Introduction

La procréation médicalement assistée (PMA) est devenue une réalité pour de nombreux couples confrontés à l'infertilité. Cependant, cette avancée médicale soulève des questions éthiques complexes, notamment en ce qui concerne les perspectives religieuses. Cet article explore les points de vue de différentes religions sur la PMA, en mettant en évidence les similitudes, les différences et les enjeux moraux sous-jacents.

La PMA : Définition et Techniques

L'Assistance Médicale à la Procréation ou Procréation Médicalement Assistée (PMA) désigne les pratiques visant à la conception d’un enfant sans l’union sexuelle de l’homme et de la femme. Elle regroupe un ensemble de techniques cliniques et biologiques permettant la fécondation. Parmi les principales techniques, on retrouve :

  • L’insémination artificielle (IA) : elle consiste à introduire artificiellement le sperme dans l'utérus de la femme. Elle peut être réalisée avec le sperme du conjoint (IAC) ou avec le sperme d'un donneur (IAD).
  • La fécondation in vitro (FIV) : elle consiste à féconder un ovule avec un spermatozoïde en laboratoire, puis à transférer l'embryon résultant dans l'utérus de la femme. La FIV peut être réalisée avec les gamètes du couple (FIVC) ou avec des gamètes provenant d'un don (FIVD).
  • L'ICSI (Intra Cytoplasmique Sperme Injection) : elle consiste à injecter directement un spermatozoïde dans l'ovocyte.

Les Religions Monothéistes et la Procréation

Les textes sacrés des trois religions monothéistes - judaïsme, christianisme, islam - prônent la procréation comme le but majeur de l’union physique intraconjugale d’un homme et d’une femme. Bible et Coran expriment l’un et l’autre la douleur liée à la difficulté d’enfanter en contant l’histoire de Sarah, épouse d’Abraham, et de bien d’autres femmes, qui ne peuvent donner une descendance à leurs époux.

Le Judaïsme

La Torah rappelle plusieurs fois le commandement de procréer, le premier des 613 que Dieu donna à Adam et Eve. La Thora propose à un couple de divorcer après dix ans de mariage infécond, une option offerte au conjoint non stérile de fonder une famille dans le cadre d’un autre mariage. La principale objection halakhique à la PMA réside dans la transgression majeure et incontournable qu’elle implique : celle dite de “l’émission de semence en vain”, c’est-à-dire le fait pour un homme d’éjaculer en dehors d’un rapport sexuel. Les gamètes mâles sont considérés par la Halakha comme sacrés parce que potentiellement créateurs de vie. Néanmoins, les décisionnaires contemporains, majoritairement, autorisent la PMA lorsqu’il n’y a pas d’autre alternative en prenant en considération la peine et le désespoir que fait régner cette attente au sein du couple, voire le risque de sa séparation. Certaines autorités rabbiniques s’appuient même sur des textes qui comparent celui qui n’a pas d’enfants à un mort ; la PMA devient alors un moyen de sauver une vie, ce qui dans la Loi juive est un impératif supérieur qui justifie la transgression de tous les commandements, à l’exception des trois péchés capitaux que sont l’idolâtrie, certaines transgressions sexuelles (inceste, adultère) et le meurtre. Le judaïsme ne s’oppose pas au diagnostic préimplantatoire en vue de déceler d’éventuelles anomalies chromosomiques ou pathologies graves, l’embryon extra-utéro n’étant pas considéré comme un être vivant. Si la question des embryons surnuméraires n’est pas un problème pour leur devenir, l’autoconservation ovocytaire non plus : la loi israélienne l’autorise jusqu’à l’âge de 45 ans. Les trois religions monothéistes s’opposent au don de gamètes (spermatozoïdes ou ovocytes).

Le Christianisme

L'Église Catholique

La position de l’Église catholique est formulée à partir de deux références éthiques fondamentales : la dignité de l’embryon, qui doit être respecté comme une personne, et la dignité de la procréation qui doit avoir lieu dans le mariage et dans l’acte conjugal compris comme donation mutuelle des conjoints. Concrètement, l’Église catholique interdit l’insémination artificielle même intraconjugale et toutes les formes de fécondations in vitro (FIV) même homologues, c’est-à-dire sans tiers donneur, d’une part à cause des atteintes à l’embryon lors du diagnostic préimplantatoire et de la destruction des embryons non implantés et, d’autre part, à cause de la dissociation entre l’acte conjugal et la fécondation, celle-ci devant être le « fruit de la donation sexuelle des époux ». Autre dissociation mise en cause par l’Église : celle de la parenté en cas d’insémination artificielle avec donneur (IAD) ou de FIV avec tiers donneur : les parents ne sont plus ceux qui ont engendré l’enfant. La parenté peut alors se diviser en différentes « parentalités » biologique, gestationnelle, affective, éducative, civile, etc. Selon l’instruction Donum vitae (1987) de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui parlait du « droit de l’enfant à être conçu et mis au monde dans et par le mariage », l’IAD « lèse les droits de l’enfant, le prive de la relation filiale à ses origines parentales, et peut faire obstacle à la maturation de son identité personnelle ». Ces fortes restrictions à l’assistance médicale à la procréation, qui concernent déjà les couples hétérosexuels mariés, rendent d’autant plus incompatibles avec la doctrine de l’Église l’AMP pour les couples de femmes. Les postulats de base qui dictent la position de l’Église sur l’AMP la conduisent logiquement à refuser le recours aux mères porteuses, appelé aussi gestation pour autrui. La maternité de substitution est « contraire à l’unité du mariage et à la dignité de la procréation de la personne humaine », explique Donum vitae, précisant qu’elle « représente un manquement objectif aux obligations de l’amour maternel, de la fidélité conjugale et de la maternité responsable ; elle offense la dignité de l’enfant et son droit à être conçu, porté, mis au monde et éduqué par ses propres parents ; elle instaure, au détriment des familles, une division entre les éléments physiques, psychiques et moraux qui les constituent ». La position du Vatican est la plus nette en ce qui concerne la PMA. Le DPI ne peut donc être pratiqué puisqu’il peut aboutir à une destruction de l’embryon si il est atteint de la maladie recherchée. La Conférence des évêques de France recommande de privilégier l’insémination artificielle à la FIV, technique la plus proche de la nature est le plus à même de respecter la dignité de l’enfant tout en excluant le recours au don de gamètes comme à la fertilisation in vitro car elle implique le diagnostic préimplantatoire, soit l’élimination volontaire d’un nombre conséquent d’embryons porteurs d’éventuelles anomalies sans oublier la difficile question du devenir des ovules fécondés surnuméraires. Leur destruction comme leur utilisation pour la recherche scientifique ne sont pas envisageables pour le catholicisme. L’insémination artificielle avec le sperme du conjoint (IAC), technique qui se rapproche le plus du rapport sexuel puisqu’elle consiste à placer les spermatozoïdes préalablement sélectionnés dans l’utérus, est préférée à la fécondation in vitro (FIV) qui requiert plusieurs étapes, depuis la stimulation ovarienne jusqu’au transfert embryonnaire.

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Le Protestantisme

Le Protestantisme est visiblement la religion la plus ouverte en ce qui concerne la procréation médicalement assistée et considère que la responsabilité personnelle du croyant doit guider ses choix. Le croyant choisira donc lui-même la solution qui lui parait la plus acceptable éthiquement. La plupart des techniques sont autorisées y compris les dons de sperme,d’ovocytes et d’embryons.

L’Église Orthodoxe

L’église orthodoxe autorise la FIV car elle estime qu’il ne lui revient pas de légiférer sur la vie privée de ses fidèles. L’Église orthodoxe rejette la plupart des techniques de PMA et n’autorise aucune manipulation sur l’embryon.

L'Islam

Les pays musulmans montrent un intérêt pour ces opérations médicales car leurs habitant·tes cherchent un moyen de pallier la stérilité ou l’infertilité. Auparavant, la tradition voulait que les femmes soient jugées responsables de la fertilité alors que les hommes n’étaient pas inquiétés. Dire qu’un homme était stérile représentait une honte ; l’infertilité était considérée comme une atteinte à leur virilité et semblait démontrer leur impuissance. Au sein des couples qui n’arrivaient pas à avoir d’enfant accusaient, la femme accusée de stérilité, se voyait répudiée. L’islamisme ne permet pas le don de gamètes pour qu’ils soient utilisés chez d’autres personnes. Le don avec des fins de recherche scientifique est autorisé. La procréation médicalement assisté est autorisée, à condition que celle-ci soit menée au sein du mariage car son principal but est la procréation et la perpétuation de la progéniture.

Les Techniques Autorisées

Au Maghreb et au Moyen-Orient, deux techniques de procréation sont admises au sein du couple par ces écoles de pensée. L’une d’elle est l’insémination artificielle intra-utérine avec sperme du conjoint (IAC), caractérisée par l’injection de spermatozoïdes choisis pour leur qualité et mobilité dans l’utérus de la femme lors de l’ovulation après un traitement hormonal. La suivante est la fécondation in vitro (FIV) ou fécondation extracorporelle engendrant la fécondation du sperme de l’époux et les ovocytes de l’épouse prélevés après une stimulation ovarienne, permettant de détenir des embryons. La fécondation in vitro existe sous deux formes : l’une s’effectue avec les gamètes du couple, appelée FIVC et l’autre en utilisant des gamètes obtenus par un don, autrement dit FIVD. La seconde est l’ICSI (Intra Cytoplasmique Sperme Injection) qui consiste à injecter un spermatozoïde de qualité, mobile, dans le cytoplasme d’un ovocyte après une stimulation et ponction ovarienne. Ces techniques sont donc autorisées par l’islam toutefois l’intervention d’un tiers est considérée comme de l’adultère et tout enfant naissant de la suite de celle-ci serait qualifié d’illégitime. Ainsi, comme l’utilisation de donneurs tiers est prohibée, il est impossible de recourir à la fécondation in vitro par donneur (FIVD).

Le Mariage Temporaire (Nikah Mut'ah) dans l'Islam Chiite

Un homme, qu’il soit célibataire ou marié, est autorisé à avoir une relation sexuelle légitime avec une femme en contractant un mariage temporaire avec elle. Ce type de contrat permet à un homme et une femme de se marier temporairement afin de ne pas avoir une relation hors mariage, donc interdite et réprimable par les lois édictées par les écoles religieuses. Cette pratique doit inclure un accord des deux parties, une promesse de dot et un contrat de mariage valable pour un an et renouvelable. Ce cadre normatif permet alors aux hommes de procréer avec l’« épouse temporaire ». Bien sûr, cette dernière doit remplir un certain nombre de conditions, définies par les institutions religieuses. L’« épouse temporaire » doit être célibataire et s’accomoder d’un mariage temporaire durant toute la durée du processus médical de procréation, jusqu’au transfert de l’embryon, et à la fécondation dans l’utérus de la première épouse, « épouse officielle ».

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Enjeux et Controverses

La Dignité de l'Embryon

La question du statut de l'embryon est au cœur des débats éthiques. Certaines religions considèrent que la vie humaine commence dès la conception, et que l'embryon doit être traité avec le même respect que toute autre personne. Cela soulève des objections concernant les techniques de PMA qui impliquent la création de plusieurs embryons, dont certains sont ensuite détruits ou utilisés à des fins de recherche.

La Dissociation de la Procréation et de l'Acte Conjugal

Certaines religions, notamment l'Église catholique, estiment que la procréation doit être le fruit de l'union sexuelle entre un homme et une femme mariés. Les techniques de PMA qui impliquent une intervention médicale ou le recours à des tiers donneurs sont considérées comme une dissociation de l'acte conjugal et de la procréation, ce qui est perçu comme une atteinte à la dignité de la procréation.

La Parentalité et la Filiation

La PMA soulève également des questions concernant la parentalité et la filiation. Dans les cas de dons de gamètes, les parents biologiques ne sont pas les mêmes que les parents légaux ou sociaux. Cela peut créer des complications en termes d'identité et de relations familiales. Certaines religions estiment que l'enfant a le droit de connaître ses origines et d'être élevé par ses parents biologiques.

L'Accès à la PMA

L'accès à la PMA est également un enjeu important. Dans de nombreux pays, la PMA est réservée aux couples hétérosexuels mariés, ce qui exclut les femmes célibataires et les couples de femmes. Cela soulève des questions d'égalité et de discrimination. Certaines religions estiment que toutes les personnes ont le droit de fonder une famille, quel que soit leur statut marital ou leur orientation sexuelle.

La Commercialisation du Corps et la Sélection des Individus

La PMA peut également être associée à des risques de commercialisation du corps et de sélection des individus. Le don de gamètes peut être rémunéré, ce qui peut conduire à une marchandisation du corps humain. De plus, certaines techniques de PMA, comme le diagnostic préimplantatoire, permettent de sélectionner les embryons en fonction de leurs caractéristiques génétiques, ce qui peut ouvrir la voie à un eugénisme légal.

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