s'immerger dans le mikvé pour se purifier.

Interprétations et Justifications des Lois de Niddah

Le saignement menstruel est considéré dans de nombreuses cultures comme un phénomène dangereux et effrayant. Dans les cultures primitives, on éprouvait des difficultés à considérer ces saignements comme un phénomène naturel. Une perte de sang était associée à la perte de la vie, c'est pourquoi le phénomène des menstruations éveillait la crainte de la mort.

Dans les sources juives, la femme réglée est comprise dans la liste des personnes impures auxquelles sont imposées des lois d'éloignement. Au cours des générations, les Sages ont donné une série d'explications sur le pourquoi des lois concernant la niddah.

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Rabbi Méir expliquait que la Torah voulait empêcher une telle situation en établissant cette période pendant laquelle les relations sexuelles sont interdites. Certains penseurs ont insisté sur le rôle éducatif des lois de la Torah, qui enseigne à l'homme comment mettre un frein à ses instincts.

Le rabbin Aaron Bart insiste sur ce rôle éducatif de commandements tels que les lois sur la menstruation. Le rabbin Isaac Klein explique également les lois sur la menstruation dans ce sens, insistant sur le fait que la morale juive ne demande pas l'abolition de l'instinct sexuel, mais sa limitation au contexte du mariage, avec des périodes d'abstinence comme pendant les règles de la femme.

La Niddah et le Sacré : Accès à la Synagogue et aux Textes Sacrés

Les questions de pureté et d'impureté mentionnées dans la Torah sont généralement liées au Tabernacle. Les Israélites doivent éloigner l'impureté parce que le Tabernacle se trouve au milieu de leur camp. L'interdiction imposée aux personnes impures de pénétrer dans le Tabernacle s'applique aussi à l'espace du Temple.

Après la destruction du Temple, les synagogues et les maisons d'étude deviennent les institutions centrales de la religion juive et prennent la place du Temple. Puisqu'il n'y a plus de possibilité d'offrir des sacrifices, la prière et l'étude de la Torah deviennent l'unique forme de culte.

Cependant, une minorité parmi ces autorités se montre plus sévère dans le cas de l'impureté de la niddah. Selon cette opinion, pendant leurs règles, les femmes doivent s'éloigner des choses sacrées et plus particulièrement des synagogues pour ne pas les profaner.

La Tosefta Berakhot 2 : 12 indique que les femmes en période de règles ont le droit de lire la Torah, les Prophètes et les Hagiographes, d'étudier la Michna, les Midrachim, la halakha et la Agada. Selon cette baraïta, il n'existe aucun interdit pour les femmes en période de règles de lire la Bible et d'étudier les paroles des Sages.

Rabbi Yehouda ben Beteira affirmait que les paroles de la Torah ne contractent pas l'impureté.

La femme, lorsqu'elle a ses règles, prie et dit les bénédictions normalement pendant toute la période où elle est niddah sans aucune hésitation. Natronaï Gaon cite la déclaration de Ravina dans le Talmud selon laquelle la niddah a l'obligation de prélever la hala, ce qui implique qu'elle doit réciter la bénédiction correspondante.

La majorité des guéonim permettent les choses sacrées à la niddah en disant qu'on ne trouve aucune base aux interdits dans la halakha talmudique.

Rachi s'oppose à cette coutume des femmes, expliquant que la synagogue ne doit pas être considérée comme le Temple et qu'il n'y a donc aucune interdiction pour les impurs d'y venir, y compris les femmes pendant leur menstruation.

Maimonide établit une distinction entre impureté et souillure. Tous les impurs ont le droit de lire la Torah, de réciter le Chema et de prier, sauf les baalei kèri que Ezra a distingués parmi les impurs et auxquels il a interdit de lire la Torah, de réciter le Chema ou de prier tant qu'ils ne se sont pas immergés dans un bain rituel.

Selon le rabbin Joseph Caro, toutes les personnes impures ont le droit de lire la Torah, d'étudier et de prier.

En résumé, d'un point de vue halakhique, selon le Talmud, les guéonim, Rachi, Maimonide et le Choulhan Aroukh, la niddah a le droit d'entrer dans la synagogue et de s'occuper de choses sacrées.

Croyances et Pratiques Restrictives Associées à la Niddah

Malgré les opinions halakhiques permissives, des témoignages montrent qu'à des époques anciennes déjà, dans certains groupes, un tel éloignement était l'usage.

Certains textes mettent en garde contre le "danger" de la niddah, qui n'est pas limité à son mari, mais s'étend à toute personne ayant un contact avec elle.

Selon la conception de la Baraïta dé-Massékhèt Nida, la synagogue est assimilable au Temple et il est interdit à toute personne impure d'y pénétrer.

La femme qui a ses règles n'a pas le droit d'allumer les bougies de shabbat.

Rabbi Yodan dit qu'il est interdit de réciter une bénédiction en présence d'une niddah afin qu'il ne lui vienne pas à l'idée de dire amen et de ce fait, profaner le Nom de Dieu.

Perspectives Historiques et Comparatives sur la Menstruation dans la Culture Juive

L'ouvrage de Evyatar Marienberg permet d'appréhender la place de la menstruation (croyances, pratiques) dans la culture juive traditionnelle et ses fondements dans les textes. L'originalité et l'intérêt de l'ouvrage résident dans sa double approche à la fois historique et comparative.

Il montre comment les menstrues modifient les relations quotidiennes entre un homme et sa femme (relations sexuelles, contacts physiques…).

Le premier chapitre pose le principe des lois de niddah selon la halakha. L'ablution peut avoir lieu dans la nature ou dans une piscine construite à cet effet et répondant à certaines normes : le mikvé.

Dans le texte biblique, c'est le chapitre 15 du Lévitique qui fait référence. La souillure des règles se transmet par l'intermédiaire des objets avec lesquels la femme est en contact. Un homme qui couche avec une femme ayant ses menstrues contracte cette souillure. Des rites de purification par l'eau et des sacrifices au Temple permettaient de sortir de l'état de niddah. Le chapitre 20 du Lévitique introduit l'idée d'une prohibition des relations sexuelles avec une femme niddah.

Les lois appliquées aujourd'hui par les plus pratiquants ont été édictées au Moyen Âge. Elles concernent les interdits liés aux relations sexuelles, mais également à tout contact, y compris par l'intermédiaire d'un objet, entre une femme qui a ses menstrues et son mari.

Evyatar Marienberg fait référence à un film réalisé par une cinéaste israélienne en 2002, Tehora/Purity: Breaking the Codes of Silence, où des femmes pratiquant ou ayant pratiqué ces lois s'expriment pour la première fois à l'écran.

Dans le deuxième chapitre, E. Marienberg examine les références théologiques concernant la "raison d'être" de la menstruation. La première idée avancée est que les règles seraient une malédiction attachée à la faute d'Ève. Pourtant, le texte de la Genèse fait référence aux peines de l'enfantement, non aux menstrues.

L'auteur se penche enfin sur une accusation courante au Moyen Âge dans le monde chrétien : les hommes juifs, coupables de déicide, seraient soumis aux menstrues. Ces représentations établissent ainsi un lien entre les secrétions sanguines et le meurtre.

Sous-jacente aux interrogations sur la menstruation, c'est la question des relations sexuelles avec les femmes en fonction de leur cycle qui apparaît au chapitre III.

Pour l'auteur, la peur de ce qui relève des organes sexuels et du sang des femmes, la volonté de se protéger contre les forces ou les impuretés qui les caractérisent, la volonté de domination masculine sur les femmes et la possibilité de choisir entre plusieurs femmes en régime de polygamie, ou enfin la volonté des femmes elles-mêmes de maîtriser leur sexualité, sont des hypothèses possibles.

C'est ainsi vers la Bible et plus particulièrement vers le Lévitique qu'il faut se tourner, pour constater l'interdit et prendre connaissance des sanctions qui lui sont assorties : « tous deux seront retranchés du milieu de leur peuple » (Lev. 20,18).

L'auteur va aux sources chrétiennes et cite les Évangiles. La rencontre de Jésus et de la femme hémorroïsse est le seul cas de guérison miraculeuse où le contact entre Jésus et le malade se fait par le vêtement.

L'auteur, citant Ezéchiel 18 qui promet qu'un « fils ne portera pas la faute de son père ni un père la faute de son fils », pose la question de la persistance des croyances en la répercussion de la faute des parents sur les enfants. Il s'intéresse de manière comparative aux croyances juives sur ces questions.

L'historien se fait ensuite sociologue en abordant le contemporain et en mentionnant les justifications de l'interdit des rapports sexuels pendant les règles dans le monde juif orthodoxe aujourd'hui. L'interdit aurait des propriétés prophylactiques en diminuant le risque de MST et de cancers de l'utérus d'une part, et entretiendrait dans le couple amour et égalité entre les sexes. Les féministes orthodoxes avancent même l'argument d'un contrôle par les femmes du temps du plaisir par la maîtrise du moment du bain rituel.

Dans le chapitre V, Marienberg présente les croyances et les pratiques concernant les rapports entre la niddah et le sacré. Pour la plupart des communautés juives à travers l'histoire, la présence des femmes à la synagogue semble aller de soi. Dans le Talmud, si des restrictions sont imposées aux femmes dans la sphère privée, aucune ne lui est imposée dans la sphère publique.

Pourtant, au Moyen Âge, la plupart des auteurs considéraient qu'un tel évitement était une "bonne habitude".

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