L'allaitement maternel est largement reconnu pour ses nombreux bienfaits pour le nourrisson et la mère. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l'ensemble des sociétés pédiatriques recommandent d'ailleurs que l'allaitement maternel soit la règle au moins jusqu'à l'âge de 6 mois. Cependant, des difficultés peuvent survenir, notamment en présence d'un frein de langue ou de lèvre restrictif. Ces conditions, bien que courantes, peuvent avoir des répercussions significatives sur l'alimentation, le sommeil et le bien-être général du bébé.
Frein de langue et frein de lèvre : de quoi parle-t-on ?
Définitions et anatomie
L'ankyloglossie, terme médical désignant le frein de langue, est une disposition anatomique relativement fréquente caractérisée par un frein de langue trop court et trop fibreux, gênant la protrusion de la langue. Plus précisément, il s'agit d'une bande de tissu courte ou serrée qui attache le dessous de la pointe de la langue au plancher de la bouche, limitant ainsi les mouvements de la langue.
Le frein labial, quant à lui, est le tissu qui relie la lèvre supérieure ou inférieure à la gencive. Un frein labial restrictif peut également limiter les mouvements des lèvres, empêchant le bébé de fermer complètement sa bouche ou de bien s'attacher au sein lors de l'allaitement.
Il est important de noter que les freins sont des éléments anatomiques normaux. C'est lorsqu'ils sont limitatifs qu'ils peuvent poser problème.
Causes des freins restrictifs
Ces deux conditions peuvent être dues à des facteurs génétiques ou à des anomalies de développement pendant la grossesse.
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Impact sur l'allaitement
Difficultés de succion et conséquences
Un frein lingual court peut interférer avec l'allaitement maternel en empêchant le nourrisson d'étendre et d'élever la langue afin de saisir le mamelon pour la succion. Moins de 50 % des nourrissons dont l’examen est compatible avec une ankyloglossie rencontrent des difficultés d’allaitement. La persistance de difficultés qui ne s’améliorent pas avec des conseils de lactation permet de faire référence à une ankyloglossie symptomatique.
La langue a un rôle majeur dans la qualité de la prise du sein et l’efficacité de la succion/ déglutition. En effet, le mamelon est maintenu en bouche contre le palais grâce à la langue. Pendant la tétée, le mamelon est donc complètement cerné par la langue, les joues et le palais. Si ce n’est pas le cas, il est extrêmement difficile pour le bébé de maintenir le sein en bouche.
Lorsque l’allaitement est difficile chez un nourrisson avec un frein de langue court, des conseils aux parents et un soutien à l’allaitement peuvent parfois suffire. Mais lorsque la succion est vraiment trop difficile à cause du manque de mobilité linguale, le frein de langue peut être sectionné dès les premiers jours de vie.
Symptômes chez le bébé et la mère
Chez le bébé, la mauvaise succion peut entraîner :
- Difficultés à prendre le sein
- Longues tétées
- Absence de prise de poids
- Reflux
- Bébé qui s'endort rapidement au sein
- Bébé qui ne semble jamais satisfait
- Difficultés à gérer les solides lors de la diversification
Chez la maman, les difficultés d'allaitement peuvent se traduire par :
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- Douleurs et mauvaise prise au sein
- Douleurs au mamelon, crevasses
- Diminution de la production de lait
- Engorgements fréquents ou manque de lait
- Candidoses mammaires à répétition
Conséquences à long terme
Un enfant avec un frein court ou des difficultés de mobilité linguale pourra avoir la mâchoire inférieure (mandibule) un peu en retrait ou un palais trop étroit. Lors de l’allaitement, il aura tendance à mobiliser davantage ses lèvres et ses joues pour compenser les mouvements de langue.
En grandissant, votre enfant peut avoir des problèmes de la sphère ORL et orthodontique et sera plus sujet aux infections (type otite). Avec une anomalie du placement de la langue et du bon développement mandibulaire, l’enfant avec un frein trop court peut rencontrer des problèmes d’élocution et de phonation. Etant donné qu’il est relié à la gencive, le développement de la cavité buccale sera anormal.
À long terme, cela peut nécessiter des soins d'orthodontie.
Diagnostic et évaluation
Qui consulter ?
Peu de professionnels de santé sont sensibilisés à l’impact des freins de langue restrictif sur l’allaitement. Les consultantes en lactation IBCLC ont une formation théorique sur le sujet mais des formations complémentaires sont souvent nécessaires pour mieux dépister et accompagner ces situations. Certaines sages-femmes ou pédiatres font aussi l’effort de se former sur le sujet.
Pour estimer si le frein de langue gêne le nourrisson, le chirurgien maxillo-facial, l’ORL ou le stomatologue, parfois en binôme avec une orthophoniste, évaluent l’anatomie, les mouvements et les fonctions de la langue.
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Critères diagnostiques
Il n’existe ni définition universelle de l’ankyloglossie ni critères objectifs pratiques pour la diagnostiquer. La nécessité de clarifier les critères diagnostiques d’un frein de langue restrictif du nourrisson : ce diagnostic est en réalité plus fonctionnel qu’anatomique.
Ainsi la seule visualisation d’un frein de langue très antérieur (avançant vers la pointe de la langue) et/ou épais ne constitue pas une indication chirurgicale s’il ne gêne pas la succion. Des échelles de diagnostic existent mais n’ont pas fait la preuve de leur efficacité pour attribuer l’inconfort de l’allaitement au frein de langue et orienter l’indication chirurgicale. De nouveaux outils sont encore nécessaires
Avant tout acte chirurgical, une évaluation clinique détaillée des capacités du nourrisson à téter efficacement et du confort maternel (douleur à la succion) est nécessaire, par un professionnel qualifié pour rechercher les autres causes de difficultés d’allaitement, bien plus fréquentes.
Le claquement de langue : un signe d'alerte
Vous avez sans doute déjà constaté des mimiques ou des petits bruits de bouche parfois intrigants chez votre nourrisson . L’une de ces manifestations est très fréquente chez les bébés de moins d’un an : le claquement de langue.
Le claquement de langue est un phénomène souvent observé chez les bébés ayant un frein de langue ou un frein labial restrictif. Ce bruit distinctif se produit généralement lorsque le bébé essaie de téter, mais ne parvient pas à maintenir une succion efficace en raison de la restriction de mouvement de sa langue ou de ses lèvres. Ce son se produit lorsque le bébé perd l'étanchéité de sa succion en raison de la difficulté à bien positionner sa langue sous le sein.
Si le claquement est lié à un problème relatif à l'allaitement, le phénomène peut se manifester à tout âge, y compris lors des premiers mois de vie, ou plus tard, au moment de passer au biberon ou de commencer l’allaitement mixte.
Traitement et prise en charge
La frénotomie : une intervention chirurgicale
Lorsque la succion est vraiment trop difficile à cause du manque de mobilité linguale, le frein de langue peut être sectionné dès les premiers jours de vie. Cette opération s’appelle la frénotomie. C’est une intervention réalisée jusqu’à l’âge de 6 mois. Elle n’est pas douloureuse et l’enfant peut être remis au sein immédiatement après l’opération.
Le traitement d’un frein de langue restrictif le plus pratiqué est la section ou l’ablation du frein : c’est une intervention simple qui peut se faire en cabinet quand le bébé est encore petit; mais qui peut nécessiter une anesthésie générale si bébé bouge trop. Plusieurs techniques existent : au ciseau ou au laser. Le choix de la technique varie selon les praticiens. Le plus important est que le praticien maîtrise bien son outil, et libère complètement la langue, y compris dans la partie postérieure.
Une approche multidisciplinaire
La prise en charge est pluridisciplinaire est très importante dans ce type de situation.
- La consultante en lactation est en première ligne pour accompagner l’allaitement : optimiser la prise du sein, assurer le transfert de lait, soutenir la lactation, évaluer la succion.
- Le chirurgien ORL, ou pédodontiste, ou éventuellement le pédiatre pourra poser le diagnostic de frein restrictif et intervenir en libérant le frein.
- Un thérapeute manuel (ostéopathe, chiropracteur, kinésithérapeute) pourra libérer les tensions souvent associées à un frein restrictif et travailler sur les conséquences morphologiques liées aux freins restrictifs comme par exemple un palais creux.
- Un orthophoniste peut également être utile si des troubles de l’oralité persistent après intervention.
Rééducation orthophonique
La langue est constituée de 17 muscles intriqués les uns aux autres, la libération du frein ne suffit pas toujours à résoudre les problèmes, il est possible que des exercices de rééducations soient nécessaires pour que bébé se réapproprie sa « nouvelle » langue et puisse utiliser ses nouvelles compétences. La langue doit pouvoir s’élever, onduler, latéraliser, s’étirer vers l’avant, s’étaler.
Recommandations et vigilance
En l’absence de difficultés, la présence d’un frein de langue court et/ou épais ne soit pas une indication chirurgicale. Elles rappellent qu’il s’agit d’un geste agressif et potentiellement dangereux pour des nourrissons.
En présence de difficultés, quelles qu’elles soient, la démarche diagnostique scientifique soit réalisée par des professionnels de formation universitaire, ou ayant une formation agréée officiellement en allaitement, respectant une médecine basée sur des preuves, prenant en compte l’état général global de l’enfant complétée d’une évaluation rigoureuse anatomique et surtout fonctionnelle de la succion/déglutition de l’enfant.
La sanction chirurgicale, restant exceptionnelle, devra se prendre en lien avec le médecin traitant.
Qu’une frénotomie aux ciseaux puisse être indiquée après information aux parents du rapport bénéfice/risque, à condition qu’il existe un frein lingual antérieur court et/ou épais et uniquement après échec des mesures conservatrices non chirurgicales classiquement mises en place. Ce geste est réalisé avec ou sans anesthésie de contact, remise au sein immédiate et antalgique. Après la frénotomie aucun geste intrabuccal n’est nécessaire les jours suivants.
Que des études méthodologiquement rigoureuses ciblant les indications, l’efficacité et la tolérance de la frénotomie soient menées à terme sans délai.
D’améliorer la préparation à l’allaitement et la formation des professionnels afin de prévenir, et d’accentuer la prise en charge conservatrice et non chirurgicale en cas de difficultés.
Conseils aux parents
Importance de l'accompagnement
Il est primordial qu’une maman soit bien accompagnée et conseillée dans l’allaitement. Chaque maman est différente et chaque bébé l’est également : cet accompagnement doit être personnalisé et doit respecter les choix des parents. Il faut apprendre à bien s’installer (pour éviter les douleurs et faciliter la prise au sein) ou encore savoir que l’on peut pratiquer un allaitement à la demande dès la naissance. Il faut écouter et observer son nourrisson. Il existe aussi des numéros verts gratuits : SOS allaitement, qui mettent les parents en relation avec des professionnels formés et compétents.
Ce qu'il faut retenir
Ce qu’il faut retenir avant tout, c’est que chaque maman fait ce qu’elle peut dans une démarche d’allaitement et doit se sentir libre d’arrêter si c’est trop difficile. Parfois, malgré un bon accompagnement et après avoir appliqué tous les conseils, l’allaitement ne fonctionne pas ou ne suffit pas. Il faut alors se demander pourquoi, et rechercher une éventuelle cause anatomique ou fonctionnelle.
Prévention
Il est important pour les parents de surveiller les premiers signes de freins restrictifs, tels que le claquement de langue, les difficultés d'alimentation, et les troubles du sommeil. Une détection précoce permet d'agir rapidement pour prévenir des complications plus graves.
Si vous soupçonnez un problème, consultez un professionnel de santé qualifié dès que possible pour un diagnostic et un traitement. Une intervention précoce peut améliorer considérablement la qualité de vie du bébé et réduire les difficultés liées à l'alimentation et au sommeil.
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