L'allaitement maternel est fortement préconisé par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour les tout-petits, en raison de ses qualités nutritionnelles et immunologiques supérieures aux formules lactées. Cependant, la durée de l'allaitement et son lien avec l'âge maternel suscitent des questions et des débats. Cet article explore en profondeur l'allaitement et l'âge avancé, en abordant les recommandations de l'OMS, les défis potentiels, les avantages prouvés et les considérations pratiques pour les mères et les enfants.

Les recommandations de l'OMS et la durée de l'allaitement

L'OMS recommande un allaitement maternel exclusif jusqu'à l'âge de six mois, période à laquelle commence généralement la diversification alimentaire. Au-delà de six mois, l'OMS préconise de poursuivre l'allaitement jusqu'à l'âge de deux ans, voire plus longtemps, en complément d'une alimentation diversifiée.

Il est important de noter que ces recommandations peuvent sembler longues pour certaines mères, notamment en France, où la durée de l'allaitement est souvent plus courte que dans d'autres pays européens.

Les défis potentiels de l'allaitement à un âge avancé

Plusieurs facteurs peuvent rendre l'allaitement plus difficile pour les mères d'âge avancé.

Fertilité et âge maternel avancé

Chez certaines mères, un âge avancé, des problèmes de fertilité, un mauvais démarrage de l’allaitement du fait d’une succion déficiente de l'enfant peuvent contribuer à une lactation insuffisante.

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Fatigue et production de lait

La fatigue engendrée par l'allaitement peut provoquer une baisse de la production de lait, ce qui peut nécessiter de compléter l'allaitement avec du lait industriel. La reprise du travail peut également causer le sevrage, car il n'est pas toujours évident de prendre le temps de tirer son lait et de le conditionner.

Culpabilité et pression sociale

Dans une société où l'allaitement long n'est pas toujours la norme, les mères qui allaitent longtemps peuvent ressentir de la culpabilité ou subir des pressions sociales. Il est important de se rappeler que chaque mère et chaque enfant sont différents, et qu'il n'y a pas de "bonne" ou de "mauvaise" façon d'allaiter.

Facteurs socioculturels, démographiques et économiques

Une étude a révélé que la durée totale d'allaitement était plus courte chez les mères âgées de moins de 30 ans, vivant seules, ayant un faible niveau d'études ou ayant repris le travail moins de 10 semaines après l'accouchement. En revanche, l'allaitement était plus long chez les mères cadres, en congé parental, ainsi que chez celles ayant suivi des séances de préparation à la naissance. L'allaitement était également plus long lorsque les pères avaient assisté à l'accouchement.

Les bienfaits de l'allaitement pour la mère et l'enfant

Malgré les défis potentiels, l'allaitement maternel offre de nombreux avantages pour la mère et l'enfant, quel que soit l'âge de la mère.

Qualités nutritionnelles et immunologiques

Le lait maternel est l'aliment idéal pour le nourrisson, car il contient tous les nutriments essentiels à sa croissance et à son développement. Il est également riche en anticorps et en autres facteurs immunitaires qui protègent le bébé contre les infections. Bien que les formules lactées soient extrêmement bien étudiées, rien ne remplace le lait maternel, au point de vue qualités nutritionnelles et immunologiques. C'est pour cette raison que l'OMS recommande un allaitement maternel exclusif jusqu'aux six mois de l'enfant, âge auquel commence généralement la diversification alimentaire.

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Réduction du risque de cancer du sein

Certains facteurs de risque de cancer du sein sont bien établis comme un âge précoce pour les premières règles, la nulliparité, un âge avancé pour le premier enfant ou encore les antécédents familiaux. Une étude a révélé que le risque de cancer du sein avant la ménopause était réduit de 25% en cas d'allaitement. La réduction du risque de 59% se compare favorablement aux traitements hormonaux comme la prise de tamoxifène en chimioprévention du cancer du sein chez les femmes à haut risque.

Développement cognitif et adaptation sociale

Une étude a montré qu'à 8 ans et demi, les enfants qui avaient été allaités plus longtemps (entre douze et dix-huit mois) avaient de meilleurs résultats aux tests cognitifs que ceux qui avaient été allaités moins de six mois. Les relations entre la durée de l’allaitement et les capacités d’adaptation psychosociale ont été analysées dans une cohorte d’adolescents âgés de 15 à 18 ans. Les enfants allaités longtemps étaient considérés plus tard comme ayant la meilleure adaptation sociale.

Lien mère-enfant et bénéfices émotionnels

Les mères qui allaitent longtemps insistent sur la force du lien mère-enfant ainsi tissé, et les bénéfices émotionnels qu’elles en retirent, ainsi que leur enfant. Dans une étude sur des mères australiennes allaitant des enfants de 2 ans et plus, les enfants ont presque tous dit qu’ils tétaient parce qu’ils aimaient le lait de leur mère, que ça les rendait heureux et leur faisait du bien.

Protection contre les infections

Un allaitement exclusif plus long empêche la colonisation de l’estomac par la bactérie Helicobacter pylori, responsable de la plupart des ulcères, voire des cancers, de l’estomac. Un allaitement plus long est également protecteur par rapport à l’infection à Haemophilus influenzae type b (Hib).

Allaitement long et sevrage naturel

Il n'y a pas vraiment d'âge pour arrêter l'allaitement. Allaiter longtemps n’est pas nécessairement synonyme de sevrage en douceur. Dans certains cas, la « dernière tétée » est l’occasion d’un petit rituel, d’une « fête du sevrage ».

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Envisager un sevrage naturel, c’est certes se lancer dans une aventure dont on ne sait ni quand ni comment elle se terminera. L’enfant ne tète plus que quelques minutes une fois par jour. Puis, certains jours, il oublie. Puis plusieurs jours se passent sans tétée.

La psychologue Alexandra Deprez parle à ce sujet de « partenariat corrigé quant au but », un stade de développement de l’enfant qui s’élabore vers l’âge de 3/4 ans : l’enfant se désintéresse progressivement du sein, avec un retour possible en cas de besoin (stress, maladie…).

Même si la plupart des « sevrages naturels » se passent en douceur, on en connaît aussi de brutaux : l’enfant décide un beau jour que téter, c’est fini, alors qu’il tétait encore plusieurs fois par jour la veille. Dans ces cas, la mère peut être prise de court, car elle n’était pas encore prête au sevrage.

Conseils pratiques pour l'allaitement à un âge avancé

Voici quelques conseils pratiques pour les mères d'âge avancé qui souhaitent allaiter :

  • Préparation à l'allaitement : Suivre des séances de préparation à la naissance et à l'allaitement peut aider les mères à se sentir plus confiantes et informées.
  • Soutien : Rechercher le soutien de consultantes en lactation, de groupes de soutien à l'allaitement ou de professionnels de la santé peut être précieux pour surmonter les défis et obtenir des conseils personnalisés.
  • Repos et alimentation : Se reposer suffisamment et avoir une alimentation saine et équilibrée est essentiel pour maintenir une bonne production de lait.
  • Allaitement à la demande : Allaiter à la demande, c'est-à-dire chaque fois que le bébé montre des signes de faim, permet de stimuler la production de lait et de répondre aux besoins du bébé.
  • Ne pas culpabiliser : Il est important de ne pas culpabiliser si l'allaitement ne se déroule pas comme prévu. L'important est de faire ce qui est le mieux pour la mère et l'enfant.

Allaitement et perte de poids du nouveau-né

L’allaitement débute en salle de naissance et la mère reçoit de l’aide pour aider sa fille à bien prendre le sein. Mais Sophie perd 10% de son poids de naissance et ne reprend pas de poids seule. De retour à la maison, Sophie prend le sein mais le lâche et s’endort rapidement. La mère décide alors de louer un bon tire-lait pour tirer son lait et le donner en complément à sa fille. A 2 semaines, le poids stagne toujours et la mère se résout à donner des compléments de préparation pour nourrisson. Elle m’appelle lorsque son bébé a 3 semaines car elle pèse toujours 2800 g. J’observe Sophie qui a les joues creuses et de grands yeux qui prennent la moitié du visage. Au sein, elle ne déglutit que très peu. Les quantités que la mère tire n’augmentent pas malgré un bon tire-lait et 6 tirages par jour.

Il est évident que le frein de langue pose un gros problème de succion. Mais avant tout, il est urgent de nourrir Sophie au plus vite. Comme il est évident que pour le moment, elle ne peut pas prendre plus de 30 ml à la fois, je propose à la mère de donner 30 ml toutes les une heure et demie, après une tétée. Chez cette mère, plusieurs facteurs ont pu contribuer à une lactation insuffisante : un âge avancé, des problèmes de fertilité, un mauvais démarrage de l’allaitement du fait d’une succion déficiente de Sophie.

Au retour à la maison, la mère décide d’arrêter les biberons et de nourrir Guillaume uniquement au sein. Mais une semaine plus tard, le poids stagne et Guillaume veut téter en permanence. La mère propose donc 60 à 90 ml de préparation pour nourrissons après chaque tétée. Je propose à la mère d’enlever le bout de sein en silicone et de changer la position de Guillaume pour l’installer en madone inversée. La prise de sein est alors parfaite et Guillaume est nettement plus efficace mais il finit par s’énerver lorsqu’il n’arrive plus à obtenir suffisamment de lait. 2 semaines plus tard, Guillaume tète bien au sein, sans le bout de sein en silicone.

Rythme et durée des tétées

Durant la période d’éveil qui suit l’accouchement, le bébé aura pris sa première tétée. Ensuite il va plutôt dormir. Ensuite le bébé se rendort. Il est donc important les premiers jours de reconnaître ces premiers signes d’éveil visibles pendant quelques minutes seulement afin que l’enfant puisse téter fréquemment les premières 24 heures. Parfois, certains bébés tètent peu. Gardez le plus souvent possible votre bébé en peau à peau, cela permettra de faciliter ses premières tétées et de stimuler votre lactation.

Ensuite, l’allaitement reste toujours à la demande. Entre 1 et 3 mois, vous pouvez vous attendre à une légère diminution du nombre de tétées, sauf si celui-ci est déjà faible (≤ 6 tétées). Le plus souvent la durée des tétées diminue et l’intervalle de temps le plus long entre 2 tétées augmente. Ensuite, le bébé modifiera son rythme d’éveil et de sommeil avec l’installation des siestes du matin, après midi et fin de soirée. Ce sera alors le moment d’instituer des rythmes de repas et quitter l’anarchie des horaires des premières semaines.

La durée de la tétée dépend du débit de lait (dépendant de la physiologie de la mère) et surtout de la qualité de succion de l’enfant. Certains enfants très goulus tètent en 5 minutes, d’autres mettent plutôt 30 à 40 minutes. Il faut avant tout reconnaître si les succions sont nutritives ou pas : le mouvement de succion nutritive est ample et lent et l’on peut en général entendre des déglutitions régulières. Au fur et à mesure de la tétée, les déglutitions sont plus espacées et de moins en moins régulières. L’enfant s’endort, ne fait plus rien, ou mâchouille gentiment le sein. Il est alors temps de lui proposer l’autre sein, qu’il voudra ou non en fonction de son appétit. Il est important de proposer les 2 seins à votre bébé à chaque tétée. Cela permet de stimuler votre lactation et une bonne croissance de votre bébé. Il n’est pas recommandé de donner un seul sein longtemps « pour avoir le gras de fin de tétée ».

Une tétée de moins de 5 minutes est sûrement trop courte et qu’une tétée de plus de 30 à 45 minutes est sûrement trop longue. Il est alors indispensable qu’un professionnel évalue ces tétées et vérifie la prise de poids de l’enfant.

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