Introduction
La longévité des vaches laitières est un sujet crucial pour la durabilité des élevages. En France, les vaches laitières atteignent en moyenne seulement trois lactations avant d'être réformées. Allonger leur carrière pourrait considérablement améliorer la durabilité des élevages laitiers, tant sur les plans technico-économiques et environnementaux que sur les plans de la santé et du bien-être animal.
Le terme « longévité » décrit en général une longue existence ou une longue durée de vie, mais il est difficile de suggérer une définition unique de la longévité car elle peut varier d’une étude à l’autre. Par exemple, pour certains, la longévité peut être définie comme le temps pendant lequel les vaches restent dans le troupeau, de la naissance jusqu’à la mort ; cette définition prend donc en compte les périodes de vie improductive.
État des Lieux de la Longévité des Vaches Laitières en France
Durée de Vie et Lactations
Une étude récente portant sur 2 325 535 vaches laitières ayant terminé leur carrière entre 2010 et 2022 dans 12 933 élevages offre un aperçu précis de la situation. Les données, extraites de la base de données nationale d’identification bovine (BDNI), révèlent qu'en 2022, la durée de vie moyenne des vaches laitières en France est d'environ 2100 jours, ce qui les situe dans la moyenne européenne. Cependant, la carrière des vaches reste relativement courte, avec une moyenne de 2,9 lactations.
Facteurs Influant sur la Longévité
Plusieurs facteurs peuvent influencer la longévité des vaches laitières, notamment :
- L'âge au premier vêlage : L’âge au premier vêlage, toutes races confondues, reste relativement élevé : 31,1 mois. Toutefois, il faut noter une petite amélioration depuis 4 campagnes (- 0,7 mois). Différentes études prouvent qu’un vêlage précoce n’a pas d’impact sur les performances zootechniques de la future carrière. Le niveau de production est plus élevé sur les génisses vêlant jeunes.
- Le taux de réforme : Le taux de réforme reste encore élevé (34,2 %). S’il s’explique par des raisons sanitaires ou zootechniques (réussite repro, lactation médiocre, etc.), il est parfois difficile de le réduire rapidement (même s’il faut y travailler !).
- La maîtrise de l'élevage des génisses : La maîtrise de l’élevage des génisses est la deuxième marge de progrès en élevage (après la maîtrise du coût alimentaire des vaches laitières). L’élevage des génisses requiert technicité et attention de tous les jours. La croissance doit être soutenue jusqu’à 6 mois d’âge car tout retard de croissance durant cette phase est non rattrapable, puis la croissance se pilote en fonction de l’âge souhaité au 1er vêlage.
- La génétique : D’importantes différences entre races sont observées. En effet, l’Abondance et la Montbéliarde sont les races qui vieillissent le plus avec respectivement 23,2 et 17,9 % de vaches en 5ème lactation et plus. En Prim Holstein, seulement 8,3 % des vaches font plus de 3 lactations.
Impact de la Longévité sur la Production Laitière
Le lait produit par jour de vie est en progression (+ 0,3 litre/jour). En termes de vie productive, la Prim Holstein occupe le 1er rang : elle produit du lait sur 46,2 % de sa vie contre 44,7 % pour la Montbéliarde et 43,4 % pour la Normande.
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Évolution des Races Laitières et de la Production
Diminution du Cheptel Laitier
Pour la troisième année consécutive, le cheptel laitier contrôlé français encaisse une baisse de quasiment 100 000 vaches (- 89 946/2022). Dans ce contexte inquiétant de déprise laitière, la Montbéliarde ressent un peu moins cette diminution des effectifs (- 3,2 %) que les autres races laitières à grand effectif (- 5,7% pour la Normande, - 5,5 % pour la Prim’Holstein).
Performances de la Montbéliarde
En 2023, une montbéliarde produit, en moyenne sur une lactation brute (328 jours), 7 807 kg de lait à 39,1 TB et 33,3 TP. Cette production enregistrée augmente de 172 kg de lait par rapport à 2022. La Montbéliarde devient de plus en plus productive sans pénaliser sa longévité. En effet, 1 vache sur 10 est en 6ème lactation et plus (9,9 %) et cette proportion ne cesse de croitre (+ 0,6 % en 3 ans).
Progrès Génétiques de la Prim’Holstein
Avec l’armada génétique à la disposition de la Prim’holstein, il aurait été surprenant de la voir dégringoler dans les statistiques laitières. Toutes lactations confondues, les résultats de 2024 indiquent une hausse de la production moyenne par lactation de 139 litres par rapport à 2023. En prenant un peu de recul, on s’aperçoit que sur 20 ans, le travail d’amélioration et de sélection génétique a permis de gagner en moyenne plus de 1800 kg de lait par lactation.
La race Prim’holstein est de loin la première en matière utile, avec 734 kg de matières utiles en moyenne, contre 560/561 kg pour nos consœurs. On sent que le travail génétique continue de pousser la Prim’holstein sur une belle cadence. Certains vieux réflexes de pensée, associant la Prim’holstein à un lait moins riche que ses collègues laitières, deviennent petit à petit obsolètes.
Côté TP, il faut savoir rester modeste. La race n’est toujours pas leader, et il y a de la marge avec la race en tête. Ce n’est que depuis 2017 que l’accélération génétique se fait sentir. Dès lors, le rythme s’intensifie. Gagnant 1 g/kg en 8 ans, elle est dorénavant à 32.8g/kg. Pas mal ! En TB, c’est autrement plus impressionnant.
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Côté sanitaire, la qualité des mamelles se maintient. On constate malgré tout cette année, une légère hausse de 0.6 point de pourcentage pour les moins bons résultats. Le rang de lactation moyen dans la population Prim’holstein contrôlée ne marque pas d’évolution particulière sur les 10 dernières années (2,4 lact. de moyenne), alors que la durée de vie productive a gagné 18 jours en moyenne et le temps d’élevage génisse s’est bien diminué, tout comme l’intervalle vêlage-vêlage passant de 430 à 410 jours.
De plus, comme répété souvent, la Prim’holstein est une race particulièrement précoce avec en moyenne des premiers vêlages à 29 mois, en comparaison des 32 mois pour les deux autres principales races laitières.
En moyenne, les vaches des adhérents de PHF produisent 285 kg de plus par lactation que le reste des vaches contrôlées, avec des taux et matières globalement équivalents. Les vêlages sont plus précoces dans vos fermes (27 mois en moyenne) et l’IVV légèrement plus court de 3 jours.
En résumé, nos prédécesseurs l’avaient souhaitée productive, efficace et durable, la Prim’holstein actuelle leur rend hommage. Vos pratiques ont également évolué : tant mieux, la race vous accompagne facilement dans ce sens.
Répartition du Temps de Vie des Vaches Laitières
Pour les vaches laitières ayant terminé leur carrière en 2023, les trois phases dans la vie se répartissent en moyenne selon les proportions suivantes : « 43 % pour l’élevage des génisses, 48 % pour la durée de lactation et 9 % de durée de tarissement. Sur les quatre années étudiées [2020 à 2023, ndlr], ces proportions tendent à évoluer sous l’effet de l’allongement de la durée de vie et de la diminution de la durée moyenne d’élevage des génisses qui passe de 30,6 à 30,3 mois », informe l’Idele.
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En quatre ans, l’âge de fin de vie des vaches laitières a grappillé quelques semaines. Il est passé de 69,9 mois en 2020 à 70,5 mois en 2023.
Analyse Régionale et Raciale de la Longévité
Les chiffres sont fournis par l’Idele, à partir des données du contrôle laitier et du Système d’information génétique (SIG), et calculés à partir des informations sur les vaches dont la fin de vie a été constatée au cours de l’année de traitement. Toutes les données des vaches inscrites au contrôle laitier de 2020 à 2023 sont passées à la moulinette des statistiques. En sont sortis dix indicateurs sur l’efficacité de la carrière des vaches laitières, et ce à l’échelle nationale, régionale et raciale. « Les indicateurs permettent de faire un état des lieux purement descriptif, informe Gilles Thomas d’Idele. La longévité, la durée d’élevage des génisses, le lait par jour de vie, etc. sont des indicateurs pour regarder comment fonctionne une carrière laitière. »
Différences Raciales
Les analyses statistiques ont été réalisées par race : prim’Holstein, montbéliarde, normande, brune, simmental, jersiaise, pie rouge, vosgienne, rouge flamande, abondance, bleue du nord et croisée. Il n’y a pas qu’un effet race.
À titre indicatif, on peut tout de même relever qu’en 2023, l’abondance est la race dont l’âge de fin de vie est le plus élevé : 7,4 ans en moyenne. Quatre ans plus tôt, elle remportait aussi la tête du classement avec 7,2 ans en moyenne. A contrario, la rouge flamande est la race dont l’âge de fin de vie est le plus bas en 2023 : 5,6 ans. En 2020, il s’agissait de la prim’Holstein avec 5,6 mois en moyenne aussi.
L’abondance est aussi la race qui, en 2023, avait la plus longue période d’élevage des génisses : 37,2 mois. Alors que la plus courte revient à la jersiaise avec 27,1 mois. En 2023, il s’agissait respectivement de la vosgienne (36,9 mois) et de la jersiaise (26,9 mois).
Différences Régionales
Le même travail a été effectué par région : Alsace, Aquitaine, Basse-Normandie, Bretagne, Champagne-Ardenne, Franche-Comté, Haute-Normandie, Lorraine, Midi-Pyrénées, Nord-Pas de Calais, Pays de la Loire, Picardie, Poitou-Charentes. Sur le poste âge de fin de vie en 2023, la Franche-Comté arrive en tête avec 6,3 ans en moyenne, alors que la Picardie et le Nord-Pas de Calais arrivent ex aequo en bas de tableau avec 5,4 mois. En matière de durée d’élevage de génisses, la Bretagne est la région qui affiche la plus courte durée : 28,2 mois. C’était déjà le cas en 2020, avec 28,6 mois.
L'Importance d'Allonger la Durée de Vie des Vaches Laitières
Les paramètres doivent servir au projet Alonge, qui planche sur la longévité des vaches laitières et ses facteurs de variation. Constat sans appel : moins de la moitié de la vie d’une vache laitière est consacrée à la production de lait ! Allonger la carrière d’une vache permet donc logiquement d’améliorer sa rentabilité économique et de diminuer son empreinte carbone.
A l’échelle des troupeaux laitiers suivis par 3CE (service commun Chambres d’agriculture Alsace, Moselle, Haute-Marne), la durée de vie moyenne des vaches réformées en 2023 et 2024 est de 5.8 ans pour une durée de lactation moyenne de 2.7 ans et une production laitière de 24 500 kg sur l’ensemble de leur carrière soit 11.7 kg/jour de vie. Les vaches laitières sont en moyenne à l’équilibre économique à partir de la 2ème lactation du fait du coût incompressible de la phase d’élevage. Faire vieillir les vaches conduit donc à augmenter la part de vaches adultes qui sont généralement plus productives … mais aussi plus à risque en matière sanitaire et de dégradation de la qualité du lait.
Comparaison Internationale
La Nouvelle-Zélande fait figure d’exception avec une augmentation de près de 2 ans depuis les années 80. Aujourd’hui, les troupeaux de Nouvelle-Zélande présentent une moyenne de plus de 4,5 lactations par vache, avec un taux de renouvellement d’environ 20 %. Les situations variables observées entre pays s’expliquent en partie par des systèmes de production différents. Par exemple, la plupart des troupeaux en Nouvelle-Zélande sont soumis à un système basé sur du pâturage à faibles intrants contrairement à d’autres pays où les animaux sont maintenus au bâtiment toute l’année. L’intensification de la production peut constituer une autre explication.
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